Disclaimer : Mis à part l'OC et son histoire, tout l'univers et les autres personnages appartiennent à Tolkien.

Note de l'auteur : Bonjour ! Un peu d'action enfin, j'espère que ce chapitre vous plaira. Je remercie Neifhleim ainsi que Maariie09 pour leur revews. Je réponds à cette dernière visiteuse :

Je suis très contente que tu sois aussi enthousiaste et te remercies pour ta seconde chance :p J'essaie vraiment de garder l'équilibre entre dialogue et description. Je n'en dis pas plus, tu auras toutes tes réponses durant ta lecture de mon histoire haha ! Merci d'avoir pris le temps de partager avec moi tes impressions, à bientôt !


Chapitre 5

Si ma nuit fut difficile ? Je n'avais quasiment pas dormi. Tournant et virant dans mon couchage. Au final, j'avais renoncé dès l'aube à un repos réparateur. Assise et la couverture remontée sur mon nez, je suivais du regard Balïn qui allait de nain en nain sonner l'heure du réveil. Je lançais un coup d'œil en diagonale. Thorïn était déjà debout à mon réveil. J'avais remarqué qu'il n'avait pas le sommeil lourd et que celui-ci était tout aussi épisodique que le mien. Et ce qui me faisait enrager c'est qu'il n'avait ni l'air hagard, ni ne réprimait un bâillement. Il était déjà frais et dispos, inspectant les alentours d'un pas nonchalant, mais toujours alerte, en bon chef de meute. Moi, j'avais l'air d'une chouette mal plumée. Je regardais tout le monde saluer le petit jour par de joyeuses palabres. Ils devaient avoir l'habitude de ce genre de vie sur les routes, se levant sans difficulté, de bonne humeur. Je grognais lorsque Dwalïn posa –si j'ose dire- sa main de façon fort délicate sur ma tête au passage, un peu à la manière d'un petit chien. Excepté que je manquais de m'étaler sur le flanc. Il me rattrapa de justesse par le capuchon pour me remettre droite tandis que je le flinguais du regard. Il rit bien fort, d'une voix rocailleuse, en m'affublant encore de cet affreux surnom de rongeur. D'accord, à présent, je m'apparentais plus à un ours mal léché.

- « Lily, voulez-vous bien réveiller Bilbo s'il vous plait. »

Je regardais Gandalf d'un air morne, il s'installait déjà tranquillement près du feu avec sa pipe. Je grognais à nouveau. Je sortis un bras de mon plaid de fortune et tâtonnais autour de moi en me penchant sur le côté. Je mis la main sur un bâton d'une taille modeste parmi les brindilles et piquais le dos que me présentait le Hobbit, emmitouflé dans sa couche. Mais il dormait profondément. Je poussais un énorme et bruyant soupir en donnant un léger mais non moins sec coup sur le récalcitrant. Ce qui suffit à le faire se lever d'un bon. Je marmonnais un mot d'excuse pour la forme. Il ne fit pas cure de mon indélicatesse ni ne remit en cause la crédibilité de mes excuses. Il avait dormi comme une souche et semblait ne pas être lève tôt, au vu de sa difficulté à garder les yeux ouverts. Je ne m'extirpais des couvertures que pour aller chercher un bol et le rendre à Bombur une fois vidé. Je ne m'étais toujours pas décidée à sortir de mon cocon lorsque, le petit-déjeuner terminé, le chef prit un air d'apparat pour annoncer la levée du camp. Il était si... Pompeux. Je levais les yeux au ciel en rangeant mes affaires pour les attacher au cheval. Enfin, on vint m'aider, Bifur plus exactement. Pour la simple raison que mes multiples et diverses douleurs musculaires donnaient l'impression que je me déplaçais en slow-motion, ce qui fit bien rire Bofur et Nori. Je ne pouvais pas leur en vouloir, j'étais ridicule, je finis par en rire faiblement. Bifur, c'était un nain d'un autre âge, ou alors c'était mon cerveau qui n'était pas bien branché, je ne savais pas, mais je ne comprenais rien à ce qu'il me disait. C'était obscur, mais je crois qu'il voulait me faire comprendre comment on devait organiser les bagages sur les flancs de la bête. Qui n'étaient pas tous à moi d'ailleurs, certains en avaient profité pour se délester un peu. Le nain continuait à s'égosiller sans même se rendre comte que j'étais à des miles de le comprendre, ni même de l'écouter à vrai dire. Il avait une drôle de tronche, pour parler franchement, une touffe de longs cheveux hirsutes et noirs sur un grand front où gisait une hachette, une barbe grise et deux tresses pendaient de sa moustache. Couleur pie, les tresses. C'était un effet de style ? Et d'un point de vu technique, il ne devrait pas être mort avec une arme fichue dans le crâne ? Mon visage figé par la perplexité, changea au fil de mon analyse.

