Quand Sam arriva à l'hôpital, le ballet des infirmières dans la chambre du mort avait déjà pris fin, et le corps avait été pris en charge par les équipes de police qui s'apprêtaient à passer le flambeau au médecin légiste. Montrant son badge aux policiers qui constituaient le cordon de sécurité, Sam se dirigea droit vers l'officier en charge de l'enquête. Celui-ci était un homme d'âge mur, dont les cheveux noirs commençaient à se clairsemer de cheveux blancs. Ses yeux bruns, pétillants d'intelligence, étaient entourés de pattes d'oie profondes. Il avait un nez assez disgracieux, tordu comme s'il avait été cassé un jour dans sa vie mais sans avoir pu se remettre correctement, et surplombait une bouche aux lèvres fines et pincées. Il avait une fossette très prononcée et était rasé de près. Son uniforme était tiré à quatre épingles, et toute son attitude respirait le professionnalisme. Sam décida donc de réajuster sa cravate et se passa la main dans les cheveux avant de l'aborder. Il faudrait qu'il mette tous les avantages de son côté pour se faire passer pour un agent fédéral devant quelqu'un comme ça. Il n'eut pas besoin de lui adresser la parole, car l'homme se tourna vers lui, et fit un grand sourire dès qu'il l'aperçut.

"Les infirmières m'avaient bien dit que les fédéraux étaient déjà intéressés par l'affaire, dit-il en tendant la main au jeune Winchester. Inspecteur Richard Morrisson, pour vous servir. Je sais qu'un inspecteur d'une petite ville comme celle-ci n'a pas grand chose à apporter à un agent comme vous, mais si je peux vous être utile, faites-moi signe."

Sam fut tellement surpris devant tant de volontarisme qu'il resta interdit quelques secondes. Il se reprit rapidement quand il vit le regard de l'autre homme changer de confiant et ouvert à perplexe.

"J'ai rarement un accueil comme le votre, Inspecteur. En général, les forces de l'ordre locales essaient de nous faire partir de peur que le bureau ne leur pique leurs affaires, ce qui n'est jamais notre intention naturellement. Je suis ravi de coopérer avec vous. Qu'avez-vous appris pour le moment?

-Honnêtement, pas grand chose. La cause de la mort semble être l'asphyxie, mais on a retrouvé de l'eau dans sa gorge, vous voyez. Ca pourrait être une noyade mais... Vous voyez une façon de se noyer quand on est dans son lit?

-Non, en effet...

-Enfin bon, on attend les résultats de l'autopsie, vous voyez, pour vérifier la présence d'eau dans les poumons. Si c'est pas ça, on aura aucune piste, mais c'est mieux que l'inverse, vous voyez.

-Un crime impossible, ce n'est jamais très simple à résoudre, dit Sam sobrement comme si c'était un cas habituel pour lui (enfin, c'était un cas habituel pour lui les morts impossibles, mais pas pour un agent fédéral...bref, il fallait qu'il arrête de penser quand il était dans un rôle comme ça, il allait finir par s'embrouiller lui-même).

-Vous avez des sacrés euphémismes au bureau, vous, ricana Morrisson. Enfin, on a commencé à chercher dans les personnes qui pourraient avoir un mobile, vous voyez, mais tout le monde aimait ce type dans la ville!

-Alice Olsen n'avait pas l'air de le porter dans son coeur...

-Ah, mais la petite Alice, elle ne ferait pas de mal à une mouche. Depuis qu'elle est revenue de la guerre, elle est incapable de toucher une arme. A force d'avoir vu des horreurs, elle est devenue douce comme un agneau...

-Ce n'est pas un assaut avec arme à feu.

-Ouais d'accord, admettons. Comment elle aurait fait pour le noyer?

-On a pas encore exclu la thèse de l'asphyxie, rappela Sam.

-Okay, mais on ne peut pas rentrer dans l'hôpital sans passer devant le poste de garde. Le coupable est forcément quelqu'un qui est venu pendant la nuit. On va déjà commencer par ça.

