Helloooooo comment allez-vous bien ... ?
Bon, je vais faire court aujourd'hui, juste vous dire merci car plus d'une centaine de reviews en 3 chapitres, je sais pas si j'ai déjà fais un aussi bon démarrage pour une fic ^^ Alors : MERCIIIIIIIIII !
Et j'espère garder votre attention avec cette suite !
Comme vous vous en êtes douté(e)s : Emma a accepté (sinon la fic aurait été bien courte XD). Maintenant à voir les conditions dans lesquelles va se dérouler cette joyeuse mascarade car, je vous le dis, elle sera joyeuse ^^
Première sortie pour notre faux couple et vous en apprendrez un peu plus sur leur histoire respective ...
ENJOY
Balade
Emma avait reçu un message de Gina dès le lendemain matin avec un lieu et une heure de rendez-vous. Le message était tellement impersonnel qu'il en fit rire la jolie blonde : elle recevait ce message comme un chien recevait un ordre. Il était hors de question qu'elle y réponde sans faire comprendre à Gina que, même si les termes du contrat avaient spécifié qu'elle devait répondre présente à ses exigences, elle n'en était pas non plus sa bonne a tout faire.
Alors quand elle arriva au point de rendez-vous, elle soupira en découvrant un pub quasi vide, à l'exception d'une brunette à lunettes de soleil, presque cachée dans un coin. Elle s'avança et s'assit en face d'elle.
- Sympa le déguisement … ironisa Emma
- Très drôle. Vous êtes en retard.
- Désolée, mais Santa Monica est à plus de 20minutes de chez moi …
- 20 minutes ? Mais ou habitez-vous ?
- Pas à Beverly Hills en tout cas.
Gina grimaça à l'ironie visible de la jeune femme et préféra changer de sujet :
- Zelena a fait courir la rumeur auprès des paparazzis comme quoi nous nous promenions souvent sur cette plage. Ils s'attendent donc à nous y voir ensemble aujourd'hui.
- Alors, ça y est : c'est la grande première !
- Ne soyez pas si frivole. Il va falloir tenir sur la distance …
- Ayez confiance.
- Au fait, vos versements se feront après chaque prestation.
Emma fronça les sourcils puis sourit.
- Pourquoi souriez-vous ?
- Tout ne tourne qu'autour de l'argent.
- Je vous signale que c'est vous qui ne cessez de rabâcher que vous avez besoin d'argent, sermonna Gina
Cette façon qu'avait la jeune femme de stigmatiser son métier comme quelque chose de futile ne tournant qu'autour des apparences et de l'argent l'agaçait légèrement. Mais en même temps, pouvait-elle la blâmer ? Toute cette mascarade tournait autour des apparences et d'une question d'argent.
- Pouvons-nous, nous mettre en marche ?
- C'est tellement spontané, ça m'émeut, ironisa Emma avant de se lever et de prendre le pas de Gina.
Les deux jeunes femmes marchèrent donc sur la Marina bordant Santa Monica, cote à cote mais silencieusement. Emma était émerveillée par le paysage : une longue étendue de sable blanc, une mer scintillante aux reflets dorés d'un soleil ardent, un paysage bien loin de sa contrée natale qu'était le Maine.
Parfois son épaule frôlait celle de Gina, vers qui elle jetait de temps à autre des regards furtifs : la belle brune, derrière ses larges lunettes de soleil, semblait fixer seulement l'horizon, mais qui pouvait savoir ce qu'il se passait derrière ces lunettes ?
Emma voulait en savoir plus, savoir qui était réellement miss Mills ? Quel n'était pas le meilleur moment que cette balade au bord de mer là où la jeune femme ne pourrait fuir ?
- Dites … Vous avez toujours habitez ici, à Los Angeles je veux dire ?
Elle discerna un discret sourire aux coins des lèvres de la jeune femme :
- Pas du tout. Je suis New Yorkaise, je suis née à Manhattan et j'ai grandi dans le Bronx.
- Woah, ça doit vous changer …
- Je me suis battue pour ce en quoi je croyais.
- Vous avez toujours pensé que vous seriez actrice ?
- Oui, je l'ais toujours su. Il y a des impressions comme lorsqu'on oublie quelque chose avant un grand départ, cet instinct … Moi, je savais que j'étais destinée à quelque chose de plus grand que d'être une simple caissière à la supérette du coin.
- Je vois … Alors vous avez trouvé une bonne étoile.
