Note de l'auteur : au vu du contenu des prochains chapitres, je vais passer la fic en rating « M ». J'avance lentement dans le pairing ; j'en suis bien conscient. En espérant que vous appréciez toujours autant.


Chapitre 5

Ignorer un problème jusqu'à ce qu'il disparaisse de lui-même ; telle était la philosophie de Stiles Stilinski. Il avait certes appris à vivre avec le problème de « loup-garou » de son meilleur ami ainsi que les conséquences de la pleine lune sur ce dernier. Il avait maîtrisé l'art et la manière d'éviter une surenchère de problèmes engendrés par sa si grande et merveilleuse capacité à se trouver au mauvais endroit au mauvais moment — et ce n'était pas Jackson qui pourrait le contredire. Son esprit vagabondait d'un endroit à un autre, en restant le plus logique possible tout en étant envahi de pensées obsessionnelles sur ce qu'il pouvait bien lui arriver dans cette ville de cinglés après un loup-garou adopté ayant des problèmes d'identité.

Stiles n'était pas vraiment ce qu'on pourrait appeler quelqu'un de réfléchi. Certes, il trouvait toujours des solutions — il n'y avait pas de problèmes, il n'y avait que des solutions comme le disait un de ses oncles — à tout et à n'importe quoi. Néanmoins, il était parvenu à se retrouver dans une situation telle que même son esprit de déduction avait perdu totalement pied.

Durant le trajet jusqu'à son « peut-être » futur travail dont juste le fait de devoir faire du patin à roulettes tout en servant les clients lui faisait froid dans le dos, Stiles avait tourné et retourné les derniers événements de la journée dans tous les sens sans trouver d'explications satisfaisantes.

Bon, Scott et Jackson qui s'entretuaient sur le terrain de lacrosse n'était pas vraiment quelque chose d'extraordinaire. C'était même presque inespéré que le Coach les maintienne dans l'équipe après tout cela. Le fait qu'ils fussent les deux meilleurs joueurs était peut-être un début de réponse. Cependant, il était clair et certain que, d'après les cris et les remontrances du professeur Finstock après la séance d'entraînement, que les deux loups-garou avaient tout intérêt à faire des concessions. Ils ne pouvaient pas s'entendre malgré tous les efforts qu'avait faits Scott — du moins, c'était nettement plus que ce qu'avait fait Stiles. Très bien, mais qu'ils essayaient au moins de ne pas se frapper dessus durant les matchs sinon l'équipe adverse n'aura même pas à lever le petit doigt pour les battre. Certes, c'était quelque peu exagéré, mais Stiles était sûr et certain que le Coach préférait les pendre lui-même par les pieds au-dessus d'un lac rempli de serpents géants plutôt que de perdre face à une équipe de « lopettes ».

Bon, Erica qui sortait les crocs et les griffes devant Greenberg, car ce dernier avait « failli » causer injustement des ennuis à Stiles n'était pas vraiment non plus quelque chose d'étonnant. Erica avait toujours un petit faible pour le fils du Shérif même si elle s'en gardait bien de lui avouer. Et de toute manière, si elle ne prenait pas soin de lui, qui le ferait ? Derek ? La bonne blague. Scott ? Il avait déjà du mal à s'occuper de lui-même en dehors d'Allison. Jackson ? À moins que le reflet du miroir de Jackson adopte les traits de Stiles, il y avait très peu de chance que le jeune loup s'intéresse un tant soit peu à lui.

Tout comme le professeur Harris qui avait étrangement laissé passer des tas d'occasions pour le coller jusqu'au prochain millénaire. Peut-être que le jeune chimiste n'avait eu simplement aucune envie de rester plus longtemps un lundi après-midi ?

Après tout, ce n'était pas « que » Stiles qui était contraint de rester après la sonnerie. Le professeur subissait lui aussi d'une certaine manière ce genre de retenues interminables même s'il passait le plus clair de son temps soit le nez dans ses copies tout en ignorant complètement le jeune homme — mis à part l'obliger à rester assis dès que l'adolescent osait poser l'orteil en dehors de sa zone de confort — soit à ranger les placards de la classe ainsi que le local contenant les produits dangereux. Stiles quant à lui, après avoir fait ses devoirs pour le restant de la semaine ainsi que lire les chapitres pour ses prochains cours, avait tendance à perdre patience. Et dès que la grande aiguille lui en donnait l'occasion, l'adolescent filait comme une fusée sans même un regard pour son professeur ou un simple « au revoir ».