- « Euh Gandalf, s'il vous plait ! » Appelai-je à l'aide d'une voix aigue, en reculant de quelques pas.

Il vint à mon secours devant mon air apeuré. Semblant comprendre et parler le même Charabia que le drôle de spécimen qui gesticulait devant moi. Ce dernier finit par s'éloigner, encore quelque peu éberluée, je balbutiais un remerciement. Gandalf posa une main tranquillisante sur mon épaule puis s'en retourna à son équidé. Ah, c'est vrai, moi aussi, je devais monter. Je me lançais tenter par l'idée de m'y jucher en travers, à plat ventre. Je ne pensais pas arriver à mieux. Quand je me sentis soulevée pour finir posée sur ma selle.

- « Eh… Merci. » Fis-je en arquant les sourcils, surprise.

Ça devenait une habitude de voler à mon secours. Mais ce matin, ça me donnait la désagréable sensation d'être maternée. Ce qui n'avait plus été le cas depuis très longtemps.

- « Ce fut un plaisir. » Me répondis Fili dans un sourire.

- « Toujours avoir un Fili à portée de main pendant une aventure ! » Dis-je, taquine.

- « Indispensable ! » Approuva-t-il sur le même ton.

J'émis un petit rire en le regardant regagner son poney. J'avais beau être d'une humeur de chien, sa prévenance était un véritable rayon de soleil. D'ailleurs, ceux-ci commençaient à manquer, des nuages cotonneux gagnaient du terrain sur l'immensité céruléenne. À l'image de mon état d'esprit. Je priais pour qu'il ne pleuve pas !
La matinée avançait, rythmée par le bruit des sabots. Les nains chantaient. Je n'avais toujours pas décroché un mot quand le soleil fut à son zénith. Je suivais Gandalf, toujours à l'avant de la file, à ma gauche se tenait Balïn, suivaient Ori et Dwalïn. La dérangeante impression de ce matin me taraudait. Je ne voulais pas être le caillou dans la chaussure de la compagnie, mais pas non plus le chaton égaré dont parlait Thorïn. Je me demandais à quoi j'allais bien pourvoir servir puis de façon générale, où tout cela allait bien pouvoir me mener. Si les suivre étaient une bonne idée, en qu'elle manière cela m'aidera-t-il à percé le mystère de mon... ma... présence ici ? D'un autre côté, je n'avais pas beaucoup d'alternatives. Je ne connaissais même pas ce monde, tout juste quelques notions qui me revenaient. Comme Gandalf, que j'avais reconnu. Et le hobbit aussi. Fouiller dans mon esprit lacunaire me donnait la migraine. Je passais ma main fraîche sur mon front et mes yeux. Je laissais tomber pour l'instant et me reportais sur le paysage qui se faisait de plus en plus ouvert, l'arborescence se raréfiait laissant de plus en plus d'étendue herbeuse. Une douce brise s'était installée et balayait les courts cheveux sur ma nuque. Je me redressais dans un frisson. Toujours chemin faisant, je fredonnais l'air d'une chanson de Linkin Park, Numb.

