Disclaimer : Mis à part l'OC et son histoire, tout l'univers et les autres personnages appartiennent à Tolkien.

Notes de L'auteur : Bonsoir ! J'avance doucement mais surement. J'espère ne pas vous décevoir sur ce chapitre. Donnez moi vos avis ! Merci à Neiflheim, à Calaelen et à Emilia. Ces deux dernière étant des visiteuses, je leurs réponds ici :

Calaelen : Je suis très heureuse de tes impressions ! Ca me motive beaucoup ! J'espère qu'elle restera fidèle à ton impression durant ce chapitre. J'ai eu du mal à l'écrire, j'avais la tête ailleurs. J'avais peur de perdre le personnage. Oui j'aime bien Fili, il est à mi-chemin entre Kili et Thorin. Et puis il fait vraiment Prince Charmant d'un certain coté. Mais il en impose mine de rien. Il y a de la matière à exploiter je pense ! Dis-moi vite ce que tu pense de ce chapitre, j'espère avoir aussi bien écris que durant le précédant. Merci encore !

Emilia : Merci beaucoup ! Voilà donc cette fameuse suite !


Chapitre 6


L'ambiance bonne enfant créée par le soulagement, ce soir-là fut bien vite refroidie. Il y eut un cri au matin. Je me redressais brusquement, le cœur battant à mille à l'heure. Mes yeux, ouverts subitement, mirent un instant à s'accommoder au jour qui se levait à peine. Je compris rapidement qui était à l'origine de mon réveil forcé. Thorïn s'éloignait à grand pas, rageur, de Fili qui regardait le sol comme s'il voulait voir l'herbe brûler, mâchoires et poings serrés. J'ouvris grand les yeux, tous étaient figés dans leur occupation, faisant comme s'ils n'entendaient pas, alors qu'il était clair qu'ils écoutaient. Mis à part Balïn qui regardait son chef avec un air préoccupé. Je passais mes doigts dans mes cheveux, qu'est-ce qui se passait encore ? Je ramenais mon regard sur Fili qui leva la tête et jeta un regard circulaire sur la troupe. Regard à la fois perçant et provoquant. Fier. Quand ses yeux rencontrèrent les miens, je lui souris doucement, désolée, ne sachant que faire d'autre. Il ne sembla pas me voir, contenant sa colère puis il se radoucit. Il finit par m'adresser son fameux petit sourire. Rassurée, le mien s'agrandit. Mais il s'effaça bien vite. Thorïn avait l'air d'un lion en cage, il faisait à présent le tour des nains, aboyant des ordres puis lorsqu'il revint vers moi, il se pencha sur Bilbo non loin qui dormait encore. Il lui empoigna l'épaule pour le secouer sans ménagement. Le pauvre eu à nouveau, un dur réveil et toutes les peines du monde à émerger, néanmoins, il avisa le chef d'un air contrarié. Et celui-ci se dirigeait donc vers moi. Je me sentais lasse tout à coup, je sentais à ses sourcils froncés et son regard d'acier que j'allais y passer aussi. Quoiqu'il ne fallait pas être devin. Je ne bougeais pas et l'accueilli d'un air méfiant.

- « Vous. » Il tonna. « Debout ! »

Oh putain ! J'obtempérais.

- « Vous êtes mon rayon de soleil, vous savez. » Soupirai-je ironiquement.

