CHAPITRE IV : CORK
Après l'escapade malheureuse d'Artémis, la vie avait, à quelques petits détails près, repris son cours au manoir des Spears. Juliette n'adressait plus que le strict minimum de paroles à Artémis, William s'était réfugié dans son travail – se sentant responsable de la fugue d'Artémis, il aurait dû être capable de prévenir les signes ! – et ne quitta ainsi plus son bureau de la journée. Il partait tôt le matin, et rentrait tard le soir, passait son temps à la Bibliothèque et s'était découvert une passion soudaine pour l'Atelier, où il passait dorénavant une heure par semaine, le week-end, en compagnie de sa tante Tracy, de préférence le samedi midi, échappant ainsi à de longues discussions familiales, dont il était auparavant friand. Le dimanche lui suffisait donc bien.
Malgré tous les efforts de Georges pour convaincre son fils que ce n'était pas de sa faute, celui-ci ne l'écoutait pas et ce pauvre Georges avait fini par abandonner. Ses problèmes à lui étaient bien présents et il ne pouvait pas en plus prendre les malheurs de son fils sur ses épaules. Mais malgré tout, Georges s'inquiétait.
Il était justement seul dans son bureau, chez lui, au manoir Spears. Son travail sur Undertaker était au point mort. Surtout qu'il n'avait aucune indication. Enfin… Ce n'était pas tout à fait vrai, mais il refusait de croire à celles qu'il possédait. Elles étaient trop dangereuses, et impliqueraient trop de problèmes futurs. Hors de question, donc, de creuser cette piste. Mais au fond de lui, il le savait, il s'y verrait contraint.
Adèle, de son côté, préférait éviter sa mère, Juliette, autant que possible. Elle la tenait en partie responsable de la fuite d'Artémis et n'était pas sûre de pouvoir le lui pardonner. Mais elle concédait cependant le fait qu'Artémis avait un tempérament enclin aux fugues, et qu'elle était facilement irritable. Adèle, en y repensant, se demandait si l'éducation qu'elle lui avait donnée avait été la meilleure pour elle, et parfois, surtout dans ce genre de cas, elle était persuadée du contraire. Assise dans un fauteuil au coin du feu, seule, la Shinigami ressassait elle-même sa propre éducation, se demandant ainsi si celle-ci n'avait pas l'influencée.
Le feu crépitait gentiment dans la cheminée de l'immense château médiéval fait de pierre. La cour intérieure était recouverte d'une fine pellicule de neige, les murailles revêtaient un manteau blanc et froid, et l'on s'inquiétait des mécanismes qui permettaient de faire descendre la herse. Le gel aurait pu les endommager.
Assise dans un grand fauteuil confortable au coin du feu, enveloppée dans une couverture chaude, une petite fille attendait. Elle regardait le feu de ses grands yeux phosphorescents. D'épaisses boucles brunes, dépassant de la couverture que l'enfant avec mise sur sa tête telle une capuche, encadraient un visage enfantin au teint pâle et masquaient légèrement ses yeux. Elle était seule dans la pièce elle s'était faite discrète. Pour que personne ne la remarque. Sans doute ne la chercherait-on même pas, que l'on ne se soucierait pas d'elle et qu'elle resterait là, dans son fauteuil, emmitouflée dans sa couverture.
Elle l'avait placée au-dessus de sa tête, comme pour ne plus entendre les cris provenant de la pièce voisine. Ses parents. Encore. Ils se disputaient tout le temps. Dès qu'ils se retrouvaient ensemble dans la même pièce, ils se disputaient. Sans motif apparent parfois, mais d'autres fois, il ne s'agissait que d'une succession de reproches infinis. Comme aujourd'hui. Et les reproches venaient cette fois-ci de sa mère, Juliette, envers son mari. « Comment avez-vous pu l'emmener là-bas ?! Vous saviez pertinemment les dangers qu'elle encourait !
- Allons, allons, j'étais avec elle, il m'était impossible de deviner ce qui aurait pu se passer. Tout ce que je peux déduire maintenant et que j'avance aujourd'hui est qu'il ne s'est rien passé ! répliqua Alexander Grant, son époux, avec lassitude.
- Il aurait pu se passer quelque chose ! L'emmener à la chasse au milieu d'humains dégénérés… n'avez-vous donc aucun bon sens ?!