- « Dîtes mademoiselle Lily… »

Je me retournais, étonnée qu'on s'adresse subitement à moi. C'était Ori qui me regardait timidement, il poursuivit avec un petit sourire.

- « Êtes-vous une princesse ? »

Effarée, je cherchais dans les regards des nains aux alentours la trace d'une question piège, d'une blague. Disons que je ne m'attendais pas du tout à une telle question.

- « Moi ? » M'exclamai-je.

Mon rire fit un éclat retentissant dans les paisibles pâturages environnant. J'avais une tendance pour l'autodérision, alors j'étais décontenancé qu'on puisse me prêter de nobles origines. Vu le monde d'aujourd'hui, enfin celui dont je venais, c'était risible. Je n'avais pas l'allure. Je n'étais pas maniérée pour un sous, et pas riche non plus !

- « Pas du tout ! » Le détrompai-je. « Mais ça me fait plaisir que tu te sois posé la question. » Je lui fis un énorme sourire, un peu de rougeur aux joues. « A moins que tu veuilles dire que je suis capricieuse et hautaine ? » M'alarmai-je soudainement.

- « Oh non mademoiselle Lily ! » Fit-il, penaud.

- « Tu me rassures, mais, ne dis pas mademoiselle. » Je grimaçai. « Lily c'est bien assez pour un bagage. »

- « Ne vous faites pas de bile pour ce que Thorïn a dit. » Intervint Balïn de son léger accent russe, si je puis dire. « C'est un bon nain, il cherche simplement à protéger l'avenir de cette quête. »

- « Mais pourquoi chercherai-je à faire du mal à qui que ce soit ! A force de voir le danger partout, on ne vit plus. » Énonçai-je, scandalisée.

Je trouvais assez aberrant qu'on me voit comme une menace, du moins tant que je ne m'annonce pas comme tel. De même que l'idée d'un danger caché derrière chaque rocher. Il me regarda, ébahi. Dwalïn s'emporta.

- « Mais d'où sortez-vous des idées pareilles ? Vous êtes bien une femme, inconsciente ! »

- « Calme-toi mon frère ! » Tempéra le nain à la grande barbe blanche. « Lily, vous… » Il soupira. « J'ai bien peur que vous ne vous rendez pas compte des enjeux de ce voyage. »

- « Voilà pourquoi Ori vous à demander votre statut, vous avez l'air sortie d'une tour d'ivoire. » Lança Nori.

Je baissais la tête, un peu honteuse face aux remontrances. Je n'appréciais pas le ton, mais quelques part ils avaient raison, j'étais habituée à la relative sécurité du monde moderne. Cependant, eux, ne le savaient pas.

- « Vous savez... » Commençai-je, choisissant soigneusement mes mots. « Là d'où je viens, le danger n'est pas où on le pense. On a peur des voleurs, des attentats, mais... La sécurité est plus grande. Je peux sortir de chez moi la nuit, dans une relative tranquillité bien sur, il faut faire preuve de bon sens. C'est si différent, vous n'avez pas idée ! » Je secouais la tête. « La vie est plus... simple. En quelque sorte. »

Si on y réfléchissait bien, c'était 50/50. Voilà que des nains allaient me faire partir dans une analyse sociologique du XXIe siècle !

- « Vous ne savez même pas monter sur un cheval ! » S'insurgea Dwalin.

- « Il faut dire que je n'ai pas l'habitude de me balader en ville à cheval ! Nous avons des véhicules bien plus perfectionnés, rapides et confortables. Les chevaux, c'est pour le plaisir. » Répliquai-je, agacée.

- « Des véhicules ? »

- « Moyens de locomotion. » Je perdais patience. « Laissez tomber, je ne saurais même pas vous expliquer, ça n'existe pas ici ! Même pas un quart de ce que je connais, n'existe. » Marmonnai-je.

- « C'est vrai que vous aviez de drôle de vêtements lors de notre rencontre… » Ajouta Ori.

- « D'où avez-vous dis que vous veniez ? » Tiqua Balïn.