-Je pense que c'est une bonne idée. D'ailleurs, il faudra demander au labo à demander une analyse toxicologique du corps pour exclure un empoisonnement, et je voudrais aussi que vous rajoutiez une analyse de l'eau retrouvée dans la gorge du défunt.

-Pourquoi l'eau ? demanda le policier surpris.

-Parce que ce n'est pas une solution efficace pour tuer quelqu'un. Donc on peut penser que l'eau n'est pas l'arme du crime, mais plutôt une mise en scène, expliqua Sam. Donc, elle doit avoir une valeur symbolique pour l'assassin. Je veux vérifier d'où elle vient, ce sera peut-être un indice.

-Comme vous voulez, M'sieur l'agent. Je vais transmettre ça aux gars du labo, et on vous tiendra au courant des résultats.

-Merci. Vous avez fouillé la chambre de fond en comble?

-Bien sûr, on a commencé par ça une fois qu'on a déplacé le corps. On a même vérifié que rien ne soit caché dans le brancard.

-Alors, ça a donné quoi?

-Absoluement rien. La chambre est ultra clean. Bon les gars de la police scientifique sont encore en train de passer la scène au peigne fin, vous voyez, des fois qu'il reste des cheveux ou ce genre de choses. Mais pas d'objets particuliers ou quoi que ce soit.

-Vous n'auriez pas retrouvé une sorte de petit sac dans la chambre ou sur la victime?

-Nan, ça me dit rien. Je pense que j'aurai remarqué un truc dans ce genre. Je vous dis, il n'y avait rien de plus que ce dont on peut s'attendre sur une personne hospitalisée. C'est à dire pas grande chose à part cette espèce de chemise qui vous laisse les fesses à l'air!

-Chef, on a trouvé quelque chose, lança un des techniciens de la police scientifique qui étaient en train d'examiner la chambre dans ses moindres recoins."

Comme un seul homme, Sam et l'inspecteur Morrisson se dirigèrent vers l'homme qui venait de parler pour voir la découverte. Sam espérait que ce soit un sac à maléfices, même s'il n'était au final pas sûr que la magie de Zoroastre demande les mêmes ingrédients que les sorts vaudous auxquels il était habitué. Il faudrait peut-être vérifier qu'aucun sigle n'avait été inscrit dans une matière qui serait invisible à l'oeil nu, ou seulement révélée dans des conditions particulières. Il fallait vraiment qu'il approfondisse sa connaissance de cette magie pour cette affaire, sinon c'était comme marcher à l'aveugle. Plongé trop profondément dans ses réflexions, il fut pris par surprise par la découverte de l'agent: du soufre. Tout simplement du soufre. A force d'être obnubilé par une magie inconnue, Sam avait totalement exclu l'intervention démoniaque. En même temps, après être venu sur place pour une histoire de fantôme, puis se rendre compte qu'on avait affaire à de la sorcellerie directement venue de la Perse antique pour enfin tomber sur un meurtre très probablement commis par un démon, personne ne pouvait lui reprocher de ne pas y avoir pensé. C'était comme si toutes les emmerdes surnaturelles avaient décidé de frapper en même temps, et il ne voyait vraiment pas comment elles pouvaient toutes être liées entre elles. D'un autre côté, si elles étaient indépendantes, c'était le fait d'une coïncidence bien trop énorme pour être crédible. Il y avait quelque chose de pourri au royaume de Danemark, pouvait-on dire. Mais il fallait absolument qu'il prévienne Dean qu'ils avaient un démon en plus sur les bras. Il dit à l'inspecteur de le tenir au courant des avancées de l'enquête, lui donna sa carte, serra la main de l'agent qui avait trouvé le soufre, le félicitant de son bon travail et de sa participation décisive dans une affaire de la plus haute importance et partit de la scène de crime. Il était heureux que les services de police de la ville soient aussi minutieux et compétents, mais il se dit que c'était sûrement lié au fait que pour une fois leur victime était un notable respecté et pas un marginal qui traînait trop tard le soir dans les ruelles obscures avant de se faire croquer par un quelconque monstre. Le seul souci, c'est que cette petite ville sans histoire semblait attirer l'attention des créatures maléfiques, et qu'il fallait désormais s'attendre à tout. Il s'apprêtait à remonter dans sa voiture quand quelqu'un lui attrapa le coude.

