Dès le lendemain matin, les deux frères se mirent en route pour faire le tour des familles des disparus. Ils espéraient pouvoir trouver des indices communs qui les mettraient sur la piste du mobile, voire directement sur la piste de l'auteur de ces rapts. C'était une petite ville, mais les enfants étaient nombreux pour une localité de cette taille. Mais ces derniers temps, les classes de primaire se dépeuplaient à un rythme alarmant. Ce fut à ce moment-là que Dean se rendit compte qu'il ne savait même pas le nom des enfants journaux étaient restés très vagues, officiellement par pudeur envers les familles des victimes. Dean était plutôt persuadé que c'était parce qu'ils n'en savaient pas plus qu'eux au final. Mais plutôt que de passer par le circiuit de la police traditionnelle, les deux frères décidèrent d'aller rendre visite à l'école primaire de la commune. Les professeurs en savaient en général bien plus que ce qu'ils voulaient bien admettre sur la vie et les peurs de leurs jeunes élèves. Rendre visite à l'instituteur leur paraissait donc l'action la plus naturelle. Ils se feraient passer pour des agents du FBI affectés à l'enquête sur les disparitions suspectes. Du gâteau. Pendant ce temps, Sam essayait de réunir tout le folklore qu'il pouvait sur les feux follets qui pourraient expliquer le choix des victimes que rien ne reliait au premier abord. Il cherchait aussi du côté des différents calendriers mystiques pour s'assurer qu'il n'était pas en plein dans la date d'un rituel qui demanderait le sacrifice de plusieurs enfants d'âges différents, ou ce genre de choses. Mais il ne trouvait rien de concluant.
Quand ils entrèrent dans l'école, habillés en costume pour jouer leur rôle, la récréation battait son plein. Le directeur de l'école avait accepté de les voir pendant cette courte pause, et on entendait en dehors les cris et les bruits des jeux des enfants. Le directeur leur indiqua de s'asseoir d'un rapide geste de la main, et Sam prit place en face de son bureau pendant que Dean restait adossé dans l'encadrement de la porte, s'efforcant de prendre l'air le plus professionnel possible. Le directeur quant à lui regardait par la fenêtre les enfants qui jouaient, mains croisées derrière le dos, une cigarette à la bouche.
"Vous savez, les enfants qui ont disparu, commenca-t-il doucement, comme s'il cherchait ses mots. Ils ne faisaient même pas partie de la même bande ou quoi que ce soit d'autre, ni de la même classe. Je suis certain que la plupart d'entre eux ne se connaissaient même pas.
-Alors pourquoi eux?
-N'est-ce pas la question que nous nous posons tous? La question à laquelle vous plus que n'importe qui devriez être capable de répondre, demanda le directeur, un soupçon de détresse de la voix, tout en tapotant sa cigarette pour en faire tomber la cendre. Non, je ne sais pas pourquoi eux, et je ne sais même pas si quelqu'un sera capable de le dire un jour...
-Il ne faut pas partir aussi défaitiste...
-Défaitiste? 6 enfants ont disparu, et de jour en jour les chances de les retrouver deviennent de plus en plus minces! Vous ne vous rendez pas compte de ce que ça peut faire que de voir 6 jeunes vies prometteuses, fauchées comme ça à l'âge tendre! Vous ne croyez pas que ça me fait mal de voir ça, tout en me sentant tellement impuissant, tellement inutile, incapable de garantir la sécurité des enfants qui me sont confiés...
-Attendez, je croyais que les enfants avaient disparu pendant la nuit? En partant de chez eux?
-Oui, c'est vrai pour deux d'entre eux, mais les quatre autres étaient pensionnaires dans cet établissement. Leurs parents sont souvent absents pour des voyages d'affaires alors nous nous sommes mis d'accord qu'ils habiteraient à l'école pendant l'absence de leurs familles...Et, croyez-moi, annoncer leur disparition n'a pas été aussi douloureux que de l'apprendre. Je les considérai presque comme mes enfants...Il faut retrouver le maniaque qui a fait ça!
-C'est bien dans notre intention. Mais concernant les disparus du pensionnat, personne n'a rien vu?