Une bonne douzaine d'yeux étaient fixés sur moi. Je n'avais jamais dis quoique ce soit et Gandalf avait refusé de leur dire, ce que je n'étais pas sensée savoir. J'étais bloquée. Nerveuse, je décidais de répondre, puisque de toute façon, ça ne les avancerait pas.

- « De France. » Je pris un air détaché, cherchant à mettre fin à la conversation.

- « C'est curieux. » Fit lentement l'érudit. « Je n'ai jamais rien lu sur cet endroit… »

- « C'est très loin ! » Rajoutai-je précipitamment. « Loin au-delà de la mer. »

- « Qu'est ce qui vous a poussé à faire un si long voyage ? »

Je me retournais et à ma droite s'étaient avancés Kili et son frère. Visiblement intéressés par mon « aventure ». Je n'allais pas pouvoir échapper à un interrogatoire cette fois.

- « Aucune idée ! » Je claquais la langue. « On ne m'a pas laissé le choix. »

- « C'était un voyage de famille ? Mais vous étiez avec Gandalf ? » Insista-t-il.

- « Non. Gandalf m'a trouvé. Je ne sais rien d'autre. »

- « On vous aurait kidnappée ? » S'écria Fili.

- « Par Aulë !»

- « Des vendeurs d'esclaves ? »

- « Il y en a de plus en plus, ces sales… »

- « Vous avez eu de la chance ! »

- « Que vous a-t-on… »

Les questions et exclamations de révoltes fusaient. Je ne pouvais pas en placer une ! Chacun allait de son commentaire.

- « Calmez-vous ! » Gronda Gandalf, il ralentit pour se mettre à notre hauteur. « Lily n'a pas été enlevée par des marchands d'esclaves ! Cessez vos spéculations et autres sornettes. »

- « Qui était-ce alors ? » Insista Fili.

- « C'est ce que je compte bien découvrir. » Conclu le magicien d'un ton mystérieux.

Ça lui allait bien, il avait un petit coté mélodrame qui me donnait envie de rire. Heureusement, il n'avait pas rectifié les circonstances de mon arrivée ici, qui n'était pas tellement le fruit d'un « qui », mais d'un « quoi » ! Au vu de mon apparition soudaine... Il retourna près de Thorïn qui ne s'était pas mêlé au bruyant débat. Il avait superbement ignoré le grabuge. Ce qui m'étonna, j'aurai parié qu'il n'aurait pu s'empêcher d'y mettre le nez. Il avait l'air d'être une personne qui aimait avoir le contrôle sur tout. Je réprimais un sourire. J'étais son épine dans le pied, dans cette histoire. On me laissa tranquille après cela. Les esprits apaisés par mes aveux, dont le mien. Un poids de moins dans ma conscience. C'est plutôt agréable de pouvoir compter sur des compagnons. Partager. Je découvrais ici, la vision d'une vie qui n'existait pas dans mon monde égoïste et à laquelle je goûtais avec plaisir.

- « Et vous, vous avez beaucoup voyagé ? » Demandai-je aux jeunes nains.

- « C'est la première fois que nous partons si loin des Montagnes Bleues. »

- « Les Montagnes Bleues ? Elles sont vraiment bleues ? » M'exclamai-je.

- « Mais qu'elle est futée ! » Se moqua Kili.

- « Bien plus que toi ! Sérieusement ? » Je lui donnais une tape sur l'épaule.

- « Ce n'est pas tout à fait faux. » Fili souriait mystérieusement. « La roche de cette montagne est claire, miroitante. Le ciel s'y reflète le jour, la nuit c'est encore plus beau ! Les étoiles luisent sur la pierre. »

- « C'est magique ! » Acquiesça Kili avec fierté.

- « Waouh, ce doit être vraiment beau. » M'émerveillai-je.

