Titre : les travaux de la chair
Auteur : ylg/malurette
Base : Avatar: The Last Air-bender
Personnages/Couples : Aang(/)Katara, divers, OCs
Genre : gen/drama/wtf
Gradation : PG-13 / T
Disclaimer : propriété de Bryan Konietzko, Michael Dante DiMartino et Nickelodeon ; je ne cherche si à manquer de respect ni à tirer profit.

Thème : « chair »
Avertissement : bétail humain à pedigree
Note : et encore, dans la première version, j'utilisais plusieurs soeurs septuplées de Ty Lee dans cette usine à vie, avant de me dire que le fait même qu'elles soient septuplées à la base me cassait le cerveau, et que ça allait me poser des problèmes de cohérence question années écoulées en prime
Continuité/Spoil éventuel : post série, incompatible avec Korra et probablement avec les comics aussi
Nombre de mots : 2000+

oOo

En demandant l'avis d'historiens de la Terre sur la propagande de la Nation du Feu concernant les Nomades de l'Air à l'époque de Sozin et sur les bribes récupérées ici et là et en comparant leurs théories à ses souvenirs, Aang reconstitue ce qu'il peut de son ancienne culture. Qu'il le veuille ou non, il l'en récupèrera jamais tout. Trop a été à jamais détruit et lui-même, dans sa façon de penser, d'être l'Avatar et d'avoir tant voyagé au sein d'un groupe multi-culturel, il s'est en quelque sorte métissé. Ses enfants non plus ne seront pas entièrement de l'Air. Pas ceux qu'il a avec Katara.
Quant à ceux qu'il pourrait obtenir d'autres femmes, de ces nouvelles nonnes…

Cette possibilité est un ver qui ronge le fruit du cœur de Katara. Car si Aang l'a choisie, il n'est pourtant pas censé former d'attachement envers une seule épouse et elle sait combien qu'il espère reformer son peuple. Et ce n'est pas leur seule petite famille qui y suffira. Il a beau jurer du contraire pour l'instant, elle craint déjà que d'ici quelques années, s'il tient si fort aux préceptes de son peuple, il renonce à un attachement exclusif envers elle. Et elle ne sait pas s'il comprendra combien ça pourra la blesser.

Les négociations à avoir pour s'adjoindre des maîtresses reproductrices promettent d'être âpres. Il est loin d'être donné que les plus prometteuses acceptent, et Katara n'arrive pas à se faire à cette idée. Tout en sachant qu'elle n'a pas le droit de souhaiter à Aang qu'elles échouent…
Ty Lee elle-même refuserait, au nom de cette même liberté d'esprit et de corps qui fait d'elle ce qu'elle est. Ses sœurs qui n'ont pas encore d'attachement spécial quant à elles ne le connaissent pas, elles ne lui doivent rien, et elles le voient encore comme un ennemi de leur Nation, celui qui a vaincu leur Seigneur précédent et à cause de qui le nouveau les dépossède de leurs colonies.
Mais si elles refusent, combien à côté au sein des Royaumes de la Terre, parmi les nomades apatrides, les réfugiés des Temples, ou dans le Marais des Brumes, seront toutes prêtes à s'offrir à l'Avatar ? Plus que Katara n'aurait cru. Et qui soient effectivement compatibles ? Elles ne savent pas encore.

Dans le village de Suki où la Terre se mêle déjà à l'Eau, Aang possède déjà de nombreuses admiratrices, certaines qu'elles pourront facilement se mêler également à l'Air. Et même au sein du Feu on trouve quelques illuminées qui continuent à classer les quatre éléments par ordre d'importance et se croient supérieures à l'Eau et à la Terre, mais depuis la défaite placent désormais l'Air encore au-dessus et pour faire bonne figure se réclament d'un héritage passé, sans doute imaginaire. Mais comment savoir quelles graines les Nomades ont pu planter au sein des autres nations… Aang les idéalise et les décrit comme des moines à la grande spiritualité, détachés de l'amour particulier, peut-être, mais dans sa jeunesse et sa naïveté que sait-il des tiraillements de la chair, lui qui ne les éprouve pas encore et qui ne connait pas lui-même toutes les subtilités de la culture de ses propres ancêtres ? Comment nier avec certitude qu'aucun n'aura pris une maîtresse occasionnelle ou deux pendant ses errances et n'aura pas laissé quelques souvenirs héréditaires dans les villages visités ?
Un fanclub se forme pour se proposer pour porter ses enfants, à offrir ensuite à un Temple à rebâtir.

La mère de Mai elle-même, toute à sa poursuite de la gloire, essaie de faire valoir ses liens d'affection avec Ty Lee et une lointaine parenté émergeant en son fils Tom Tom : ses yeux gris, son désir de liberté et d'indépendance qui l'avait poussé à suivre l'Avatar lors de leur rencontre à Nouvelle Ozai, avance-t-elle… ça veut sûrement dire quelque chose, et si Aang projette de monter une école de maîtrise de l'Air, ne devrait-il pas le prendre comme premier élève ? Aang, son entourage et Mai elle-même concluent que c'est un tas de billevesées, mais il ne va pas refuser net sa candidature, ça semblerait méchant. Si Tom Tom lui-même est assez grand pour accepter d'essayer, il lui enseignera les bases, et si comme il le pressent l'enfant ne montre aucune aptitude, ça le confirmera.