- J'ai forcé le destin. Ma famille … N'a jamais été très artistique, ils ne comprenaient pas mon envie d'ailleurs. Moi j'étais éblouie par les paillettes, les strass, les projecteurs … Je voulais être Marilyn, Grace ou encore Audrey Hepburn. Je voulais être célèbre, ne pas croupir dans mon immeuble au fin fond d'un quartier lugubre.
- Comment avez-vous atterri ici ?
- J'ai eu de la chance. J'étais au lycée quand un homme chercha une jeune fille d'origine hispanique pour un rôle. J'ai postulé, j'ai été retenue et lors du casting national, j'ai remporté le rôle. Seule ma sœur fut heureuse pour moi. Mes parents désespéraient … Je me suis rendue alors à Los Angeles pour tourner le film … Puis j'ai enchainé avec un autre, puis un autre … Et finalement, j'ai arrêté de faire des allers et retour et je suis restée ici.
- Et votre sœur vous a suivi ?
- Elle a juste eu le temps de finir ses études de Droits avant de me rejoindre et de devenir mon agent. Elle a veillé sur moi alors que ma famille s'est détournée de moi.
- Je suis désolée …
- Il n'y a pas de quoi. J'ai fais un choix et j'ai été heureuse avec cette décision. J'ai enchainé les films et tout ce que je désirais s'est réalisé : j'ai goûté au succès, j'ai participé aux soirées mondaines, j'ai été couverte de paillettes et de strass, j'étais heureuse.
- Vous employez le passé …
- J'ai beau vouloir le nier … Les choses ont changé.
- Au point de jouer avec une inconnue le rôle d'une lesbienne éperdument amoureuse ? ironisa Emma
- Oui, à ce point-là. Ma notoriété n'est plus la même.
- Pourquoi à votre avis ?
- J'ai vieilli, répondit-elle simplement, un triste sourire sur les lèvres.
- Vous êtes plutôt pas mal pour une vieille actrice sur le retour …
- Mais pas assez bien pour l'industrie du cinéma qui ne cesse de demander de nouvelles têtes, de nouvelles égéries, galvanisant les jeunes filles. Il leur faut du sang neuf, et moi je ne rajeunissais pas. Bientôt d'autres m'ont remplacée, me rencardant qu'aux seconds rôles … Et me voici maintenant, luttant pour une notoriété nouvellement retrouvée, basée sur un mensonge.
Emma aurait voulu faire un jeu de mot, aurait voulu se moquer, mais en un sens, elle comprenait le désarroi de la jeune femme. Elles continuèrent alors à marcher quelques minutes avant que ça ne soit au tour de Gina de poser des questions :
- Et vous, quelle est votre histoire ?
- Oh moi, rien de bien exceptionnel : petite gamine née à Boston et dont les parents décident de vivre d'autre chose. Ils partent au fin fond du Maine. Ma mère est instit et mon père shérif du patelin où ils habitent.
- Comment vous êtes-vous retrouvée gouvernante à Los Angeles ?
- J'ai … Fais des conneries.
Gina haussa un sourcil mais se tut, prête à entendre le reste de l'histoire.
- J'étais jeune et j'ai rencontré le mauvais garçon … On … On a fait des conneries qu'on a pas toujours assumé. J'ai fais un peu de taule et …
- … Pa… Pardon ? De la prison ?
- Ah oui, je vous avais pas dis que votre future copine était une ex taularde ?! sourit-elle. Ne vous inquiétez pas, je n'ais tué personne.
- Pour quoi alors ?
- Pour des vols mineurs dans des supérettes … Je vous assure que je n'en suis pas fière.
- Vous avez un casier ?
- Certainement … Enfin je crois.
- Comment avez-vus obtenu un poste dans un Hilton avec un casier ?
- J'étais mineure au moment des faits. Mon casier est vierge depuis.
Emma nota la grimace de Gina
- Hey, si ça vous gêne …
- … C'est juste que les journalistes trouveront.
- Trouveront ? Trouveront quoi ?
- Votre casier, vos antécédents. Ils mettront cela à jour et vous perdrez votre emploi.
Emma lâcha un rire cristallin en se tenant la poitrine :
- Vous êtes toujours aussi fataliste ?
