Chapitre 3
Les couloirs de l'école pouvaient abriter de bien d'étranges créatures : loups-garou, Kanima, humain, druides peut-être, fantômes ainsi que quelque chose apparentée à un mannequin désarticulé dont les jambes allaient et venaient à gauche puis à droite, suivant un itinéraire totalement farfelu entre les autres élèves. Ceux-ci ne firent même pas attention à cette bien étrange créature, bien trop occupés à commenter la dissertation à rendre pour le cours d'Anglais ou bien sur les résultats au dernier contrôle d'Histoire.
Dans le lot, il y avait Scott qui tentait tant bien que mal d'ouvrir son casier — stupide cadenas récalcitrant. Quand il réussit à l'ouvrir, ladite chose étrange s'arrêta net devant lui, lui prit les mains dans les siennes, les secoua avec beaucoup d'entrain avant de le serrer contre son cœur. Scott leva un sourcil devant cet élan d'affection plutôt étrange de son meilleur ami — car oui, ce fut bien Stiles qui avait déambulé dans les couloirs d'une manière aussi bizarre. Il ne releva pas les battements effrénés de son cœur, trahissant un stress léger et un peu de soulagement de la part du fils du Shérif. Non. Le plus incroyable pour le moment était cette étrange bonne humeur qui émanait de tout son être et Scott trouva ça plutôt sympathique. Après tout, Stiles avait l'air d'être terriblement anxieux quand il l'avait croisé ce matin et le jeune loup-garou avait conclu à une grande appréhension vis-à-vis cours du Chimie avec Harris. D'ailleurs, Scott avait cours de Chimie et Stiles un peu de temps libre avant leur cours commun d'Économie et un après-midi entraînement de lacrosse.
Stiles ne dit rien, se contentant de sourire bêtement avant de sortir le manuel de Chimie de son sac devant les yeux interloqués de Scott qui bégaya. Le fils du Shérif le lui remit, lui tapota l'épaule gauche avant de partir en trombe en direction de la cour. Hagard, Scott cligna des yeux avant de comprendre ce qui venait de se produire. Il baissa les yeux vers son manuel avant de se retourner vers la direction qu'avait empruntée Stiles. Il leva les yeux au ciel avant de soupirer et se rendit calmement en cours. De l'autre côté du couloir, Erica poursuivait Greenberg en lui promettant mille souffrances et mille encore s'il se décidait pas à coopérer à son propre châtiment. Scott avait l'impression que rien n'avait changé à Beacon Hills. En fait, tout était devenu effroyablement anormal. Si anormal, que plus personne n'y faisait attention. C'était pas si mal, après tout. Il avait presque oublié la pleine lune qui approchait et le fait qu'il devait concourir pour la place de capitaine conter Jackson tout à l'heure.
Non.
Il n'avait absolument pas oublié Jackson et son désagréable et arrogant sourire surtout depuis qu'il était devenu ce qu'il avait toujours souhaité : un loup-garou. Comment étaient-ils censés se départager maintenant qu'ils étaient au même pied d'égalité ? Est-ce que Scott sera à nouveau recalé sur les bancs de touches ? Jackson sera-t-il acclamé, adulé comme à l'année dernière avant l'affaire de Peter Hale, l'Alpha vengeur ? Non, hors de question que Scott redevienne le camarade de classe si insignifiant, perdant à tous les matchs, impopulaire auprès de tout le monde. Il avait déjà réussi à combler ses problèmes de notes catastrophiques ; ce n'était pas pour perdre tout ce qu'il avait déjà gagné. Jackson n'avait qu'à bien se tenir.
Stiles se sentait bien. Cela faisait un très long moment qu'il ne s'était pas senti aussi bien. Aussi soulagé. Il était conscient que la journée n'était pas terminée et qu'il pouvait encore se faire mettre en retenue par les autres professeurs. Le Coach donnait très rarement des retenues. Du moins, seulement aux élèves très en retard dans son cours. C'était quelque chose qu'il ne supportait pas. À moins de lui présenter un billet d'excuse ou de faire partie de l'équipe de lacrosse et (surtout et) d'être un excellent joueur, il ne ménageait pas ses sarcasmes et sa mauvaise humeur tout en rédigeant le billet pour la retenue. Stiles s'était toujours demandé ce qu'il se passerait si Finstock et Harris se retrouvaient enfermés dans la même pièce pendant une heure. L'apocalypse peut-être. Leur discussion dans la salle des professeurs devait aller du mépris du Coach pour Greenberg à celui de Harris pour Stiles. Et sans doute un concours de sarcasmes.
