Chapitre 1 : L'élément pertubateur

Elle avait les cheveux blonds, Rose. Longs, légèrement ondulés, telle une cascade d'or à jamais hors d'atteinte. Elle était plutôt grande sans faire grande perche, mince sans faire anorexique, des formes sans être vulgaire, elle était parfaite, physiquement parfaite. Elle était tout ce qu'une femme a rêvé d'être au moins une fois. Elle avait cette grâce, Rose, innée, présente partout dans chacun de ses mouvements, dans sa stature, dans son immobilité. Une fluidité, comme si la gravité n'était rien, comme si elle pouvait voler si elle l'avait voulu, comme si sa vie était une danse permanente. Elle était belle, Rose, pas jolie, pas mignonne, pas attendrissante, pas sensuelle, pas beauté fatale. Elle était belle d'une beauté transcendante, universelle, incomparable à ces mannequins des magazines. Belle comme une œuvre d'art qu'on comtemple sans y toucher de peur de l'altérer, de peur de s'y laisser aspirer comme une peinture qui dépeint un monde dans lequelle on ne pourrait pénétrer, d'un sens échappant même à son créateur, hors d'atteinte physique et intellectuelle. Elle était comme ça, Rose, belle, mystérieuse et intouchable, avec ses cheveux blond or, ses yeux de biche couleur ciel d'été.

Elle végétait chez moi depuis 3 mois environ. Elle était apparue comme par magie un jour alors que je rentrais du collège où j'enseignais le français, langue que j'appréciais beaucoup et dont j'étais d'ailleurs bilingue, ma mère ayant toujours révé d'être française, me l'avait enseigné très tôt. Je l'avais trouvée recroquevillée au fond de mon salon, assise par terre, les genoux remontés contre sa poitrine, ses yeux bleus incandescents fixés sur les miens, remplis de lassitude, de rage et de défi. Je suis restée un moment bloquée sur cette image ayant du mal à réaliser qu'une inconnue avait pénétré dans ma maison, sans rien voler, semblant attendre ma présence et me fixant comme me demandant l'autorisation de demeuré ici. J'aurais pu crier, appeler la police, j'aurais dû le faire d'ailleurs, mais voir cete jeune femme presque acculée contre le mur comme un animal blessé et farouche, les vêtements sales mais pas déchirés m'a fendu le cœur. Alors je me suis approchée, doucement, pour ne pas l'effrayer ou ne pas m'effrayer moi, je ne saurais le dire. J'ai déposé mon manteau nécessaire en ce mois de décembre sur le dossier du canapé et mon sac à son pied puis je me suis assise en tailleur en face d'elle et je lui ait demandé son nom :

« - Rose, m'a-t-elle répondu d'une voix douce et agréable à l'oreille, Rose Murdon

Je me prénomme Amarante Klinger mais appelez moi Ambre, Miss Murdon. Vous aimez chanté ?

Appelle moi Rose, Ambre, et tutoie moi, je t'en prie. Je préfère la danse, pourquoi ?

Vous, enfin tu as une très belle voix.

Ce fut la fin de notre première conversation et l'accord tacite fut signer, elle m'aidait pour les tâches ménagères, qu'elle effectuait généralement lorsque j'était au travail, enfin en tou cas la maison était toujours propre quand je rentrais, et moi je ne lui posais pas de question tout en étant présente si elle voulait parler ou sortir un peu mais généralement elle restait assise sur le canapé sans bouger. Elle disparaissait peu après la nuit tombée et réapparaissait quand j'avais fini de manger pour passer la fin de soirée avec moi. Je m'était habituée à cette étrange présence fantomatique et j'appréciais Rose dans son entièreté qu'elle soit aussi impassible et passive qu'une statue de marbre ou une amie dynamique, joyeuse, espiègle et attentive. On parla peu de ce qui importait durant cette période, elle autant que moi. On se voilait la face du mieux qu'on put, pourtant je sus que j'avais trouvé ma complice et que notre amitié était construite et solide. Des zones d'ombres persistaient et la situation restait étrange mais je l'acceptait telle qu'elle était et Rose aussi.

