(Note au cas où pour la chronologie/Flash-back : La première partie : Nouvel An comme pour le prologue. Le reste : octobre comme le reste des chapitres, suite directe du chapitre 3)


Chapitre 4

À la fête du Nouvel An, Stiles venait d'engloutir le dernier hors-d'œuvre de son plateau. Devant lui, Derek l'observait attentivement, écoutant les battements cardiaques à la recherche d'une moindre fluctuation trahissant un mensonge de la part de l'adolescent. Il était certain que la suite de l'histoire serait aussi tordue et absurde que le début si ce n'était plus. Néanmoins, cette fois-ci, il ne laissera passer aucun détail ; quitte à faire répéter le jeune homme qui était en train de se servir à boire tandis que Lydia lui faisait des signes de la main pour lui demander de venir auprès d'elle. Stiles lui répondit d'un geste du poignet avant d'avaler cul sec un verre de cidre. Il s'essuya la bouche d'un revers de manche avant de se tourner vers Derek dont le regard trahissait un profond agacement et un manque de patience propre aux loups-garous. Quoique, Derek pouvait être très patient. Seulement, voilà, avec Stiles, sa patience s'enfuyait sur une autre planète et ne comptait pas revenir d'aussitôt.

Il suivit du regard le jeune homme jouer du coude afin de rejoindre Lydia dont la coiffure en chignon parfait lui donnait un air strict, mais incroyablement sexy. Du moins, c'était ce que pensait Peter Hale dont la principale occupation était d'aborder la jeune fille pour une toute petite discussion de deux minutes. Bon, peut-être un tout petit plus. À son grand désarroi, Lydia Martin n'avait aucune intention de se laisser approcher. Dès qu'elle l'apercevait, elle se faufilait entre les invités, se mettant parfois à quatre pattes sous la table pour se cacher quelques minutes en se retenant de rire avant de revenir dans la foule comme si de rien n'était. L'ancien Alpha était bien incapable de la pister avec ses sens affûtés même s'il reconnaissait le parfum à la vanille de la jeune fille entre mille. Il y avait bien trop de monde autour d'eux ; impossible de se concentrer sur une odeur en particulier. Il arrivera bien à lui parler avant les douze coups de minuit.

De son côté, Scott n'avait pas bougé de sa place ; ni même Jackson de l'autre côté de la pièce qui était en grande conversation avec Danny. Erica et Allison riaient toujours autant. La jeune louve triturait les longs cheveux bruns de l'héritière des Argent tandis que cette dernière tenait son arc à poulie contre elle.

Stiles discuta quelques instants avec Lydia avant de retourner auprès de Derek Hale. Ce dernier soupira profondément avant de secouer la tête et de se masser les tempes du bout des doigts.

Le fils du Shérif prit un deuxième plateau de hors-d'œuvre et s'apprêta à engloutir sa première victime. Le morceau de nourriture était à quelques centimètres à peine de sa bouche quand l'adolescent le reposa brusquement avant de jeter le plateau dans les bras du loup-garou et de partir en trombe.

Perplexe, Derek mit quelques secondes avant de réagir. Il posa le plateau sur la grande table du buffet avant de faire volte-face. Stiles se dirigeait d'un pas assuré vers l'entrée du loft, se faufilant et s'écartant des autres invités. Le loup-garou leva un sourcil sceptique avant d'emboîter le pas.

Stiles sifflota durant son épopée, passant tout près de Jackson qui ne daigna pas lui adresser un regard. Il esquiva de justesse une jeune fille un peu maladroite aux jambes de coton dont le taux d'alcoolémie devait lui interdire de prendre la route pour un bon moment. Il se gratta l'arrière du crâne avant de hausser les épaules et de continuer sa route.

Derek bouscula la jeune fille que l'adolescent venait juste d'éviter ; le loup murmura une excuse tandis que la personne légèrement désemparée rougit jusqu'aux oreilles avant de se faufiler entre les invités et de disparaître de son champ de vision. L'Alpha poussa un soupir de fatigue. Il n'aurait pas dû inviter autant de monde pour le réveillon du Nouvel An. Qui avait été responsable des invitations déjà ? Ah oui : Stiles, Peter et lui-même.