-Nous avons tous pensé à une fugue au début, je ne me suis moi-même pas inquiété.
-Et qu'est-ce qui vous a mis la puce à l'oreille alors?
-Quand on fugue, messieurs, on prend au moins l'argent qu'on a précieusement économisé, et on ne part pas en pyjama!
-Oui, sauf si on veut rejoindre le culte des clochards en pyjama, interrompit Dean le plus sérieusement du monde. Non, vous ne voulez pas savoir...
-Ce n'est pas un sujet de plaisanterie, monsieur!
-Je sais bien. Mais je vais devoir procéder de façon méthodique. Vous dites donc qu'ils n'étaient pas dans la même classe. Ils n'avaient donc pas le même âge?
-Non, le plus petit avait 6 ans et le plus vieux 9.
-Leurs dates d'anniversaire?
-Qu'est-ce que cela a à voir avec...? Attendez, je vais vérifier, dit l'homme en ouvrant un tiroir et en feuilletant les dossiers qui s'y trouvaient. Tenez, ajouta-t-il en lançant une pile de papiers sur le bureau. Tous les renseignements utiles sur les enfants se trouvent sur ces fiches. Les 6 disparus inclus, conclut-il, coupant court à la question silencieuse de Sam.
-Bien,je vais donc prendre ces dossiers, les consulter et je reviendrai si jamais un point de détail me semble encore obscur. Je vous remercie d'avoir pris le temps de me recevoir. Et dites-moi...La récréation est-elle déjà terminée, demande le plus jeune des Winchester?
-Non, pas à cette heure-ci? Pourquoi?
-Dans ce cas, pourquoi est-ce si silencieux dehors?"
Absorbés dans leur conversation, aucun des trois hommes ne s'était apperçu du silence de plomb qui pesait sur la cour. Plus un bruit, plus un rire, plus un cri. Comme si tout s'était arrêté. Ils se précipitèrent à la fenêtre. Tous les enfants étaient debouts, droits comme des piquets, immobiles comme des statues. Ils ne faisaient pas un bruit. Les instituteurs qui devaient les surveiller semblaient dans le même état.
"Je suppose que ce n'est pas quelque chose de normal, demanda Dean."
Le sourire moqueur qu'il avait sur les lèvres disparut quand il vit le regard du directeur d'école. Ses yeux étaient révulsés et ses traits figés dans une expression de quasi agonie. Il regardait droit devant lui, avec des yeux qui ne voyaient plus.
"Qu'est-ce que c'est que ce bordel, grommela Dean. Sam, tu essaies de réveiller ce type, moi je vais voir quoi faire avec les gosses!
-Tu es sur? Qu'est-ce que tu comptes faire?
-Improviser!"
Il détalla dans le couloir en direction de la cour avant que son frère n'ait pu répondre. Sam resta un instant interdit, ne sachant pas quoi faire, avant de se décider à déplacer le directeur de devant la fenêtre. C'était clairement quelque chose qu'il avait vu dehors qui l'avait mis dans un tel état. Mais quand il voulut le déplacer, ce fut impossible. Il essaya plusieurs fois, lui parlant, le poussant. Quelque soit la force avec laquelle il le poussait, l'autre homme ne bougeait pas d'un centimètre. Tout ça ressemblant furieusement à un envoutement, et à un puissant en plus. Sam décida de fouiller le bureau pour voir s'il ne trouvait le sac à maléfice qui pourrait expliquer un pareil comportement. Il ouvrit tous les tiroirs, les fouillants rapidement et efficacement. Il regarda sous le bureau, près de l'encadrement de la fenêtre, dans les pots de fleurs (répandant au passage de la terre sur le tapis qui recouvrait le sol).