En fin de compte, les retenues n'avaient plus vraiment de sens et n'étaient plus du tout efficaces sur Stiles. Il les acceptait sans ronchonner tout en soupirant d'exaspération. Il savait pertinemment bien qu'essayer de se défendre ne ferait qu'empirer la situation. De plus, il n'avait jamais voulu montrer à Harris un quelconque agacement vis-à-vis des heures de colles. Cela lui aurait trop fait plaisir.

Et si Stiles prenait en compte le fait qu'il n'eût aucune activité extrascolaire contrairement à Scott avec la clinique vétérinaire : rester après les cours ? Et alors ? Il rentrait juste un peu plus tard chez lui. En plus de cela, il avait déjà terminé ses devoirs. Que demander de plus ?

Oui, que demander de plus…

Peut-être une voiture qui ne menaçait pas de tomber en panne à chaque carrefour. Stiles ne savait pas exactement ce qui s'était produit sur le parking de l'école. Tout marchait parfaitement ce matin. C'était comme si sa propre jeep avait ressenti les angoisses du jeune homme et qu'elle avait décidé d'extérioriser le tout.

Non. Vraiment n'importe quoi, Stiles.

Le professeur avait dû toucher un des fils de la batterie ou peut-être de l'arrivée d'essence. Stiles ne s'y connaissait rien en mécanique. Pour l'heure, il regrettait un peu de ne pas l'avoir remercié de manière plus correcte. Il lui en touchera deux mots demain matin. Sauf s'il travaillait après les cours. Il ne voulait pas non plus tenter le diable ou plutôt « le dragon à lunettes acariâtre ».

Stiles prit une grande inspiration avant d'expirer doucement, l'estomac noué. Il n'était pas vraiment stressé pour son entretien — même s'il avait toutes les raisons du monde de l'être. Il n'avait pas peur de se vautrer littéralement avec des patins aux pieds ou de bien de se couvrir de ridicule dans la cuisine en rapportant des tas d'assiettes en maudissant celui qui avait décidé que faire des piles de plus de trois mètres de haut était intelligent et pratique.

Il gara sa jeep dans un parking souterrain d'un grand immeuble à quelques mètres du restaurant. Il coupa le contact d'une main tremblante en priant intérieurement que sa voiture n'allait pas lui faire faux bond au moment de repartir. Il n'avait plus de batterie dans son téléphone ; impossible d'appeler Scott, Allison, Lydia ou son père à l'aide. Peut-être qu'un de ses futurs collègues possédait la même marque de téléphone et avait un chargeur sous le coude. Peut-être qu'il ne réussirait même pas l'entretien. Peut-être que sa voiture n'avait pas vraiment de problèmes ou que cela avait été réglé grâce aux doigts experts de Harris.

Stiles secoua vivement la tête, chassant cette pensée étrange.

Le restaurant était bondé et Stiles sentit une bouffée d'angoisse l'envahir de la tête au pied. Il aurait voulu tourner les talons et partir au plus loin le plus vite que ses jambes le pouvaient. Il aurait voulu mettre de côté ses appréhensions et retrouver l'excitation de l'optique de décrocher un emploi amusant. Il aurait voulu oublier cette journée stressante et sans dessus-dessous ainsi que se diriger d'un pas assuré vers le comptoir où se trouvait derrière celui-ci la patronne en pleine conversation avec un client.