"Attendez, monsieur l'agent!"

L'homme qui venait de l'arrêter était essoufflé, comme s'il avait couru pour rattraper Sam. Il était penché en avant, main gauche sur le genou, main droite tendue devant lui pour dire à Sam d'attendre, reprenant son souffle comme il pouvait. Il portait une blouse blanche, ce qui semblait indiquer qu'il faisait partie du personnel de l'hôpital. Il était brun, le teint mat, les yeux sombres. Il était assez beau dans son genre, mais pas quand il était tout essoufflé, décoiffé et qu'il semblait avoir vu la mort, ce qui n'était peut-être pas si éloigné de la réalité.

"Monsieur l'agent, j'ai tout vu, et je peux vous dire que les policiers...Ils sont pas prêts à admettre la vérité, dit-il avec un fort accent indien.

-Qu'est-ce que vous avez vu, demanda Sam, intrigué.

-J'étais de service quand le directeur de l'école est mort. Je suis arrivé dans les premiers sur place, avant tout le monde! Et il était là! Il était là, cria-t-il en s'accrochant aux épaules de Sam, les yeux exorbités.

-Qui donc? Qui était là?

-Le sheitan, finit l'homme en un souffle. Il a été tué et emporté par le sheitan..."

L'homme avait l'air totalement paniqué et était bien loin de l'image du témoin fiable. Enfin, ce n'était pas exactement les gens les plus équilibrés qui étaient prêts à admette l'existence des démons et autres créatures surnaturelles. Sam décida de lui demander ce qu'il avait vu avant d'appeler Dean. Peut-être que d'autres membres du personnel avaient vu des signes avant-coureurs que la police n'aurait pas forcément relevés, comme des zones froides, ou des fluctuations des lampes électriques, enfin le genre de choses qui auraient pu indiquer la présence d'un démon. Peut-être qu'il était plus lié à l'hôpital qu'à la personne-même du directeur, mais bizarrement Sam n'y croyait pas. L'homme commença à le tirer vers une porte de service:

"On sera plus au calme pour parler. Le démon rôde encore. Les murs ont des oreilles, chuchota-t-il. Venez, venez, je vais vous expliquer, dit-il en tirant sur la manche de Sam pour l'inciter à le suivre."

Sam se laissa faire. Son interlocuteur ouvrit une porte qui menait vers un placard de réserves de fournitures médicales. Des étagères recouvraient toute la surface disponible sur les murs, remplies de boîtes de pansements, de seringues, ou de désinfectant. L'homme se dépêcha de refermer la porte derrière eux. Sans être exigu, le placard était loin d'être grand, juste suffisamment pour leur permettre de laisser une distance courte mais confortable entre les deux hommes qui se faisaient face. Sam saisit le bloc-note qu'il avait toujours dans la poche intérieure de sa veste et se prépara à écrire.

"Alors dites-moi ce que vous avez vu, commença-t-il simplement en relevant la tête pour regarder son interlocuteur dans les yeux."

Il sentit un frisson lui parcourir l'échine quand il vit le changement qui s'était opéré dans l'homme qui était terriblement terrifié à peine quelques instants auparavant. D'un geste leste, il verrouilla la porte du placard et se tourna vers Sam avec une lenteur exagérée et délibérée. Il se tenait beaucoup plus droit, et semblait dominer la salle même s'il restait plus petit que le chasseur. Quand leurs yeux se rencontrèrent, Sam eut la chair de poule et sentit sa gorge se serrer. Son interlocuteur avait les yeux entièrement noirs, et un sourire mauvais qui révélait des canines légèrement plus pointues que la normale. Quand il prit la parole, il n'avait plus aucun accent. Il avait une voix chaude, hypnotisante, mais il ne clignait jamais des yeux, comme si un être tel que lui n'avait pas besoin de tels actes tellement humains.