- « Quand nous y retournerons chercher le reste de notre peuple, après la reprise d'Erebor, je te les montrerais. Si tu veux. »

Je le braquais mon regard dans le sien. Topaze contre Cobalt. Je ne répondis pas. Je ramenais mon regard sur la route, l'ombre d'un sourire flottant sur les lèvres. J'avais bien saisi les tenants et aboutissants de cette proposition. Elle tournait en boucle dans ma tête et papillonnait dans ma poitrine.
Mais pour moi, les promesses sont volatiles, brises joyeuses sous les ailes des papillons. Éphémères et vaines. Pourtant si belles. J'avais retenue la leçon depuis longtemps.

J'accueillis l'heure d'installer le camp avec une joie non dissimulée ce soir-là. Mes muscles me lançaient moins, je réussis même à descendre seule de ma selle ! Mon humeur jouait les montagnes russes, ce matin, j'étais littéralement à chier, à présent, j'étais pleine d'entrain.

- « Je vais chercher du bois, pour le feu ? »

Et de bonne volonté. Tous se retournèrent vers moi, ébahis. Oui, je devais avouer ne pas en avoir fait beaucoup preuve jusqu'à présent, mais je faisais des efforts ! La nuit n'était pas encore noire, je supposais que ce n'était pas –trop- dangereux pour l'instant. Ma discussion avec Balïn avait fais son petit effet. Personne ne semblait savoir quoi dire quand Balïn se reprit, se concerta avec Thorïn du regard et m'offrit un sourire bienveillant en me remerciant. Plutôt contente de faire ma B.A, je partis en trottinant dans la forêt. Lorsque je revins, les bras chargés d'un monticule de branches à hauteur d'yeux, j'entendis un énorme soupir agacé. Je n'avais même pas besoin de me demander de qui il provenait. J'ignorais le râleur. Je regardais Balïn, perplexe. Il souriait toujours, quoiqu'un peu crispé.

- « Ce bois est vert, Lily, il faut qu'il soit sec. » M'expliqua-t-il doucement.

- « Oh merde ! J'avais oublié, j'y retourne. »

J'envoyais valser le tas vers les premiers arbres sur mon chemin et retournais dans la forêt en courant.

- « Est-ce qu'elle vient de dire merde ? » S'esclaffa Dwalin.

Je m'étais un peu plus éloignée du campement, le nez rivé vers le sol. Dos courbé je tâtais chaque bout de bois à ma portée, vérifiant qu'il soit sec. La forêt était silencieuse. Peut-être une dizaine de minutes plus tard, J'avais déjà un petit tas sous le bras lorsque je remarquais une branche plus épaisse que les autres à quelques pas. Je me penchais pour le prendre lorsque je vis, non loin d'elle quelque chose bouger. Levant les yeux. Un homme se tenait là. Décharné dans sa large chemise et son long manteau élimé. Un hoquet de surprise m'échappa tandis qu'il sourit, dévoilant des dents jaunies et étirant en une grimace son visage famélique. Je laissais tomber mon fagot, reculant prudemment. Je m'étais pas mal éloignée du campement. Alarmée, je me mis à trembler. Une froide terreur déployait ses tentacules dans ma poitrine. J'entendis des craquements et, en tournant le regard de tous côtés, je vis que j'étais encerclée par deux autres. Au comble de l'épouvante, je criai. Tous se ruèrent vers moi. Leurs mains grêles et froides m'empoignèrent les avant-bras, les épaules, la gorge. Je me débattis, violente, pleine de rage. Leur touché me dégouttait. Me brûlait la peau. J'avais beau rugir des injures et batailler avec la force du désespoir, leur force et leur nombre me laissaient prisonnière. Ils veillaient toutefois à ne pas m'étrangler. La panique était à son paroxysme, ils parlaient et ricanaient dans une langue que je ne comprenais pas, me traînant derrière eux, dans la direction opposée au campement, à la compagnie. Je hurlais ma fureur et mon effroi, beuglais à m'en casser la voix, de toutes mes forces, je m'époumonais avec les noms de chaque nain, du magicien, et même du Hobbit ! Soudain, on entendit des bruits de pas de course. Puis des cris. Des cris qui se rapprochaient et où je distinguais mon nom. Un fol espoir éclata dans mon ventre et je me remis à m'agiter, essayant de tirer vers moi mes agresseurs, vers mes camarades. Ces foutus squelettes avaient encore de la force. Je continuais de brailler des noms, le visage tourné vers les bruits de nos poursuivants, fouillant entre les arbres, les yeux écarquillés dans un masque de supplice. Mon épiderme brûlait littéralement sous la poigne de mes assaillants. Je glapissais de douleur, la gorge sèche. Ma force s'épuisait, bientôt, je ne pourrais plus résister. Le visage tourné vers le sol, je commençais à me laisser traîner.

