Auteur: Claire1663
Bêta : Vinnie
Disclaimer: Tous les personnages ainsi que l'histoire originale appartiennent à JK Rowling.
Titre : Manipulations.
Résumé: Harry va à la rencontre de Voldemort dans la Forêt Interdite lors de la Grande Bataille mais lorsque le sort de la mort le frappe, la vérité éclate.
Aide à la lecture : UA. Personnages OOC. Amélia Bones est vivante ainsi que Dumbledore. Tom Jedusor a ouvert la Chambre des Secrets, non en 1943 mais en 1945 (sa dernière année à Poudlard), la même année où Dumbledore réussit à vaincre Grindelwald. Adriana Dumbledore décède en 1945 au moment du duel entre Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald.
Voldemort a pris le pouvoir au Ministère mais Poudlard reste le dernier endroit libre du monde sorcier. Harry est bien parti à la chasse au Horcruxes au cours de l'année et revient à Poudlard pour retrouver le diadème.
Comme pour les livres, Voldemort comprend que ses ennemis connaissent l'existence des Horcruxes et tentent de les détruire. Il décide donc de se confronter à la dernière poche de résistance, Poudlard, ainsi qu'à Dumbledore et Harry Potter.
L'histoire débute au moment où Harry rejoint Voldemort dans la Forêt interdite. La scène dans laquelle il plonge dans la Pensine dans le bureau de Dumbledore n'a pas eu lieu.
Note de l'auteur : Bonjour à tous et à toutes, je suis désolée je n'ai pas pu publier un chapitre la semaine dernière mais je viens de rendre mon mémoire et donc, je suis beaucoup plus libre maintenant. Je vous remercie encore pour vos reviews qui m'ont fait extrêmement plaisir ainsi que ceux qui m'ont inscrit en favorites et followers.
Bonne lecture.
Chapitre 10 Introspections
Harry était sur la plage et se promenait. Il s'était fait la promesse, mais surtout à ses parents, de vivre et de profiter de la vie mais il devait avouer qu'il avait peur. Lorsqu'il avait combattu pour la Lumière, il avait su que deux voies allaient s'ouvrir à lui. Soit la mort mais il aurait pu retrouver tous ceux qui lui étaient chers, soit la vie et il aurait gagné la liberté. Mais, malheureusement, tout ne se déroulait pas comme prévu. Il était vivant mais pas libre. Il était le fils des Malefoy mais également le compagnon de vie de Tom Jedusor. Il aurait pu parfaitement les omettre tout simplement, comme s'ils n'existaient pas mais il s'agissait de la famille Malefoy et de Jedusor et si ces derniers avaient décidé de le joindre, voire plus, alors ils le feraient.
Pour les Malefoy, ce qui le dérangeait était de ne pas connaître leur véritable sentiment. Choisissaient-ils de le prendre en compte comme un membre de leur famille par amour ou par simple atout que sa personne pouvait apporter à l'illustre famille aristocratique. Et c'est cette pensée qui le gênait. Que se préoccupait-t-il de leurs envies ? Il n'avait qu'à les dédaigner. Pourtant cela le perturbait.
Est-ce que les sentiments que cette famille pouvait lui porter étaient si importants pour lui ? Aimerait-il faire partie de cette famille ?
Harry s'arrêta quelques instants. Cette pensée l'effrayait. Il se sentait à la fois honteux de penser cela, d'espérer faire partie d'une famille mais également attristé pour celle qui s'était sacrifiée. Ils leur avaient donné leur accord mais pourtant ce sentiment de tromperie ne le laissait pas tranquille. Il avait également extrêmement peur de n'être qu'un pion entre leurs mains. Et s'il y avait bien une chose qu'il ne voulait plus, c'est d'être manipulé.
Ces réflexions le menèrent également à Jedusor. Il était lié à cet homme de façon intime. Il est vrai qu'ils avaient toujours eu une relation particulière. Cette haine viscérale, ce besoin de tout connaître l'un de l'autre, cette prophétie, tout les rapprochait. Mais il n'arrivait pas à oublier tout ce qu'il avait enduré. Il savait que Tom n'avait été qu'une victime et qu'il avait sacrément souffert. Si lui se plaignait d'avoir eu une enfance difficile, que dire de celle de Jedusor. Une enfance dure dans un orphelinat, une adolescence à la recherche de son identité et une vie entière manipulée.