Mais il ne fit rien de tout cela. Il resta planté à l'entrée du restaurant, les jambes fébriles et tremblantes, se demandant comment les serveuses arrivaient à faire leur travail si dignement et gracieusement en patinant d'un côté et de l'autre de la salle avec un plateau rempli de plats et de boissons de toutes sortes. Il se mordit la lèvre inférieure dans un geste plus que nerveux avant de fermer les yeux et d'inspirer profondément, l'estomac douloureux et une boule d'angoisse dans le fond de la gorge. Ce n'était pas la première fois qu'il se rendait à un entretien pour un petit boulot. Ce n'était pas la première fois qu'il appréhendait la suite des événements ou qu'il était certain de ne jamais recevoir de réponse de la part des employeurs. Ce n'était pas non plus la première fois qu'il se rendait compte de la stupidité et de l'absurdité de ses réactions. Après tout, il était bien incapable de tenir sur des patins à roulettes malgré sa maîtrise des patins à glace et ; ajouté à cela, un certain talent pour être déplaisant avec les clients quand ceux-ci étaient désagréables. Il était conscient de tout cela ; néanmoins, il avait vraiment envie de ce travail, plus que les autres. La position géographique du restaurant était telle que peu d'élèves risquaient de traîner dans le coin à la fin des cours à moins d'habiter dans le quartier même. Et, à moins que Scott et les autres vinssent spécifiquement, il ne croiserait pas non plus le reste de la meute. Il pourra respirer, penser à autre chose. Il n'avait pas réfléchi à la distance entre le loft de Derek Hale et l'établissement. Il était persuadé que même si cela était à moins de cent mètres, le loup-garou et son psychopathe d'oncle n'étaient pas du genre à manger ou à prendre un café dans ce type de restaurant.

Pour ce qui était de son père, il avait cru comprendre que le quartier était assez calme et que la police intervenait qu'à de très rares occasions ; souvent des disputes de voisinages ou des vols mineurs.

En d'autres termes, ce sera un lieu calme où Stiles pourra se « détendre » d'une certaine manière. Se prendre la tête avec les clients, les collègues ou la patronne sera toujours plus supportable qu'une meute de loups-garous de mauvaise humeur.

Plus d'une heure après avoir hésité à faire un pas en direction du comptoir, Stiles sortit du restaurant l'estomac plus léger et l'esprit apaisé. L'entretien s'était parfaitement déroulé même s'il avait omis de préciser qu'il était bien incapable de pratiquer à la perfection le patin à roulettes. Il avait un emploi du temps plutôt abordable. Il travaillait le mercredi et le jeudi en soirée et le samedi durant l'après-midi — en ayant possibilité de déplacer en soirée si jamais il avait quelque chose de prévu comme entraînement ou match. Il avait déjà oublié les prénoms de ses collègues. Il n'avait jamais vraiment eu une bonne mémoire des noms de toute façon.

Il aurait voulu appeler Scott et son père pour leur annoncer la bonne nouvelle. Stupide téléphone portable. Il avait un câble pour le recharger dans son véhicule pour ce genre de situation, mais l'avait laissé dans le tiroir de son bureau. Très utile. Vraiment. Tout comme son manuel de Chimie laissé sur ce même bureau avec des bouquins ennuyeux comme seule compagnie ; ainsi qu'un paquet de gâteaux à peine entamé. L'adolescent avait grignoté pendant une conversation via Internet avec Scott. Seulement, voilà, comme à l'accoutumée, il avait monopolisé la discussion tandis que son meilleur ami s'était contenté de lever les yeux au ciel ou de glisser subtilement quelques mots sur Allison et sur Lydia.

Stiles arpenta les rues d'un pas léger, les mains les poches. En sortant du restaurant, il s'était dit qu'il devrait peut-être se rendre au bureau du Sherif voir son père avant de se raviser. Son estomac réclamait de la nourriture et son esprit un peu de calme. Il avait pris la décision de retourner dans la demeure de Stilinski, de prendre une bonne douche chaude, de manger un morceau, de recharger ce fichu téléphone avant d'appeler son meilleur ami, allongé de tout son long sur son lit tandis que son père rentrait éreinté du travail, se demandant ce qui se passait dans cette ville de cinglés bien que les choses se soient plus ou moins calmées depuis que Jackson avait adopté la forme normale d'un loup-garou. Il était de notoriété publique que cela ne durerait pas ; néanmoins, Stiles et les autres se gardaient bien d'y penser.

L'adolescent s'arrêta au coin d'une rue, parcourut les alentours du regard avant de soupirer longuement. Le quartier n'était pas que calme : il était désertique. Comment le restaurant pouvait-il être aussi bondé un lundi soir ? Stiles fit la grimace à lui-même en se faisant la remarque que ce n'était pas important du moment qu'il était payé et qu'il recevait de bons pourboires mêmes si en cas de journée sans clients, il était indéniable qu'il gagnerait très peu voir absolument rien. Pour l'heure, il était engagé, avait enfin « une activité extrascolaire » et si le grand-père d'Allison, Gerard Argent, n'était pas actuellement dans une maison de retraite en train de vomir un liquide visqueux par tous les orifices, il lui aurait rendu une visite sur-le-champ en lui mettant sous le nez son contrat de travail tout en jubilant.