Arrivé à l'entrée du loft, Stiles scruta les environs avant de faire quelques pas d'un côté puis de l'autre. Il se gratta l'arrière du crâne d'un air pensif avant de faire volte-face. Derek se tint devant lui avant de croiser les bras sur sa poitrine et de lever un sourcil interrogateur. Stiles afficha un rictus avant de tourner les talons et de se diriger vers une porte au fond à droite donnant sur un grand balcon. Ce même balcon dominait le parking de l'immeuble.

Derek soupira d'exaspération en le regardant s'éloigner. Que manigançait le fils du Shérif ? Le loup n'eut pas le temps de faire un pas que Peter vint à sa rencontre, lui demandant pour la quinzième fois au moins de la soirée s'il avait vu Lydia et si, par le plus grand des hasards, il ne pouvait pas la convaincre de lui parler juste deux petites minutes. Derek grogna bien malgré lui. Il n'avait aucune envie d'aider son idiot d'oncle à s'approcher de la jeune fille même pour lui faire la conversation le plus poliment possible. Si Lydia Martin ne venait pas d'elle-même ou si elle s'entichait à s'enfuir dès qu'elle le trouvait dans son champ de vision, il y avait bien une raison à cela. Cependant, il devait reconnaître que le regard de louveteau abattu que lui faisait son oncle avait quelque chose de suppliant plutôt qu'effrayant. Bon, Stiles attendra quelques minutes. Juste quelques minutes de répit avant de continuer son récit absurde. Derek jeta un dernier coup d'œil par-dessus son épaule en direction de la petite porte menant au balcon avant de soupirer longuement. Il ne pouvait même pas tendre l'oreille pour écouter les battements de Stiles ou même ce que devait sortir de sa bouche.

Trop de bruits. Trop d'humains. Trop d'émotions.

Pourtant, en tant qu'Alpha, il lui était permis d'entendre les battements de l'adolescent bien au-delà qu'une simple porte de son loft. Peut-être que le loup-garou ne voulait tout simplement pas écouter ? Stiles lui avait promis de tout lui expliquer en détail. Tranquillement. Calmement. En se goinfrant.

Stiles passa la porte du balcon et la referma derrière lui en donnant un coup de pied. Il ne put s'empêcher de sourire en apercevant la personne qu'il cherchait depuis tout à l'heure, accoudée à la balustrade, lui tournant le dos. L'adolescent étouffa le mieux qu'il put un gloussement, tentant de rester parfaitement silencieux. Il se mit à marcher à pas de loup, doucement, très doucement en direction de la personne, faisant attention à ne pas trahir sa présence. Quand il ne fut plus qu'à quelques centimètres de son dos, Stiles appuya avec les index sur la taille de la personne dans le but de la faire sursauter. Ce fut un échec cuisant.

« Stiles, je crois avoir dit cent fois au moins que ce genre de choses ne marchait pas avec moi. »

Le principal intéressé fit la moue avant de prendre place sur la balustrade, dos au vide, les jambes se balançant comme celles d'un enfant.

« Et je crois avoir dit cent fois au moins que vous n'êtes pas drôle, bougonna Stiles en faisant une mine faussement boudeuse. »

Adrian Harris leva les yeux au ciel avant de faire la grimace. Stiles inclina la tête sur le côté, observant les invités danser au rythme de la musique par de la la baie vitrée. Il crut entrapercevoir Scott discuter avec Jackson. Ou peut-être était-ce Isaac ? Le jeune homme n'en avait aucune certitude. Il n'avait de toute façon pas l'intention de les enfermer dans une pièce tous les deux jusqu'à ce qu'ils se décident à s'adresser la parole au moins assez longtemps pour régler leurs comptes. Que cela pouvait être buté un loup-garou ! Encore pire qu'un Stiles Stilinski.