Mais il était parti à peine avait-il hurlé sur moi. Il m'avait surement entendu et volontairement ignoré. Comme d'habitude. Putain, il me mettait les nerfs dès le matin. J'étirais mon dos. J'avais mal, putain. -Je sentais que j'allais battre un record de « putain » d'ici la fin de cette p... Foutue histoire !- Je devais avoir pris une mauvaise position dans la nuit. Fallait dire que le sol, ça n'était pas le grand luxe. Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour un grand lit. Et une grosse couette en plume d'oie. Parce qu'il faisait de plus en plus froid la nuit malgré ma veste en laine sous ma cape. Je dormais mal. Ça me mettait à fleur de peau.
Je me levais et imitais le reste de la compagnie. Mon maigre bagage prêt. Je me dirigeais vers mon cheval qui broutait paisiblement, attaché avec les autres. Je m'appuyais contre lui en le caressant au cou, pensive. Gandalf s'était absenté, visiblement, je ne le voyais nul part. Bilbo discutait avec Bofur. Je l'aimais bien. Il était vraiment agréable. Un des rares. Enfin, tous les deux l'étaient. J'émis un énième gros soupir. J'avais le ventre noué. La tension dans l'air était palpable. Les nains sont rarement calmes et silencieux. C'était inquiétant. Je levais les yeux vers le ciel. Entre les arbres, on apercevait la clarté de l'aurore. Je ne me levais jamais aussi tôt, même pour aller en cour. J'étais épuisée. Et je devais avoir l'air d'un cadavre. L'odeur avec. Je fouillais dans mon sac pour trouver la gourde que Gandalf y avait mise. Je me rinçais la bouche et en profitais pour verser un peu d'eau dans ma main. Je me débarbouillais rapidement. La brise se fit fraiche sur mon visage humide, me réveillant tout à fait. En espérant que cela me donnerait un teint un peu plus frais.
J'observais Thorïn qui parcourait le camp de long en large et en travers, comme un lion en cage. Grognant des remarques. Dans ces moments-là, c'est-à-dire pratiquement tout le temps depuis notre départ, ses pommettes saillantes ressortaient. Ses yeux étaient des fentes glacées. Il avait l'air féroce. Born to be wild retentit dans mon esprit, m'arrachant un petit rire nerveux. Si comme tout le monde, je n'aimais pas faire les frais de ce genre de caractère, je ne me risquerais pas à m'y frotter. Même s'il avait une belle crinière de jais qui allait avec le personnage.
T'es fatiguée, ma fille.
Je suivais la carrure de son épaule sous sa cape bleue nuit. Il paraissait si solide. C'était fou. Mes yeux se baladaient souvent sur cette étrange personne. Nain. Son récent éclat lors de mon sauvetage avait manifestement renfoncé ma fascination.
Au moment du départ...

- « Nous partons ! Nous ne ferons pas halte cette nuit. » Ordonna Thorïn en montant sur son poney.

Sérieusement ? Je regardais tour à tour chaque nain à proximité qui suivaient le mouvement, puis Gandalf qui venait de revenir. J'ouvrais la bouche, nous allions rester éveillés deux jours de suite ! C'était trop, même à cheval ! Mais Gandalf m'offrit un regard dissuasif. Je fermais la bouche et m'installais sur ma monture, seule et sans peine à présent. Cependant, je n'étais toujours pas tout à fait à l'aise.
Son annonce sonnait comme une punition. Toujours à l'avant de la file, je me penchais discrètement vers Gandalf.

- « Pourquoi ne pas camper cette nuit ? » Murmurai-je.

- « Pour mettre le plus de distance possible entre nous et d'autres menaces. » Fit-il avec un air sombre.

Cela m'arracha un frisson d'effroi. Autant pour moi, je supposais que c'était en effet une sage décision. J'eus une pointe de culpabilité. Je soupirais lourdement, ce sentiment de dépendance et d'impuissance était insoutenable.
Perdue dans mes pensées, je finis en fin de file, près de Bilbo.

- « Vous vous sentez bien ? »

Je levais la tête vers lui, lasse.

- « Quelqu'un m'en veux là haut, j'vous le dis ! » Râlai-je.

- « Il ne vous arrivera rien. Comptez sur nous. » Clama fièrement le petit homme.

- « Merci. » Fis-je simplement mais non moins pleine d'émotion.

Quel curieux petit homme. Il tentait de me rassurer alors que lui-même n'en menait pas large. Je discutais avec lui, sur tout et rien. Nous dérivions doucement vers son village. Il avait déjà le mal du pays, le pauvre. Je pouvais comprendre après tout, même si c'était de sa propre volonté qu'il était venu, lui ! Il me parla de son Smial, son trou, sa maison, en somme. Du train-train paisible du quotidien. De ses petits plaisirs, des fêtes des Hobbits, comme la Saint-Jean. Je fus très surprise et je lui appris avec excitation que chez moi aussi, on fêtait la Saint-Jean ! Je n'aurais jamais pensé que je pourrais avoir quelques points communs que ce soit avec quelqu'un ici. On se mit à partager des anecdotes à ce sujet avec enthousiasme. Je devenais de plus en plus curieuse de ce monde si étrange.

- « Lily ! »

Je regardais à l'avant, Oïn me faisait signe de me rapprocher. Je le rejoignis en m'excusant auprès de Bilbo.

- « Les brûlures vous font-elles souffrir ? »

- « Non, vos bons soins font des miracles ! » Je lui souris.

