Disclaimer : Mis à part l'OC et son histoire, tout l'univers et les autres personnages appartiennent à Tolkien.

Note de l'auteur : Bonsoir ! Un grand merci à Rawane pour son (ses) énoooormes MP, ses compliments, ses remarques et ses encouragements ! J'espère ne pas te décevoir ( Cette fois )! Ni vous, autres lecteurs, bien-entendu. Bonne lecture !

Chapitre 4

Je sentis une vive douleur. Je me redressais d'un bond, regardant ma main. La brûlure m'avait réveillée mais avait disparue aussitôt. Ne restait qu'un léger picotement. À travers les brumes du sommeil, je caressais distraitement ma paume, ma peau était toujours légèrement boursouflée, la marque partirait surement dans quelques jours. Du moins, je l'espérais, je ne comprenais pas ce que c'était, mais j'avais un mauvais pressentiment quand je la regardais. Je rebattis les draps. Je fronçais les sourcils, je me souvenais m'être endormie tel quel. Je sentais mes muscles m'élancer lorsque je sortis du lit. Le matelas était si fin que l'on sentait le châlit en métal. Ajouté à cela le tiraillement de mes jambes à chaque mouvement. Mais j'avais dormi d'un sommeil de plomb, une fois n'est pas coutume ! Je serais les dents pour me mettre debout. J'allais souffrir à cause des ampoules. Je baissais le regard sur mes pieds pour vérifier les dégâts quand je m'aperçus que je ne m'étais pas déchaussée. Puis je balayais la pièce du regard. Je constatais que les lits étaient défaits, j'étais surement la dernière. Un malaise pesait dans ma poitrine. J'entendais les bruits de pas dans la chambre voisine. La pièce sentait le bois humide. La fenêtre laissait entrer les rayons du soleil, mais ne la rendait pas chaleureuse pour autant. Je la détaillais, tout à fait réveillée. Les têtes de lit étaient des plaques de fer, les draps étaient jaunis par le temps, les couvertures rugueuses et ternes. Tout me faisait penser à un vieil hôpital. J'avais l'impression d'être à côté de la plaque. Je sortis de la pièce précipitamment. Dans le couloir me parvenait le joyeux brouhaha des clients. Cela calma mon angoisse. J'interpellai une jeune femme qui fermait une porte, deux chambres plus loin, au vu de son tablier, elle devait travailler ici.

- « Bonjour, excusez-moi où sont les toi… latrines, s'il vous plait ? »

Elle sembla extrêmement surprise de ma politesse. Ses grands yeux noirs s'agrandirent et elle tripota sa tresse brune, mal à l'aise. Surement habituée à être traitée comme du mobilier pensais-je, bienvenue au moyen-âge ! Si c'est pas malheureux.

- « C'est au font du couloir, en face, ma dame. » M'indiqua-t-elle avec un petit sourire.

- « Merci ! »

À destination, je découvris avec horreur d'archaïques sanitaires. Je regrettais amèrement les trônes de porcelaine ! Je me dépêchais de m'éloigner de cette abomination, écœurée. Sur le retour, la jeune femme m'indiqua avoir déposé de quoi me débarbouiller. Je la remerciais de mon plus beau sourire en rejoignant la chambrée où trônaient une carafe et une petite bassine de métal sur ma table de nuit. Personne n'était revenu. Je décidais de les chercher. Après une toilette expéditive, je me dirigeais vers l'escalier. Je supposais qu'il avait déjà commencé le petit-déjeuner et j'espérais qu'il me resterait quelque chose. Les nains étaient de vrais goinfres !
D'en haut de celui-ci, j'entendis des éclats de voix, la troupe était attablée non loin et il me semblait que ça bardait. Je m'accroupis sur la première marche pour les apercevoir incognito et écouter. La marche grinçait sous mon poids, menaçant de céder, mais j'étais trop curieuse pour m'en préoccuper.

- « Vous êtes tombé sur la tête ! Vous ne pensez pas l'emmener avec nous ! » S'écria Gloïn.

- « Nous avons pensé que, si elle était avec Gandalf, elle aussi était une sorte de… de magicienne ! » Poursuivit Balïn.

- « Elle est aussi humaine que vous êtes nain. » Répliqua celui-ci.