« Descendez de là, ordonna doucement Harris en se redressant. »

L'adolescent bâilla à s'en décrocher la mâchoire, portant par réflexe une main à la bouche ; son équilibre en devint plus que précaire, se tenait à la balustrade que de la main gauche.

Harris émit un son d'agacement avant de saisir le bras de l'adolescent et de le tirer vers lui, le forçant à quitter cette fichue balustrade. Stiles ne put s'empêcher de pousser un cri de stupeur, tomba littéralement sur les fesses en grimaçant de douleur. Il leva les yeux vers le professeur de Chimie dans un regard rempli de reproche.

« Vous préférez tomber d'un ou de trente mètres ? fit l'homme d'une voix sévère en croisant les bras. »

Stiles ne répondit pas, se contentant de détourner la tête d'un air boudeur. Il se leva doucement, époussetant son pantalon du revers de la main avant de répliquer :

« Vous n'êtes vraiment pas drôle, professeur. »

Adrian Harris soupira derechef avant de se diriger vers la porte donnant au loft. Stiles lui attrapa le bras gauche à l'aide de ses deux mains, le faisant arrêter net. Le professeur écarquilla les yeux de surprise avant de tourner la tête vers l'adolescent qui libéra aussitôt son prisonnier comme s'il venait de se brûler à son contact :

« Ça pullule de gens bizarres là-dedans, lança-t-il en croisant les bras derrière la nuque.

— Pourquoi ? Vous vous êtes cloné ? rétorqua-t-il, sarcastique. »

Stiles ouvrit la bouche afin de répliquer, mais la referma aussitôt. Il mit les mains dans les poches, fit quelques pas en direction de la porte tandis que le professeur le suivit du regard. Il se retourna, fit quelques pas en arrière avant de murmurer :

« Vous êtes en retard. D'une bonne heure. »

Le professeur de Chimie ne répondit pas, dévisageant l'adolescent. Stiles donna un coup de pied dans un caillou qui se cogna contre la barricade avant de rebondir et de finir sa course un peu plus loin. Il s'étira en long et en large, se pencha sur le balcon, observant le vide avant de se tourner vers Harris, un sourire espiègle aux lèvres.

Stiles lui fit signe de garder le silence tandis qu'il se dirigea d'un pas décidé vers la porte donnant au loft. Il l'ouvrit à peine pour y passer la tête. Derek était en conversation avec Peter tandis que Scott s'exprimait en faisant de grands gestes théâtraux devant un Jackson agacé et soupirant d'exaspération.

Stiles referma la porte derrière lui, collant son dos contre celle-ci avant de croiser les bras et les jambes. Il tapota un instant son avant-bras de l'index tandis qu'Adrian se massa la tempe du bout des doigts, se demandant ce que l'adolescent pouvait bien mijoter.

« Les gens bizarres sont vraiment nombreux là-dedans, murmura l'hyperactif d'un air songeur. Ai-je envie de passer tout le réveillon avec des gens bizarres ? »

Il leva la tête au ciel, fit la moue avant de poser les yeux sur son professeur de Chimie qui n'avait pas bougé d'un iota, l'observant en silence. Stiles se dégagea de la porte, fit quelques pas dans un sens puis dans l'autre. Il s'arrêta près de la balustrade, fit volte-face, de nouveau un sourire espiègle aux lèvres.

« Je crois que non. Je n'ai pas envie de rester avec des gens bizarres, déclara-t-il, les mains derrière le dos, se rapprochant du professeur de Chimie. Vous croyez que je vais devenir bizarre aussi ? »

Stiles afficha un large sourire avant de lui prendre le bras et de le tirer vers la porte donnant au loft. Le professeur se dégagea sans peine, restant exactement au même endroit. L'adolescent insista une nouvelle fois, tirant sans vraiment insister, faisant théâtralement du surplace.