Une de ces filles trop exaltées qu'Aang a repoussées a décidé de prouver le sérieux de sa vocation en accomplissant un pèlerinage tout autour du monde à pieds. Elle en revient après rencontré maître Pathik, porteuse des nouvelles de sa mort physique et de son enterrement en plein ciel. Mais avant de s'éteindre il lui a appris la maîtrise des chakra, de celui qui maîtrise les fonctions biologiques à celui qui ouvre l'esprit à l'univers entier… et il lui a laissé un souvenir de cette chair dont il tenait à se détacher.
Katara l'accueille et veille sur elle comme si elle était une réfugiée quelconque ; son état n'étant pas dû à Aang elle n'a aucune raison d'être jalouse, et la fille ne tirant aucune fierté particulière, plutôt une impression de devoir à accomplir, elle la prendrait même plutôt en pitié. Quelques mois plus tard, ce sont des jumelles qu'elle met au monde, en parfaite santé… et qui montrent toutes deux très tôt des aptitudes manifestes à la maîtrise de l'air.

Aang prend cela comme un signe. Malgré ses rêves de reformer les Temples il sait comme Katara qu'ils ne pourront pas forcer leurs deux fils à épouser ces deux fillettes quand ils seront tous adultes juste parce qu'ils seraient les seuls. Il espère que non, mais il y aura toujours une possibilité pour qu'ils n'acceptent pas de faire partie de la culture qu'il fait de son mieux pour leur inculquer. Pour leurs futurs devoirs comme pour leur bonheur personnel il leur faudra à tous plus de choix potentiels afin de faire le bon.
Résignée, Katara accepte qu'Aang fasse ce qu'il faut. Mais elle le fermera pas les yeux dessus. Elle veut pouvoir y rester associée.

Elle élève ses propres enfants, soigne les orphelins recueillis qui commencent à peupler les Temples en attendant d'être assez grands pour commencer à parcourir le monde, découvrir les cultures des uns et des autres peuples et choisir de s'arrêter en une place ou de continuer à voler où bon leur semblera. Elle est aussi responsable des jeunes Bisons Volants, d'étudier leur vie, leurs mœurs… encourager les accouplements, assister les nouvelles naissances et suivre soigneusement les lignées qui en sortiront. À sa grande consternation, chaque fois qu'ils viennent sur le dos d'Appa retrouver leur seul mâle reproducteur et le mener à l'une de ses sœurs, il rechigne à la besogne… parce qu'il préfèrerait porter ses assiduités vers Appa elle-même. Il y a quelque chose de bien mal parti dans ce plan, craint-elle.

L'industrie de la chair la remplit d'un profond dégoût, mais elle préfère se charger elle-même de la superviser pour que ça se passe de la façon, espère-t-elle, la moins pire possible, et parce que ça serait encore plus affreux de ne pas savoir et de juste imaginer. Aang et ses suivantes sont censés être détachés de tout et faire ça mécaniquement, mais elle non, malgré les années passées à côtyer cette culture elle n'y adhère toujours pas.
Les nonnes acceptent de mettre au monde des enfants qu'elles n'élèvent pas elles-mêmes, et selon leurs aptitudes d'éduquer des enfants qui ne sont pas les leurs, la seule présence constante dans la vie des unes et des autres étant Katara qui préside. Elle est celle qui accompagne l'Avatar et le Bison Mère tout autour du monde, qui les visite, qui les conseille, qui les soigne, qui leur enseigne les choses de la santé et de la naissance. Puisqu'elle est une excellente guérisseuse et une sage-femme accomplie, qui serait mieux placé qu'elle pour cela ? Elle est même capable de favoriser la fécondation et même la gemellité tout en diminuant les risques associés et en facilitant le déroulement de tout.

Quand vient le temps d'une cérémonie, elle prépare la nonne puis elle reste à l'extérieur de la pièce, derrière un rideau, dans une zone d'ignorance relative. Elle refuse de savoir s'ils le font debout ou allongés sur l'autel, de dos ou de face, pour de vrai comme des bêtes ou par maîtrise de l'eau en
guidant les fluides sans contact direct de la chair. Elle ne rentre que lorsqu'Aang s'est retiré et la veille ensuite. Après le départ du Maître ce sont des affaires de femmes seulement et qui ne le concernent lui pas plus loin que ce don, ces quelques gouttes. Son tour viendra quand les enfants seront en âge d'apprendre l'Air.