Une fois à sa jeep, Stiles s'installa derrière le volant en poussant un soupir de soulagement. Il ferma les yeux quelques secondes avant de sortir son téléphone de la poche gauche de son pantalon et de le poser sur le tableau de bord. Il ouvrit la boîte à gant, fouilla quelques secondes, en sortit les papiers du véhicule, les balança sur la banquette arrière en se promettant de les récupérer une fois rentré chez lui avant de refermer le tout en se rendant compte qu'il avait effectivement laissé son câble de recharge sur son bureau. Il se renfrogna dans son siège avant de poser les mains sur le volant. Il esquissa un rictus et mit le contact. Il jeta un œil en biais à son rétroviseur avant de tourner la clef, l'estomac à nouveau en proie aux angoisses.

La voiture ne réagit pas. Il émit un sifflement agacé entre ses dents, retira la clef, posa le coude sur la portière, se passa une main moite sur le visage avant de soupirer à nouveau.

Il tenta une nouvelle fois de démarrer la jeep, sans succès. Il alluma les phares ; ceux-ci éclairèrent très faiblement le mur qui se trouvait à moins d'un mètre du capot.

La batterie. Comme son téléphone. Cette fichue batterie de cette fichue jeep dans ce fichu parking dans cette fichue ville de cinglés.

Stiles sortit de la voiture et claqua la porte derrière lui avec mauvaise humeur. Il fit quelques pas d'un côté puis de l'autre le long de la voiture avant de se diriger vers le capot. Il l'ouvrit dans un geste brusque, le cala avec la tige de fer et se mit à regarder un peu partout à la recherche du moindre indice lui permettant de réparer sa stupide voiture. Il poussa un soupir d'agacement, tendit les mains vers des boulons par-ci par-là comme si rien que le fait de les effleurer provoquerait une réaction.

Appeler une dépanneuse était la seule chose à faire ; le jeune homme n'avait pas la possibilité d'appeler qui que ce soit et il ne se souvenait pas d'avoir aperçu une seule borne d'urgence dans le parking. Il pourrait tout aussi bien retourner au restaurant et demander de l'aide, mais le jeune homme n'avait aucune envie de passer pour le petit nouveau « à la voiture en panne ». Il voulait à tout prix éviter de se faire remarquer même pour un simple coup de fil. Il réussira à faire démarrer sa voiture. Si Harris avait plus ou moins réparé la panne juste en triturant certains câbles, ce n'était pas si grave que cela, n'est-ce pas ? Après tout, peut-être était-ce un simple faux contact.

Non, bien sûr que non. Ce n'était pas qu'un simple faux contact. Sa batterie était à plat et peut-être que son alternateur avait rendu l'âme par la même occasion. Ou peut-être qu'était-ce le contacteur ? Ou bien une simple panne d'essence ? Ou peut-être qu'il avait perdu des pièces en chemin ?

Le cerveau de Stiles partait dans toutes les directions possibles à la recherche de solution avant de se rendre à l'évidence : il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire pour se sortir de ce guêpier. Appeler quelqu'un. Oui, appeler quelqu'un. Peut-être que s'il parlait suffisamment fort, Derek Hale, l'Alpha grognon l'oreille surdéveloppée, l'entendrait. Ou même Peter. Ou Scott. Oui, Scott pouvait très bien être dans les parages. Pourquoi le serait-il ?

Peut-être que Lydia passera par là pour garer sa voiture pour se rendre à une boutique même si Stiles ne se souvenait pas du tout d'avoir vu une galerie commerciale ou même un seul magasin de vêtements ou de chaussures. Peut-être qu'Allison Argent viendra avec son père pour se rendre à une réunion secrète de la famille Argent. Peut-être Isaac... ou Erica ou même Boys.

N'importe qui.