« Si vous me disiez ce que vous avez derrière la tête, suggéra Harris d'une voix lasse. »

Stiles tourna la tête vers son interlocuteur avant de répliquer presque outré :

« Absolument rien ! Quelle question… »

Le professeur lui lança un regard incrédule. Stiles tira à nouveau, avec force cette fois. Harris se libéra le bras ; malheureusement pour quelques secondes, l'adolescent attaqua à nouveau, lui saisissant l'avant-bras droit entre ses mains, mais fut contraint de lâcher prise pour recommencer presque aussitôt.

Derek Hale les observait depuis le loft, à travers la baie vitrée. Il fronçait les sourcils, se demandant un instant ce que faisait Adrian Harris chez lui avant de comprendre que Stiles l'avait invité sans vraiment mettre l'Alpha au courant. Néanmoins, ce n'était pas parce que le professeur de Chimie était présent que cela rendait crédible l'histoire de Stiles.

Derek restait sur sa première impression : il devait avoir mal compris les premières explications de l'adolescent. Il avait besoin d'en savoir plus pour comprendre ce qui se passait devant ses yeux. Et que voulait dire Stiles à propos de « gens bizarres » ? Le loup avait entendu une partie de leur conversation après avoir discuté avec son oncle à propos de Lydia. Peter était parti près du buffet en tenant à l'œil la jeune banshee sans vraiment chercher à l'aborder cette fois-ci, tentant une tout autre approche.

Derek soupira avant de marcher doucement vers une des tables près de Danny dont le meilleur ami était toujours en conversation houleuse avec Scott McCall. Le loup-garou saisit un plateau de hors-d'œuvre, compta les biscuits du bout de l'index avant de se diriger d'un pas décidé vers le balcon.

Derek posa la main sur la poignée. Il inspira longuement avant de tourner et de pousser doucement la porte.

Stiles Stilinski n'allait pas s'en sortir de la sorte. Il avait encore des choses à lui expliquer. Beaucoup de choses.

Derek Hale avait de quoi nourrir quinze meutes avec tous les hors-d'œuvre de cette soirée du réveillon du Nouvel An. Et surtout, il restait encore trois bonnes heures avant les douze coups de minuit.

Cela devait être amplement suffisant à Stiles pour tout raconter en détail ; même s'il partait dans tous les sens comme à chaque fois. Quitte à passer le reste de la soirée à faire des aller-retour pour d'autres hors-d'œuvre.

Derek Hale avait envie de comprendre. Juste comprendre comment cela était potentiellement possible.


Les choses auraient pu se passer autrement ; et de manière bien plus catastrophique. Stiles en était conscient. Pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher de repasser le film des événements de la pause de midi en essayant de comprendre ce qui s'était passé. Il aurait pu écoper d'une semaine de retenue ou peut-être trois mois, pourquoi pas après tout. Harris avait eu une bonne raison de le coller, une raison en or même. Peut-être que le professeur avait compris que ce fût qu'un malheureux accident ?

Cependant, cela n'expliquait pas le geste. Et Stiles se damnerait bien pour en connaître les raisons, le sens caché derrière tout cela. Un geste d'apaisement ? Le jeune homme avait pâli, tremblé de tous ses membres, à deux doigts d'une crise de nerfs. Il n'avait pensé à rien d'autre qu'aux mots, qu'à cette phrase fatidique qu'il avait tant redoutée durant la matinée. Cependant, le professeur s'était contenté de l'effleurer et de rester étonnamment silencieux. Peut-être était-ce qu'une sorte de calme avant la tempête ?

Ce n'était pas de sa faute si le téléphone de Greenberg avait sonné en classe. Il avait tenté de répondre le mieux possible à l'exercice au tableau tout en ayant cette boule au ventre et cette impression d'être une souris couinant à côté d'une vipère. Il était resté silencieux sauf pour faire une remarque à Jackson avant de reprendre sa place. Il n'avait pas été Stiles durant deux petites heures. Du moins, il avait essayé.

Et sa question hautement stupide après le cours, car il croyait sincèrement avoir des heures de retenues ? Il ne voulait pas y penser.

Bon sang. Le couloir faisait bien quinze mètres de largeur. Bon, peut-être pas quinze mètres. Comment avaient-ils réussi à se rentrer dedans ? Peut-être que le professeur regardait la même chose que lui c-est à-dire Erica secouer Greenberg ?