- « Thorïn, tu ne peut accepter ça ! Si elle n'est ni magicienne ni un homme, elle doit rester à Bree ! » Insista Dwalin.

- « Gandalf, il serait plus prudent pour cette fille qu'elle reste dans ce village d'Homme… » Commença le chef des nains avec fermeté.

- « Elle est aussi jeune que Fili et Kili, les considérez vous comme des enfants ? Ils sont pourtant dans cette compagnie ! » Rétorqua Gandalf.

- « Ils savent se battre ! Chacun des membres de cette compagnie peut non seulement sauver la vie d'un autre mais aussi et surtout la sienne ! Cette fille va se faire tuer ! » Eructa Thorïn.

J'inspirais brutalement. Un malaise me prit le ventre, froid comme cette mort qu'il annonçait pour moi.

- « Vous laisseriez cela arriver ? » Demanda durement le mage.

- « Vous êtes un pauvre fou. » Siffla le nain, éludant la question.

- « Sans moi vous seriez encore dans votre forge des Montagnes Bleues ! » Gronda Gandalf. « Elle n'est pas… D'ici. Il lui est vital de nous suivre. »

- « Que voulez-vous dire ? » Intervint Fili.

- « Que nous cachez-vous encore ? » Insista Thorïn en le fixant, agacé.

L'appréhension monta. J'espérais qu'il ne dirait rien, ils me prendraient pour une folle. Je serrais les pans de ma jupe dans mes poings, je ne voulais pas qu'ils m'abandonnent à mon sort. Je voulais rester avec eux. Ils étaient les seules choses familières dans ce monde étrange, même si cela faisait peu de temps que j'étais là. J'étais rassurée parmi eux. Je priais tous les saints, moi qui n'ai jamais cru en rien, avec la force du désespoir. Mes yeux et mon nez me piquaient.

- « Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus pour l'instant. » Trancha Gandalf.

- « Vous avez dejà le Hobbit sous votre responsabilité… »

- « Et elle l'est également. »

- « Par Aulë, allez-vous recueillir tout les chatons égarés que vous croiserez sur notre route ? Vous moquez-vous de nous ?! » Vociféra Thorïn avant de sortir de l'auberge, l'air féroce.

Gandalf soupira de lassitude tandis que la porte de l'auberge claquait violemment. Il y eut un silence puis les conversations reprirent. Je restais bouche bée, les jambes engourdies par ma posture figée. Ne voulant pas être surprise, je regagnais ma chambre au prix d'un effort et me mis en chien de fusil sur le lit. Avec un sourire ironique, je me rendais compte que, peu importe le monde, je me sentais toujours de trop. Puis il fut remplacé par des larmes froides et salées qui rougissaient ma peau trop blanche. Je regardais mes mains, fines et soignées. Pas des mains de forgerons, c'est clair. Sous mes vêtements, les seules courbes notables sont celles de ma poitrine et de mes hanches. Mon ventre n'était pas spécialement plat non plus. Ça n'était que de la graisse tout ça. J'étais le cerveau, moi, pas le muscle. Sauf qu'ici, ça ne servait pas à grand-chose. Je me sentais dépassée par ce monde dont je ne connaissais rien, où régnait la Loi du plus fort. Une simple course m'épuisait au bout de quelques minutes. Bien sur, j'étais une proie facile. Et puis ce rejet, violent, comme une gifle, me déchirait le cœur. J'entendis des pas. Je me redressais et essuyais mes larmes rapidement. Je reniflais, mon nez coulait.

- « Hm, vous avez entendu… »

C'était Gandalf. Il vint à côté de moi, posa son chapeau et son bâton sur le lit puis me donna un mouchoir. Ou plutôt un bout de tissu, gris. Je ne m'en formalisais pas et me mouchais bruyamment. Il avait l'air ennuyé.

- « Je suis désolée. »

- « Mais enfin de quoi vous excusez-vous ? » S'étonna-t-il.

- « Ils ont raisons, je me ferais tuer. » Dis-je, pragmatique.

- « Croyez-vous sincèrement que moi ou même Thorïn le permettrions ? »

- « Pourquoi ferait-il ça ? » J'haussai un sourcil.

- « Au fond c'est un homme bon, enfin un nain ! Même s'il a la tête dure, je le concède. »

- « Soit. » Lâchai-je, sceptique. « Mais quelque part c'est assez égoïste de ma part … Après tout c'est leur quête. » Fis-je en baissant les yeux.