- C'est ce qu'il se passera, vous verrez. Vous n'aurez plus le contrôle sur votre vie, les journalistes s'en empareront. Ils déformeront les choses, en amplifieront certaines, en nieront d'autres … Votre entourage apprendra des choses qu'il n'était pas sensé savoir … Le moindre secret sera révélé …
- Ca sent le vécu …
- Malheureusement.
Emma fronça les sourcils et s'arrêta, obligeant Gina à faire de même :
- Quoi ?
- Vous saviez tout ça, tout ce que ça impliquerait de me montrer aux yeux du monde entier, mais vous avez quand même accepté de faire ça. C'est … égoïste.
- Je vous rappelle que c'est vous qui avez insisté. J'avais dans l'idée de provoquer une fausse rupture. Vous avez insisté, vous vouliez de l'argent.
Emma soupira alors et se passa une main dans ses cheveux, grognant.
- Avez-vous caché quelque chose à votre famille ?
- Non … Ils sont au courant de tout …
- Alors de quoi avez-vous peur ?
- Ils n'ont jamais imaginé que je puisse être gay. C'est même quelque chose d'insensé pour eux.
- Homophobes ?
- Quoi ? Non, non, pas du tout. Ils sont justes … C'est juste que je quitte le Maine et quelques années plus tard, ils vont me découvrir lesbienne … Elle soupira alors. Quand on regarde des magazines et ce genre d'articles, on n'imagine pas les répercussions que ça peut avoir pour la personne prise en photo, sa famille, ses amis …
- J'ai vécu avec ce genre de choses. Ce qui vous choque aujourd'hui, j'y suis habituée depuis toujours.
- Comment on fait pour l'accepter ?
- J'ai dis que j'y étais habituée, pas que je comprenais. Ecoutez, il est encore temps de tout arrêter. On peut dire que nous arrangions notre rupture sur cette plage …
Emma fixa alors Gina et resta immobile, comme si elle ne respirait plus :
- Je … J'ai besoin de cet argent.
Gina soupira alors, bataillant entre son droit de réserve et sa curiosité. Mais après tout, si elles étaient amenées à se voir souvent, il fallait bien crever l'abcès.
- Je … Je ne vous ferais pas l'affront de vous demander pourquoi vous avez tant besoin d'argent mais …
- J'ai divorcé, il y a cinq ans. Cette situation m'a désorienté et … M'a laissé avec des problèmes d'argent qui se sont amoncelés. Je me suis endettée et j'ai failli retomber dans mes travers.
- Votre ex mari ne peut pas comprendre que …
- … Il est mort, il y a trois ans maintenant.
- … Oh … Désolée.
- Notre couple était voué à l'échec de toute manière. Nous nous sommes mariés jeunes, trop jeunes. On était bien plus des amis que des amants. Et même si on pensait qu'on était sur la même longueur d'onde, on a fini par comprendre qu'en se mariant on s'était enfermé dans ce qu'on craignait le plus : la routine. Lui était un globe trotteur, moi j'avais la bougeotte aussi. Nous n'étions pas fait pour être ancrés à un lieu, une maison … Nous n'étions même pas faits pour être ancrés l'un à l'autre. Le mariage même n'avait pas été une grande dépense mais … les achats à coté comme une voiture, un appart' … Au final nous nous sommes quittés 5 ans après notre mariage. Il m'a laissé complètement ruinée.
- Et vos parents ?
- Ils … Nous … Ils n'ont jamais accepté mon mariage. Ils nous trouvaient trop jeunes, trop idiots. Aujourd'hui je me rends compte qu'ils avaient raison, mais c'est trop tard. Trop de choses ont été dites et faites. Mes parents m'ont quasiment reniée, me chassant de la maison en invoquant la raison suivante : si je suis assez grande pour ma marier, je suis assez grande pour trouver mon propre toit.
- Charmant …
- Quand mon divorce fut prononcé, j'ai d'abord déménagé à Boston, puis New-York … Mais au final, lorsque mon ex est mort, je me suis sentie aussi libérée que perdue, et toujours aussi endettée. Alors j'ai décidé de tenter ma chance là où tout semblait possible : la Californie.
- Mais vous êtes femme de chambre, sermonna presque Gina
Emma lui sourit alors et haussa les épaules
- Ouais bah … Faut croire que tout est possible … Mais pas toujours.
- Vous aspirez à autre chose ?
- Bah en ce moment je suis sur un gros truc vous voyez.
- Ah oui ? Quoi donc ?
- Bah j'ai un rôle dans un petit feuilleton : je joue le rôle d'une nana qui se fait passer pour la copine d'une actrice de cinéma.