Mais la simple idée de former un couple avec cet homme l'effrayait. Même si on omettait la question du passé Seigneur des Ténèbres, il restait l'âge. L'homme pouvait être son grand-père. Bon d'accord, il n'en avait pas l'allure. D'après les photos qu'il avait pu voir sur les journaux, Jedusor était bien loin du vieux papy gâteux. Au contraire, il était d'une beauté fascinante et envoûtante. Son regard captivait, son allure et ses manières étaient princières…
Harry se prit alors la tête entre ses mains, il recommençait encore à épier l'ancien Seigneur des Ténèbres. Eh oui, depuis quelques temps, il trouvait agréable d'observer l'homme mais il n'arrivait toujours pas à faire impasse sur leur passé commun. Tout cela le rendait complètement fou. Il n'arrivait pas à dormir, ni à manger. Il voulait se confier, parler à quelqu'un et seul Sirius et Rémus auraient pu lui être d'une aide précieuse mais ils étaient morts et ce rappel à leur décès le submergeait un peu plus dans les ténèbres. C'était un cycle sans fin.
Il s'arrêta dans ses réflexions lorsqu'il entendit Fleur l'appeler. Il la rejoignit. Il ne savait pas comment il pourrait remercier Bill et Fleur pour tout ce qu'ils avaient fait pour lui. Ils voyaient le temps passer mais ne le brusquaient pas. Toutefois, il savait qu'une décision devrait être prise pour septembre. La rentrée à Poudlard avait lieu et il savait par Shacklebolt que Dumbledore avait repris la direction de Poudlard et qu'il avait décidé d'ouvrir une huitième année pour les septièmes années de l'année précédente au vu des évènements. Et s'il y avait une chose dont il était sûr, c'était de retourner à Poudlard, sa maison.
Il rentra dans la Maison aux Coquillages mais comprit aussitôt que quelque chose était différent. Il sentit une autre signature magique. Il commença à paniquer et s'apprêta à quitter les lieux quand Fleur lui prit gentiment la main :
-Ne t'inquiète pas Harry.
-Vous m'avez trahi. Vous avez invité quelqu'un…
-Oui c'est vrai que nous avons invité quelqu'un mais pas ceux que tu crois. Il y une personne que tu dois rencontrer et dont, je suis sûre, tu seras heureuse de faire la connaissance.
Fleur l'emmena dans le salon. Il vit alors une femme assise sur un des fauteuils mais ce n'est pas cette dernière qui attira son regard mais le bébé qui se tenait sur ses genoux et alors tout lui vint à l'esprit : Rémus arrivant à la Maison aux Coquillages, lui annonçant qu'il était parrain, sa promesse de s'occuper de son fils. Il avait devant lui son filleul, Teddy Lupin, sur les genoux de sa grand-mère, Andromeda Tonks, anciennement Black, sa tante.
Tom Jedusor se tenait tranquillement dans le salon de Dumbledore. Lors de leur libération, ce dernier lui avait proposé de vivre avec lui et de l'aider dans sa réinsertion qui n'allait pas être aussi aisée que cela. Tom se doutait qu'Albus, comme voulait que ce dernier l'appelle, désirait en partie se racheter des tromperies de son ex-amant, Gellert Grindelwald. Mais il devait s'avouer que redécouvrir le mentor qui l'avait soutenu tout au long de son apprentissage à Poudlard lui faisait plaisir et le rassurait. Tellement de choses avaient changé depuis cette lointaine époque où il participait à sa dernière année à l'école de sorcellerie. Les sentiments, qui avaient été si longtemps maintenus, avaient refait surface avec force et il se sentait perdu.
Les sentiments qu'il éprouvait pour Harry le troublaient. Tellement de choses étaient à prendre en compte. Comment avait-il pu passer de l'ennemi numéro un à abattre à compagnon de vie ? C'est cela qui le tourmentait.