Je levai des yeux mouillés vers lui. Il me considéra, son regard clair se fit surpris et intrigué.

- « Vos yeux… J'aurais juré… » Commença-t-il.

- « Quoi ? »

- « Leur couleur est comme plus …lumineuse. » Suspicieux, il les scuta puis se leva pour faire les cents pas.

- « Ca arrive selon le temps ou si je pleure, par exemple… C'est juste un jeu de lumière. » Expliquai-je en haussant les épaules.

- « Ne vous en faites pas, vous vous sentez perdue. » Il fit une pause. « Et c'est assurément ce que vous êtes. » Reprit-il. Il me regarda dans les yeux. « Faites de votre mieux. Vous n'avez pas le choix. »

Il m'adressa un sourire bienveillant que je lui rendis timidement. Mon cœur battait un peu plus fort, je me sentais tellement soulagée. Ils n'allaient pas me laisser seule ici. Une douce chaleur emplie ma poitrine.

- « A présent, descendons manger. Nous partons avant la fin de la matinée. » Conclu Gandalf.

Nous descendîmes avec nos affaires. J'attachais ma cape sur mes épaules, il faisait encore frais à cette heure. La salle commençait à se remplir, mais c'était relativement calme. De jour, l'auberge avait l'air moins lugubre. On entendait des éclats de rire et l'aubergiste chantonnait en nettoyant des verres derrière son comptoir. Je me sentais gonflée d'un nouvel espoir. Mais j'étais piquée au vif qu'aucun nain n'ait plaidé ma cause. Une petite voix me rappelait qu'il n'y avait vraiment rien d'étonnant à ça. Je passais distraitement une main dans mes cheveux, tentant de me coiffer.
Je soupirais en m'asseyant à la table avec les autres. C'était loin mais très loin d'être gagné. L'inquiétude, la peur de l'inconnue de me laissait aucun répit. Je gardais mes yeux sur mon assiette où s'étalaient trois œufs au plat. En face de moi, les plus jeunes, c'est-à-dire Ori, Kili et Fili, discutaient entre eux. Ils ne me remarquèrent pas. Mais je n'étais pas du matin, et d'humeur maussade. Je m'abstins de me joindre à eux et me concentrais sur ce drôle de petit déjeuner, j'avais très envie d'un simple chocolat chaud. Rien de mieux pour se réconforter ! Gandalf, à ma droite, s'était lancé dans une discutions avec Balïn, en face de lui. Ce dernier me gratifia d'un sourire amical que je lui rendis. Ce vieux nain à l'imposante barbe blanche transpirait la gentillesse. Lorsque j'eus fini, je me levai, toute à mes pensées. Fili m'apostropha au moment où je passai près d'eux, me dirigeant vers la sortie. Je me forçais à sourire avec un petit signe de la main sans m'arrêter. Je ne voulais pas les froisser, mais je me sentais de trop, les mots de Thorïn résonnaient encore dans mon esprit. Ils se firent surpris. Les autres m'ignorèrent, tout à leur organisation de la suite du voyage.
Dehors, L'air était vraiment froid, ma respiration formait un nuage de buée. J'inspirais profondément, me gelant les narines, la trachée et les poumons. Mais la pureté de l'air était pour moi une nouveauté. Habituée à la pollution de la ville. Ça faisait un bien fou. C'était... Apaisant. La petite ville s'éveillait, tranquille, les commerces accueillaient leurs premiers clients tandis que le soleil perçait les murailles de Bree, dissolvant les dernières traces d'obscurité. Des hennissements se firent entendre.

- « Vous voilà enfin levée. »

Je me tournais vers la voix, rauque et autoritaire. Que je reconnaîtrais entre mille à présent.

- « Comme vous pouvez le voir. » répondis-je en ne sachant à quoi m'attendre.

Thorïn se tenait près de plusieurs poneys, mains jointes dans le dos, il me toisait. Imposant avec sa cote de maille sous un majestueux manteau de cuir au col de fourrure. Deux tresses descendaient de ses tempes. Le regard perçant. J'avais l'impression de faire face à un prédateur. Observant sa proie. Le détaillant, pour trouver sa faiblesse… Je me sentais tout à coup gênée, je détournais le regard vers les montures.