Gina, en comprenant, sourit à son tour et accepta, avec fairplay, la remarque.
- C'est … Un job assez intéressant ?
- Ca va. Ma partenaire est un peu …
- … Un peu ?
- Un peu … curieuse.
Elles sourient alors de plus belle avant que Gina ne perdre son sourire et ne pose une main sur l'épaule de la jolie blonde.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ne vous retournez pas mais derrière nous, dans le buisson, il y a un paparazzi.
- Oh ? Comment …
- … Des années de pratique ma chère, on finit par les voir de loin. La rumeur lancée par Zelena a fonctionné. A nous, maintenant, de faire en sorte qu'il ait de quoi prendre des photos !
Soudain, elle prit la main d'Emma et elles marchèrent de nouveau ensemble, cette fois-ci, main dans la main donc. Puis, au bout de quelques mètres de silence, Gina attrapa le bras d'Emma et s'y colla, posant sa joue sur l'épaule osseuse de la jolie blonde, crispant cette dernière.
Puis la brunette les dirigea toutes les deux vers le parking où elles montèrent dans la Mercedes de la belle brune. Une fois sûre que le paparazzi avait eu ce qu'il voulait, Gina soupira d'aise.
- Je crois que ça a marché.
- Euh … Pourquoi on est dans votre voiture ? La mienne est garée à l'autre bout du parking ?
- Croyez-vous qu'il ne soit pas assez stupide pour nous suivre jusqu'ici ? S'il nous voit partir dans des directions différentes, il pourrait se poser des questions …
- Et maintenant comment on fait alors ?
- Je vais faire un tour de la Marina et vous ramenais à votre voiture plus tard.
- Entendu … Et … Il peut pas prendre des photos là ? Je veux dire, dans la voiture ?
- J'ai mis des vitres teintées qui ne sont pas anti reflets. Tout ce qu'il va voir c'est la réverbération du soleil dessus ! Sourit confiante Gina avant de démarrer le moteur.
A mesure que le paysage défilait, le sourire d'Emma s'agrandissait. Gina jetait de temps à autre des regards discrets vers son passager, amusée.
- Vous n'êtes pas beaucoup sortie depuis votre arrivée à Los Angeles n'est-ce pas ?
- Hm … Je suis arrivée ici il y a trois mois. J'étais tellement stressée de trouver un job et un appart' que lorsque ce travail m'est tombé dessus, je l'ai pris tout de suite et j'ai vécu en colocation quelques semaines avant de trouver quelque chose récemment. J'ai pas vraiment profité encore …
- Je vois.
- Mais je prendrais le temps … un jour.
Gina continua sa route avant de dévier de la côte, sous le regard surpris d'Emma :
- On va où ?
- Nous allons déjeuner dans un des meilleurs restaurants du port.
Emma sourit alors et se détendit quelque peu avant que la voiture ne se gare devant un petit restaurant tout en bois dont l'enseigne en forme d'espadon ne laissait guère de doute sur le type de nourriture servi ici.
Dès qu'elles entrèrent, Emma fut surprise du peu de monde à l'intérieur. Pour un restaurant que l'on taxait de meilleur du port, elle ne le trouvait que peu fréquenté. Elle suivit Gina jusqu'à un coin reculé de la salle, près d'une baie vitrée donnant sur le port et ses cinquantaines de bateaux tous plus luxueux les uns que les autres. Le cliquetis des coques cognant les unes contre les autres donnait une douce musique comme atmosphère.
- Prenez ce que vous voulez, c'est moi qui offre, sourit Gina
- Pas la peine, j'ai beau n'être que femme de chambre, j'ai encore un peu de fierté.
- Il n'est pas question de cela. Je paie cette fois-ci, vous paierez la prochaine fois.
Devant l'air plus qu'insistant de la belle brune, Emma ne pu que baisser les bras, hausser des épaules, et prendre la carte qu'elle ouvrit devant elle.
Après concertation avec elle-même, Emma commanda son plat, ainsi que Gina et c'est dans un relatif silence qu'elles attendirent leurs plats, jusqu'à ce que Gina, poussée par la curiosité, ne prenne de nouveau la parole :
- Alors … Vous êtes divorcée …
Emma releva la tête et la pencha doucement sur le coté :
- Il est mort dans un accident de moto, répondit-elle comme si elle avait lu dans l'esprit de Gina, décryptant une curiosité presque malsaine mais justifiée.