Peut-être cela avait été simplement quelque chose de délibéré ?

N'importe quoi, Stiles. Vraiment.

Stiles était assis sur un des bancs du terrain de lacrosse, en tenue, sa crosse dans la main droite tels un sceptre et le casque posé à côté de lui. Il observait ses camarades de classe faire des passes sous les sifflements perçants du Coach. Il était conscient que son regard était perdu dans le vide, au loin quelques parts entre les tribunes du fond et les filets des goals. Il n'avait pas la tête à encourager Scott pour sa sélection en tant que capitaine de l'équipe — ou de cocapitaine si le Coach l'imposait comme l'année dernière. Il était ailleurs. Totalement ailleurs. Il en avait même oublié ses appréhensions pour son entretien tout à l'heure. Faire du patin à roulettes pour servir les clients alors qu'il avait un équilibre plutôt précaire ou ce pressentiment qu'il allait détester ce travail au bout d'un mois ; tout cela lui semblait si dérisoire.

Il n'entendit pas le Coach crier sur Jackson qui n'avait pas voulu faire de passe à Scott. Il n'entendit pas la réponse exaspérée de son meilleur ami ni même le soupir d'exaspération de Danny à travers son casque, dans le goal tout au fond du terrain. Il n'entendit pas Greenberg se plaindre d'avoir mal au bras gauche à cause de la folle furieuse nommée Erica. Il n'entendit pas le Coach siffler à deux reprises pour calmer la discussion houleuse entre Jackson et Scott.

Il n'entendit pas non plus Finstock menacer les deux jeunes hommes de représailles — comme les virer de l'équipe sans ménagement — si jamais il les entendait encore durant le match de sélection. Scott lui fit amèrement remarquer que l'équipe courait à sa perte si jamais le Coach mettait ses menaces à exécution. Jackson répliqua sur un ton méprisant que l'équipe s'en sortirait très bien sans lui. Que maintenant qu'il était un loup-garou, il n'avait plus besoin de personnes. Scott était arrivé à sa hauteur en devenant un loup. Jackson l'avait à nouveau dépassé en devenant un lui-même. C'était aussi simple que cela.

Stiles sursauta de la tête au pied, retrouvant ses esprits quand Scott se jeta sur Jackson avec force et rage en hurlant à plein poumon. Il voulut accourir auprès de son meilleur ami, mais Greenberg lui coupa la route, le faisant voler sur le côté. Stiles tomba lourdement sur le sol, étouffant un cri de douleur tandis que Danny et un autre de l'équipe s'emparèrent de Scott et que trois autres joueurs en firent de même pour Jackson. Une fois séparés, les jeunes loups-garou s'échangèrent des regards noirs, les yeux ocre pour l'un et bleus pour l'autre. Les autres élèves ne firent pas attention à ce détail, trop occupés à retenir les deux loups le mieux qu'ils le pouvaient.

Stiles se demandait ce qu'il avait pu faire à l'univers pour être traité de la sorte. Il se redressa, se massa le bras endolori avant de s'approcher doucement de Scott qui se libéra de Danny et de son camarade de classe.

« Scott ? lança Stiles d'un ton mal assuré. Ça va ?

— Je vais le tuer, assura-t-il en se tournant vers Jackson. »

Stiles posa les yeux sur le principal intéressé. Ce dernier le regarda d'un air arrogant, avec un sourire en coin.

« Je propose de le jeter d'une falaise, proposa Stiles d'un air enjoué, cherchant à détendre son meilleur ami. Qu'est ce que tu en dis ?

— Je vais le tuer, répéta Scott sans détourner son regard.