Stiles donna un coup de poing sur le bord de la carcasse, étouffa un cri avant de secouer la main dans tous les sens dans un geste absurde pour aider à évacuer la douleur. Il ne put s'empêcher de donner un coup de pied contre le parechoc avant de réprimer un nouveau cri de douleur et de marcher à cloche-pied jusqu'au siège conducteur. Il maudit la société et les constructeurs de sa Jeep sur quinze générations tout comme le fait qu'il aurait dû s'intéresser un peu plus à la mécanique et à l'automobile qu'aux légendes idiotes de loups-garou ou autres bestioles du même genre. Il se renfrogna dans son siège avant d'inspirer longuement afin de retrouver un semblant de calme. Il consulta son téléphone comme si le fait de l'avoir laissé sur le tableau de bord aurait pu le recharger par un moyen quelconque. Il se mordit la lèvre inférieure d'énervement avant de jeter l'appareil sur le siège passager. Il passa une main moite sur le visage, le cœur battant à tout rompre, l'estomac à deux doigts de rendre le peu de repas qui restait. Stiles murmura un juron, sortit à nouveau de la voiture et claqua violemment la portière. Il se prit la tête avec les mains et fit quelques pas dans une direction puis dans une autre avant de lever les yeux au ciel et de laisser tomber son visage sur le toit de la voiture.

Un bruit de moteur proche l'interpella et il se redressa aussitôt. Il balaya les alentours du regard à la recherche du véhicule avant d'écarquiller des yeux de stupeur : une Jetta noire.

Il oublia de réfléchir, de penser ne serait-ce un seul instant à s'enfuir à toute jambe ou bien à se demander encore une fois ce qu'il avait pu faire à l'univers pour croiser encore son professeur de Chimie dans cette journée interminable. Il tenta de faire taire les battements effrénés de son cœur provoqués par l'angoisse en se répétant jusqu'à ce que les mots n'eurent plus aucun sens que sa présence dans ce parking n'avait rien de suspect et que le jeune homme ne risquait absolument rien même quand la voiture noire du professeur se gara juste à côté de la sienne et que l'homme en sortit doucement, dévisagea le fils du Shérif avant de claquer la porte côté conducteur dans un bruit qui sembla se répercuter sur les murs froids et encrassés par les fumées d'échappements.

Les jambes de Stiles tremblèrent légèrement avant que son cerveau ne leur ordonne de bien se tenir. Il déglutit avec peine en suivant du regard le professeur faire le tour de sa propre voiture et de rejoindre l'adolescent, le jaugeant de toute sa hauteur. Stiles était à deux doigts de s'évanouir à cause du stresse. Il aurait presque voulu que ce fût Peter et son sourire ironique ou bien Chris Argent avec un fusil de chasse à la main devant lui plutôt qu'Adrian Harris dont le visage impassible ne lui donnait aucun indice sur son humeur ou ce qu'il était simplement en train d'imaginer en trouvant le jeune homme en panne dans un parking loin de chez lui et surtout seul.

Les yeux du professeur passèrent du visage blême de Stiles au capot ouvert de la jeep. Il plissa le front dans un air de grande réflexion avant de briser le silence entre eux dans un murmure presque inaudible pour les oreilles d'un Stiles à deux doigts de prendre la poudre d'escampette dans une direction totalement prise au hasard, même si c'était pour tourner en rond pendant deux heures. Il n'avait qu'une seule envie : s'enfuir loin et très vite même si c'était totalement absurde. Cependant, quand le jeune homme était en proie à une telle angoisse, à une angoisse si grande que cela pouvait alerter n'importe quel loup-garou dans les parages, il n'arrivait pas à agir de manière sensée.

« Vous avez appelé une dépanneuse ? »

L'air totalement ahuri, Stiles se contenta d'émettre un faible « hein ? » qui fit lever les yeux au ciel au professeur de Chimie. Ce dernier répéta sa question d'une voix un peu plus ferme. Stiles secoua vivement la tête de gauche à droite avant de répliquer :

« Je n'ai plus de batterie dans mon téléphone portable.

— À force de la faire sonner en classe, j'imagine, lança Harris, sarcastique. »

Et vlan, c'était gratuit.

Stiles ouvrit la bouche pour répliquer, mais se ravisa. Il n'avait pas envie d'avoir ce genre de discussion sur le pourquoi du comment de cette remarque alors qu'il était innocent au sujet du fichu téléphone de Greenberg qui avait retenti en plein cours. Du moins, pas pour le moment.