- « Vous savez monter, je suppose. » Lâcha-t-il.

Je me mordis légèrement la lèvre, hésitante. Son ton laissait entendre qu'il valait mieux pour moi. Si je lui disais la vérité, il allait exploser, d'un autre coté ca ne devait pas être bien compliqué de monter sur un poney. Il ne remarquerait surement rien, non ?

- « Non. » Avouai-je.

Putain. Je me maudissais de tendre le bâton pour me faire battre ! Mais j'étais honnête, trop parfois. Je pouvais dejà le voir se tendre, signe annonciateur de la tempête. Je regardais ailleurs.

- « Mais d'où sortez vous donc ? » Cracha-t-il. « Bien, approchez. »

Je n'obéis pas, ramenant mon regard vert sur lui avec méfiance. Je n'aimais pas ce ton. Puis je me mis à avancer prudemment. A la fois curieuse et attentive. Bien droite, regard fixe, défiante.

- « Je ne vais pas vous manger. » Fit-il, le regard hautain et un rictus moqueur aux lèvres.

- « Chien qui aboie ne mord pas, hein. » Dis-je, en levant les yeux au ciel.

- « Q-qu'avez-vous dis ?! » Fit le nain d'une voix menaçante, il avança d'un pas.

- « Attendez ! C'était une expression, pas une insulte ! » Paniquai-je.

Je levais les mains dans le même temps, histoire de lui montrer que ce n'était vraiment pas mon intention et le calmer. Je m'insultais intérieurement, moi et mes expressions à la con. On m'avait fait plusieurs fois remarquer qu'elles étaient moyenâgeuses, tu parles ! Ce n'était pas comme ça que j'allais l'amadouer. Thorïn continuait à verrouiller son regard glacial sur moi. Cherchant quelque chose dans mon regard.

- « Vous êtes vraiment étrange. » Il reprit brusquement. « Je n'aime pas ça. »

Il se détourna en direction des montures. Elle était bien bonne celle-là, il s'est pas vu l'animal !

- « Vous l'être aussi pour moi. »

Je l'avais dit franchement, sans réfléchir. Il ne ressemblait à aucun homme que je connaissais, de par sa morphologie. Le fait est que ce n'était pas un homme, mais un nain. Ce que j'avais du mal à croire quand je le voyais, même de dos. Ma vision des nains se rapprochait plutôt de l'image de Bombur ! Je continuais à fixer le dos de Thorïn qui n'avait pas répondu. Les nains ont l'air plus petit, logique, mais aussi plus massif, plus... Puissant. Et surement plus ou tout autant dangereux. Pour une femme, j'entends. Je secouais la tête, chassant des souvenirs désagréables pour revenir au nain. En comparaison, les hommes de mon entourage étaient moins solides pourrais-je dire. Lui était bien plus viril, c'était une évidence. Sauvage. Je passais inconsciemment le bout de ma langue sur ma lèvre inférieure.

- « Bien, allons-y. »

Je sursautais. Gandalf venait de sortir et le reste des nains, ainsi que Bilbo, suivaient. J'eus chaud tout à coup, je n'arrivais pas à croire ce que j'étais en train de penser ! Je fronçais les sourcils en me raisonnant puis suivis le magicien qui se dirigeait vers l'écurie. Je m'arrêtais à l'entrée, l'odeur y était très forte. Elle était accolée à l'auberge. Il en sortit deux chevaux.

- « Gandalf, entre nous. » Commençai-je avec un sourire malicieux. « Vous ne pensez tout de même pas que Thorïn pourrais monter dessus ? »

- « Non, bien-sur que non, voyons ! » Fit-il dans un petit rire, un air complice. « Ils sont pour nous. »

J'écarquillais les yeux puis me désignais du doigt. J'avais peur de comprendre.

- « C'est moins drôle tout à coup ! »

Il continua d'avancer jusqu'au groupe puis il me mit les rênes dans les mains. Je voulus protester, mais il ne me prêta aucune attention et monta sur son cheval brun. Prise au dépourvue, j'évaluais la bête. Le mien avait une robe plus foncée. Il était beau. Comme tous les chevaux en fait. Je le caressais, ses poils courts étaient doux comme du satin. La dernière fois que je me suis trouvé en présence d'un équidé, j'avais huit ans. Je souris, émerveillée.