Ne trouvant rien, Sam retourna auprès de l'homme toujours figé comme une statue devant la fenêtre, ses phalanges blanchies montrant avec quelle force il était agrippé au rebord. Ce fut à ce moment-là qu'il remarqua un liquide noir qui coulait le long du mur en dessous de la fenêtre. Ce n'était pas du sang, c'était bien trop foncé. Sam se pencha, attrapa un couteau dans sa poche pour prélever un peu du liquide pour l'examiner de plus près. Quand la lame entra en contact avec le liquide, la bouche du directeur commença à s'ouvrir lentement, et un bruit suraigu en sortit, obligeant Sam à se couvrir les oreilles et regarder avec horreur les vitres du bureau lentement se fissurer à cause du bruit. Il ne s'arrêtait pas, ne semblait pas avoir besoin de respirer. La fenêtre éclata enfin, les morceaux de verre s'écrasant au sol dans ce qui devait être un bruit cristallin, mais qui était couvert par le hurlement qui ne pouvait pas être humain.
Pendant ce temps, Dean était arrivé dans la cour, bien décidé à voir ce sur quoi tous les regards semblaient fixés, et à vérifier s'il ne pouvait pas briser la trance dans laquelle semblait plonger tous les occupants de l'école. Au premier regard, il n'y avait rien. Ils ne faisaient que contempler d'un regard totalement vide un coin de la cour, que ce soit les enfants ou les adultes. Tous avaient la même expression complètement vide sur le visage. Il passa rapidement sa main devant le visage d'un des enfants. Aucune réaction. Il essaya de se souvenir de ce qu'il savait sur les trances et les façons de les briser...Son cerveau n'arrivait qu'à une seule solution: ça dépend de l'origine de la trance. Etouffant un juron, Dean se dit qu'il n'avait rien à perdre à essayer de réveiller un des enfants quand même. Il attrapa les épaules du plus proche de lui et secoua doucement d'abord, plus sèchement ensuite. Un liquide noir et poisseux commença à couler des yeux de l'enfant. Dean le lâcha, pensant qu'il l'avait blessé. Ce fut à ce moment que la vitre du bureau se brisa à cause du cri de son occupant. D'un coup, ce fut comme si un courant électrique avait traversé la cour et tous ses occupants qui tressaillirent à l'unisson. Tous les enfants avaient les mêmes larmes noires, comme du sang, mais en plus foncé et plus épais. Leur expression changea également: de neutre, elle passa à méfiante un instant, puis déterminée. Celui qui était devant Dean, qui ne devait pas avoir plus de 8 ans poussa le chasseur avec assez de force pour le déséquilibrer. Et, comme un seul homme, tous les occupants de la cour se mirent à marcher, droit devant. Les premiers arrivés au portail l'ouvrirent et ils sortirent tous en rang, marchant au même rythme. A chaque fois que Dean essayait de les retenir, il était repoussé avec une force que des enfants ne devaient pas avoir. Et tous avaient les mêmes larmes noires qui coulaient le long de leur joue, laissant des trainées sur les graviers de la cour.
Une fois qu'ils furent tous sortis, Dean se précipita à leur suite, pour voir où ils se dirigeaient, même s'il avait bien une idée. Ils tournèrent au premier coin de rue, les uns après les autres. Dean les suivit, mais la ruelle dans laquelle il arriva était un cul-de-sac totalement vides. Ils avaient tous disparus. Ils n'avaient laissé derrière eux qu'une flaque du liquide bizarre. Dean s'accroupit, observant de plus près. C'était le même genre de liquide que ce qu'il restait dans l'empreinte retrouvée dans le marais. Et c'était clairement de l'ectoplasme, se dit-il après reflexion. Il se releva, secoua la tête. Tous les enfants avaient disparu d'un seul coup. Ce n'était pas logique par rapport au mode opératoire des jours précédents. Et s'il y avait autant d'ectoplasme sur la scène, c'est qu'ils avaient à faire à un esprit plus puissant que tous ce qu'ils avaient jamais rencontré jusque là. Un esprit capable de faire disparaître autant de personnes sans laisser de trace. Il fallait qu'il trouve la solution vite avant que la ville ne sombre dans la panique en se rendant compte que tous les enfants sans exception avaient disparu. Il soupira, et retourna vers l'école rejoindre son frère.