Lorsque le rituel qu'Harry avait mis en place lors de son sacrifice, et rien que l'idée d'avoir lancé par deux fois le sort de la mort sur son compagnon le faisait frissonner d'effroi, et que les sorts de Grindelwald avait disparu, il avait, littéralement, reprit ses esprits. Tous les évènements de sa vie avaient défilé et l'un des moments qui l'avait marqué fut la naissance d'Altair Malefoy. Cette petite vie avait été sa lumière, lui permettant de sortir son esprit des ombres qui l'emprisonnaient. Et ce sentiment était la prémice de celui de l'amour. Bien entendu, il n'avait aucune envie amoureuse pour le bébé qu'il avait vu naître mais tout son être, mental comme physique, l'appelait vers celui-ci. C'était difficile de décrire ce sentiment mais il avait su simplement que l'enfant et lui étaient liés.
Pourquoi une telle différence d'âge ? Le professeur Dumbledore lui avait souvent dit que rien n'était dû au hasard avec la magie. Cette dernière s'était-elle adaptée à la situation ? Avait-elle fait en sorte que l'enfant soit l'objet d'une prophétie qui lui permettrait de les libérer du véritable Seigneur des Ténèbres ? Aussi hasardeux que cela était, il le croyait. D'ailleurs, malgré son âge avancé, son corps avait repris celui d'un jeune homme de 18 ans, en totale accordance avec l'âge de son compagnon.
Compagnon…
Encore plus que l'âge, il était étrange de parler de compagnon. Il avait des sentiments pour Altair Malefoy mais pour Harry Potter ? Il n'avait jamais pu le revoir, vivant, depuis le rituel et même si sa magie lui criait que le jeune homme était son compagnon, il doutait. C'était un véritable paradoxe : il était à la fois amoureux mais également perdu dans ses sentiments, doutant de leur sincérité. Deux sentiments distincts qui pourtant ne l'amenaient qu'à une seule envie : revoir Harry Potter. Être rassuré sur sa santé, apprendre à le connaître, analyser ses sentiments à la vue du jeune homme mais également il voulait être proche de lui, devenir un ami, un confident, partager des choses que eux seuls pouvaient connaître.
Le plus étrange était le doux ressenti qu'il discernait au fond de lui. Cette certitude qu'ils étaient liés pour toujours par un lien indestructible que personne ne pouvait détruire. Un lien marquant et constant.
Le cœur a ses raisons que la Raison ignore.
Cette expression définissait parfaitement son état d'esprit mais il savait une chose. Sa relation avec Harry serait unique et ne pourrait être comparable à une autre. Et le seul fait d'y penser ne le rendait que plus impatient à retrouver Harry.
-Toujours dans tes pensées, Tom ?
Tom se tourna vers la voix et reconnut son ancien mentor, Albus Dumbledore, qui l'observait depuis la porte. Il avait ce petit sourire qui pouvait aisément irriter, celui qui signifiait que son porteur connaissait une chose que son interlocuteur ignorait. Tom soupira.
Au soupir de son protégé, Albus se permit d'accentuer son sourire. Il connaissait la raison de cette auto réflexion et il devait avouer qu'il trouvait cela mignon. Tom était quelqu'un qui avait besoin de preuves tangibles pour croire en quelque chose. Il devait voir pour croire et ce sentiment qui apparaissait au fond de lui ne répondait pas du tout à ses critères de fonctionnement. Il était donc perdu.
Pourtant, il en comprenait les raisons. Son protégé avait été manipulé pendant 50 ans et aujourd'hui, à sa liberté, il développait des sentiments pour le jeune homme qu'il avait tant haï. C'est pourquoi il avait décidé de l'aider et d'aider indirectement celui qui l'avait sauvé, Harry Potter, qui avait également mérité le bonheur.
Il s'approcha alors de Tom et s'assit dans un fauteuil en face de lui :
-Tom, qu'est-ce qui te préoccupe autant ?
Tom se redressa sur son fauteuil et toisa d'un regard froid son interlocuteur :
-Vous savez parfaitement, professeur, alors pourquoi me posez la question ?