Vraiment n'importe quoi, Stiles.
Devant la pluie incessante qui s'abattait sue la cour de l'école et les terrains de sport, le fils du Shérif se gratta l'arrière du crâne, soupira de lassitude avant de faire demi-tour en direction de la bibliothèque où il pourra se caler pour faire ses devoirs — sans son manuel de Chimie, il ne pourra pas faire grand-chose — ou lire un des nombreux ouvrages sur la guerre de Sécession — pour un travail en Histoire terminé depuis une bonne semaine déjà — ou alors discuter avec Lydia qui avait elle aussi un peu de temps libre. Il la trouva assise à une grande table avec deux livres étalés devant un bloc de notes dont elle arrachait les feuilles de temps à autre avant d'en faire une boule de papier pour la lancer dans la poubelle à un mètre d'elle, près du rayon « Histoires anciennes » et « Mythologies ». Stiles prit place à côté d'elle, posa la tête entre ses mains, les coudes au bord de la table. Lydia lui décrocha un sourire timide avant de replonger dans ses notes. L'adolescent inclina la tête sur le côté et plissa les yeux. Lydia avait imprimé des pages du bestiaire des Argent et tentait de les traduire en s'aidant d'un dictionnaire de latin et d'un gros livre sur les créatures surnaturelles. La jeune fille butait sur un passage, n'arrivant pas bien à saisir ce que les Argent avaient voulu dire avec les krakens et autres bestioles du même genre attaquant des bateaux.
Stiles ne voulait pas déranger la jeune fille, se contentant de l'observer avant de bâiller à s'en décrocher la mâchoire. Tout ce stresse et ces angoisses l'avaient exténué. Il croisa les bras sur la table avant de poser le menton sur ces mêmes bras, fixant toujours la jeune fille qui chiffonna une autre feuille avant de la jeter.
« Stiles, tu pourrais me rendre un service ? Fit-elle doucement en rangeant ses affaires. »
Le principal intéressé leva un sourcil interrogateur.
Lydia sortit de son sac à main une petite feuille en carton tamponnée et signée par le proviseur. Stiles contempla l'objet tendu vers lui comme si c'était la première fois qu'il en voyait. Il se remit convenablement contre le dossier de sa chaise, se gratta l'arrière du crâne avant d'acquiescer doucement.
Lydia expliqua avec un sourire presque forcé qu'elle devait se rendre à un entretien avec la psychologue et par la suite partir au chevet de sa mère qui avait des soucis de santé. Elle était autorisée à partir et à manquer le cours d'Économie — qui était son dernier cours de la journée.
Stiles sourit timidement à son amie avant de saisir délicatement le morceau de papier entre ses doigts et de le glisser dans sa sacoche.
La jeune fille le remercia avant de replacer les livres dans l'étagère et de soupirer. Elle fit volte-face vers Stiles qui se frottait les yeux du bout des doigts. Elle fit quelques pas en sa direction, se baissa, lui effleura le front du bout des lèvres dans un baiser à la volée, l'enveloppant par la même occasion de son parfum sucré avant de prendre son sac et de partir dans un bruit de talon aiguille martelant le plancher de la bibliothèque à chaque pas.
Stiles toucha mécaniquement l'endroit où les lèvres de sa meilleure amie l'avaient effleuré avant de secouer la tête. Il posa à nouveau ses bras sur la table avant d'enfouir sa tête dedans. Il s'endormit, le cœur serein et la respiration apaisée.
… Il s'endormit ?!
Stiles se réveilla en sursaut, sortit son portable de la poche de son pantalon. L'appareil tenta de s'enfuir, rebondissant de manière étrange sur la paume de ses mains avant que l'adolescent n'arrive à le coincer contre sa poitrine, les bras en croix, le cœur battant à tout rompre. Il resta quelques secondes comme paralysé dans cette position avant de reprendre contrôle de lui-même. Il consulta l'heure sur son téléphone avant de se lever en trombe, se cogna violemment contre la table, tenta de s'écarter de sa chaise, mais se prit les pieds dans son sac avant de tomber lourdement sur le sol de la bibliothèque qui était — heureusement — déserte.