- « Pardonnez-moi mais, qu'est ce qu'un pentacle ? »

Mais pourquoi est-ce qu'il me parlait de pentacle ? Je fronçais les sourcils, un peu perdue. Je n'avais pas dis ça. Je questionnais silencieusement les nains autour. Bofur, à l'arrière, tenta de me faire comprendre quelque chose par des signes et mîmes obscurs. Je plissais les yeux, cherchant vainement à comprendre. Puis Bifur s'en mêla en faisant des signes à Bofur qui s'arrêta tout net et le regarda en fronçant le nez. Aussi perdu que moi. L'air de dire, mais qu'est-ce que tu veux toi ! Il y avait un gros problème de communication dans cette compagnie. Je lâchais l'affaire et retournais à l'arrière. Ou plutôt abandonnais Bofur qui tentait de se dépêtrer de Bifur, ce dernier s'agaçait de pas être compris tandis que le premier tentait différents mimes, inventant par la même occasion un nouveau langage des signes.
Je faisais lentement ralentir mon cheval –J'avais bien pris la main !- pour retourner près de Bilbo quand on m'intercepta.

- « Alors comme ça, on fête la Saint Jean ? »

Kili et Fili s'avançaient à mes côtés. L'un avec un énorme sourire espiègle et l'autre avec un petit sourire mutin. Visiblement, Fili était de meilleure humeur. Et le jour où je verrais le visage de Kili autrement que fendu par un sourire, je m'inquiéterais. Je me demandais comment il pouvait être aussi optimiste dans un monde aussi sauvage !

- « On la fête là où j'habite, mais pas moi. J'accompagne mes amis seulement. » Répondis-je en secouant la tête.

- « Tiens-donc, la demoiselle n'aime pas la bière ? » Fit Fili.

- « Mmh, si, j'aime bien. »

- « Elle ne boit pas d'alcool ! Sage petite. » Se moqua Kili.

- « Je suis surement aussi sage que toi ! » Retoquai-je avec un petit sourire. « Mais je bois peu parce que je ne tiens pas bien l'alcool... » Déplorai-je.

- « Aussi sage que moi ?! Si tu savais ce que… »

- « Petite nature ! Tu ne vas pas nous dire que quatre ou cinq verres te font tourner la tête ? » L'interrompit Fili.

- « Non, deux suffisent. » J'haussai les épaules avec un petit sourire, résignée.

- « Il faut que tu nous montre ça, ca doit être drôle ! » Jubila Kili.

- « C'est assez tentant, en effet. »

J'allais râler après Fili qui ne m'aidait pas beaucoup, mais son expression m'arrêta net. Son expression et aussi, ce qu'il venait de dire, qui venait d'arriver à mon cerveau. Oh mon Dieu. J'eus un énorme frisson. Il avait cet air de prédateur, mais contrairement à Thorïn, appréciateur. Plus doux, coulant sur moi. Ce qui donnait un merveilleux sous-entendu à ses paroles. Je me mordais la lèvre et braquais mon regard vers l'avant. Hors de question de montrer le moindre assentiment. J'en oubliais de répondre, et là, pour le coup, je ne savais plus quoi dire. Et son frère continuait de se bidonner sur ma pomme, n'ayant visiblement pas saisi le double sens. Je lançais un regard en coin, Fili continuait de sourire tranquillement, visiblement fier de lui. Je réprimais mon sourire. Fais chier, c'était trop facile. Je passais doucement ma main dans mes cheveux, faussement hautaine.

- « Hors de question que je vous fasse cet l'honneur ! »

- « Même pas pour des princes ? » Insista Fili, malicieux.

- « Même pas en rêves, ça te ferais trop plaisir. »

Je lui lançais un regard de connivence, me laissant entraîner par l'espièglerie de Kili. Des princes, rien que ça ! Je continuais de fixer Fili en souriant, dans une provocation silencieuse. Si Kili était le charmeur léger et exubérant. Son frère était… comment dire… tout en subtilité, plus sensuel. Qui n'apprécierait pas ? Certaines mœurs sont atemporelles.

- « Plus sérieusement, je n'aime pas perdre le control de moi-même. Même si j'aime bien boire un coup de temps en temps. »

- « Je suis tout à fait de cet avis. » Intervint Bilbo qui s'était rapproché.

- « Je suis le maitre de mon destin, capitaine de mon âme ! » Lançai-je en levant le poing victorieusement.