- « Vous vous décidez ? » Lança Dwalin, déjà sur son poney.

Je sursautai, inspirai un bon coup, mis le pied à l'étrier, les mains accrochées sur l'avant de la selle et me lançai. Ou plutôt je lançai ma jambe gauche par-dessus celle-ci, mais je m'étalais à plat ventre dessus, la jambe à la perpendiculaire. C'était plus compliqué encore que ce que je pensais ! Je m'y repris à trois fois puis à ma dernière tentative, je sentis des mains sur mes cotes qui me soulevèrent pour m'aider à monter. Enfin installée, je soufflais. J'avais chaud à cause de l'effort et je n'étais pas du tout à l'aise. Ajoutée à cela cette foutue jupe qui n'était vraiment pas pratique, je jurais d'enfiler mon pantalon à la première occasion. Je regardais le nain qui m'avait aidé. Un peu surprise, je fis un grand sourire à Fili et le remerciai. Il me rendit mon sourire avec une révérence exagérée. Je secouais la tête, amusée. Il rejoignit son poney tandis que j'essayais de me rappeler de ce que je savais des chevaux, le fait était que je ne savais même plus comment avancer.

- « Lily, si vous voulez avancer, il vous suffit de donner un léger coup de talon à la bête. »

Bofur se tenait non loin avec un sourire moqueur. Si je n'avais pas été embarrassée, j'aurais ri de son air idiot accentué par son étrange chapeau et ses tresses à la Fifi Brindacier. Je fis simplement la moue et m'exécutai. Le cheval se mit en marche, mais même au pas c'en était trop pour moi. Je me sentais en équilibre précaire, les jambes serrées sur les flancs de l'animal. Je couinais quand il accéléra légèrement, j'arrivais à hauteur de Gandalf et Thorïn.

- « Tirez les rênes ! » S'exclama le magicien.

Je tirais de toutes mes forces, le cheval s'arrêta, mais ne sembla pas apprécié. Je courbais le dos, soulagée. Je caressai l'encolure de ma monture pour la calmer. Un peu désolée. La pauvre bête va devoir être patiente. Au moins, elle était docile.

- « Vous voyez que vous apprenez vite ! » Plaisanta Gandalf.

- « Nous sommes sauvé. » Grogna ironiquement Thorïn.

- « C'est comme le vélo, ca ne s'oublie pas ! » Fis-je en me redressant.

- « Le vélo ? » Répéta le mage.

- « Beh oui, le vélo. » Dis-je sur le ton de l'évidence.

J'haussais un sourcil dans un air d'incompréhension et quand je rencontrais le regard intrigué du chef, je percutais le problème.

- « Oh pardon ! Oubliez ça, c'est pas de votre âge. » M'excusai-je en secouant la main comme pour dissiper l'idée.

Je glissais un coup d'œil alarmé à Gandalf qui fit diversion.

- « Thorïn, il me semble que nous sommes prêt. Notre Hobbit à également réussis à monter son poney. »

- « Nous y allons ! » S'empressa de crier ce dernier au reste de la compagnie.

Tous se mirent en route, Thorïn, Gandalf et moi en tête. À vrai dire, mon cheval suivit celui du magicien de lui-même. Je ne m'étais toujours pas décontractée et restais figée, bien droite, pendant les premiers temps du trajet. Je me concentrais sur ma position et le rythme du cheval, mes hanches suivant ses mouvements. Écoutant à peine les autres bavarder. Je finis par me relaxer, un peu habituée et j'admirais le paysage. Le sentier rocailleux était encadré de petits bois lumineux et de clairières verdoyantes. Pittoresque. Les oiseaux chantaient gaiement, le bruissement de leurs ailes nous parvenait. Les insectes pululaient. Et tant qu'ils le faisaient loin de moi, c'était parfait. Le paysage était idyllique ! Qui parlait d'une mort imminente déjà ?

- « Et où sommes nous là, exactement ? »

- « Sur la Grande Route de l'Est, puis nous traverserons les Terres Solitaires. » M'indiqua Gandalf.

- « Rien qu'au nom, j'ai très envie d'y faire un pique-nique. » Blaguai-je.

- « Vous pouvez toujours faire demi-tour. » M'indiqua froidement Thorïn.