-Parce qu'il faut que tu le formules clairement. Dis-moi ce qui te tourmente ?
Tom baissa de nouveau les yeux et commença à s'agiter. Il n'avait jamais aimé se confier à quelqu'un. En fait, pour être exact, il ne l'avait jamais fait sauf avec son professeur de métamorphose…avant…Cela faisait donc 50 ans de vie à garder tout pour soi, 50 ans qu'il n'avait parlé à personne excepté Nagini qui ne comprenait pas réellement les tourments d'un humain. Et aujourd'hui, l'homme en face de lui, qui était ce même homme qui l'avait écouté auparavant, lui demandait de s'exprimer à nouveau.
-Je ne sais pas trop, professeur. Je ne sais plus…
-Alors on va commencer par le début. Qu'en penses-tu ?
Tom hocha la tête et commença à ouvrir la bouche pour débuter leur discussion, pourtant aucun son ne sortit de cette dernière. Tom semblait muet, incapable de dialoguer. Albus comprit alors que, malgré des décennies de vie, il avait toujours en face de lui ce même adolescent perdu qui se trouvait dans une école de sorciers. Cela n'était pas étonnant puisque le rituel qu'Harry avait pratiqué annulait les sorts de Grindelwald. Et pour cela, il ramenait le corps et l'esprit au moment même où ces sorts, ou en tout cas le premier sort, avaient été lancés.
C'est pourquoi Tom était si perdu. Il avait repris son corps et son mental d'un jeune homme mais avec l'acquis et l'expérience d'un vieil homme et qui plus est d'un grand magicien, noir certes, mais puissant. Toutes ces données s'emmêlaient au fond de lui et son lien avec Harry ne l'aidait pas à y voir plus clair. D'un côté, il était fort pratique qu'Harry ait décidé de se mettre en retrait de tous, quelque temps, il l'espérait. Cela permettait à chacun de reprendre ses esprits et de faire une sorte de bilan de leur vie, de leurs envies et des choix qu'ils doivent prendre.
Mais ce dont avait réellement besoin Tom, c'était un guide. Un guide qui lui permettrait d'extérioriser son mal-être, ses questionnements mais également de le faire intégrer une véritable ligne de conduite et une sorte de cahier des charges pour les mois et années à venir. De l'aider à se faire accepter de la population sorcière afin de lui permettre de commencer une nouvelle vie.
Albus avait choisi d'être ce guide, et si pour cela il devait partager de douloureux moments alors il le ferait. Il soignerait les blessures de Tom et d'Harry mais également les siennes. Ils s'aideront mutuellement afin de ne pas tomber dans la folie et de sortir la tête de l'eau. Il n'hésita pas alors à entreprendre la difficile discussion qui allait venir :
-J'étais jeune lorsque j'ai rencontré Grindelwald.
Cette phrase eut le mérite de sortir Tom de son état. Ce dernier avait relevé la tête et fixait avec attention son mentor.
-Je voulais, comme toi, être reconnu et Gellert était si fascinant. Tu ne peux pas savoir à quel point sa traitrise m'a fait souffrir.
-De ce que je vois, elle vous fait toujours souffrir.
Albus fixa Tom et lui sourit. Un sourire rempli de tristesse :
-Oui. Je suis comme toi, Tom. J'ai été prisonnier près de 50 ans. Le pire était de pouvoir voir ce qu'il vous faisait endurer. Voir la descente en enfer du monde sorcier. J'aurais tellement voulu aider. Peut-être aurais-je dû me battre encore plus ? Je n'aurais jamais dû me laisser tenter par le côté de Gellert, nous n'en serions pas là aujourd'hui…
Tom stoppa d'un geste de la main la diatribe de son mentor :
-Vous n'êtes pas le responsable. C'est Grindelwald qui a tout commandité mais il s'est servi à la base de notre part sombre : la vôtre et celle de tous les sorciers. Sans oublier la mienne.
Albus ne fit plus aucun geste. Son protégé avait saisi le sens de sa démarche et maintenant, c'était à lui de s'exprimer, de dévoiler ses sombres côtés, ses peurs, ses espérances.