"Je pourrai vous raconter tout ce que j'ai vu...Enfin plutôt tout ce que j'ai fait...Mais vous êtes un jeune homme intelligent, commença le démon en lui tournant autour comme un rapace. J'ai puni un cancrelat comme il le méritait, tout simplement. J'ai fait oeuvre de justice, finit-il en ouvrant les bras et en rejetant la tête en arrière.

-Vous êtes un monstre, n'essayez pas de faire croire à l'inverse, lui cracha Sam au visage.

-Ah mais je ne cherche pas votre approbation. Que ferais-je de la compréhension d'un être tel que vous?

-Dans ce cas, pourquoi prendre votre temps à parler avec moi, demanda Sam à la défensive, en essayant de se placer plus proche de la porte."

Il se maudit intérieurement de ne pas avoir pris de sel ou d'eau bénite pour venir investiger. Il s'en voulut également d'avoir fait confiance comme ça sans se méfier. Et il était surtout totalement stupide de s'être laissé piéger dans un placard avec un inconnu, parce que même si ça n'avait pas été un démon, c'est typiquement le genre de choses qui ne peuvent pas bien se finir. Le démon secoua la tête, comme s'il était déçu de voir que Sam pensait pouvoir lui échapper comme ça. Il fit un simple geste de la main, et Sam entendit derrière lui un grésillement de métal qui chauffait. Il fit volte face pour voir la poignée de porte commencer à fondre.

"Il ne me semble pas avoir dit que vous pouviez partir. Alors que nous étions dans une discussion totalement civique, continua-t-il en envoyant Sam valser dans une des étagères d'un simple geste de la main. Mais vous autres chasseurs, vous ne comprenez que la force, continua-t-il en l'envoyant sur le mur d'en face. Vous avez beaucoup de chance que j'ai besoin de vous, finit-il en le plaquant contre le dernier mur qui faisait face à la porte."

Sam commençait à avoir des étoiles qui lui dansaient devant les yeux. Il avait heurté l'arrière de son crâne sur les étagères et ses oreilles bourdonnaient. Il était plaqué contre le mur par une force invisible et implacable. Il sentait chaque mouvement de la main du démon qui faisait légèrement varier la pression sur la cage thoracique du jeune Winchester. Il se dit que si jamais le démon s'emportait, il lui briserait les côtes sans même s'en rendre compte. Il préférait ne pas y penser. Il se dit aussi qu'il n'avait au final pas pu prévenir Dean, et qu'il n'en aurait peut-être pas l'occasion en fin de compte.

"Enfin, maintenant que vous êtes bien installé, nous pouvons reprendre. Je disais donc que j'avais besoin de vous. Figurez-vous que j'ai essayé de demander à votre...partenaire? Amant?

-Frère, dit Sam entre ses dents serrées.

-Ah, frère. Oui, c'était l'autre option. Bon, on va dire que les liens fraternels suffiront. Bref, j'ai essayé de lui dire de partir. Vous voyez, j'étais bien tranquille dans cette ville avant cette arrivée. Vous m'avez forcé la main. Ce mort...Son sang est sur vos mains.

-Vous avez fait le choix de le tuer. N'essayez pas de faire croire autre chose.

-Oui, évidemment, et j'y ai même pris du plaisir. Mais je l'aurai fait à un autre moment si vous n'aviez pas été là. On va dire que vous m'avez précipité. Mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas tout presser, il y a un timing dans ce genre de choses. Donc j'ai besoin de faire diversion. Vous voyez où je veux en venir.

-Si vous me tuez, Dean ne s'arrêtera jamais avant de vous avoir tué!

-Mais je ne compte pas vous tuer. Enfin, pas tout de suite. Ca ne dépend de toute façon pas que de moi. Mais plutôt de votre frère au final. Je vous explique rapidement: je vous met dans un endroit un petit peu éloigné, mais pas trop que je puisse venir vous surveiller régulièrement. Votre frère sera trop préoccupé par votre sécurité pour continuer à me mettre des bâtons dans les roues. Une situation gagnant/gagnant. Alors évidemment, je ne vais pas vous raconter mon plan. C'est le genre de choses stupides qui va simplement m'attirer des ennuis. Mais pour vous dire que pendant votre captivité, je n'ai aucun intérêt à vous faire du mal, tant que vous restez bien sage.