De son côté, Sam s'était également apperçu qu'il avait affaire à de l'ectoplasme. Il avait eu tout le temps pour observer la substance de plus près après que le directeur de l'école se soit effondré sans connaissance par terre quand son cri fut fini. C'était comme s'il avait donné le top départ pour tous les autres, mais sans être concerné par l'enlèvement. Peut-être avait-il été possédé par l'esprit? Il faudait lui demander de quoi il se souvenait une fois qu'il aurait repris connaissance...
En tout cas, une quantité pareille d'ectoplasme, cela indiquait que tout ça était l'affaire d'un esprit passablement énervé et super puissant. Mais pourquoi avait-il attendu s'il pouvait enlever des masses de personnes en plein jour comme ça, sans apparaître. Le plus impressionnant dans l'affaire, c'est qu'il n'y avait aucune trace de sa présence, aucune onde électro-magnétique pour montrer qu'il avait été sur place. Et pourtant, il y avait de l'ecoplasme partout. Un esprit de cette puissance qui ne laissait aucune trace...Il y avait quelque chose d'étrange là-dedans, mais Sam n'arrivait pas à trouver une explication satisfaisante au phénomène. Il réfléchissait quand il entendit son frère arriver.
"Ils ont tous disparus, volatilisés, expliqua Dean.
-Comment ça, volatilisés?
-Ils ont tourné dans un coin de rue, et une fois que je les ai suivis, plus rien, juste une flaque d'ectoplasme...
-On ne peut pas faire disparaître autant de personnes comme ça!
-Bah, ce qu'on chasse peut apparemment.
-Trance collective, disparition collective...On a la moindre idée de ce qu'on a en face de nous?
-Un esprit. Probablement lié à cette école et aux marais sinon je ne m'explique pas son mode opératoire.
-Pourquoi prendre les enfants aujourd'hui?
-C'est peut-être une date qui a du sens pour lui...Genre, l'anniversaire de sa mort ou quelque chose comme ça...On a rien trouvé dans les différents calendriers rituels de toute façon?
-Non, mais...
-On va partir du principe que les gosses sont encore vivants et on va se grouiller de trouver une solution. Moi je vais retourner là où on a vu les feux follets. Avec un peu de chance, il aura emmené ses victimes au même endroit cette fois encore. Toi, tu vas nous trouver à qui on a affaire. Et tu vas foutre le feu aux restes de cet enfoiré!
-On a rien trouvé depuis qu'on est là, je vois pas...
-On va trouver aujourd'hui parce que sinon on aura des morts sur la conscience. Et j'ai pas dans l'intention de laisser crever des gosses tant qu'on a un espoir de faire quelque chose pour eux. On reste en contact régulièrement, finit Dean en sortant son téléphone portable. Un message toutes les heures au moins, et un dès que l'un d'entre nous trouver quoi que ce soit. Je prends l'Impala, je te dépose aux archives avant.
-Ca marche."
Sam regarda la Chevrolet noire disparaitre au loin pendant que Dean prenait la direction des marécages. Lui, il avait beaucoup de documents à éplucher pour trouver leur fantôme. Il fallait trouver une mort violente, qui pouvait remonter à quelques mois, comme à quelques années, voire à quelques décennies. Autant se mettre au travail tout de suite. Ils avaient aussi déposé le directeur inconscient à l'hopital, indiquant aux médecins qu'ils devaient les contacter dès que son état changerait. Il ne lui restait plus qu'à consulter tous les registres nécrologiques en attendant de trouver quelqu'un qui pourrait être leur esprit. Il lui fallait quelqu'un avec une mort violente (qui seule pouvait expliquer une telle puissance) et de bonnes raisons de rester attaché à l'école et d'emmener ses victimes dans les marais. Sam se disait qu'il ne devait pas y avoir tant de personnes que ça qui pouvaient répondre à la description. Il se mit à rechercher, téléphone posé à côté de lui au cas où Dean le contacterait. Mais même si son frère avait besoin d'aide, vu qu'il avait emmené la voiture, il ne pourrait pas le rejoindre en urgence. Il était tout seul, et Sam espéra que tout se passerait bien.