-Vous savez, quand j'étais enfant, ce que je voulais vraiment, c'était être reconnu mais surtout être aimé. A l'orphelinat, tout était tellement dur. De plus, la guerre n'avait fait qu'empirer les choses. On me trouvait bizarre. Je n'avais pas ma place et à Poudlard, j'ai cru que l'on m'accepterait mais même à ce moment, on m'a mis de côté. Je n'étais pas comme eux… Lorsque vous insinuez que vous êtes responsable, c'est faux. Au moment même où je rentrais à l'école, il y avait déjà cette discrimination.
-Elle avait toujours existé mais elle était forte à cette époque. Le monde sorcier se plaint d'avoir dû subir deux guerres sombres, pourtant, elles n'étaient que l'aboutissement de l'accumulation des non-dits et des tensions sociales.
-Je n'étais qu'un pion né au mauvais moment avec les mauvaises armes pour se battre.
Le professeur Dumbledore s'approcha alors plus près de son protégé et prit ses mains entre les siennes :
-Pourtant tu as combattu. Tu as tenté de te défaire de cette envie de vengeance. Tu n'as pas voulu t'enfermer dans ce monde.
-Et regardez ce que j'ai récolté. Une vie de haine, de mort et de méfiance ! Les souvenirs que j'ai de cette époque sont difficiles. C'est comme un rêve. Je me vois faire toutes ces atrocités : créer ce groupe politique d'opposition, mener des hommes pour terminer par les raids et les morts. J'avoue qu'au début, j'appréciais ce que je faisais. La finesse du jeu politique était intéressante. Mais très vite, je me suis rendu compte que cela ne menait à rien mais je ne pouvais rien faire. Je faisais des choix, j'agissais comme un pantin. Je devais faire ces choses et tout ce que je pouvais faire pour l'en empêcher échouait.
Soudain, Tom se prit la tête entre les mains et son visage exprimait toute la tristesse et la peine qu'il éprouvait pour les actes que Voldemort avait faits :
-J'ai tué tellement de gens. Je ne le voulais pas, je…
Le professeur Dumbledore tenta de le rassurer en posant une main réconfortante sur son épaule :
-Je le sais Tom, je le sais. Tu as combattu de toutes tes forces mais tu ne pouvais rien y faire, les sorts de Gellert étaient extrêmement puissants…jusqu'à l'arrivée d'Altair.
Tom releva alors la tête en soufflant le nom de celui par qui avait débuté la rébellion contre Grindelwald :
-Altair.
Tom se rappela alors de la naissance du premier-né de son bras droit. Il n'avait pas réellement porté d'attention à l'évènement. Pour lui, il s'agissait d'un moment banal, de l'apparition d'une nouvelle génération prêt à le servir. Toutefois, leur première rencontre ne s'était pas déroulée comme il l'avait prévu.
-Je me rappelle de la première fois que je l'ai vu. Les Malefoy avait préparé une petite fête de présentation du nouveau-né, comme le faisait les grandes familles, surtout lorsqu'il s'agissait du fils aîné. Je m'y étais rendu, non pour féliciter les Malefoy, mais pour renforcer mon pouvoir sur les familles de Sang-Pur. Le bébé était dans sa nursery et les invités, chacun leur tour, allaient le voir. Etant donné qu'il ne m'intéressait pas vraiment, je n'y suis allé qu'en dernier. Plus comme devoir à faire dans ce type de réunion que par véritable intérêt de l'héritier Malefoy.
Tom s'arrêta quelques instants et se mit à sourire, sous le regard bienveillant du professeur Dumbledore :
-Je me souviens combien cela m'ennuyait d'y aller. Pourtant quand je suis rentré dans la chambre, j'ai tout de suite compris que quelque chose n'allait pas ou, plutôt, que la magie de l'enfant m'attirait…Oui c'est cela…il m'attirait à lui. Je me suis alors approché du berceau et lorsque j'ai rencontré ses yeux, je me suis senti bien. Comme si un poids s'était levé de mes épaules. Je n'avais pas envie de partir. Je reprenais vie…Je n'ai pas pu m'empêcher de le prendre dans mes bras. Il y avait bien deux elfes pour s'assurer de la protection de l'enfant mais je ne m'en suis pas inquiété. Et au moment où il s'est retrouvé dans mes bras, je n'ai pas vu le temps passer. Je me sentais tellement bien. Je reprenais mes esprits même si je ne comprenais pas vraiment ce qui m'arrivait. Je ne sais combien de temps je l'ai gardé avec moi mais ce n'est qu'à l'instant où Lucius et Narcissa sont rentrés dans la chambre que j'ai repris pied dans la réalité. Et depuis, je le voyais fréquemment. J'avais besoin de lui. Ma soif de pouvoir, de guerre et de sang s'amenuisait. Je n'avais plus goût à tout ce que j'avais entrepris.