- « Dépêchez-vous… » Fis-je d'une voix éraillée.

J'entendis mon nom, distinctement, on m'appelait. Puis quelque chose siffla près de ma tête, une flèche se planta dans le bras d'un de mes assaillants qui grogna. Je relevais brusquement la tête et vis, entre les arbres, de plus en plus proche, tous les nains, ainsi que Gandalf. En tête, Thorïn.

- « Thorïn… » Murmurai-je en réalisant. « THORÏN ! » Hurlai-je de toutes mes forces.

Ils furent sur mes agresseurs en quelques secondes. Les coups pleuvaient déjà lorsque Gandalf m'arracha aux bras de ces squelettes, il m'éloigna tandis que ceux-ci rendaient leur dernier souffle sous les haches, les épées et les dagues. Ils avaient été réduits en charpie en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, gisant dans une flaque sombre et visqueuse qui s'étendait, comme vivante.

- « Vous allez bien ? » Me demanda-t-il, à bout de souffle.

- « Oui, ça va ! » Répondis-je, la voix cassée par les hurlements.

Le souffle court et le cœur battant, je levais les yeux vers Thorïn qui s'approchait rapidement, l'épée gouttant doucement du sang gluant des kidnappeurs. Il avait le regard furieux. Contre moi ? Il respirait fort, me détaillait, comme pour évaluer mon état. Je compris que non, il était encore dans l'urgence. Il avait l'air féroce. Et pas seulement lui, tous. Même les plus jeunes n'avaient plus rien de candide. C'était la première fois que j'assistais à un combat, que je me tenais devant des guerriers.

- « Mon oncle, il y avait ceci dans la poche d'un des brigands. »

Fili tendit un bout de parchemin épais, grossier, griffonné. Thorïn se tourna prestement, le prit sèchement, tenta de le lire. Puis le tendit à Gandalf. Il n'avait pas l'air en mesure de se concentrer.

- « Qu'est ce, cette fois, Gandalf ? » Ordonna-t-il.

Le mage le prit, se releva et l'avisa rapidement. Puis leva son regard perçant sur nous, allant de moi à Thorïn. Il répondit lentement.

- « Ceci, Thorïn, est écris en langue noire. Une autre promesse de paiement. »

- « Pour quoi ? » Insista le chef de la compagnie.

Il se tourna vers moi et me fixa, pensif, inquiet. Il semblait peser le pour et le contre de sa réponse, poussait des soupirs contrariés en secouant la tête de temps à autre. Nous nous regardions, tous les trois tours à tour, sourcils froncés, cherchant une réponse dans les yeux de l'autre. Puis, finalement, la sentence tomba.

- « Lily. »

À genoux dans les feuilles, je le fixais à mon tour, interdite. Une promesse de paiement ? Je n'étais pas sure de bien saisir la portée de ce bout de papier, mais les intentions de mes agresseurs ne firent aucun doute. Le reste des nains nous regardait, sans oser bouger. Ils reprenaient leurs souffles, graves et soucieux eux aussi.

- « Retournons au campement. » Lâcha Thorïn.