C'était un fait certain : le sac de Stiles voulait sa mort. Le jeune homme commençait en avoir ras le bol de se prendre systématiquement les jambes dedans. C'était comme si l'univers avait décidé que l'arme du crime serait un simple sac contenant cours et feuilles de papier ainsi qu'une trousse qui avait dû se déverser entre deux classeurs comme à son habitude. Et Stiles râlera de plus belle en remettant tout à la va-vite, stylo à plume ou règle ou gomme disparaissant mystérieusement dans une autre dimension au fond de son sac pour la dixième fois de l'année scolaire.
Et ce n'était que le mois d'octobre.
Stiles n'avait pas le temps d'échafauder un plan pour changer de sac ou peut-être de jambes ou d'acquérir un nouveau sens de l'équilibre.
Il n'avait vraiment pas le temps de courir dans un sens puis se rendre compte que ce n'était pas la bonne sortie de la bibliothèque pour se rendre dans le couloir menant au cours d'Économie, glissant sur le parquet fraîchement ciré avec ses fichues chaussures, provoquer un bruit aussi crispant et désagréable que la craie du professeur Harris descendant très doucement l'ardoise dans un geste agressif.
Il n'avait pas le temps de reprendre son souffle, appuyé contre un casier, se demandant comment il avait pu s'endormir aussi facilement et ne pas entendre la sonnerie.
Il n'avait pas le temps d'entendre le Coach faire l'appel très doucement, en allant de ses petits commentaires sarcastiques, depuis la salle de classe un tout petit peu plus loin, juste après la salle de Chimie.
Stiles ferma les yeux, compta doucement jusqu'à cinq, essayant tant bien que mal de reprendre haleine. Il était en retard. Et le Coach collait systématiquement les élèves en retard. Il pouvait encore rejoindre le cours ; tant que l'appel n'était pas terminé ou que son nom n'était pas prononcé — il bénissait le fait que son nom de famille commençât par un « S » et que cette même lettre était très très loin dans l'alphabet —, il avait encore un tout petit peu de temps.
C'était facile. Courir. Ne pas réfléchir. Ne surtout pas paniquer, angoisser. Le Coach y verra que du feu. Facile.
Il prit une grande inspiration avant d'arpenter le couloir à grande enjambée avant d'étouffer un cri de stupeur et de se réfugier en quatrième vitesse contre le mur d'une intersection, patinant légèrement sur le sol glissant du couloir, plaquant sa main gauche contre ses lèvres sèches. Harris venait de sortir de la salle de Chimie avec une pile de manuels dans les bras, ignorant la présence du fils du Shérif. Il referma la porte derrière lui d'un coup de pied discret avant de sortir son téléphone portable avec sa main droite, calant les livres contre sa poitrine, s'arrêtant à un mètre à peine de Stiles. Ce dernier hurlait intérieurement au dragon à lunettes de faire demi-tour sur-le-champ et de s'enfermer dans un placard s'il le fallait pendant que l'adolescent tentera subtilement de rejoindre le cours d'Économie avant que le Coach ne remarque son absence.
Stiles avait du mal à rester parfaitement calme. Si Harris le voyait, il lui demanderait pourquoi il n'était pas en classe, le collerait pour avoir tenté de sécher les cours. Et le fils du Shérif ne pouvait pas se le permettre. Il devait absolument rester silencieux, plaqué contre le mur, écoutant le Coach au loin faire l'appel d'une lenteur presque irréelle. Pas question de craquer, de lâcher prise ou d'abandonner — même si tout était synonyme, mais le cerveau de Stiles n'avait plus de logique.
Harris voulut ranger son téléphone, mais un des manuels qu'il transportait glissa en emportant le reste avec lui, s'écroulant sur le sol dans un faible bruit de papiers froissés tandis que le chimiste émit un son d'agacement. Stiles donna un coup dans le mur avec l'arrière du crâne de dépit. Mais c'était pas vrai ça.
À moins d'un mètre de l'adolescent, le professeur se baissa, rassemblant ses affaires. Stiles pouvait apercevoir le bout de quelques manuels de là où il se trouvait. Il aurait pu s'enfuir de l'autre côté, cependant l'intersection donnait directement vers le bureau du proviseur. Il priait tous les Dieux qu'il connaissait pour que ce ne fût pas la destination du professeur de Chimie. Il ne fallait surtout pas qu'il tournât à sa gauche. Il devait continuer tout droit, loin très loin, sans se retourner, passer juste devant Stiles.
Et si jamais il le voyait dans le reflet de ses lunettes quand il le dépassait ?