Le professeur Dumbledore regarda son protégé avec un sourire triste. Les souvenirs qu'il venait de raconter prouvaient bien le lien entre les deux hommes. Mais surtout ces quelques instants de bonheur allaient disparaître pour laisser place à l'horreur.
Tom, lui, était complètement plongé dans ses souvenirs. Les moments heureux qu'il avait partagés avec Altair mais surtout ces instants de félicité le submergèrent et lui firent comprendre les véritables implications et conséquences des sorts sombres de Grindelwald. Ces souvenirs laissèrent place à d'autres où les sensations étaient aux antipodes de celles qu'il avait ressenties. Et elles furent marquées par un évènement, l'enlèvement d'Altair :
-Mais cela n'a pas duré. Altair avait à peine quelques mois lorsqu'il s'est fait enlever. Les Malefoy s'étaient absentés pour assister à une soirée au Ministère. Leurs elfes les ont fait venir en urgence. Quelqu'un avait réussi à déjouer les sécurités du Manoir Malefoy et à enlever le bébé. Ce n'est pas tout de suite que j'ai ressenti le manque. Ce n'est que quelque temps plus tard. Maintenant j'ai compris qu'au moment où Grindelwald avait mis en place la cérémonie du sacrifice, Altair fut mort quelques instants ou, en tout cas, ma magie l'a perçu ainsi. Et je suis devenu fou.
Tom se prit alors la tête entre les mains, ne cessant de répéter :
-Tous ces morts, toutes ces vies gâchées.
Le professeur Dumbledore se leva de son siège et s'approcha de son protégé pour le prendre dans ses bras, tentant de le réconforter du mieux qu'il le pouvait. Tom prit quelques minutes pour se reprendre et le professeur Dumbledore sut que c'était le bon moment pour parler du véritable problème. Son lien avec Harry Potter alias Altair Malefoy.
-Mais tu n'es pas responsable, Tom.
-Pourtant j'étais assez noir pour pouvoir être contrôlé par Grindelwald. J'aurais pu faire ces actes de moi-même.
-Tom, ce n'est pas ce que nous sommes qui importe mais nos actes. Tu es peut-être d'une nature plus noire que la plupart des gens, mais tu n'es pas un homme mauvais. J'ai vécu dans une prison mais j'ai également vécu dans le monde sorcier au travers des yeux de Gellert et je peux t'affirmer que les gens ne sont pas aussi lumineux qu'ils veulent le montrer. De l'ancien ministère, je pourrais nommer le premier ministre qui n'a pas hésité à fermer fréquemment les yeux ou encore Dolorès Ombrage et son goût pour la torture. Tu n'as pas à baisser les yeux. Tu es un homme digne et fier et je veux voir devant moi le Tom Jedusor que j'ai rencontré.
A ces mots, Tom Jedusor se redressa vers son ancien mentor en lui souriant puis son regard se fit plus acéré, plus déterminé. Il allait leur démontrer ce dont il était capable et prouver à tous qu'il était digne d'être un sorcier. Et peut-être, le seul être qui l'intéressait réellement lui pardonnera et pourront-ils apprendre à se connaître.
Dumbledore observa avec amusement les pensées de Tom qui se reflétaient dans son regard et fut heureux de le voir déterminé même s'il semblait remarquer une certaine crainte. Il sut tout de suite que Tom pensait à Harry. Il était temps de lui faire part de ses recherches :
-Tom, connais-tu les compagnons de vie ?