Elle pensait que ça lui laisserait le contrôle, mais elle se sent au contraire sale d'avoir participé à cela, et pourtant elle refuse de renoncer à cette position. Car avec ou sans elle ça arrivera tout de même, et elle a l'orgueil de croire qu'elle est toujours plus compétente que les élèves commères, infirmières et nourrices qu'elle forme. Elle surveille les gestations et assistent aux naissances, qui se déroulent debout, suspendues à un support ou appuyée à un autel consacré mais jamais allongées ; les vieux traités retrouvés sont formels là-dessus. Et elle laisse traiter ces humaines comme du bétail au nom de leurs idéaux…

Katara est heureuse de savoir que ses propres enfants ne font pas partie de ce troupeau.
Est-ce juste d'embrigader des orphelins dans cette culture qu'ils réassemblent à partir de pas grand' chose, de les former à n'avoir aucune famille, aucun attachement à part envers l'Avatar, le Maître de l'Air ; de s'attendre à ce que les fillettes dont il n'est pas le père biologique même si spirituel, acceptent une fois devenues adultes le devoir de lui donner à leur tour des enfants, à lui directement ou à ses fils qu'il va privilégier par rapport aux autres garçons présents ?
C'est moins difficile pour Kaya que sa maîtrise de l'eau met à part : elle appartient au peuple de sa mère. Kuzon adoré ne se rend pas encore compte de l'animosité larvée qu'il peut s'attirer. Et c'est terrible pour Tenzin qui voulait tant plaire à son père, qui se dévoue à ses études, travaille sa spiritualité jusqu'à devenir un expert local sur les rituels relatifs aux esprits… sans aucune reconnaissance. Pour son professeur il accomplit exactement ce qui est attendu de lui, pas plus. Même si son père ne prononce pas les mots qui le condamnerait, il accomplit même moins qu'espéré en n'étant pas un maître, tout le monde les entend.
Aang craint que ses deux aînés, la première maîtrisant l'eau, le second rien du tout, soient une punition envers l'attachement terrestre égoïste qu'il a formé avec Katara, la famille qu'elle souhaitait et qu'il a accepté d'avoir. Et quand les enfants qu'Aang engendre en faisant taire ses regrets ou ses espérances, en grandissant, présentent pas tout à fait une moitié de réussite concernant la maîtrise de l'air, Tenzin se demande bien pourquoi alors son jeune frère, d'une naissance encore plus égoïste que lui-même, non ? fait partie de la « bonne » proportion et lui de la « mauvaise ». N'est-ce que le hasard, de la malchance, ou une malédiction pour le premier et une récompense pour le second… mais alors de quoi ? Lui tout lui réussit !

Tenzin finit par craquer et rejeter en vrac tout ce cérémoniel inutile. L'air, la liberté ? Des chaînes invisibles qui pèsent plus lourd que roches ou métal, oui. Même les royaumes de la terre ne lui font pas envie ; leurs trop grands espaces lui donnent l'impression d'y être vulnérable au lieu de suffisamment isolé pour que plus rien ne l'atteigne. Il a tenté d'errer de-ci de-là mais craignait sans cesse de croiser d'autres de ces nouveaux Nomades. Non, les grandes plaines avec des cieux ouverts sont dangereux, s'il veut se cacher. On lui a parlé de la librairie engloutie sous le sable du désert, mais même le savoir qui était son arme autrefois, il n'en veut plus aujourd'hui.
Pour finir, il s'exile dans le marais des brumes et y cherche l'oubli. Même ce marais, depuis quelques années, s'est en partie ouvert et entretient des relations étroites avec l'Avatar, il sait qu'on ne viendra plus l'y chercher, qu'on n'essaiera pas de l'en rejeter. Au cœur de cet endroit qui professe que tout est connecté, temps, espace et être, que toute séparation est illusoire, il trouve quand même moyen de se couper de tout. Il n'en ressortira plus, se promet-il. Il ne sera pas un second gourou Pathik, il rejette la connaissance accumulée et garde sa soi-disant sagesse pour lui seul désormais.

Si Aang prend cette fuite avec le détachement voulu, se forçant à affirmer que c'était sans doute son destin, sa place, et qu'il y accomplira de bonnes choses, Katara en revanche ne l'accepte pas si facilement. C'est tout de même son fils qui s'exile, qui coupe les ponts avec eux ! Pour la première fois, Kuzon s'interroge sur son statut officieux d'élu ; s'il avait été à la place de son frère, est-ce qu'il aurait fui lui aussi ? Et Kaya, en bonne fille, en sœur dont l'affection se voyait ignorée, prend naturellement le parti de sa mère. Les voilà adultes désormais, près à faire leurs propres choix de vie. Tenzin a fait le sien, si douloureux soit-il. Kaya préfère désormais se tourner vers la tribu de sa mère, espérant qu'ils l'acceptent sans la considérer comme trop étrangère.

Quant à tous ces enfants nés d'Aang et de tant de mères différentes, à moitié frères et sœurs par le sang et avec une notion complètement différente par le cœur, Katara espère ne plus être là dans la dizaine d'années qui leur reste pour savoir ce qu'ils choisiront de faire, de poursuivre leurs rituels entre eux ou de recruter des étrangers. Elle n'a fait que déplacer le problème d'une génération ; même si elle regrette de s'être laissée embarquer là-dedans elle s'est trop engagée pour renoncer, encore moins faire demi-tour, et maintenant il est trop tard pour pleinement se laver les mains des conséquences.