Harris lui afficha un faible sourire avant de se diriger vers le capot de la jeep non sans l'effleurer au passage. À son contact, Stiles s'écarta en faisant un pas en arrière. Son dos se cogna contre la portière de la jeep ce qui lui fit bondir d'un pas en avant. Le professeur remarqua cette réaction aussi étrange qu'amusante sans faire de commentaire. Stiles ferma les yeux, inspira longuement pour se donner du courage avant de faire quelques pas en direction du professeur de Chimie qui tâtait déjà le moteur de sa voiture. Stiles trouva cela plutôt insolite que quelqu'un tentait de réparer une panne sans même demander ce qui se passait. Il haussa les épaules ; après tout, si le professeur s'y connaissait en automobile, peut-être qu'il n'avait pas besoin de savoir que cette fichue jeep refusait tout simplement de démarrer.

« C'est la batterie qui a lâché, lâcha doucement Stiles en mettant les mains derrière sa nuque.

— Peut-être, répondit doucement Harris sans lever les yeux du moteur.

— Comment ça peut-être ? rétorqua le jeune homme qui avait repris un peu de couleur et de contrôle de soi. Je mets le contact et rien ne se passe. Et les phares sont faibles. »

Le professeur posa le regard sur Stiles qui mit à la hâte les bras le long du corps comme s'il se mettait au garde-à-vous.

« Je n'ai pas dit que ce n'était pas la batterie. Juste que votre panne n'est peut-être pas liée qu'à ça, souffla Harris en marchant lentement vers le jeune homme. »

Stiles baissa les yeux, émit un son d'agacement avant de secouer la tête derechef. Il n'avait pas besoin de cela. Pas maintenant qu'il avait un travail. Pas maintenant qu'il avait des activités extrascolaires, merci Papy Argent et ta super capacité à rabaisser les gens. Sans un mot, Harris se dirigea vers le coffre de sa voiture et en sortit des pinces reliées à des fils noirs et rouges. Stiles le suivit du regard tandis qu'il ouvrit le capot de la Jetta et ; toujours dans un silence pesant, l'adolescent ne le lâcha pas des yeux quand il plaça avec grande précaution les pinces sur la batterie de chaque voiture.

L'esprit de Stiles se demandait pourquoi le professeur n'appelait pas simplement une dépanneuse tout en laissant l'adolescent attendre dans ce grand parking souterrain.

Le cerveau était occupé à chercher une explication sur la présence du chimiste dans les environs.

Le cœur quant à lui avait repris un rythme soutenu, mais nettement moins angoissé ; voir presque apaisé tout en scrutant les approches de l'homme qui pourraient tout faire chavirer.

Et l'estomac avait soudainement faim, se posant la question absurde du goût possible de la jambe droite du professeur. Pourquoi la droite et pas la gauche ? Il fallait en référer aux neurones entortillés dans une mélasse de réflexion, de curiosité et de fascination.

Stiles observait les allées et venues du professeur Harris entre les deux capots pour vérifier les pinces. Il resta silencieux quand celui-ci prit place au volant de la Jetta et fit démarrer le moteur. Le jeune homme lança un regard au moteur de sa jeep avant de faire le tour d'un pas lent. Il s'arrêta à moins d'un mètre de la portière ouverte côté conducteur de la voiture noire.

Le professeur dont la jambe gauche était en dehors du véhicule leva les yeux vers l'adolescent qui avait gardé la tête baissée.

Se faire recharger la batterie de sa pauvre jeep par la voiture du professeur de Chimie qui le détestait depuis des années. Si quelqu'un avait ne serait-ce pensé à annoncer cela à Stiles, celui-ci aurait sans doute trouvé la plaisanterie plutôt amère.

Plus les minutes s'écoulèrent avec comme simple bruit le moteur ronronnant, plus Stiles trouva cette journée bizarre. Rien ne s'était déroulé comme il l'aurait cru.