- « C'est très beau ce que vous venez de dire. » S'étonna Fili.

- « C'est tiré d'un poème. De William Ernest Henley et qui se nomme Invincible. »

J'omettais délibérément de dire que le nom était dans une autre langue, Invictus.

- « Invincible… » Fit pensivement Bilbo.

- « Récitez-nous le ! » Me cria avec enthousiasme Bofur, un peu plus loin.

- « Oui, s'il-vous-plait ! » S'empressa d'ajouter Ori.

Ori était l'un des plus jeunes de la compagnie, il avait une coupe au bol avec deux tresses sur les tempes. Il était brun/roux. Je vis que celui-ci semblait très intéressé et tenait un carnet ainsi qu'une plume dans les mains. Et il n'y avait pas que lui, le silence s'était fait en m'attendant. Les nains semblaient aimer les histoires et les chants. Ca m'impressionna beaucoup. Je n'avais pas l'habitude d'attirer l'attention. J'espérai ne pas bafouiller. Je réfléchis un instant, afin de me le remémorer et débutais :

« Dans la nuit qui m'environne,

Dans les ténèbres qui m'enserrent,

Je loue les dieux qui me donnent

Une âme à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,

Je ne veux pas me rebeller,

Meurtri par les tribulations,

Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu d'opprobre et de pleurs,

Je ne vois qu'horreur et ombres

Les années s'annoncent sombres

Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit que soit le chemin,

Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme :

Je suis maître de mon destin

Et capitaine de mon âme. »

Je sentais mon cœur tambouriner dans ma poitrine. Je l'avais appris par cœur lorsque j'étais adolescente comme on apprend les paroles d'une chanson. Ce poème était plein de force, nous enjoignait de ne pas faiblir face à l'adversité. Un appel à l'espoir et à la relativité. J'étais en vie et, certes pas dans une situation des plus réalise et confortable, mais ce n'était pas la mort. Pas encore. Mon côté pessimiste revenait toujours à la charge. Mais non, je n'allais pas laisser toute cette histoire m'abattre, je n'allais pas pourrir ici. Ni me faire pourrir. Je n'ai jamais eu à combattre de dragon, mais j'ai eu d'autres épreuves non moins douloureuses dans ma vie. J'allais garder la tête haute et l'esprit clair. Je n'étais pas seule, Gandalf était là. Je me sentais à nouveau sure de moi. On m'a dit un jour que l'on devait se servir de son amour-propre pour se surpasser. Et c'était ce que j'allais faire. Même si je savais que j'aurais des moments où je flancherais, je puiserais dans ma fierté. Mon regard glissa vers certain nain. Par contre, lui, il en suinte.
Lorsque ma voix s'éteignit, le silence se prolongea un instant.

- « Cette homme était un guerrier, c'est sur ! » Fit un Kili impressionné.

- « Et un bon ! » Ajouta Dwalïn de sa voix graveleuse, non-loin.

- « Pas du tout, ou du moins pas de profession. »

- « Qui était-il, alors ? » Demanda Ori, pendu à mes lèvres.

Secrètement ravie de l'occasion, je me redressais pour me donner un peu plus d'aplomb. Je répondis à ce dernier d'une voix modulée.

- « C'était un écrivain, malade de la tuberculose et qui fut amputé à 25 ans. Il l'a écrit sur son lit d'hôpital. »

- « En quoi était-ce un guerrier, dans ce cas ? » M'interrogea Balïn.

- « Sa bataille était la maladie. Je pense qu'il y a toute sorte de combat à mener dans la vie. Non ? » Retoquai-je pensivement.

- « Balivernes, les batailles se mènent avec des haches, des lances et des épées. » Nia le nain tatoué avec véhémence.

- « Vu notre différence d'âge, ça ne serait pourtant pas à moi de vous l'apprendre, Maitre Nain. » Ironisai-je.

- « Dwalïn à raison ! » Pris parti le nain roux de sa voix gutturale.

Je tournais vivement la tête et verrouillais mon regard sur Gloïn. Là, fallait arrêter de déconner.

- « Vous êtes en train de dire des bêtises plus grosses que vous ! » Explosai-je, scandalisée par tant de mauvaise foi. « Il me semble pourtant que nous menons un débat, un débat est une sorte de confrontation et il ne me semble pas vous avoir encore mis le couteau sous la gorge ! »

- « Ma foi, son raisonnement tiens la route, mon frère. » Réfléchis l'érudit.