Tom tourna sa tête vers son ancien professeur et le regarda avec curiosité. Il connaissait le terme de compagnon pour les créatures magiques telles que les veela mais il ne voyait pas vraiment en quoi cela le concernait étant donné que ni Harry, ni lui n'étaient de ces dernières.
-Les compagnons de vie sont ce que nous pourrions appeler les âmes-sœurs des sorciers. Certaines créatures magiques ont des compagnons attitrés et certains sorciers aussi.
-Mais les sorciers ne sont pas à la recherche de leurs compagnons et jamais on ne les a vus dépérir s'ils ne les trouvaient pas.
-C'est vrai, mais le lien est différent. Autant les veela ont besoin de leurs compagnons et le recherchent, autant cela ne concerne pas tous les sorciers et ces derniers peuvent parfaitement vivre sans les trouver. De même que s'ils les trouvent, ils peuvent vivre sans eux. Bien évidemment, ils leur manqueraient quelque chose mais rien de comparable au désespoir des veelas.
-Que tentez-vous de me faire comprendre ? Harry et moi, nous serions des…
-Des compagnons de vie. C'est exact.
Tom regarda fixement l'ancien professeur. Harry et lui seraient-il des compagnons de vie ? Cela expliquerait bon nombre de choses comme ce besoin d'être auprès de lui. Mais pourquoi lui seul subissait cette attraction ? Et qu'est-ce qu'était exactement des compagnons de vie ? Toutes ces questions se chamboulaient dans sa tête. Tellement de questions qu'il ne savait plus en quoi réellement croire.
Albus Dumbledore vit le désappointement de son protégé. Il trouvait cela étrangement mignon d'assister à la prise de conscience des sentiments de son ancien élève mais surtout à celui qui avait fait le vœu de fermer son cœur à toute forme de sentiment, de peur d'être déçu. D'ailleurs, ce dernier ne tarda pas à lui poser des questions :
-Professeur, si nous étions vraiment liés, nous serions deux à subir le lien et j'ai l'impression que cela n'est pas le cas. Et puis qu'est-ce qui me prouve que c'est réellement le cas ? Qu'est-ce que cela implique ? Et…
Le professeur de métamorphose leva sa main pour suspendre le véritable interrogatoire dont il faisait l'objet :
-Je me suis douté que tu te poserais des questions. Tu as toujours été un élève curieux, avide de connaissances. C'est pourquoi, j'ai amené quelque chose pour toi.
Sur ces paroles, Albus Dumbledore se pencha vers le porte-documents qu'il avait pris soin d'amener avec lui dans l'expectative de cette discussion. Il en sortit un livre qu'il tendit à son protégé :
-J'ai découvert ce livre dans mon bureau de directeur de Poudlard. Il me semble que Gellert s'était renseigné sur les raisons de ton brusque changement de comportement à la naissance d'Altair. Il a donc trouvé cet ouvrage qui définit toutes les formes de compagnons qui puissent exister, dont les compagnons de vie des sorciers.
Tom Jedusor prit le livre avec déférence. Il avait dans ses mains les réponses à ses nombreuses questions sur le sujet qui le travaillaient depuis cette fameuse nuit de la Grande Bataille. Alors qu'il était enfermé, il avait eu tout le temps, entre deux interrogatoires, de s'interroger sur son lien avec Harry Potter. Et maintenant, il détenait enfin les clefs qui l'aideraient à avancer et, certainement, à faire le bon choix.
-Je te laisse le découvrir. J'espère sincèrement qu'il pourra t'aider mais n'oublie pas une chose.
Tom regarda alors fixement son mentor :
-Suis ton cœur et ton instinct. Je suis sûr qu'ils te seront les meilleurs conseillers. Et puis, si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir me voir.
-Merci professeur.
Albus Dumbledore se leva et posa une main réconfortante sur l'épaule de son protégé. Il se dirigea ensuite vers sa chambre pour aller se coucher. Leur discussion avait duré toute l'après-midi mais elle avait été fructueuse ou tout du moins elle avait permis de crever certains abcès depuis bien trop longtemps négligés. Il n'hésita pas à demander à un des elfes de maison de surveiller son ancien élève pour le prévenir si ce dernier ne se sentait pas bien mais il ne s'inquiétait pas pour la suite des évènements. Il était d'ailleurs fébrile au prochain plan d'attaque de Tom pour séduire à la fois la population sorcière et son jeune compagnon.