- Je ne voulais pas être indiscrète, se défendit Gina
- Pas de soucis. C'est normal … Après tout, ne sommes-nous pas sensées sortir ensemble, huh ?
- Peut-être oui mais …
- Nous sommes restés mariés 5 ans … Avant de divorcer d'un commun accord. Mes parents avaient raison : nous étions trop jeunes, trop idéalistes. Nous n'avions aucune réalité des choses. Il voulait parcourir le monde de son coté et moi du mien. La dernière lettre que j'ai reçue de lui venait du Japon, il est mort quelques semaines plus tard dans un accident de moto en se rendant en Chine.
- …
- J'ai surmonté en prenant ça comme un signe : la vie est trop courte, il faut en profiter. Alors au lieu de revenir chez moi vers des parents avec qui tout m'opposait, j'ai décidé de partir loin, de chercher quelque chose que je n'ais pas encore trouvé.
- Vous pensez le trouver ici en Californie ?
- J'en sais rien … Si c'est pas ici, ça sera ailleurs, dit-elle dans un sourire léger.
- Et bien je le souhaite pour vous.
Les repas arrivèrent et elles retombèrent dans le silence, dégustant chacune leur assiette de leur coté. Puis ce fut au tour d'Emma d'être un peu plus indiscrète :
- Vous êtes mariée ?
- Hm non. J'ai eu des histoires, des rencontres … Comme beaucoup, peut-être même vous, ont pu le constater dans la presse, mais rien qui ne méritait d'aller jusqu'au mariage.
- Pourquoi ?
- Dans ce monde, tout n'est que futilité et apparence. Sortir avec son producteur ou encore ses partenaires à l'écran, c'est presque une règle.
- Trop dur … ironisa Emma en gloussant
- Vous ne croyez pas si bien dire. Cela pourrait s'apparenter à de la prostitution cinématographique.
Emma gloussa alors mais Gina haussa un sourcil :
- Ne rigolez pas. Sortir avec son partenaire de jeu est monnaie courante et est aussi un bon moyen de faire de la promotion sans débourser un sous.
- On peut pas dire que vous ayez choisi les plus moches.
- Certes, mais ce n'était pas de vraies relations …
- Un peu comme nous en somme.
- Pas vraiment : nous, nous avons un accord tacite pour que ce ne soit que des apparences. Avec eux, il y avait aussi … l'aspect charnel.
- Oh .. Ohhhh je vois. Et alors, qui est le meilleur coup ?
Gina, offusquée, se raidit et écarquilla les yeux :
- Pardon ?!
- Non désolée …
Gina sourit fièrement alors et croisa ses mains devant elle :
- Ah vrai dire … Kevin n'est pas mal dans son genre … Quoique Steven n'en a pas l'air mais …
- Qu … quoi, quoi ? Kevin … Costner ? Steven …. Spielberg ? Dites !
- Je ne vois pas de qui vous parlez ! s'amusa Gina
- Sérieusement ? Je pourrais être jalouse de vos ex … bougonna la jolie blonde
- Mais faites donc, s'esclaffa Gina.
- Mouais … Ca vaut pas le coup.
- Ah oui et pourquoi cela ?
- Parce qu'avec moi, vous oublierez tous les autres, dit-elle sur un ton sérieux qui déstabilisa Gina
- …
- Je plaisante ! J'le fais bien hein ? Je pourrais être actrice aussi non ? s'amusa Emma
-Ou… Oui c'est … Bluffant.
Soudain, Emma nota un changement dans le comportement de Gina : cette dernière semblait minauder, sa main vaquait près de la sienne sur la table, leurs doigts flirtant.
La jolie blonde semblait surprise par un tel rapprochement jusqu'à ce qu'elle aperçoive, au travers de la baie vitrée, un homme caché derrière une voiture, un énorme appareil photo en main. Elle comprit alors pourquoi Gina l'avait amené ici, dans un petit restaurant quasi désert.
- C'est pas vrai … soupira-t-elle, un sourire défaitiste sur le visage
- Quoi donc ?
- Tout ça pour ça, vraiment ?
- Mais ?
- Vous auriez pu me dire que le shooting photo n'était pas terminé, que ce resto faisait parti du deal.
- Je pensais que …
- Que quoi ? Que j'étais assez débile pour ne pas m'en rendre compte ? J'aurais découvert les photos demain et quoi ?