- « Je suis surpris de découvrir en vous une âme de diplomate. »

Il pouvait le dire : il s'en était fallu de peu pour que je dise qu'ils étaient cons. A grand-peine, les habitudes ont la vie dure ! Gandalf s'était rapproché pour écouter et me contemplait avec un sourire mystérieux. Dwalïn et Gloïn cessèrent de me fixer de manière condescendante et toute l'attention se tourna vers lui.

- « Mais éclairez-moi sur cette maladie, Lily. »

- « La tuberculose ? Elle touche essentiellement les poumons. On tousse, on a de la fièvre, des sueurs nocturnes, on perd du poids… entre autres. »

- « Ca se soigne ? » Questionna Fili qui écoutait toujours.

- « A temps, oui. Mais ça reste très dangereux. Ca peut atteindre les os, à ce moment là, c'est douloureux. On peut même avoir du mal à se déplacer. ».

- « Mais comment savez-vous tout ça ? » S'étonna Ori.

- « Pas besoin d'un BAC+10, c'est une maladie connue chez moi. » Fis-je humblement, embarrassée.

- « BAC+10 ? »

- « C'est-à-dire le nombre d'année d'étude, après le diplôme général de connaissance. » Tentai-je, me maudissant de trop parler.

- « Qui se nomme BAC ? C'est étrange. »

- « Le baccalauréat, en fait. C'est un diminutif. On étudie pendant à peu près 10 ans avant de passer cet examen. »

- « Et vous avez continué à étudier après cela ? » Balïn semblait très intéressé.

- « 3 ans, oui. »

Et ce n'était pas finit, malheureusement. Enfin, si je rentrais chez moi. Ce que j'allais faire, n'est ce pas ?

- « Vous êtes très singulière, il est tout à fait inaccoutumé qu'une femme sache lire ou étudie quoique ce soit ! »

- « C'est exact. » Le mage gris semblait réfléchir. « Messieurs, vous aurez rarement l'occasion de connaitre une fille des Hommes aussi savante. Ou une Femme, tout simplement. »

Il lança un regard appuyé au guerrier chauve. À qui je souris largement, victorieuse et très fière d'avoir fait un petit éclat. Il renifla avec mépris, mécontent de perdre la face. Je jubilais littéralement. Automatiquement, mon regard chercha le chef de la compagnie. Il avait le visage au trois-quarts tourné vers la droite. Toujours le buste droit et fier. Il écoutait donc mine de rien. Je pouvais suivre le relief de son profil. Que pensait-il ?
Peu importait !
Mais j'avais envie qu'il voie à quel point j'étais loin d'être une simple serveuse d'auberge.
Nous étions en route depuis plusieurs heures déjà, l'après-midi touchait à sa fin. Il nous restait, en théorie, deux jours avant d'atteindre les Monts Venteux.
Mais « en théorie » n'est qu'un monde merveilleux.
À la nuit tombée, nous n'avions pas avancé tant que ça. Ça m'agaçait, c'était long. Le chemin n'était éclairé que par la lune et les étoiles. En ville, la lumière des lampadaires et autres bâtiments les effaçaient. C'était un spectacle assez impressionnant, je passais une grande partie du trajet le nez en l'air, perdue dans mes pensées. Les nains chantaient d'une voix caverneuse. Des chansons lentes, sombres, dont je ne comprenais pas les paroles. C'était envoûtant. Au point où, même le visage en l'air, je me sentais sombrer dans le sommeil, manquant de glisser du côté de ma selle. Au bout d'un moment, je m'étais faite au rythme. Je me mis également à fredonner. Ma voix plutôt grave, même si elle ne laissait aucun doute sur le sexe de sa propriétaire. Suivre leur litanie déconnecta mon esprit de toute pensée parasite, toute prise de tête. Et si je me sentais toujours hors du temps, corps étranger à ce groupe, ça me donna la sensation d'être plus proche d'eux.
Et ça remplit aussi notre nuit. Le jour n'était pas loin, mais l'obscurité persistait. J'avais cessé de suivre leur voix depuis quelques minutes. J'étais à bout de forces, je ne sentais plus le bas de mon corps, mon dos réclamait qu'on allège sa tension, mes paupières ne cessaient de battre, luttant contre ma volonté. Si je m'endormais, je tomberais. Mon ventre sonnait creux, il gargouillait, se tordait et je commençais même à avoir mal au cœur. J'avais également soif, mais je me retenais de boire trop souvent, car sinon, je serais forcée de faire s'arrêter tout le monde pour soulager ma vessie.
Je devais suivre le rythme. Même si je mourais d'envie de me plaindre. C'était de la tyrannie. Inhumain.
Mais quelque part, ça aurait été assez con de ma part, après tout, ils n'étaient pas humains. Les mots de Gandalf me revinrent, ils étaient robustes. Plus, beaucoup plus que n'importe quel humain. Nous n'avions pas la même nature, bien qu'humanoïde.
Mais pitié, faite une pause !