— Bon, tu le tues et après, on le jette d'une falaise. »

Comme toute réponse, Scott poussa un grognement agacé. Stiles recula de quelques pas avant de soupirer longuement. Il ne pouvait pas lui reprocher ce mépris vis-à-vis de l'ancien Kanima. Après tout, Jackson avait posé les points sur les « i » dès la rentrée. Ce n'était pas parce que Derek l'avait aidé à mieux gérer sa condition de Beta et de jeune loup-garou qu'il allait se montrer clément avec le reste « de la meute ». Au contraire. Il avait totalement fait abstraction des efforts faits par Scott pour lui sauver la vie. Pour ce qui était de Derek Hale, « son Alpha », Jackson ne s'en préoccupait absolument pas. Certes, par moment, ils se croisaient en ville ou parfois à la fin des cours quand Derek se chargeait de ramener Isaac et Erica chez eux. Mais cela s'arrêtait là. Jackson considérait que si Scott s'en sortait très bien sans Alpha, il pouvait en faire de même. Très facilement et en mieux. Scott se demandait combien de temps Jackson allait mettre pour comprendre qu'un loup-garou devait se constituer une meute.

Durant la deuxième heure d'entraînement, Stiles avait été contraint d'aller dans les goals pour « remonter le moral de l'équipe en ratant une bonne partie des arrêts de balles ». Danny lui avait donné quelques conseils tandis que Jackson et Scott en étaient à leur quatrième prise de tête. Le Coach commençait doucement, mais sûrement à perdre patience. Certes, il préconisait l'agressivité sur le terrain ; néanmoins, s'ils n'étaient pas en plein match, cela ne servait absolument à rien. En plus de cela, cela lui déclenchait une bonne migraine. Ses deux meilleurs joueurs n'arrivaient pas à s'entendre. Il devait trouver une solution radicale à ce problème qui risquait de s'empirer de séance en séance, de compétition en compétition. Stiles faillit recevoir une balle en pleine figure par Greenberg. Il l'évita en s'écartant de justesse. L'hyperactif lança un regard noir à son camarade de classe tandis que le Coach fit retentir son sifflet pour calmer et séparer Scott et Jackson.

Le Coach en avait assez. Il s'emporta sur les deux adolescents de venir le trouver dans son bureau après la séance d'entraînement pour une mise au point. Stiles regagna son banc de touche, laissant sa place à un autre camarade de classe. Il était exténué. Il avait qu'une seule envie : rentrer chez lui, prendre un bain et dormir. Surtout dormir ; allongé de tout son long dans son lit, la tête enfouie dans son coussin, la jambe pendant nonchalamment dans le vide. Son entretien ? Il ne savait plus quoi penser. Certes, il avait tellement bravé l'impossible durant cette journée que ce serait bête de laisser tomber. Cependant, il était de moins en moins convaincu de sa réussite. Il avait envie de ce travail, d'un peu d'argent de poche, de voir d'autres personnes, de penser à autre chose qu'à des loups-garou en rogne et aux conséquences de la prochaine pleine lune.

Il retira son casque de protection, le posa à côté de lui. Il passa mécaniquement une main dans les cheveux avant de bloquer sur place. Il scruta cette même main, inclinant la tête sur le côté d'un air interrogateur.

Il n'arrivait pas à comprendre comment il avait évité l'apocalypse dans les couloirs de l'école à la pause de midi. Quelque chose lui échappait. Il aurait voulu en parler à son meilleur ami, mais ce dernier était bien plus préoccupé par Jackson pour prêter attention un tant soit peu au « problème insignifiant » du fils du Shérif. Ce n'était peut-être qu'un incident isolé. Au prochain cours, tout redeviendra exactement comme avant. Pourquoi cela serait-il différent après tout ?