-Vous croyez que je ne vais rien faire pour me libérer?

-Non, évidemment je vais prendre quelques assurances. Si vous me permettez..."

Le démon fouilla dans la poche intérieure de la veste de costume de Sam et récupéra le bloc-note. Il fit apparaître un petit couteau entre ses longs doigts fins et le fit tourner d'un air pensif. D'un coup sec, il lui attrapa la main et lui entailla. Il fit glisser son doigt le long de la blessure, récupérant le sang qui perlait. Puis il commença à tracer un symbole sur le papier avec adresse et rapidité. Il chantonnait dans une langue inconnue pendant toute la durée de l'opération. Il tendit le papier avec un grand sourire à Sam, avant de changer d'avis et de le remettre dans sa poche inté garda le bloc notes. Puis il lécha son doigt et dit à voix basse:

"Hummm, goût..intéressant. Tu vas m'être plus utile que je ne le pensais petit, finit-il en lui tapotant doucement la joue. Voilà qui va être intéressant..."

Il lui caressa doucement la joue d'un air pensif. Puis d'un geste, il fit voler tous ses faux papiers d'identité et son téléphone portable directement à ses pieds. Devant le regard interrogatif de Sam, il haussa simplement les épaules.

"J'ai bien besoin d'une preuve que je t'ai sous la main pour convaincre ton frère, tu sais.

-Et juste avec ça?

-Non, naturellement pas."

Il saisit brusquement la main blessée de Sam et la pressa, rouvrant la fine estafilade pour refaire couler du sang. Il frotta le dos de sa main sur les faux papiers, les couvrant de sang.

"Voilà qui devrait être suffisamment dramatique pour Dean. Si vraiment il ne veut pas, j'aurai peut-être besoin d'un doigt ou d'une oreille...Je plaisante, rajouta-t-il devant l'air atterré de Sam. Enfin, si vraiment Dean ne me croit pas...Dans tous les cas, cher Sam, profite bien de ton séjour dans ta nouvelle maison."

Un grand portail s'ouvrit au sol en plein milieu du placard, entouré d'un cercle de feu dont les flammes changeaient de couleur entre le bleu, le vert et le jaune, ondulant comme des serpents. Au centre de ce cercle, une tâche noire parsemée de lumières comme des étoiles, comme une porte vers le ciel nocturne s'agrandissait petit à petit. Un bruit très doux en sortait, comme le tintement d'un verre de cristal dont la fréquence se modulait avec le temps. Sam était absorbé par la beauté du portail, faisant abstraction qu'il ne savait pas du tout où il allait atterrir quand le démon allait le jeter au travers de la porte dimensionnelle. Il n'eut pas longtemps à attendre. Le démon lâcha d'un coup la pression qu'il exerçait sur Sam et qui le maintenait au sol, et il tomba en avant avant d'avoir pu rétablir son équilibre Quand il entra en contact avec le portail, Sam hurla, et le dernier bruit qu'il emporta avec lui dans l'inconscience, ce fut le rire hystérique du démon qui avait réussi à le piéger.