Dean gara l'Impala aux abord des marais, mais pas trop près! Il n'allait quand même pas salir le bas de caisse avec de la tourbe ou de la vase. Pas question, il allait garder son bébé dans le meilleur état possible. Il sortit, claqua la portière derrière lui et se dirigea vers le coffre qui contenait toute leur armurerie. Il fut obligé d'admettre à lui-même qu'il était beaucoup moins sur de lui maintenant qu'il partait tout seul à la recherche d'un esprit capable de faire disparaitre toute une école. Il doutait qu'il soit capable de le vaincre à lui tout seul s'ils en arrivaient à une confrontation directe. Il attrapa un fusil et toutes les cartouches de sel qu'il put, en plus d'une barre de fer qui servirait s'ils en arrivaient au corps à corps. Il attrapa également un détecteur EMF et une lampe-torche. Il ne savait pas pour combien de temps il en avait avant de retrouver les gamins. Une fois équippé, il partir pour une énième randonnée dans les marais. Il commençait vraiment à en avoir assez de cette histoire.
Il ne trouvait rien, il avait mal aux jambes, mal aux pieds, il y avait des moustiques partout, et la randonnée s'allongeait. Le soleil commençait à décliner aussi. Il avait tenu parole et tenait Sam au courant par texto à intervalles réguliers:
Le prochain job, on le prend en Floride.
Je suis sur qu'il y a des sanguses là-dedans.
Si je meurs vidé de mon sang par des sangsues, crame toute cette merde en mon honneur, Sam.
J'ai faim.
Je me demande si je suis pas déjà passé devant cette souche...Ah mais non tout se ressemble dans cette merde!
Sam, j'espère que tu as de bonnes nouvelles pour moi.
RAH PUTAIN JE SUIS A MOITIE TOMBE DANS L'EAU!
ET ME REPONDS PAS LOL QUAND JE TE DIS CA! FRERE INDIGNE!
Attends-toi à avoir du Nair dans ton shampoing pour ça, raclure.
Dean remit son portable dans sa poche. A cause de sa presque chute dans les marais, il avait une jambe totalement trempée, et il commencait à avoir froid. Le soleil avait pesque disparu derrière l'horizon, et la lune commençait à monter dans le ciel. Il n'avait toujours trouvé aucune trace des enfants. Il essayait de tourner autour de l'endroit où ils avaient vus les feux follets la nuit précédente. Mais rien n'indiquait une activité surnaturelle. Il sortit son détecteur EMF par acquis de conscience, mais l'aiguille ne bougea pas d'un iota. Il soupira et se remit en marche quand son téléphone sonna. C'était Sam qui appelait.
"Oui?
-Dean, c'est moi, je crois que j'ai trouvé quelque chose.
-Vas-y, raconte-moi.
-Alors, commença son frère en prenant une grande inspiration, Thimothy Olsen, un gamin de la ville, mort il y a 10 ans jour pour jour aujourd'hui. Il était pensionnaire à l'école, gamin sans histoire, aucun souci de ce côté-là.
-Et pourquoi tu penses que c'est notre esprit sous stéroïdes?
-Parce que les circonstances de sa mort collent bien, presque trop bien. Bon, de ce que l'enquête a réussi à trouver, il a été emmené dans les marais par un de ses profs. Pour faire court, il a abusé du gosse avant de l'étrangler et de jeter son cadavre dans les marais. Du moins, c'est ce qu'il a avoué puisqu'on a jamais retrouvé le corps.
-Merde. Donc pour avoir quelque chose à brûler, il faudrait draguer tout ça?
-Plus ou moins. Après...Il se peut qu'il soit juste à la recherche de vengeance. J'ai recoupé toutes les informations qu'on avait. Tous les gamins disparus sont liés à l'équipe enseignante de l'époque. Apparemment, c'était pas la première fois que le prof jouait à touche-pipi avec Thimothy. Simplement, ce jour-là il l'a tué parce que le gamin avait menacé de le dénoncer à la police. Mais il y a de fortes chances que du monde ait été au courant...
-Alors quoi, il viendrai tuer tous les gosses de ceux qui ont pas su le protéger ou qui ont laissé faire ça?
-Ce serait crédible en tout cas. Ca correspondrait à ce qu'on sait.
-Ouais, sauf à un truc.
-Quoi?