À la fin de l'entraînement, une fois revenu au vestiaire, Stiles se laissa littéralement tomber sur un des bancs se trouvant contre une rangée des casiers, près u bureau du Coach. Ses camarades de classe se changeaient tout en commentant les récentes altercations entre Scott et Jackson. Si certaines personnes comme Danny estimaient que leurs comportements étaient extrêmement agaçants et qu'ils devaient absolument mettre leur rivalité de côté, d'autres comme Greenberg pensaient qu'aucun des deux ne méritait le titre de capitaine et que c'était une erreur de les mettre tous les deux dans ce rôle. Après tout, si c'était pour se tirer dans les pattes durant la compétition, autant qu'ils restent tous les deux sur le banc de touche. Stiles avait envie de foutre une claque derrière la nuque à cet idiot de Greenberg avant de le jeter dans un trou rempli de fourmis rouges. Sans ces deux têtes de mules de loups-garou, l'équipe n'avait pas vraiment de chance de gagner le championnat. Jackson avait toujours mené l'école à la victoire avant l'affaire « Peter Hale cherchant une meute » en motivant son équipe en tant que capitaine. Scott avait donné un coup de pouce par la suite. Ils se complétaient d'une certaine manière.

Stiles s'apprêtait à retirer son maillot de l'équipe quand une voix retentissante lui parvint aux oreilles, le bloquant en plein mouvement. Certains adolescents s'échangèrent des regards interloqués ; d'autres se murmurèrent quelque chose à l'oreille. Dans son bureau, le Coach déballait un long discours sur la coopération et l'entente au sein d'une équipe et surtout, au sein des deux capitaines. Si ni Jackson ou Scott ne voulait reconnaître ses erreurs ou ses provocations sur le terrain, Finstock les mettait au pied du mur. Soit ils trouvaient un moyen de se supporter sur le terrain, soit le Coach retira des points à chaque altercation à tous les deux jusqu'à ce qu'ils fussent dans le négatif dans le cours d'Économie. Et tout le monde savait que le professeur était loin de faire des menaces en l'air. Scott, qui avait passé le plus clair de son temps durant les vacances scolaires à réviser, déglutit avec peine. Il était près à faire des concessions si et seulement si Jackson daignait faire pareil. Celui-ci réfléchit quelques instants, plissant des yeux d'un air mauvais. Le coach afficha un sourire carnassier avant de déclarer qu'ils n'avaient pas le choix de toute manière. Jackson accepta la proposition en arborant son air arrogant habituel ce qui ne manqua pas de faire lever les yeux au ciel à Scott. Il savait pertinemment bien que Jackson Whittemore avait plus d'un tour dans son sac à son plus grand malheur. Le meilleur ami de Stiles avait juste envie de le pendre par les crocs.

Pourquoi avait-il insisté pour l'aider quand il était un Kanima ? À cause de Lydia ? D'Allison ? De Stiles peut-être ? Non, bien sûr que non. Il n'avait pas pu faire autrement, aussi simple que cela. Jackson avait beau être détestable avec son attitude dédaigneuse ; il avait quelques atouts dans sa manche comme… comme… Scott n'en avait jamais vraiment trouvé ; néanmoins, il ne pouvait tout simplement pas oublier que Jackson fût un loup-garou comme lui et que de ce fait, il avait cette impression d'être obligé de le sortir des situations extrêmes. Pour l'heure, s'il pouvait juste s'étrangler avec une branche de sorbier, cela l'arrangerait.

Stiles et Scott sortirent des vestiaires à trois heures et cinq minutes, exténué pour l'un, passablement agacé pour l'heure.

Une fois à l'extérieur de l'école, Scott prit congé en souhaitant bon courage à son meilleur ami. Stiles lui répondit en affichant un sourire crispé avant de se diriger d'un pas décidé vers sa fidèle voiture garée à quelques places du parking des enseignants. Le jeune homme bailla à s'en décrocher la mâchoire, ouvrit sa portière, balança son sac sur le siège conducteur et prit place derrière le volant. Il se passa une main moite sur le visage avant de se gratter l'arrière du crâne dans un geste nerveux.

Il était enfin sorti de là. Il n'avait pas eu de retenue. Il arrivera à son entretien à l'heure. Il avait certes le bras encore endolori à cause de Greenberg qui l'avait bousculé sur le terrain, mais ce n'était pas vraiment problématique. L'univers l'avait laissé sortir de cette école de fou à l'heure et c'était presque un miracle. Il y avait certes déjà des klaxons qui hurlaient autour de lui, des embouteillages, des élèves pressés de rentrer chez eux ; Stiles avait prévu un retard par rapport à la circulation.