Je dardais son dos monumental d'un regard tueur. Et c'était bien parce qu'il était de dos. Une idée me vint, un mince sourire s'étira sur mes lèvres. Je fis avancer le plus doucement possible mon cheval à son niveau. –Je commençais à maîtriser ! - Il leva la tête vers moi, son regard se fit méfiant lorsqu'il remarqua ma risette.

- « Voyons je n'aurais manqué ça pour rien au monde ! » Fis-je avec emphase.

- « Peut-on savoir de quoi vous parlez ? » Il demanda abruptement.

Mon sourire se fit plus franc, dévoilant des dents blanches et parfaitement alignées par des années de soin. Il avait mordu à l'hameçon, je jubilais. Je pris mon temps pour répondre d'un ton détaché, tournant mon regard vers le lointain, dans une pose gracieuse.

- « Du bonheur de pouvoir vous admirer dans le panorama, tressautant sur votre petit poney.»

J'entendis pouffer derrière nous, j'en conclus que tous s'étaient tus à mon approche, attentif. Je me doutais de qui provenait l'hilarité. Mais j'entendis Gloïn, Bifur, Bofur et Dwalin se bidonner grassement lorsque Thorïn se redressa, plus raide que la justice et se racla la gorge. Fier. Il me devança. Il n'eut pas d'autre réaction. Même pas de colère. Je n'aimais pas cette indifférence. Dépitée, je me retournais vers le groupe et croisais le regard des jeunes frères. J'éclatais finalement en les voyants tenter de se contenir et essuyer de petites larmes. Le reste du groupe ne tarda pas à se joindre à la plaisanterie. Si j'étais fière de moi ? Si peu.
D'après Gandalf, il nous faudrait trois jours pour arriver au Mont Venteux à partir d'où s'étendaient les plaines esseulées. Je me mordais l'intérieur de la joue, ce voyage prendrait finalement plus d'une semaine...
La nuit arriva. J'étais affamée. Mon ventre criait famine depuis un bon moment malgré mes tentatives pour étouffer ses gargouillis. Je me mis à penser que j'allais perdre pas mal de kilo à force de sauter le repas du midi. Thorïn semblait pressé et nous menait d'un bon train. Ne parlant qu'en cas de nécessité extrême. Je n'avais plus tenté de le dégriser, préférant observé l'étrange Bifur. Était-ce bien une hachette qu'il avait sur le crâne ?
Si je n'avais plus besoin de marcher, je commençais à avoir les fesses engourdies, comme si elles avaient pris la forme de cette foutue selle, ou pire, si elles étaient collés ! Mes cuisses aussi souffraient d'être écartées pendant tellement de temps, c'était large, un cheval ! Je me demandais sérieusement si j'allais réussir à descendre lorsque le chef décida de monter le camp.

- « Nous allons sortir du sentier ici pour établir le campement. »

Un peu plus loin, nous trouvions une petite clairière. Je n'avais qu'une hâte, manger, dormir. Tous descendirent de leurs montures, sans peine. Moi, lorsque je tentais de me soulever pour descendre, tout le bas de mon corps protestait ! Je grognais de frustration, fallait bien que je descende de toute façon. Je me préparais à arracher mon derrière de la selle. Puis je vis une main tendue dans mon champ de vision. Je tournais la tête et au bout de cette main, je vis un Fili souriant. Je l'acceptai avec gratitude et il m'aida à descendre en posant son autre main sur ma taille. Je me préparais à arracher mon derrière de la selle. Il était très doux et prenait soin de ne pas me faire mal. C'était comme si je ne pesais pas plus lourd qu'une plume pour lui. Il me posa délicatement à terre.

- « Merci beaucoup ! » Fis-je en souriant.

Mais il se transforma vite en grimace. J'avais vraiment mal.

- « Je suis votre serviteur. » Répondis Fili d'un mouvement de tête.

Un continua de sourire et serra légèrement ma main avant de s'éloigner. Je le regardais, ses cheveux ondulés attachés en demi-queue se balançaient entre ses omoplates à chaque pas. Il avait les mêmes tresses que le chef. Il était aussi jeune que moi, pourtant, il avait presque autant de superbe que Thorïn. Démarche assurée, un dos massif, des épaules solides. Seul son regard bleu et son sourire taquin apportaient de la douceur à son visage au trait masculin. Je souriais, sa gentillesse me réchauffait le cœur.
Je regardais tout le monde s'installer. Thorïn lançait des ordres pour le feu ou la garde de nuit. Certains installaient déjà leur couche, ce qui me rappela que je n'avais jamais fait de camping. Et qu'ils ne savaient probablement pas ce qu'était une tente. J'appréhendai cette première nuit dans la nature. Finalement, je regrettais notre sinistre chambre.