Tom observa son mentor sortir de la pièce pour reporter son attention sur le livre. Il était pressé de prendre connaissance de son contenu mais également effrayé à la lecture de celui-ci. Cependant, il n'hésita pas plus longtemps à l'ouvrir et chercher dans le sommaire la partie qui l'intéressait. Il découvrit les pages qui concernaient les compagnons de vie des sorciers et commença sa lecture :
Les compagnons de vie des sorciers
Les compagnons de vie des sorciers sont peu connus parmi la population sorcière. Fait étonnant lorsque nous connaissons l'engouement des jeunes, et moins jeunes, sorcières pour ce qu'elles appellent âme-sœur.
Le terme d'âme-sœur nous vient du folklore moldu qui détermine deux personnes destinées à être ensemble et à vivre une histoire d'amour éternelle.
Les compagnons de vie fonctionnent sur la même base. Il s'agit de deux personnes liées par des sentiments profonds. Leur amour est réciproque et véritable. Aucune des deux parties n'a à se poser des questions sur l'autre. Chacun restera fidèle à l'autre. Ils sont littéralement faits l'un pour l'autre. De cela, il ressemble au lien que l'on retrouve pour les créatures magiques comme les veela/valéon, les vampires/calices…
On peut également retrouver cette caractéristique de l'entraide dans le couple. L'un comme l'autre peut puiser dans la magie de leur compagnon afin de se protéger ou de guérir. Les dommages physiques comme mentaux peuvent être soignés par la seule présence du compagnon. De même que certains sortilèges peuvent s'annuler ou ne plus faire effet par cette même présence.
De même qu'un évènement grave puisse arriver à l'un, l'autre le sentira parfaitement. Le compagnon de vie d'un sorcier peut toujours vivre malgré la mort de son compagnon mais selon certains cas, les répercussions peuvent être aléatoires. La mort ne survient jamais mais le suicide a été noté. Un passage de perturbation magique ou mentale s'est également observé.
Il existe d'autres différences. Autant le veela cherche indéfiniment son valéon, autant le sorcier peut parfaitement vivre sans le rencontrer et construire une autre vie en couple avec enfants sans que cela ne le dérange. Dans certains cas, le sorcier n'aura peut-être jamais la sensation d'avoir eu un compagnon de vie alors que pour d'autres, ils sentiront un léger manque.
Une autre différence se vérifie dans la découverte du lien et son acceptation. Tout comme les créatures magiques, un simple contact permet de créer le lien. D'ailleurs, la première rencontre est souvent la plus intense par cette création d'où le mythe du coup de foudre. Mais il se peut que l'un des compagnons résiste et ce, pour plusieurs raisons : un sort, une épreuve difficile vécue par ce dernier, un évènement marquant et perturbant. De ce fait, l'acceptation du lien, créé ou pas, n'est peut-être pas vécu de la même façon pour chacun des compagnons. Ils peuvent la combattre ou la refreiner.
Cependant, le compagnon de vie est véritablement un amour unique. Malgré quelques différences avec les créatures magiques, les compagnons de vie sont autant destinés que des valéons et des veelas. Leur amour est basé sur le même schéma et aimer et être aimé par un compagnon de vie est magnifique. Le compagnon de vie est la seule personne qui pourra comprendre, aider, aimer son autre compagnon. Ce lien est à double sens. Il s'agit véritablement d'un grand Amour que le monde sorcier respecte énormément d'où certaines lois mises en place dans la protection des compagnons de vie...
Tom s'arrêta de lire et fixa un point lointain par la fenêtre. La nuit s'éclairait, l'aube pointait à l'horizon. Cette lecture avait été extrêmement enrichissante et maintenant il était déterminé. Il avait choisi sa voie et il était bien décidé à y arriver. Il allait passer à l'attaque et son compagnon était la cible principale.