Facile. Très facile.

Stiles mit le contact et démarra la jeep.

Du moins, c'était ce qui était prévu. Pour l'heure, il tourna la clef sans que le moteur réponde. Stiles tapota son volant quelques secondes avant de maugréer et de prendre une grande inspiration afin de garder son calme.

L'univers avait vraiment aucune envie de l'aider. Il le détestait, c'était maintenant une évidence.

Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, il sortit son téléphone portable de son pantalon. Peut-être pourra-t-il joindre Allison pour qu'elle le conduise au restaurant.

Plus de batterie.

La tête de Stiles se cogna contre le volant.

Bordel.

Stiles se mit à se parler à lui-même, vérifiant la position de ses pieds puis de ses mains. Il sortit la clef, la scruta comme s'il s'attendait à y trouver quelque chose d'anormal puis remit le contact, fermant les yeux, suppliant intérieurement le ciel que sa pauvre jeep accepte d'obéir. Rien. Il se frotta les yeux du bout des doigts d'un geste irrité avant de sortir pour prendre l'air. Il fit quelques pas dans un sens puis dans l'autre avant de tenter à nouveau de démarrer, laissant la portière côté conducteur ouverte. Il ne put s'empêcher de pousser un juron devant l'obstination de sa propre voiture. Il retira à nouveau la clef dans un geste vif, trahissant son profond agacement. Il envoya valser son trousseau sur le siège passager et, avant qu'il ait pu insulter tous les dieux qu'il connaissait qui s'efforçaient visiblement de s'acharner sur son pauvre sort, quelque chose lui effleura le bras gauche. Il frissonna de la tête au pied avant de se tourner.

Harris se tenait à moins d'un mètre de lui, le fixant d'un air intrigué.

Stiles aurait voulu lui demander ce qu'il lui voulait exactement ou s'il avait trouvé ses tentatives pour démarrer sa voiture un peu trop bruyante à son goût tout en lui faisant remarquer qu'il était plus de trois heures et que, étant la fin des cours, le jeune homme avait qu'une seule envie c'était de partit très loin et surtout, très vite.

Au lieu de cela, le cœur battant à tout rompre, les mains moites, les oreilles bourdonnantes et la nausée lui tiraillant l'estomac, Stiles récupéra ses clefs en tendant le bras non sans lâcher le professeur des yeux et remit le contact avant de tenter à nouveau de mettre le fichu moteur en marche. Il étouffa un juron, fermant les yeux de dépit, tapant l'arrière du crâne contre l'appui-tête. Il voulait juste… juste… se rendre à un stupide entretien d'embauche. Était-ce si extraordinaire que cela ?

Sans un mot, Harris fit le tour de la voiture devant un Stiles abasourdi, exténué et plus qu'agacé. Le fils du Shérif l'observa ouvrir le capot, observer, triturer quelque chose avant de refermer le tout. Il fit à nouveau le tour et se rapprocha de Stiles. Se mettant en appui sur la portière, il se pencha avant de tendre la main droite vers le trousseau de clefs. Stiles retint son souffle, se mordit nerveusement la lèvre inférieure avant de fermer à nouveau les yeux. Il reconnut le même parfum quand il se trouvait, caché, dans le couloir de l'école juste avant d'entrer en cours d'économie.

Au bruit du moteur démarrant doucement, le cœur du fils du shérif fit un bond. Il ouvrit les yeux avant de se tourner vers Harris. Ce dernier referma la portière et, toujours dans ce silence étrange, afficha un faible sourire à Stiles avant de partir en direction du parking réservé aux enseignants.

L'adolescent le suivit du regard avant de murmurer un « Merci » sachant pertinemment bien que le professeur de Chimie était déjà trop loin pour l'entendre.

Stiles eut un petit rire nerveux avant de poser les mains tremblantes sur le volant et de prendre la route. C'était les nerfs. Et rien d'autre.

Vraiment rien d'autre.

Fin du chapitre 4