- « Tenez. »

C'était Gandalf. Il me tendait un tas de tissu brun et rêche. Qui ressemblait aux couvertures de l'auberge. Je l'interrogeai du regard.

- « Des couvertures, je ne pense pas que vous en ayez. » Fit-il d'un air entendu.

- « Merci beaucoup. » Dis-je avec reconnaissance.

Je décrochais mon sac de la selle et me dirigeais vers le feu. Chacun discutait autour ou bien s'affairaient. Bombur préparait le repas, l'air très professionnel. J'avais très vite compris que ce qui comptait le plus dans la vie de Bombur, c'était la nourriture. Je posais mes affaires et allais vers lui. Pleine de bonnes intentions.

- « Monsieur Bombur, je peux vous aider ? »

- « Non non ! » Répondit-t-il rapidement sans me prêter un regard.

- « Bon… très bien. »

Je retournais m'asseoir près de mes affaires, un peu énervée. Il m'avait fait comprendre que je le faisais plus chier qu'autre chose, sous-entendant vas jouer ailleurs. Le petit vrombissement près de mon oreille m'agaçait d'autant plus. Des moustiques, ils manquaient plus que ça ! Je les chassais –ou du moins, j'essayais- d'un mouvement de main. Et tout était si humide, accentuant le froid. Je fouillais dans mon sac pour en sortir ma veste en laine et l'enfilais sous ma cape puis en rabattis le capuchon. Je remontais mes genoux contre ma poitrine et posais mon menton entre eux. J'admirais les flammes qui dansaient, jouant de leur éclat en ruminant. À mes sombres pensées, je tressaillais quand une grande main aux doigts fins se posa sur ma tête.

- « Ne faites pas cette tête, il ne faut jamais approcher d'un Bombur qui cuisine. » Fis un Kili tout sourire.

Je le regardais du coin de l'œil. Il avait la même carrure que son frère, et tandis que les yeux bleus de Fili lui donnaient de la profondeur, ceux de Kili, chocolat noir, le faisaient gagner en intensité. En contraste avec son grand sourire qui lui donnait un air espiègle. L'ombre de sa barbe nous détrompait sur sa maturité malgré les traits fins de son visage. Ses cheveux étaient moins longs cependant et quelques mèches tombaient sur son front. Lui aussi, était vraiment beau, c'était indéniable. En même temps, à côté de nain comme Dori… J'étais tellement contrariée que j'en devenais mauvaise.

- « Si on ne me fait pas comprendre que je devrais pas être là, alors je ne comprends rien. » Marmonnai-je.

- « Ne fais pas attention à ces vieux grincheux. » Dit-il en riant de plus belle.

- « Ca ne te dérange pas, toi. » Remarquai-je.

Il continua de sourire largement. J'étais à fleur de peau. Ce qui m'arrivait était d'une folie incommensurable à mes yeux. Le sentiment d'exclusion ajoutait à mon mal-être. Aussi, les petites attentions dont faisaient preuves les deux jeunes hommes – nain – me faisaient du bien. C'était délicat. Je trouvais adorable de leur part d'agir ainsi alors que leur chef affichait clairement que ma présence était indésirable. Je lui rendis un petit sourire empourpré.

- « Kili, cesse de te pavaner et va surveiller les chevaux ! » Ordonna Thorïn, de l'autre coté du feu.

Il fit une grimace et s'exécuta. Thorïn le menaça du regard quand il passa près de lui puis il me regarda un instant. À travers les flammes, je n'arrivais pas à le déchiffrer. Il retourna à sa conversation avec Gandalf rapidement. Je grognais, il allait réprimander chaque nain qui m'adresserait la parole ? Une colère sourde montait. Il m'inspirait tour à tour agacement et fascination. Il avait une certaine prestance qui forçait l'admiration, mais je ne pouvais m'empêcher de vouloir le faire sortir de ses gonds, de briser cette raideur. Seulement la plupart du temps, il s'obstinait à m'ignorer. Ça commençait sérieusement à me gonfler.
Quelques minutes plus tard, je n'avais pas bougé, toujours l'esprit à l'ouest. Exténuée et frigorifiée. Je ne sentis pas que quelqu'un s'assit à mes côtés et me mit un bol fumant sous le nez. Je ne bougeais toujours pas – même si je l'avais voulu, c'était au-dessus de mes forces - et je vérifiais du coin de l'œil qui se tenait à son bout cette fois.