Dean était resté encore à surveiller la maison de Alice Olsen un petit moment après l'appel de son frère. Quand l'aube commença à pointer dans le ciel, il décida de retourner au motel pour retrouver Sam et mettre à plat ce qu'il avait appris en se rendant sur place. Il se faisait la remarque que cette affaire était vraiment étrange. Rien de ce qu'ils utilisaient comme méthode habituelle ne semblait fonctionner. Il fallait qu'ils remettent tout ce qu'ils avaient appris à plat, et ils trouveraient peut-être une solution plus évidente. Il y avait forcément une méthode, forcément un moyen de prendre cette pelote par le bon bout pour dénouer le problème. Mais à chaque fois que Sam partait faire quelque chose de son côté, il n'avait pas de nouvelles pendant des heures. Il faudrait vraiment qu'il rappelle à Sammy qu'ils devaient rester en contact tout le temps quand ils se séparaient pendant qu'ils travaillaient sur une affaire, surtout quand on allait enquêter sur un meurtre très probablement surnaturel. De toute façon, même en général il n'aimait pas quand son petit frère ne lui donnait pas des nouvelles à intervalles très réguliers. Il rouvrit son portable pour la troisième fois en à peine une minute, et jura quand il vit qu'il n'avait toujours pas de messages de la part de Sam. Il décida de rentrer au motel et il partirait à la recherche de son géant de petit frère à partir de là. Il n'arriverait de toute façon pas à dormir tant qu'il ne serait pas fixé sur où était son frère. Il s'inquiétait toujours terriblement pour ce gamin, probablement trop. Raisonnablement, il savait que Sam n'était pas sans défenses. Mais dans sa tête, il devait protéger Sammy contre tout ce qui pourrait lui faire du mal.

Il commença à vraiment s'inquiéter quand il vit en arrivant que la porte de leur chambre était ouverte. Il sortit un pistolet et entra dans la chambre avec précautions. Il balaya la pièce du regard, fouilla les recoins mais ne vit personne. Quand il fut sûr qu'il était seul, il remit le pistolet dans son dos en le coinçant dans la ceinture de son jean. Son regard fut attiré par un sac de cuir, à peu près de la taille d'un sac à main, posé sur le lit de Sam. Il s'avança à grandes enjambées et attrapa le sac. Il ne le reconnaissait pas. Il l'ouvrit et en vida le contenu sur le lit. Son sang se figea dans ses veines quand il vit tomber le téléphone qu'il reconnut être celui de Sam dont l'écran était désormais fissuré. Il commença à trembler quand il vit les faux papiers de Sam qui le présentait comme un agent du FBI au monde, et plus encore quand il vit la traînée de sang qui les maculait. Il essaya de lutter contre les larmes qui menacaient de gagner, mais il n'arriva pas à arrêter de trembler, autant de peur pour son frère que de rage pour celui qui avait apparemment osé lui faire du mal. Il vit également un papier un peu jauni par le temps qui était plié au fond du sac. Il s'en saisit, le déplia et vit que c'était une lettre qui lui était adressée. L'écriture était propre et nette, sûrement tracée avec un stylo plume de qualité moyenne (on pouvait voir quelques bavures sur certaines phrases). Pour autant, elle semblait forcée, comme si la personne qui l'avait écrite n'avait pas l'habitude de notre alphabet. Son auteur avait écrit en lettres d'imprimerie, et pas en cursif, ce qui semblait accréditer cette théorie. Il retourna le papier, il n'y avait rien d'inscrit au dos, ni rien en filigrane dans le papier. Il s'assit au bord du lit, prit une grande inspiration et commença sa lecture:

Cher Monsieur Dean Winchester (oui votre frère m'a dit qui vous étiez),

Vous n'avez pas pris en compte l'avertissement que je vous avais donné de partir avant qu'il ne soit trop tard. J'ai donc été contraint d'utiliser des moyens de persuasion que je pense plus efficaces. J'espère que les documents que je vous ai déposé dans votre chambre vous convaincront de mon extrême sérieux dans cette affaire. Je vous propose un jeu. Vous avez trois jours pour retrouver votre frère. Je l'ai laissé dans un endroit sécurisé, mais sans eau. C'est une course contre la montre en fonction de son endurance. Si vous voulez le retrouver vivant, vous allez devoir vous focaliser sur sa recherche. Si vous préférez continuer à fouiller dans des histoires qui ne vous regardent pas, je m'assurerai de vous envoyer son cadavre pour que vous puissiez lui rendre les derniers hommages,

Cordialement, un homme qui vous veut du bien.

Avec un hurlement de rage, Dean froissa le papier et le jeta contre le mur d'en face.