- Les balles de fusil ne l'aurait en aucun cas blessée gravement ! Ni même tuée ! Dois-je vous signaler qu'Adèle est une shinigami ?!
- Certes, mais elle n'est qu'une enfant ! Elle aurait très bien pu être légèrement blessée par une balle perdue !
- Ce n'est pas arrivé. Entendons-nous bien, je ne l'aurais pas emmenée si je n'avais pas été sûr de moi, soupira le Shinigami.
- Sûr de vous ? Si vous étiez aussi sûr de vous pour votre travail que quand vous l'êtes à la chasse… Vous ne seriez pas obligé de tenir vos employés de la sorte ! rétorqua Juliette, acide.
- Si je ne m'abuse le sujet de conversation actuel diffère bien de celui d'origine ! Mes employés, je les tiens de main de maître, du reste, si vous ne le pensez pas, je ne vais pas vous imposer de le croire.
- Peut-être est-il vrai que vous tenez vos employés, mais je reste d'avis que si vous étiez plus sûr de vous professionnellement, il y a longtemps que vous ne seriez plus derrière votre cher collègue le chef du secteur européen !
- Allons donc ! Vous voilà à remettre le sujet sur le tapis ! ». Adèle arrêta d'écouter à ce moment précis. Oui, son père l'avait emmené à la chasse. Mais c'était elle qui l'avait demandé. Elle avait supplié son père de le faire. Et il avait accepté. Et avait dit à Juliette que c'était lui qui avait pris l'initiative de l'emmener. Alors qu'il s'agissait d'un mensonge. Assise dans le fauteuil, le feu crépitant de plus en plus fort, elle n'entendit pas sa sœur arriver, en robe de chambre, réveillée par les cris. Elle s'était approchée furtivement de sa sœur et avait déclaré, froide, une pointe de satisfaction dans la voix. « Je sais tout.
- Que sais-tu donc ? demanda sa sœur, se redressant dans le fauteuil.
- Père ne t'a jamais proposé de venir, je t'ai entendue, tu l'as supplié de t'emmener, répliqua Adeline.
- Et que comptes-tu faire ?
- Je ne peux pas laisser Père se faire accuser à ta place, je ne crois pas que nos parents t'aient élevée de cette manière, Adèle. Mère ne t'a pas appris à mentir !
- Et se faire bien voir fait partie de son éducation ? rétorqua sa jeune sœur, depuis quand défends-tu la justice ? Tu mens très bien quand cela est dans ton intérêt !
- Nous verrons bien, déclara Adeline.
- As-tu pensé à ce que Père dirait s'il te voyait agir ainsi ? demanda sa cadette.
- Notre père n'est qu'un raté. Il n'a jamais rien fait de sa vie et n'a pas d'ambition ! Il n'aura pas son mot à dire, il passe son temps à protéger les autres, sans jamais penser à ses intérêts ! Je ne deviendrai pas comme lui.
- Tu serais prête à trahir un membre de la famille ?
- Tu ne vaux pas mieux que lui, Adèle. Tu as des rêves insensés qui ne te mèneront nulle part. Un peu de plomb dans la cervelle voilà ce qu'il te faut. Quand Mère t'aura expliqué que tu n'aurais pas dû faire ça tu comprendras que tu aurais dû m'écouter ! ». Adeline s'arrêta net. Ses parents venaient d'entrer dans la pièce, visiblement très en colère, l'un comme l'autre. Adeline se précipita vers sa mère, tandis qu'Adèle était restée dans le fauteuil, sa couverture autour d'elle. Elle savait que son aînée allait parler, il n'y avait aucun doute là-dessus. Mais qu'importe, puisque de toute manière, même si elle n'avait rien fait, elle aurait eu des reproches venant de sa mère, elle en avait la certitude.
Alexander incita ses deux filles à aller se coucher, avec un maigre sourire. Adèle hocha la tête en réprimant un bâillement, et sa sœur aînée fusilla du regard leur père, imitant ainsi sa mère. Adèle monta les marches sans se faire prier, et s'enferma dans sa chambre, découvrant avec plaisir un feu allumé dans la cheminée. Oui, elle aimait les flammes.