Stiles se donna un coup de poing mental. Non. Ce n'était pas le moment pour les scénarios dignes des très mauvais films d'Hollywood. Et puis, il devait avoir des verres antireflet. Tout le monde avait des verres antireflet. Le professeur ne devait pas faire exception. Et même si ce n'était pas le cas, Stiles se promettait de les lui payer avec ses économies s'il le fallait. Il ferait n'importe quoi, vraiment n'importe quoi pour faire taire les battements effrénés de son cœur sous l'angoisse de se faire attraper. Il détestait ce sentiment. Il détestait avoir ce sentiment d'avoir commis un crime de guerre et de devoir se cacher du F.B.I.
Il était simplement en retard à un cours où il avait que des bonnes notes. Il pourrait tout aussi bien sécher le cours, mais il avait promis à son père d'éviter tout problème de comportement cette année. Bon sang, ne pouvait il pas faire abstraction juste pour cette fois ? Bien sûr que non. Parce qu'il y avait Lydia. Elle comptait sur lui pour remettre le papier au Coach. Au-delà du problème d'éviter à tout prix les heures de retenues en ce lundi afin de pouvoir se rendre à son entretien pour un petit boulot qu'il allait sans doute détester au bout de deux semaines, il y avait son amie qui lui avait demandé un service. Et ce que Lydia voulait, tous les loups-garou de cette ville de tarés devaient hurler pour le faire dans la seconde — même si Stiles n'était pas un loup-garou, mais il aimait cette image. Et cela permettait à son esprit de ne pas prêter attention à la présence beaucoup trop proche du professeur ou de son parfum — ou l'after-shave, Stiles n'était pas vraiment sûr — qui lui arrivait aux narines.
Au loin, le Coach était arrivé à « McCall » et avait commencé un long discours sur le fait qu'il attendait de Scott la meilleure discipline possible dans les cours et sur le terrain. Stiles écarquilla les yeux. Le Coach avait passé « Martin »… « Lydia Martin ». Non. Il ne lui dira rien si Stiles lui donnait le petit bout de papier. Tout se passera très bien.
Harris se releva avant de reprendre sa route d'un pas assuré. Stiles ferma les yeux, retenant son souffle. Le professeur passa devant lui. Il ne détourna pas la tête, ne fit pas demi-tour. Le fils du Shérif se glissa doucement comme si son corps avait fusionné avec le mur avant de piquer un sprint en direction de la classe d'Économie. Il avait totalement oublié la présence du professeur de Chimie un peu plus loin ou le fait de rester le plus discret possible pour ne pas se faire repérer. Ses pas résonnèrent dans le couloir comme si les ruches bourdonnant dans les autres classes étaient soudainement devenues silencieuses et que les claquements de ses semelles étaient les seuls sons que le destin avait décidé d'émettre.
Le professeur de Chimie se figea avant de se tourner vers l'origine de cette course effrénée. Il plissa les yeux en apercevant le dos de Stiles disparaître derrière la porte de la salle d'Économie. L'homme resta quelques instants à observer le couloir avant de reprendre sa route en s'assurant que les manuels ne lui tomberaient plus des bras.
Stiles entra telle une tornade dans la salle de cours. Il ne s'arrêta pas, ne prit pas la peine de s'annoncer, passa en trombe devant le Coach pour s'asseoir à sa place juste derrière Scott avant de se rendre compte de son oubli de présenter le papier de Lydia. Il fit marche arrière devant un Coach interloqué, sortit le papier de sa besace, le posa sur le coin du bureau en s'y reprenant à deux fois d'une main mal assurée avant de prendre définitivement place derrière son meilleur ami de toujours et de s'écrouler de tout son long sur sa table. Le Coach bégaya avant de secouer vivement la tête et de hurler un « Stilinski ! » qui aurait pu réveiller les morts dans tout l'état. Le principal intéressé se redressa comme si on lui avait jeté un seau d'eau glacée et répondit un « présent ! » en levant la main. Le Coach leva les yeux au ciel avant de passer la main moite sur son visage en se demandant ce qu'il avait fait au monde pour se coltiner ce genre de personnes dans sa classe.
Stiles passa l'heure de cours à mâchouiller sa manche en prenant des notes tandis que le Coach expliquait un principe complexe de la bourse de Wall Street en allant à des commentaires sur la capacité d'attention de Greenberg avoisinant le zéro absolu. Au moins, le Coach n'avait pas donné de retenue au fils du Shérif et ce dernier aurait bien volontiers embrassé les pieds d'une statue religieuse pour remercier le destin d'avoir été miséricordieux même si cela n'avait pas été du tout gagné d'avance.