Ce fut par une froide nuit de Mars que la situation explosa, où les mystères prirent trop de place et mirent fin à cette période de non-dits persistants. Etrangement, ce ne fut pas un élément interne à cette petite bulle que nous avions créée autour de nous mais un élément extérieur qui agit telle de la dynamite. J'était rentrée tôt ce jour là, mes élèves du 8ème grade (4ème) avaient une sortie dans la réserve Quileute du coin pour leur cours d'histoire qui portait sur les civilisation indiennes. En fin de soirée, alors que je cuisinais une tourte à la viande et aux champignons, j'ai reçu un coup de fil sur le téléphone fixe.

« - Bonjour, Ambre à l'appareil.

Bonjour, je cherche Rose, Amarante, peux-tu me la passer ?

Je suis désolée mais je n'ai pas d'invité ce soir, il n'y a pas de Rose chez moi en ce moment. Qui êtes vous ?

Elle n'est pas là ? Elle doit être partie chasser

Chasser ?

Vous ne savez pas que vous cohabitez avec un vampire ? Votre prénom veut pourtant dire éternité, vous êtes liée à notre destin.

Vous êtes qui ?

Vous ne demandez pas si c'est vrai ?

Je veux savoir qui vous êtes, monsieur.

T'es pas marrante comme humaine, toi ! J'aurais aimer que tu fasses une crise de panique au mot vampire ! Ca aurait été marrant et ça ferait réfléchir un peu Rose sur ce qu'elle fait !

Ca y est, tu paniques ? Tu te rends compte que je ne plaisante pas ?

Ca ne me dit toujours pas qui vous êtes?

Qu'est-ce que ça change au juste ?

Vous le saurez peut-être si vous me le dîtes ?

Haha ! J'ai bien fait d'appeler en fait ! Il en faut du courage pour répondre alors qu'on a le cœur qui bat aussi vite ! Ah ! Il s'est encore emballé ! Tu paniques ?

Vous êtes ?

Mais tu n'en démords pas ma parole ! Bon pour te faire plaisir, je vais te le dire : Je suis Felix Volturi, Chef de la garde royale des Trois Rois .

Et depuis quand un roi accepte de partager son trône ?

Depuis qu'ils sont immortels pardi ! Les précédents rois étaient deux, même si c'était il y a un bout de temps ! »

Ce fut après ces mots que Rose me prit le téléphone des mains, essayant de me rassurer d'une pression sur l'épaule en rétorquant séchement à son interlocuteur qu'il n'avait pas le droit de la contacter par ce biais et que s'il recommençait, il devrait s'attendre à de douloureuses repésailles, puis elle raccrocha sans sommation . Elle pivota alors doucement, le regard suppliant, et me prit dans ses bras. Je lui retournais son étreinte, le cerveau tournant à mille à l'heure, le cœur battant comme s'il allait s'échapper, la respiration courte et les larmes au yeux. J'aurais aimé faire comme si cette conversation ne m'avait pas touché et qu'on puisse continuer comme avant. Mais je le savais, et sûrement Rose aussi, cet échange téléphonique avait brisé violemment la bulle d'ignorance dans laquelle nous nous étions complues et le moment fatidique des explications était venus. Je pris une profonde inspiration, et me dégageais de son étreinte l'entraînant par la main sur le canapé du salon. Je nous assis, me tournais vers elle, le regard à piori interrogateur et effrayé et lui demandais d'une voix tremblante :

« - Alors, dis-moi.

Que veux tu que je te dise Ambre ? Soupira-t-elle.

Tout, Rose, je veux tout savoir, tu sais que tu peux tout me dire, et que je ne veux pas te forcer mais, là, il faut que tu me dises ce que je dois savoir.

Tu me raconteras aussi ? Demanda-t-elle en relevant la tête vers moi

Je poussais un soupir. Il est vrai qu'elle n'était pas la seule à faire des mystères, et il faudrait bien un jour ou l'autre on en parle alors autant mettre carte sur table maintenant avant que tout ne dérape, réellement.