Le lendemain matin, elle avait hésité à se lever, car elle savait qu'Adeline avait fait ce qu'elle avait menacé de faire. Elle hésitait, car elle ne souhaitait pas une fois de plus s'entendre dire qu'elle n'était qu'une ratée et que si elle continuait à suivre l'exemple de son père, elle n'arriverait à rien dans la vie. Elle se l'entendait dire chaque jour, et finalement elle finit par avoir peur que ce soit le cas.
En repensant à ceci, Adèle eut un soupir. Ce matin-là, sa mère avait été véritablement odieuse avec elle, et elle s'était juré de ne jamais être comme cela avec ses enfants. Elle avait fini par leur imposer sa crainte de ne jamais réussir sa vie, et les avait éduqués de manière à ce qu'ils soient sûrs d'accomplir des choses dont ils seraient fiers. Et Artémis avait dérogé à la règle. Avec un sourire, Adèle pensa qu'elle tenait tout particulièrement d'Alexander. Elle quitta son fauteuil pour se rendre près de la fenêtre et regarder dehors, presque souriante.
Bien que la vie eût repris son cours pour à peu près tout le monde, il n'en allait pas de même pour Artémis. Sa vie, était, pour ainsi dire, devenue ennuyeuse. Maintenant qu'elle n'avait plus le droit de sortir du manoir sans être accompagnée par quelqu'un, la jeune Shinigami ne se trouvait plus rien à faire. Pas questions d'aller se plaindre, ah non… Il en allait de sa dignité, surtout si Juliette était présente. Artémis la connaissait, Juliette en profiterait pour la traîner plus bas que terre. Comme elle le faisait pour chacun des membres de la famille qu'elle n'appréciait pas. Elle, son père, et bien entendu sa tante Tracy.
Un bruit se fit entendre derrière la porte et Artémis sursauta. Elle n'avait pas beaucoup dormi et était sur les nerfs. Elle se leva lentement de son lit, et ouvrit la porte. Et ce juste au moment où William s'apprêtait à toquer. « Ar… Artémis… comment vas-tu ?
- Bien, et toi ? demanda Artémis, d'un ton un peu plus froid qu'elle ne l'aurait souhaité.
- Je… oui, ça va. Je peux entrer… sauf si je te dérange…
- Non, je n'ai rien à faire que de rester ici… ». Elle s'écarta pour le laisser passer, et il entra lentement dans sa chambre. William se sentait légèrement coupable, mais pour autant, il ne savait comment s'excuser auprès d'elle. Enfin, s'il était là c'était surtout parce que sa mère lui avait demandé d'aller chercher Artémis. « Tu… tu es attendu dans le salon, notre mère veut te parler… Je ne sais pas pourquoi, mais elle tient à te parler… c'est… c'est tout ». William sortit de la pièce, laissant Artémis seule. Elle aurait espéré que William soit venu la déranger pour autre chose, un soutien, ou un réconfort. Cependant ce n'était pas ce qu'il s'était passé. Artémis sortit de sa chambre avec un soupir. Elle dévala les escaliers lentement, en essayant de faire le moins de bruit possible. Quand elle entra dans le salon, Adèle l'attendait assise dans un fauteuil, seule. Quand elle vit sa fille, elle lui adressa un large sourire et l'invita à s'asseoir à côté d'elle. Artémis ne se fit pas prier et s'assit à côté de sa mère. « William m'a dit que tu voulais me parler de quelque chose d'important ?
- Important, je ne sais pas, mais en tous les cas, vu les récents événements je crois que cela te plaira, expliqua Adèle avec un sourire.
- Ah oui ? Vraiment ? demanda Artémis, sceptique.
- Oui. Figure-toi que ta Grand-Mère part pour un mois aux Etats-Unis. Elle part dans la matinée. Et elle prend le bateau à Cork. En d'autres termes, j'ai décidé de l'accompagner jusque là-bas et… si tu veux, tu peux m'accompagner.
- Euh… tu es sûre ?
- Bien entendu, si je te propose, répliqua Adèle en souriant, comme je t'accompagne tu peux sortir.
- Eh bien… euh… c'est d'accord ! Je vais… me préparer ! ». Artémis embrassa sa mère sur la joue et monta les escaliers bien plus vite qu'elle ne les avait descendus. Un sourire aux lèvres, elle saisit un manteau. Elle avait tellement hâte de quitter le manoir !