- « Nous allons faire une courte halte ici. »

La voix rauque coupa la nuit. J'accueillis son intervention avec un soulagement non dissimulé. Nous nous écartâmes du chemin pour nous poser dans une clairière parsemée d'arbres aux branches basses mais largement déployées. Tous descendirent rapidement de leurs montures. Je voulus suivre, mais mes gestes étaient engourdis par la fatigue, lorsque je voulus passer ma jambe gauche par-dessus la selle, l'autre, sur laquelle je m'appuyais, flancha. Mon pied resta accroché à la selle. Je me sentis partir, mais je n'avais pas la force de me rattraper, ni la présence d'esprit. J'étais dans le flou, les voix autour me semblaient lointaines.
Mon dos et mes bras rencontrèrent quelque chose de dur mais aussi chaud. Je levais la tête et mon front fut chatouillé par la barbe bleue de Dwalïn.

- « Oh, Maitre Nain… » m'exclamai-je faiblement.

- « Allez dormir. »

Il fronçait les sourcils, mais pas menaçant. Il passa l'un de ses bas sous mon genou gauche brusquement pour me tirer du dos du cheval. Il engloba mon bras mince dans sa grande main rugueuse. D'une poigne ferme mais attentive, il me mena près du feu que Gloïn venait d'allumer. Il s'assit tout près. A présent assis et sur le point de m'endormir, je le regardais avec un petit sourire moqueur. J'avais l'esprit tellement à l'ouest que j'oubliais qu'une seule de ses baffes pourrait me faire voler. Il me jeta un coup d'œil d'avertissement et je me jetai sur le flanc, enroulée dans ma cape et ma longue jupe. Endormie sur le coup.
Mais ce repos fut de courte durée. J'étais trop anxieuse. Je remarquais que le jour n'allait pas tarder. Je parcourais le camp des yeux, tous dormaient. Dwalïn aussi. Et de l'autre côté, à quelques mètres, le chargé de garde. Thorïn était réveillé bien avant tout le monde, comme toujours, mais se tenait assis contre un arbre, dos droit. Sa chevelure ondulée reposait sur l'épaisse fourrure grise de son manteau. Ses bras gantés croisés sur son large buste, sourcils légèrement froncés, yeux mi-clos, visiblement soucieux. Son habituel air revêche s'était dissipé.
Je reportais mes yeux vers le feu. Autour avait été placé les restes du repas. Mon ventre se manifesta à ce moment-là, bruyant à souhait. Je plaquais mes mains dessus, j'avais peur de réveiller les autres. Mais leur seule réaction fut de se mettre à ronfler, un peu plus fort pour certain. Ce qui m'arracha un petit sourire. Et puis je remarquais que Gandalf était allongé dans sa couche, en face de moi. Ses yeux ouverts. Je lui fis un signe de la main. Mais il ne bougea pas. Je fronçais les sourcils et me penchais en avant. Il n'était pas mort au moins ?!

- « Il dort. »

Je tournais vivement la tête. Thorïn avait à présent les yeux ouverts, braqués sur moi. Ils miroitaient à la lumière du feu. Il n'avait ni l'air en colère, ni particulièrement de bonne humeur. Impassibilité totale. Je clignais des yeux en fronçant un peu plus les sourcils.

- « Les yeux ouverts ? »

- « Visiblement. » Fit-il lentement, de façon ironique.