Le cours de Chimie durant lequel le professeur avait eu plusieurs raisons de le mettre en retenue. Cet exercice réussi d'une étrange manière alors qu'il était persuadé d'avoir répondu aléatoirement. Cette bousculade dans les couloirs alors qu'il n'y avait personne autour d'eux mis à part Erica et Greenberg. Le Coach qui avait été à deux doigts de balancer Jackson et Scott du haut d'une falaise. Et ce moment, à la sortie des cours, quand Harris était venu l'aider pour démarrer sa stupide voiture.

C'était clair dans l'esprit de Stiles : il n'y avait pas grand-chose à comprendre si ce n'était que Harris jouait avec ses pieds et ses nerfs. Peut-être qu'il était en train d'accumuler des points et qu'au bout de trois cents points, Stiles était jeté par la fenêtre du dernier étage de l'école par le professeur du Chimie dont les limites de la patience avaient été largement dépassées voir ensevelis sous des tonnes de pierres. Ou peut-être que le professeur Harris voulait juste se montrer aimable pour une fois.

Non. C'était impossible. Il l'attendait simplement au tournant. Comme cette remarque sur la batterie de son téléphone. Stiles ne perdait simplement rien pour attendre.

« Voulez-vous prévenir votre père ? demanda doucement Harris, sortant soudainement Stiles de ses pensées. »

L'adolescent secoua doucement la tête de gauche à droite et répondit d'une voix pâteuse :

« Non, il doit être au bureau à l'heure qu'il est. Enfin, je crois. Je ne sais même pas quelle heure il peut être, en fait.

— Assez tard, pour vous demandez ce que vous faites dans les parages.

— Je suis en panne, cela se voit pas ? lâcha Stiles par mauvaise humeur, regrettant immédiatement ses paroles. »

Il crut un instant que Harris allait répliquer quelque chose de cinglant, mais il se contenta d'afficher un faible sourire avant de sortir de la voiture dont le moteur tournait au ralenti depuis un quart d'heure selon l'estimation de l'esprit de Stiles toujours occupé à dénicher les raisons du comportement et les intentions de Harris vis-à-vis de lui et de, au cas échéant, d'élaborer un plan pour se sortir de ce mauvais pas même si c'était simplement d'invoquer une armée de loups-garou dirigée par Derek Hale, l'Alpha aigri vivant dans un loft à quelques kilomètres de là.

« Normalement, votre batterie devrait être suffisamment chargée pour vous permettre de démarrer, fit il en se massant la tempe du bout des doigts.

— Normalement ? répéta doucement Stiles d'un air soupçonneux.

— Normalement. »

Stiles se mordit les lèvres par réflexe, murmura quelque chose d'intelligible avant de se diriger d'un pas mal assuré vers sa jeep. Il se mit derrière le volant, prit une grande inspiration avant de placer les doigts tremblants sur la clef. Il jeta un regard en biais vers le professeur qui l'observait le visage toujours impassible. Stiles ferma les yeux et mit le contact. La jeep hoqueta et refusa de démarrer le moteur. L'adolescent insista à plusieurs reprises avant qu'une main vienne doucement écarter la sienne de la clef de contact. Stiles leva les yeux — qu'il sentit légèrement humide par l'agacement peut-être — vers Harris qui arborait un sourire désolé.

« Et merde, murmura l'adolescent en laissant choir sa tête sur le volant. Merde. »

Harris lui effleura le sommet du crâne, se dirigea vers sa propre voiture pour couper le moteur avant d'enlever les pinces des batteries. Il referma doucement le capot de chaque véhicule tandis que Stiles fixait ses pieds posés sur les pédales en se demandant ce qu'il était censé faire maintenant qu'il se retrouvait coincé au milieu de nulle part — du moins, dans un lieu où il ne connaissait pas grand monde — sans possibilité d'appeler son père ou même Scott — du moins, il n'avait pas réfléchi à l'éventualité de retourner au restaurant pour emprunter le téléphone de la patronne pour passer un stupide coup de fil.

La partie logique de l'adolescent avait abandonné le bateau et tout ce que son esprit avait à déclarer était centré sur la présence de Harris à moins d'un mètre de lui dont l'odeur commençait à devenir familière même si elle rappelait ce moment d'angoisse dans le couloir juste avant le cours d'Économie.