Les battements effrénés de son cœur bourdonnaient dans les oreilles des loups-garou présents dans la salle de classe. Jackson avait envie de sortir les crocs en direction de Stiles pour lui sommer de se calmer sinon il lui arracherait un bras avant la fin du cours. Scott quant à lui était plus préoccupé par la mine agacée qu'arborait Allison pour imaginer le moindre stratagème au sujet de son meilleur ami. Allison avait eu une très mauvaise note au dernier contrôle. Et comme, beaucoup d'autres avant elle, elle ne pouvait pas l'accepter. Elle avait fait des efforts et avait révisé avec Lydia tout un week-end. Elle avait réussi à rater le premier contrôle de l'année dans une branche où le professeur distribuait des « A » comme un clown à une fête d'anniversaire distribuait des ballons en forme d'animaux. Ah bien sûr, il avait plutôt tendance à donner de bonnes notes aux joueurs de son équipe. Elle en avait marre ; vraiment marre.
À la fin du cours, Allison prit la décision de discuter quelques minutes avec le Coach. Peut-être pour lui demander avec le plus de douceur possible une deuxième chance. Stiles fut le dernier à terminer de ranger ses affaires tandis que la jeune fille prit une grande inspiration avant de se rapprocher du bureau professoral, un sourire crispé aux lèvres. Le fils du Shérif passa à côté d'elle, lui effleura le bras pour lui insuffler un peu de courage et de bienveillance avant de sortir de la salle.
Il avait une faim de loup. Il mangerait bien le bras de Scott. Ce dernier l'attendait assis à leur table habituelle à la cafétéria, un plateau-repas devant lui. Stiles lui fit signe de la main, se dirigea vers le distributeur de boissons et se prit une bouteille d'eau. Il prit place à côté de son meilleur ami qui le regardait avec un air circonspect depuis son arrivée en cours d'Économie. Stiles ne voulait pas lui expliquer pour quelles obscures raisons il avait été un peu en retard ou pourquoi il avait eu cette impression d'avoir évité un châtiment divin. Il se contenta d'avaler une gorgée de son eau avant de se demander ce qu'il allait engloutir avant l'entraînement de l'après-midi.
Scott haussa les épaules avant de soupirer. Son ami était tantôt soulagé tantôt angoissé. Stressé puis heureux. Il ne souhaitait pas lui demander les raisons de peur de provoquer un flot de mots continus sans aucun sens qui lui filerait un beau mal de crâne — même s'il était immunisé — avant les sélections.
Stiles, de son côté, était préoccupé par Allison. La jeune fille lui avait semblé terriblement abattue ainsi qu'aigrie. Il espérait tout comme Scott qu'elle irait mieux et que le Coach allait être sympathique avec elle même si elle ne faisait pas partie de l'équipe. Ce qui était bien loin d'être le cas. Finstock n'avait pas accepté les revendications de la jeune fille au sujet du contrôle ou même écouté ses supplications. Allison avait même proposé d'écrire une rédaction sur un sujet au choix pour faire remonter sa note, mais le Coach avait répliqué qu'elle aura suffisamment d'opportunité pour avoir de meilleures notes. Sur ce, Allison était partie presque en claquant la porte derrière elle, étouffant difficilement ses sanglots jusqu'à la cafétéria.
Scott lui sourit timidement tandis que Stiles lui fit signe de se joindre à eux. Allison mit une mèche derrière son oreille droite avant de s'avancer vers la table des deux jeunes garçons. Le fils du shérif fit un clin d'œil complice à Scott et prit congé, les laissant seuls délibérément devant l'air estomaqué et incrédule de Scott et le regard perplexe d'Allison qui se contenta de le suivre des yeux jusqu'il disparaisse de son champ de vision.
Scott poussa un long soupir de lassitude. Allison croisa les mains, scrutant les alentours du regard, fuyant le visage de son ex-petit ami.
Bon sang, quand Stiles comprendra-t-il enfin qu'il n'y avait plus rien entre eux ?
Jackson prit place à côté d'Allison, lui fit son sourire charmeur auquel elle resta de marbre avant de se tourner vers Scott qui lui décrocha un regard mauvais.
Stiles marchait d'un pas léger dans le couloir de l'école, la bouteille d'eau ouverte dans la main droite. Il était de si bonne humeur qu'il se sentait presque flotter dans l'air. Le cœur calmé, l'estomac toujours vide, mais pas pour longtemps, le fils du Shérif se dirigeait lentement vers son casier.