-L'enlèvement de masse à l'école. Tu l'expliques comment ça?
-Honnêtement, je ne sais pas. Peut-être qu'il s'est rendu compte qu'il voulait passer ses nerfs sur toute la ville, ou alors il a décidé que pour l'anniversaire de sa mort, il allait frapper un grand coup ou...
-Tu connais beaucoup d'esprits qui changent de mode opératoire et d'avis en plein milieu de leur activité? Il a toujours enlevé des gosses un par un dans la nuit avant de les attirer ici. Et là, d'un coup, il s'en prend quelques dizaines en plein jour?
-Tu veux que ce soit quoi d'autre, Dean?
-Honnêtement, j'en sais rien mais...
-Avec tout l'ectoplasme qu'on a trouvé, y a pas de doutes sur le fait que c'est le fait d'un esprit. Et Timothy est le seul à avoir une vie et une mort assez merdique pour faire ça.
-Ca nous donne combien de chances de retrouver les gosses, soupira Dean.
-J'en sais rien, lui répondit son frère d'une voix fatiguée. Probablement pas beaucoup. Dean, tu ferais mieux de te remettre en route et de rentrer au môtel. On ira chercher les restes de Timothy demain dans la journée, on essaiera de demander de l'aide pour draguer les marais...
-Non.
-Quoi, non?
-Je rentre pas. Y a encore une chance de retrouver les gosses. Je vais pas la laisser passer. Je te rejoindrai quand je serai sur qu'il n'y a plus rien à faire pour eux.
-Dean, att..."
Il raccrocha avant de laisser finir son frère et ranga le téléphone dans sa poche, bien décidé à ne pas décrocher s'il sonnait à nouveau. Thimothy Olsen..Ils avaient peut-être un nom, et la raison de ses actions. Dean pouvait comprendre le gamin. Lui aussi aurait envie de se venger si on lui avait fait ça. Mais ce n'était pas une raison pour s'attaquer aux enfants plutôt qu'aux gens directement responsables de ses souffrances. Dean ne serait jamais d'accord avec les victimes par ricochet. Il avait une idée par contre, une idée probablement stupide, mais une idée. Il attrapa son fusil et commença à appeler:
"Eyh Timothy? Je sais que tu es là, et ce que tu fais...C'est pas cool."
Il appela encore deux trois fois, se sentant de plus en plus stupide au fur et à mesure puisqu'il n'avait toujours pas de réponse. Il s'apprêtait à abandonner quand il entendit une voix derrière lui.
"Personne ne s'est demandé si ce qu'il faisait, c'était bien ou pas."
Devant lui se tenait un gamin d'envrion une dizaine d'années, pas beaucoup plus. Il n'avait pas encore l'air d'un adolescent, mais on voyait qu'il commencait à sortir de l'enfance. Il avait des cheveux noirs en bataille, des yeux bruns entourés de cernes impressionnantes, le teint pâle et les lèvres bleuies. Mais ce qui était le plus impressionnant, c'était les traces autour de son cou: des traces de mains rouges, la seule couleur sur le reste de sa peau cadavérique. Il portait un jean et un sweat à capuche bleu, les deux légèrement trop grands pour lui. Il avait une voix triste, bien loin de ce qu'aurait du être un esprit rongé par la colère au point de laisser trainer autant d'ectoplasme partout.
"Je sais, lui dit Dean de la façon la plus apaisante qu'il pouvait.
-Vous ne savez rien, lui répliqua l'autre, énervé."
Dean sentit la poussé psychique lui arriver dessus, mais elle ne fut pas suffisante pour l'envoyer voler, juste assez pour le faire tomber fesses les premières par terre.
"Non, mais je suis prêt à écouter, continuat-il, bien décidé à garder l'esprit le plus calme possible puisqu'il n'était pas sur de résister si le petit Thimothy décidait de le tuer ici et maintenant.
-Vous ne savez pas ce que ça peut faire d'être trahi par une personne en qui on a entièrement confiance...
-Je peux imaginer.
-Il était presque un père pour moi, rugit l'enfant.
-C'est pas une raison pour enlever tous les enfants de la ville. Ils n'ont rien fait eux!