- « Monsieur Bilbo ! » L'accueillis-je d'un sourire en le reconnaissant, je pris le bol qu'il me présentait. « Je vous remercie. »

- « Vous sembliez dans vos pensées et Bombur allait se servir pour la troisième fois. » Répondit-il, cela semblait l'effarer complètement.

Je cherchais Fili des yeux, mais il devait être avec son frère. Et je constatais dans le même temps qu'en effet que tous mangeaient. Personne n'avait pris la peine de me prévenir que le repas était prêt. Chacun sa merde, hein. À ce point, tout de même. Ils n'étaient pas forcés de faire comme si je n'étais pas là, on était loin du repas chez Bilbo. Amère, je goûtais le contenu du bol. Des lentilles. Et c'était plutôt bon. Je mangeais avec avidité.

- « On ne vous accueille pas à bras ouvert, vous non plus. »

- « C'est peu dire ! »

Ce fut tout. Seuls ses éternuements rompaient le silence confortable. Je me levais pour rendre mon bol à Bombur, le remerciant poliment. Je lui fis quand même part de mes impressions sur son plat. Il en fut ravi. Kili avait surement raison, il était seulement ailleurs lorsque je lui ai proposé mon aide. Je retournais à ma place. Ma faim apaisée, je sentis la fatigue tomber. Bilbo s'installait déjà un peu plus loin avec un « Je vous souhaite une bonne nuit ! » Étouffé dans un bâillement. Je secouais la tête en souriant.

- « Vous aussi. » Murmurai-je, pourtant certaine qu'il dormait dejà.

Tous le monde était installé, à part Dwalin qui prenait la première garde à ce que je cru comprendre. Je me levai et installai mon lit de fortune. Une couverture sur laquelle m'allonger et la seconde pour me couvrir, mon sac pour oreiller. Lorsque je mis en position fœtus dans ma couche, je sentis un objet dur contre mon flanc. Je me redressais et trouvais dans la poche de ma veste mon téléphone et la clef de chez moi. Il était encore allumé mais ne captait rien, bien-entendu. Je l'éteignis, il ne me servirait à rien ici mais je le rangeais précieusement dans mon sac. J'avais toujours des photos et quelques morceaux de musique.

Les yeux à ras du sol, j'observais les feuilles, l'herbe et les quelques fourmis qui s'étaient attardées dans notre camp. J'écoutais le bruit du feu qui crépitait, des grillons, les murmures des nains encore éveillés. Je tremblais à présent. Pas seulement de froid. Je me sentais mal. Vulnérable. Je n'avais jamais dormis dehors ainsi. J'avais l'impression que quelque chose de monstrueux pouvais surgir des buissons non loin de moi et me dévorer. Je fermais les yeux très forts, les mains contre ma bouche pour les réchauffer.

« Regarde le ciel, rappelle-toi qu'il y a le même au dessus de ma tête. Je te paraîtrais moins loin. »

Je tournais le visage vers le ciel. Encore une fois le nombre d'étoiles m'émerveilla. Il y en avait tellement. Mais…

- « Mais il y a bien longtemps qu'il n'y a plus que moi qui te regarde. » Murmurai-je.

Mes yeux me piquèrent lorsque mon esprit fit surgir de ma mémoire cette voix puis ce corps qui m'a tant réchauffée autrefois. Ils papillonnèrent pour chasser les larmes qui menaçaient. Je pinçais les lèvres et me recroquevillais à nouveau. Une boule de tristesse pesait dans ma poitrine. L'immensité de la voûte céleste qui s'étalait au-dessus du camp me faisait me sentir encore plus fragile. Je m'endormis rapidement, vaincue par l'épuisement.
Je ne vis pas que deux yeux bleus avaient capté mon trouble et se tournèrent vers ces mêmes étoiles. Cherchant ce que j'avais bien pu y lire.