Assis seul dans la volière, William réfléchissait. Les récents événements ne lui avaient guère plu. En réalité ils n'avaient plu à personne. Mais lui les avait ressenti d'une autre manière. Il était convaincu que tout était de sa faute. Bien sûr, ce n'était pas vrai. Il n'avait pas forcé Artémis à partir, ni forcé Juliette ou Charles à se montrer odieux avec elle. Non. Il ne les avait forcés à rien.
Pourtant, le mal était fait. Artémis était partie et s'était retrouvée en danger. Oh, elle n'avait rien. Mais elle aurait pu. Et si par malheur il lui était arrivé quelque chose… William secoua la tête. Il avait souvent entendu son grand-père dire qu'avec des « Si » on refaisait le monde. Un monde bâti sur des suppositions. Pourtant, on perdait un temps précieux.
Artémis n'avait rien. Il n'avait donc pas de raison de s'inquiéter ou de se morfondre. Pourtant, il ne l'aurait pas fait si, une heure auparavant, quand il était venu la voir dans sa chambre, il avait su s'excuser. Ou même la réconforter. Mais il en avait été incapable. Et cela l'avait irrité, agacé. Il savait faire beaucoup de choses. Mais pas une chose qui semblait si simple. Peut-être qu'au fond, s'excuser n'était pas simple.
William aurait voulu savoir, mais il doutait que quelqu'un dans le manoir Spears eut la réponse à cette question. Il regarda autour de lui. Etrangement, il s'ennuyait. Un sentiment bien désagréable en vérité… Enfin s'ennuyait-il vraiment ? Ou espérait-il que quelqu'un viendrait le voir et le rassurer, comme quand il était enfant ?
Des bruits de pas se firent entendre derrière le Shinigami. William se retourna. Son père. Georges. Que faisait-il ici ? Ne devait-il pas travailler, à cette heure ? « Papa, salua William.
- Bonjour mon fils, répondit Georges avec un maigre sourire. Je peux m'asseoir.
- Bien entendu ! Je t'en prie…
- Merci. Alors… dis-moi… comment vas-tu ?
- Bien. Pourquoi ça n'irait pas ?
- Tu n'affiches pas l'air de quelqu'un qui va bien… Quand bien même tu essaies de le cacher.
- Papa je…
- Ça concerne Artémis ?
- Oui. Je… comment faites-vous… pour enfin, appréhender… enfin… ce n'est pas le mot… non, pour gérer son caractère impulsif. J'ai l'impression qu'Artémis ne se soucie de rien.
- Ah… tu sais je ne pense pas que ce soit réellement le cas. Pour répondre à ta question, ta mère et moi sommes ses parents, je suppose que c'est plus simple pour Adèle, parce qu'elle m'a toujours dit qu'elle était comme Artémis au même âge. Ensuite… ce n'est pas si facile.
- Mais, enfin… elle et moi avons reçu la même éducation ! Je ne comprends pas pourquoi son comportement est si différent du mien !
- Vos caractères sont différents William ! ». Georges sourit, et posa une main sur l'épaule de son fils. « Si ça t'inquiète, je ne crois pas qu'Artémis t'en veuille. Je crois plutôt que par principe, elle va afficher son mécontentement. Et si tu tiens vraiment à arranger les choses, va lui parler.
- Je… Je ne me sens pas capable d'aller lui parler ». William baissa la tête. « Crois-moi mon fils, quand le moment sera venu, tu sauras exactement quoi faire ».
« Au fait, j'y pense… pour quelle raison Juliette quitte le manoir ? ». Sur le quai de Cork, Artémis avait posé cette question à sa mère. Sans le vouloir, Adèle avait haussé les sourcils en attendant sa fille appeler sa grand-mère par son prénom. Elle prit néanmoins le temps de répondre à la question de sa fille. « Eh bien, comme tu le sais ta grand-mère a, pour ainsi dire, révolutionné toute l'organisation de la Bibliothèque des Shinigamis. La société lui doit beaucoup.
- Qu'a-t-elle fait de si spécial ?
- Il y a quatre siècles, les faucheurs devaient, après avoir fauché une âme, passer par un département fermé aujourd'hui, celui des Modeleurs.
- Les Modeleurs ?