Il tourna la tête vers sa gauche, apercevant Erica et Greenberg qui se disputaient violemment. Stiles grimaça, se demandant si c'était bien utile que la jeune louve s'acharne de la sorte sur le jeune homme. Il haussa les épaules et, sans lâcher le spectacle des yeux, amorça la montée de la bouteille d'eau à ses lèvres.
Et le destin vint à nouveau frapper Stiles Stilinski en plein fouet. Littéralement parlant.
L'adolescent se cogna violemment contre quelqu'un. De l'eau jaillit de toute part, l'éclaboussant ainsi que l'autre personne. Il voulut réprimander la personne qui n'avait pas jugé bon de regarder où elle allait, lui faire comprendre qu'il était trempé jusqu'aux os par sa faute.
Mais il n'en fit rien.
Il était glacé sur place, paralysé par la peur. Il avait envie de courir le plus loin possible, mais ses jambes avaient soudainement oublié comment se mouvoir. Il bafouilla, les oreilles bourdonnant, le cœur battant à tout rompre, la nausée lui torturant l'estomac terriblement vide.
Adrian Harris retira très lentement ses lunettes dont les verres étaient parsemés de gouttes d'eau, fixant plus furieux que jamais le fils du Shérif dont le visage avait pâli. La chemise blanche et la veste noire du professeur étaient tout aussi trempées que le polo du jeune homme qui tenait toujours à bout de bras la bouteille d'eau ; l'horrible responsable de ce désastre.
Stiles avait envie de partir d'un côté puis dans un autre pour chercher quelque chose pour essuyer l'eau sur le visage du professeur, mais aucun de ses muscles ne voulait obéir. Il se contentait de le fixer avec des yeux de louveteau suppliant le chef de meute de ne pas le manger tout cru en guise de dîner.
Son cerveau était totalement vide ; sa gorge totalement sèche. Il devait dire quelque chose, n'importe quoi. Il devait briser ce silence. Il devait s'excuser. Oui, voilà, s'excuser c'était une bonne idée. Présenter des excuses sincères. Ne pas lui murmurer que c'était parce qu'il était trop occupé à observer Erica secouer Greenberg comme un prunier qu'il n'avait pas pris la peine de regarder où il allait. Ne pas souffler un semblant de sarcasme à propos du fait que le professeur aurait dû aussi regarder où il allait. Le couloir était assez large pour ne pas se rentrer dedans de la sorte ; personne autour d'eux par la même occasion.
Le professeur resta tout aussi silencieux, le jaugeant de toute sa hauteur, attendant patiemment. Stiles était bien incapable de lui soutenir le regard, les lèvres tremblantes, écrasant la bouteille d'eau entre ses doigts frêles. Il ferma les yeux, prit une grande inspiration.
Gardant les yeux irrémédiablement clos, il ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt en sentant quelque chose lui effleurer le sommet du crâne. Il écarquilla les yeux, sentit le professeur l'effleurer en passant à côté de lui.
Stiles cligna des yeux plusieurs fois, perplexe avant de faire volte-face. Le professeur de Chimie sortit un mouchoir de sa poche avant de sécher ce qu'il pouvait de son costume, tournant le dos au fils du Shérif.
Ce dernier déglutit avec peine avant de porter doucement ses doigts sur le haut de sa tête.
Harris ne s'était pas mis en colère, n'avait pas émis le moindre sarcasme ou prononcé même la moindre syllabe. Il s'était contenté de lui caresser les cheveux dans un geste apaisant avant de continuer sa route.
Stiles resta quelques secondes avec la main près du sommet de son crâne, là où le professeur de Chimie l'avait effleuré avant de ramener son bras le long du corps.
Il fit quelques pas en direction des marches menant à une autre aile de l'école et s'assit lentement sur la première marche.
Stiles toucha à nouveau l'endroit effleuré tout à l'heure avant de secouer la tête. Il posa les yeux sur la bouteille d'eau enfermée dans sa poigne avant de la jeter au loin derrière lui. Elle rebondit sur le sol avant de s'arrêter contre une poubelle.
L'adolescent croisa les bras avant d'enfouir le visage dans ceux-ci. Il était pratiquement sûr d'y sentir le parfum de Harris. Il sourit à lui-même avant de rire nerveusement.
Voilà autre chose.
Fin du chapitre 3