- Je n'avais pas l'intention de vous avoir.
- Alors quoi ? Pourquoi ne pas m'avoir simplement dit que ça faisait parti du deal ?
- Je … Je voulais que cela fasse … plus vrai.
Emma fronça alors le nez et détourna son regard vers la vitre pour voir le photographe s'affairer. Elle se leva soudainement alors et se pencha vers Gina, à quelques centimètres de son oreille et lui murmura :
- Voilà, comme ça, ça fera plus vrai.
Puis elle s'éloigna sans un regard vers elle, tandis que Gina resta là, interdite devant l'aplomb de cette femme de chambre si singulière. Elle jeta un rapide coup d'œil vers la vitre et aperçut à son tour le photographe. Elle soupira alors et paya l'addition avant de sortir et ne voir personne. Emma s'était enfuie, elle l'espérait, discrètement.
- Alors ta première sortie officieusement officielle ? lança Zelena, avide de curiosité en s'affalant sur le canapé de sa sœur
- C'était … prolifique, soupira-t-elle
- Dans quel sens ?
- Dans le sens : je n'aurais pas pu trouver femme de chambre avec autant de caractère ailleurs.
Zelena éclata de rire alors en buvant une gorgée du liquide ambré que venait de lui servir Gina
- Tant que ça ? Le plan a-t-il marché au moins ? Le photographe est-il venu ?
- Oh oui, il était au rendez-vous.
- Et ? Tu n'es pas très bavarde.
- Rien, il a pris des clichés c'est tout. Ils paraitront certainement dans les jours à venir, ce qui relancera l'intérêt pour ma personne.
- Ce n'est pas ce que tu voulais ?
- Si, si.
- Alors pourquoi je ne te sens pas enjouée ?
- Cette femme, cette Emma … J'ai peur qu'elle finisse par ne plus tenir la route.
- Tu penses qu'elle pourrait … te trahir ? Te dénoncer ?
- Je n'en sais rien, soupira-t-elle. Elle semble si … différente.
- Ah ça, j'imagine bien qu'elle puisse être différente du cercle amical auquel tu es habituée, sourit Zelena. Ce n'est pas pour autant qu'elle ne soit pas de confiance.
- Pour je ne sais quelle raison, elle tient à l'argent que cela lui apporte.
- Et bien, si c'est vraiment le cas, donne lui un peu plus.
- Je n'ai pas l'intention de me ruiner non plus. Je dis juste que … Il y a quelque chose d'étrange dans son histoire.
- Ah parce que tu connais son histoire ?!
- Nous avons parlé.
- Ah oui ? Et de quoi ?
- De choses et d'autres … Elle est divorcée, le savais-tu ?
- J'espère que son ex ne viendra pas semer le …
- … Il est mort, il y a trois ans.
- Oh tant mieux. Enfin non pas tant mieux mais … Tu m'as comprise.
- Heureusement, haussa la jolie brune en levant les yeux au ciel.
- Alors vous avez discuté ? sourit Zelena en se resservant un verre de vin.
- En quelque sorte.
- Et donc ? Qu'as-tu appris d'intéressant ?
- Pas grand-chose de palpitant : elle vient du Maine, elle s'est mariée jeune, ce qui l'a brouillé avec ses parents. Ils ont divorcé et il est mort quelques années après. Elle est venue en Californie pour changer d'air. Elle est à Los Angeles depuis quelques mois.
- Et bien, c'est un résumé assez succinct mais efficace. Et tout cela en une balade et un repas, pas mal.
- Si tu le dis … Lança Gina en se massant les tempes. Je suis déjà fatiguée de toute cette histoire.
- Simplement parce que tu pensais qu'elle ne ferait aucune histoire et qu'elle serait bien docile car appâtée par l'argent. Et finalement, elle semble avoir du caractère la petite femme de chambre, gloussa Zelena.
- Tais-toi. Je n'ais guère le temps ni l'envie de faire du social.
- Tu dois la recontacter au plus vite. Si tu laisses trainer cette histoire, elle pourrait ne plus être d'accord.
- Je sais, je sais.
- Tu n'aurais pas du lui cacher le coup du resto, tu l'as prise un peu en traitre.
- Ca va ! J'avais saisi, figure-toi. Et je ferais ce qu'il faut.
- Ca te tue hein …
- Quoi donc ?
- De devoir ramper vers elle, sourit Zelena, sentant sa sœur fébrile sur le sujet.