-Mais ils ont de la chance! Pourquoi ils seraient plus heureux que moi hein? Qu'est-ce que j'ai fait?
-Rien. Et il faut continuer comme ça, à ne faire de mal à personne, pour passer de l'autre côté..Alors laisse-les partir.
-L'autre côté, hein? Qu'est-ce qui vous dit que j'ai envie d'y aller?
-Surement pas envie, mais il faudra bien y aller. Tu ne peux pas rester ici dans ces marais puants.
-J'ai essayé de partir, continua l'esprit d'une voix blanche. J'ai voulu partir, j'ai voulu aller vers la lumière mais...j'ai pas pu, finit-il dans un quasi sanglot.
-Comment ça, pas pu?"
C'était une première, se dit Dean. En général, les esprits vengeurs restaient sur terre parce qu'ils ne voulait pas partir, pas parce qu'ils n'y arrivaient pas. Celui-là savait qu'il était mort, et n'avait pas l'air ravi de hanter le lieu de sa mort. Quelque chose clochait.
"C'est comme si...une chaine me retenait ici, répondit Thimothy en montrant les alentours de la main. Alors..Alors je me suis dit que j'avais besoin de compagnie...Elle m'a dit qu'ils seraient contents de jouer avec moi...
-Attends, attends...Tu parles des autres enfants? Des feux follets?
-Oui..Mais ils n'ont pas l'air de me voir! Ils ne jouent pas, ils ne me reconnaissent pas! Je voulais pas les rendre tristes!
-D'accord, et les autres?
-Les autres...Je les ai emmené ici, ils ne faisaient que crier, crier...Eux aussi, elle m'avait dit qu'ils seraient contents de me voir..Mais non...
-Tu en as fait quoi?
-Ils sont endormis au coeur des marais, dans ma maison...Je...Je verrai cette nuit ce qu'elle me dit d'en faire.
-Elle...Qui c'est elle?
-Ma grande soeur. C'est elle qui m'a demandé de rester. Elle était tellement triste quand je suis mort. Alors je suis resté. Mais maintenant, quand je lui parle de partir, elle se met très en colère et..."
Il s'interrompit soudain, portant la main à sa poitrine comme s'il était pris de douleur. Il bougeait les lèvres pour dire quelque chose, mais aucun son ne sortait. Dean s'avanca, voulant faire quelque chose, avant qu'il ne se souvienne qu'il y avait peu de chance qu'il puisse faire quelque chose pour un fantôme. Mais il vit un pentagramme de lumière apparaître sur Thimothy avant que celui-ci ne tombe en avant, plié en deux sous la douleur. Il disparut avant d'atteindre le sol. Dean resta interdit quelques instants, essayant de comprendre ce qui venait de se passer. Il pouvait soit retourner en ville pour expliquer ce qui venait de se passer à Sam, et lui demander de rechercher des infos sur la soeur de Thimothy, ou bien il pouvait chercher sa "maison" dans le coeur des marais et essayer de retrouver les enfants disparus comme ça. Le temps qu'il hésite, son téléphone sonna. Il le décrocha par reflexe.
"Ici Dean.
-Dean, je...Il faut que tu viennes voir ça, dit Sam, totalement surexcité.
-Quoi? Qu'est-ce qui se passe?
-Tous les enfants...Ils sont réapparus en plein milieu de la ville, indemnes!
-Quoi?!
-Oui, comme si rien ne s'était passé. Apparemment, ils ne se souviennent de rien. Mais c'est comme si l'esprit les avait laissé partir tout d'un coup...
-C'est peut-être bien ce qui s'est passé... J'arrive tout de suite."
Dean raccrocha, pensif. Ce n'était pas exactement le prototype de l'esprit vengeur qu'ils avaient sur les bras. Et le pentagramme qu'il avait vu...Il lui rappelait quelque chose. Il y avait quelque chose d'autre derrière tout ça, qui utilisait Thimothy à ses propres fins. Ils n'avaient plus qu'à trouver quoi, s'en débarasser, et la petite ville redeviendrait aussi calme qu'elle l'avait toujours été avec ses petits secrets honteux.