- Ils étaient chargés de la transposition entre la lanterne cinématique et le livre qui équivaut à la lanterne cinématique. Modeler le livre si tu préfères. A l'époque la Death List n'existait pas, Pour faire court, quand une âme devait être fauchée, les Faucheurs se rendaient chez les Modeleurs qui leur distribuaient des documents. En somme, une pile de dossiers de l'épaisseur d'une encyclopédie. Au final, c'étaient les Modeleurs qui se chargeaient de rédiger les rapports pour cela, ils visionnaient la lanterne cinématique des faucheurs.
- Une encyclopédie ?! Eh bien… Mais ils ne pouvaient pas tout simplement lire la lanterne cinématique ? s'étonna Artémis.
- Non, puisque le faucheur n'était pas mort, expliqua Adèle.
- Mais alors ils devaient entailler la peau du faucheur ?!
- Oui, mais ils le faisaient toujours au même endroit, rassura Adèle.
- Papa en a une aussi je suppose ? demanda Artémis, de cicatrice j'entends...
- Oui sur le dessus de son poignet.
- Je ne l'ai jamais vu, remarqua Artémis.
- Elle est cachée par sa montre, c'est normal. Pour en revenir à ta grand-mère, elle a trouvé le moyen de modeler la lanterne en livre de manière toute simple mais qui est compliquée à expliquer. Et pour remplacer les rapports des Faucheurs chargés de récolter les âmes, elle a créé la Death List. Bien sûr il faut toujours rédiger les rapports sur les démons et les déserteurs mais cela ce sont les personnes du département concerné qui le font.
- Donc, le département des modeleurs a disparu aujourd'hui ?
- Totalement. Tiens regarde par ici… ». Adèle pointa du doigt un immense bateau amarré au quai. « C'est le Sirius ?! » s'exclama Artémis face à un grand bateau.
- Oui ma chérie, c'est le Sirius...
- J'en reviens pas que tu m'aies emmenée voir le bateau qui va effectuer le premier voyage transatlantique entièrement à la vapeur, alors que je suis punie !
- Eh bien disons que culturellement c'est toujours intéressant de voir un tel bateau !
- Mais il ne peut pas accueillir de passager, si ?
- Ce que tu ne sais pas c'est que c'est un paquebot appartenant aux shinigami.
- Ah je vois ! Je peux me promener un peu sur le quai ? S'il te plaît ! Juste pour voir la proue !
- D'accord mais tu reviens dès que tu l'as vue ! céda Adèle malgré la punition posée la veille.
- Merci Maman ! ». Artémis embrassa sa mère et fonça vers l'avant de navire. Dans sa grande joie, elle heurta quelqu'un. C'était un shinigami, les lunettes de travers. Ses yeux le trahissaient. Il devait avoir l'âge d'Artémis. Affublé de vêtements tout simples, il était blond mais le dessous de ses cheveux était noir, ce qui n'était pas banal. « Vous pourriez pas faire attention où vous allez ?! lança-t-il en se frottant l'arrière du crâne.
- Je suis sincèrement navrée, je ne vous avais pas vu, s'excusa Artémis, ne s'attendant pas à croiser un shinigami sur les quais de Cork.
- Pas étonnant que vous ne m'ayez pas vu si vous ne portez pas de lunettes, dit-t-il en réajustant les siennes.
- Je vous ai dit que j'étais désolée.
- Et je vous ai entendu ! ». Le jeune shinigami sourit. « Enfin autant partir sur de bonnes bases. Je n'aime pas me disputer. J'm'appelle Ronald ! Et j'habite ici à Cork ! Et vous ? demanda Ronald en aidant Artémis à se relever.
- Je m'appelle Artémis et j'habite à Londres, et je n'aime pas non plus me disputer.
- Eh bien ravi de vous rencontrer Artémis, et...
- Oui ?
- Non rien, ça ne me regarde pas.
- Dites toujours !
- Comme vous voudrez… qu'est-ce donc que ces cicatrices ?
- Un très grave accident, pour ainsi dire...
- Artémis ! appela Adèle au loin.
- C'est ma mère, il faut que j'y aille, j'ai moi aussi été ravie de vous rencontrer Ronald, au revoir peut-être !
- Au revoir ! » Ronald agita la main. Ce n'était pas la première fois qu'il croisait des shinigamis sur les quais quand il était en vacances avec ses grands-parents, mais c'était la première fois qu'il croisait une shinigami de son âge. Il repartit vers chez lui après avoir jeté un dernier regard au bateau, et à la jeune shinigami aux cheveux noirs.