Et là, c'était le moment où j'avais l'air con. Je pinçais les lèvres en hochant doucement la tête. Je vis son regard critique descendre puis remonter sur moi. Je me rendis alors compte que j'étais quasiment à quatre pattes. Je me remis rapidement en position assise. Le silence se poursuivit. Léger. Sans tous ces regards sur moi, je me sentais plus tranquille. Je m'autorisais à enlever mes chaussures puis mes chaussettes. Mes petites baskets n'étaient pas de toute jeunesse, elles ne protégeaient pas bien du froid et étaient usées. Lorsque je voulus enlever celle de droite, une petite douleur à la cheville s'éveilla. Je grimaçais. J'arrêtai mon geste un instant, la laissai s'estomper. J'avais dû me tordre un peu la cheville en manquant de tomber tout à l'heure. Ça m'arrivait souvent. Pieds nus, je les rapprochais du feu. Ils étaient rougis pas le froid. Ça me fit du bien. Les ampoules du premier jour étaient parties. Je risquais un regard au chef. Il était toujours en train de me fixer. J'eus un petit mouvement de recul, je n'avais pas remarqué. Il me surveillait. J'hésitais à entamer la conversation. J'allais ouvrir la bouche lorsqu'il repartit dans sa méditation. C'était sensé me décourager ? Je tentais quand même.

- « Vous avez dormis ? »

J'aurais peut-être du simplement demander s'il avait bien dormi, ça aurait suffi ! Parce que si je savais qu'il dormait peu, c'était soit que je le surveillais la nuit, soit que je dormais peu également. Je n'avais pas envie qu'il croie que la première option et ne voulais pas non plus qu'il sache la deuxième, qu'il pourrait utiliser contre moi. Du genre si vous êtes fatiguée, nous ne vous attendrons pas. Ce qui était assez prévisible.

- « Vous proposeriez-vous pour monter la garde ? » Fit-il avec un petit ricanement.

- « D'accord. » Répondis-je au tac au tac.

Avant qu'il puisse répondre, je me levai et marchai pied nu jusqu'à lui. L'herbe était fraiche sous eux. Je me plantais à coter de lui en croisant les bras sous ma poitrine. Je le dépassais de plus d'une tête. Il releva la sienne avec un air désabusé.

- « Et que comptez-vous faire ? »

- « Si vous voulez bien vous pousser, je vais monter dans l'arbre. » Dis-je sur le ton de l'évidence.

- « Les branches sont trop hautes. » Trancha-t-il.

- « Pour vous, surement. Pas pour moi. » Terminai-je avec un petit air victorieux.

Il sembla réfléchir un instant, les yeux verrouillés dans les miens. Il ne bougea pas. J'étais pourtant sérieuse.

- « Ne venez pas me dire ensuite que je ne sert à rien. »

- « C'est le cas. »

- « Que- ! » M'étouffai-je, révoltée.

Il eut un hoquet moqueur, toujours avec cet air hautain qui le caractérisait. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit si direct. C'était blessant. Un ange passa.

- « Je suis allée chercher du bois. » Argumentai-je.

- « J'ai du venir vous chercher. » Nouveau soubresaut de moquerie.

- « Excusez-moi mais, je vous fais rire ? »

Je plissais des yeux, pas sure d'apprécier l'idée. Il persistait l'ombre d'un sourire au milieu de son air supérieur. Je secouais la tête, dépitée.

- « Donc… ?»

- « Donc… » Il commença doucement. Puis sa voix claqua. « Faites taire votre ventre avant de réveiller tout le camp. »

Discussion close. Qu'il y en ait eu une était un miracle en soi. J'osais lui lancer un regard noir avant de m'exécuter. Je me servis et retournais m'asseoir. Il était antipathique. Froid et rude comme la roche. Et moi j'étais curieuse. Au risque de m'y couper. Pour l'instant pourtant, j'avais franchement envie de l'insulter.

En mangeant mes yeux se baladèrent sur mes bras : plus aucune trace des brûlures de l'agression. Je posai la nourriture et regardai plus attentivement sous tous les angles. Plus rien. Je passais le bout de mes doigts sur ma gorge. Bien que gelés, leur pulpe ne fit que glisser sur ma peau lisse. Mais à l'intérieur de ma main, toujours la même marque. On entendit le bruit d'une chouette dans la nuit, ou de quelque chose comme ça. Si je n'avais pas été en pleine nature inconnue, ça aurait pu être un moment lyrique. Mais à vrai dire dans ce silence parcouru d'ombres qui se mouvaient au gré des flammes, j'étais terrifiée. Je me rapprochais un peu plus du feu, pour me rassurer, mais aussi me réchauffer. Je réalisais que mon esprit me jouait des tours. J'oubliais par moment que je n'étais pas en colonie de vacances. La gravité de la situation m'écrasa.

Je suis au milieu de nulle part avec des Nains, un Hobbit et un Magicien. Mon Dieu !