- Je ne vais pas ramper comme tu dis. Je vais agir en toute civilité.
- Bien sur, bien sur.
Zelena resta une bonne partie de la journée, jusqu'au soir où elle ne cessait de réclamer à sa sœur des précisions sur leur balade, sur ce qu'il s'y était dit ou fait. La jolie rousse se délectait de la situation autant que Gina semblait gênée par elle.
- En attendant, lança la belle rousse en se dirigeant vers la sortie, tu devrais la recontacter. Il ne serait pas dans ton intérêt qu'elle change d'avis et ne rompe votre contrat.
- Oui, oui, je ferais ça … Maintenant pars, ce don que tu as commence à me fatiguer.
- Quel don ?
- Me donner la migraine, conclut Regina presque en claquant la porte au nez de sa sœur.
Une fois seule, et pour le reste de la soirée, Gina resta lovée dans son canapé, fixant son téléphone en se demandant si oui ou non elle devait recontacter Emma. Il fallait bien le reconnaitre : la jeune femme était loin d'être une simple femme de chambre docile et sans cervelle. Il était certain qu'elle aurait du fil à retordre avec elle.
Ce premier rendez-vous porterait certainement ses fruits et elle verrait les conséquences de leur petite balade dans les journaux d'ici un ou deux jours. Elle devait, pour le bien de sa popularité, recoller les morceaux avec cette femme, c'était vital.
Alors, elle prit son téléphone, composa le numéro d'Emma et attendit quatre sonneries avant de tomber sur son répondeur. Elle raccrocha aussitôt, pestant de plus belle contre la jeune femme, l'imaginant très bien ne pas vouloir répondre à la jolie brune par contradiction.
Elle attendit 10minutes avant de rappeler une nouvelle fois mais, comme la première tentative, elle ne reçut comme réponse qu'une voix mécanique. Une nouvelle fois, elle raccrocha, prête à laisser tomber … Mais c'était bien mal connaitre l'impétueuse brunette qui ne lâcha pas l'affaire et rappela une troisième puis une quatrième fois.
Et alors qu'elle insistait depuis 20 minutes, au bout du sixième appel, on décrocha enfin, au plus grand soulagement de la belle brune.
- Emma ? C'est … Gina, Gina Mills.
- Je sais.
Le ton abrupt et froid d'Emma ne laissait aucun doute sur le ressentiment de la belle blonde à son égard.
- Oui euh … Je …
- Il est tard.
- Oui, j'essaie de vous appeler depuis une vingtaine de minutes déjà et …
- Je sais, je n'ais pas répondu.
Devant la froideur totale d'Emma, Gina perdit pied un court instant avant de reprendre le contrôle et de soupirer :
- Oui, je … Je vous appelais pour … M'excuser.
- Vous excusez ?
- De m'être servie de vous.
- Je suis payée pour ça … grinça-t-elle
- Il y a payé et payé. Ma manière de faire n'a pas été appropriée. Je tiens à éclaircir la situation pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté.
- Je n'ais pas l'intention de rompre notre contrat si c'est ce dont vous avez peur.
- Je … Oui, non, ce n'est pas … Je ne voulais pas … Pas comme ça.
- Ecoutez, j'ai pas l'intention de faire de vous ma pote. Il a été clairement établi que je suis payée pour que vous ayez des photos potables pour redorer votre notoriété. Je veux juste que les choses soient claires dès le début, à chaque rendez-vous : quoi faire, quoi montrer.
- Très bien, ça sera fait, lança Gina d'un ton neutre et professionnel. J'aurais besoin de vous dans trois jours.
- Qu'est-ce qu'il y a dans trois jours ?
- L'avant-première d'un film d'une amie. Au programme : tapis rouge, photoshoot et petites interviews.
- Ok, c'est noté.
- Il est préconisé d'arriver en tenue assez … classe.
- C'est-à-dire ?
Gina leva les yeux au ciel
- Une tenue de sortie, pas de soirée.
- Ok. Envoyez-moi les infos par téléphone. Bonne soirée.
Puis Emma raccrocha sans laisser à Gina la possibilité de lui répondre, ce qui rendit cette dernière furieuse.
- Et j'ai encore été assez bête pour m'excuser ! grogna-t-elle, elle qui n'avait que rarement eu l'occasion de le faire.