En silence, tous rangèrent leurs armes qui tintèrent. Ils suivirent leur chef au fur et à mesure en me lançant des regards préoccupés, vérifiant mon état au passage. Je ne réalisais pas vraiment ce qui venait de se passer. Gandalf m'aida à me relever, j'époussetais ma jupe pleine de boue et il me fit avancer, la main dans le dos. Fili et Kili fermant la marche. Le silence s'épaissit, assourdissant, je n'entendais distinctement que l'écho des brindilles qui craquaient sous nos pas. J'eus des fourmillements dans tout le corps, puis ma tête me sembla être prise dans un étau et enfin, mon estomac se fit lourd. Je sentis des haut-le-cœur. J'écartais violemment Gandalf pour brusquement me plier en deux plus loin, vidant tripes et boyaux sous les spasmes de mon ventre.

- « Lily, tout va bien ? » S'inquiéta Fili qui approchait avec son frère.

Je lançais mon bras vers l'arrière pour leur intimer de me laisser, les larmes aux yeux. C'était déjà dégoutant de vomir, je n'avais pas besoin de public ! Vous savez, lorsque le fait même de vomir vous donne encore plus envie, de vomir.

- « Je m'en occupe. » Entendis-je dire Gandalf.

Il vint m'aider à tenir, sous les convulsions de mon estomac je manquais de partir en avant à chaque rejet. Et puis c'était toujours rassurant d'avoir une présence disons, familière, quand on se sent mal. Et Gandalf, avec son grand âge semblait être une référence naturelle de sagesse, un point de repère. Il était aussi le premier à m'épauler. Lorsque ça se calma, je me relevais en respirant profondément. Je remerciais doucement Gandalf qui me frictionna le dos et nous nous remîmes en route. Pressés de retrouver le feu de camp réconfortant.
Au campement, Bilbo s'agitait, il avait dû garder les affaires et les montures. Il questionnait tous les nains qui s'empêtraient dans leurs explications, voulant tous parler en même temps. Dwalin, Oïn, Balïn et Thorïn s'étaient éloignés du groupe, ils avaient toujours l'air sombre. Pas vraiment remis, eux non plus. Lorsque tous s'aperçurent que j'étais là, ils se jetèrent sur moi, s'inquiétant de mon état. Je me sentis submergée et, à les voir anxieux et agités, l'émotion me prit.

- « Mais laissez la respirer, par Manwë ! » Tempêta Gandalf.

Tous reculèrent. Thorïn et les autres s'étaient relevés et me regardaient.

- « Je… » Commençai-je difficilement, la gorge serrée.

- « Oui ? » Encouragea Bofur, tout sourire, pour changer.

Je lançais un regard circulaire à la compagnie. Ils avaient accouru, tous. J'avais eu si peur, je voulais tellement qu'ils soient là. Le soulagement emplit ma poitrine, je sentis mon nez me piquer, mes yeux se remplirent de larme. Je me fis happer par le regard de Thorïn.

- « Je vous remercie. » Lâchai-je dans un souffle.

J'enfouis mon visage dans mes mains pour libérer mon sanglot, expulsé mon angoisse et ma terreur passées et me laisser aller au soulagement. Oïn m'ausculta, soignant ma peau rougie par la poigne de mes agresseurs. Je reçus un nombre extraordinaire de tape sur la tête ou de friction dans le dos ce soir-là. Des gestes quoique timides, pudiques, mais empreints de douceur, de tendresse, de bienveillance. Et ça ne fit que redoubler mes pleurs, tous finirent par en rire lorsque...

- « A-Arrêtez d'être aussi gentil ! V-Vous me faites pleurez bande d'idiots… » Entre deux hoquets pathétiques.

Ce soir-là leur permit de découvrir que j'étais très prompt à pleurer, que ce soit de peine, de colère ou de joie. Ceci resta une source de gentilles moqueries à la moindre occasion. Ce fut la première soirée autour du feu que j'appréciai vraiment, et je pus rattraper une bonne nuit de sommeil, entourée de Fili, Kili et Bilbo, couchés non loin, à quelques mètres. Sait-on jamais, si on me tire du lit pendant la nuit. Je m'endormis, le sourire aux lèvres. Presque sereine, sachant que le chef de la meute veillait.

Mais je sentais qu'une discussion aurait lieu, le message que portaient mes assaillants en témoignait.