Oui, Gina avait sa fierté : elle n'avait jamais failli devant ses parents quand elle leur avait affirmé qu'elle voulait devenir actrice, pas même lorsque sa mère la menaça, pas même lorsqu'elle la poussa à un mariage arrangé. Zelena avait été la seule à la soutenir, son père n'était qu'une parodie de figure paternelle qui n'avait jamais réussi à s'imposer face à sa femme. Gina s'était toujours jurée de ne jamais finir comme lui, de toujours tenir tête aux gens, de savoir toujours ce qu'elle voulait.
Quand sa carrière débuta, elle n'eut pas le choix que de prendre les scénarios qu'on lui proposait. Mais après quelques succès et cinq années, elle pu choisir elle-même ses films, les producteurs se pliant alors à sa volonté.
Elle était appelée la petite fiancée d'Hollywood et enchainait les succès, suivie de près par sa sœur, la seule de sa famille qui avait bien voulu la suivre dans cette aventure.
Gina avait fait son trou, s'était faite un nom dans le milieu. Les producteurs connaissaient son professionnalisme, sa rigueur mais aussi sa rudesse. Gina était connue pour être impitoyable avec ses partenaires de jeu. Mais elle était aussi connue pour être une véritable mante religieuse avec eux : sortant avec, couchant avec puis les jetant lorsqu'elle n'avait plus besoin d'eux. Malgré les rumeurs, peu étaient choisis, peu avaient eu la chance de connaitre plus intimement la belle brune. Elle avait eu assez de bon sens pour ne pas en faire trop et passer de « petite fiancée d'Hollywood « à « petite trainée d'Hollywood ». Ses partenaires à l'écran savaient garder le secret et ne trahissaient jamais ce qui devait être privé.
Aucun ne s'était risqué à des sextape malencontreusement perdu chez des journalistes, ils ne savaient que trop bien que la vengeance de la sulfureuse brune n'en serait que plus vile et plus violente.
Mais au fil des années, les propositions ont été moins importantes, les films plus rares, et ceux qu'elle arrivait à décrocher ne faisaient plus les beaux jours du cinéma. Gina n'avait jamais baissé les bras, et même durant les temps où il y eu peu de propositions, elle se refusa à tourner dans des petits films sans intérêt pour elle ou allant contre ses valeurs morales.
Elle ne s'était jamais résignée, sauf contre le temps, qui faisait inexorablement chuter sa carrière : plus elle vieillissait, et moins elle attirait le public. Couplé à cela l'arrivée massive de jeunes talents tout aussi affamés qu'elle à l'époque de percer et réussir dans ce milieu … Et Gina fut soudain taxée d' « has been » et rencardée à des rôles de secondes zones.
Et aujourd'hui, elle devait soudoyer une inconnue afin qu'elle puisse retrouver une notoriété perdue. C'était si pathétique … Si le monde se doutait de quelque chose, elle serait la risée de tous et les gens ne retiendraient aucun de ses nombreux prix, de ses millions d'entrées cumulées … Ils ne retiendraient que cette mascarade.
Emma était si en colère qu'elle n'en dormit pas de la nuit.
Elle savait, en acceptant ce deal, qu'elle devrait se plier au bon vouloir de cette femme. Mais elle n'avait pas le choix, elle avait besoin de cet argent providentiel. Il lui aurait fallu des mois de travail pour réunir la somme qu'elle allait gagner en quelques jours, voire semaines, à peine.
Elle n'estimait pas vraiment une femme qui mettait sa notoriété en avant et la plaçait plus importante que sa propre estime de soi. Quelle femme préfèrerait faire croire au monde entier qu'elle était lesbienne plutôt que de dire la vérité ?
En un sens, elle plaignait Gina. Oui elle plaignait cette femme qui était obligée de mentir sur elle-même, sur qui elle était vraiment, simplement pour plaire aux autres, à des anonymes qui ne tiennent pas vraiment à la connaitre mais qui se penchent bien trop sur les apparences.
Oui, Emma plaignait cette femme, même si elle ne la portait pas dans son cœur. Elle la détestait de devoir mentir elle aussi à sa famille, ses amis. Oui, à cause de ce deal, elle se mentait aussi à elle-même, se rabaissant au niveau de Gina, dont elle n'acceptait pas les magouilles.
Oui, elle détestait Gina pour ce qu'elle représentait, cette société basée sur les apparences, mais aussi ce qu'elle lui faisait faire.
Décidément, ce deal commençait à avoir bien trop de mauvais cotés à son gout.
TBC
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