« Je vais appeler une dépanneuse, déclara le professeur en sortant son téléphone portable de la poche gauche de son pantalon. »

Stiles resta silencieux, se contenant d'observer toute l'absurdité de cette situation à travers ses chaussures recouvertes de boues séchées par endroit. Il entendit le professeur faire quelques pas dans une direction puis dans une autre, attendant que quelqu'un veuille lui répondre. Il détourna la tête du volant pour l'observer aller et venir avant de descendre de la jeep et de claquer la portière un peu plus bruyamment qu'il l'aurait voulu. Harris raccrocha en soupirant d'agacement. Il tendit son téléphone à Stiles dont le regard passa de l'appareil au visage légèrement tendu du professeur. L'adolescent fit doucement « non » de la tête. Harris lança sur un ton presque autoritaire :

« Appelez votre père.

— Je vous ai dit qu'il était au Bureau du Shérif ou peut-être même en patrouille, répondit Stiles d'une voix tremblante.

— Appelez-le. Vous n'allez pas rester toute la nuit dans ce parking.

— Il finit son service vers vingt heures.

— Ou appelez McCall.

— Parce que vous croyez que je connais son numéro par cœur ?

— Appelez sa mère.

— Même remarque.

— Appelez votre père qui appellera la mère de McCall qui appellera son fils. »

Contre toute attente, Stiles éclata de rire. Peut-être était-ce simplement les nerfs qui lâchaient. Ou le ridicule de cette situation. Ou l'air hébété qu'affichait Adrian Harris comme à la fin du cours, quand l'adolescent lui avait posé la question absurde sur ses lunettes.

Stiles avait un fou rire ; ce genre de fou rire qui vous prenait dans les pires situations comme un enterrement ou une remise de diplôme. Ce genre de fou rire qui vous prenait aux tripes, qui vous faisait perdre pied et qui vous montrait à quel point vous n'avez pas du tout le contrôle de vous même.

L'adolescent en avait les larmes aux yeux, l'estomac dans tous les sens, le ventre tordu par le rire, l'angoisse, la peur et du ridicule absolu de sa situation. De leur situation à tous les deux. L'un appuyé au toit de la voiture qui était bonne pour la casse depuis quelques mois et l'autre qui tentait de rassembler les morceaux pour essayer de comprendre ce qui se passait ou ce qu'il avait pu dire d'aussi drôle.

Stiles n'avait aucune once d'idée de ce qui lui prenait de rire de la sorte. Après tout, cela n'avait rien d'amusant. Il était en panne dans un coin de la ville éloigné des habitations de ses amis ou même connaissances. Pas de téléphone. Et sa fierté lui avait interdit de retourner tout simplement au restaurant demander de l'aide. Et tout cela pour quoi en fin de compte ? Pour que son professeur de Chimie vienne tenter de l'aider. Ou serait-ce de proposer des choses logiques dans ce genre de situation. Appeler Scott. Oui, c'était tellement logique. Même s'il était peut-être à la clinique vétérinaire ou en train d'élaborer un plan pour assommer Jackson demain matin à la première heure.

« Votre rire est aussi agaçant que votre voix, notifia Adrian Harris sur un ton qu'il voulait ferme, en ramenant le téléphone au niveau de sa jambe droite. »

Stiles lui sourit allègrement tout en continuant à rire. Il avait envie de se gifler ou de se donner des coups de pieds aux fesses pour se calmer, mais il n'y arrivait tout simplement pas. Après tout, il venait de passer une journée totalement absurde. Qui pouvait lui en reprocher ?

Harris émit un son d'agacement avant de lever les yeux au ciel et de mettre un poing sur la hanche, détournant la tête.

« Je sais que je ne devrais pas rire… , tenta Stiles entre deux fous rires.

— Si vous voulez, je peux vous donner une très bonne motivation pour vous arrêter de rire de la sorte. »

Le rire de Stiles redoubla d'intensité tandis que Harris resta de marbre. L'adolescent avait l'impression qu'il allait bientôt expérimenter l'expression « mourir de rire » s'il n'arrivait pas à se calmer. Cependant, c'était plus que nerveux. C'était comme si toutes les angoisses et les peurs de la journée avaient eu soudainement envie de s'échapper laissant derrière eux cette euphorie presque hystérique.

« Je suis désolé, professeur, fit Stiles avec un large sourire. Mais juste… juste évitez… évitez…

— Que j'évite quoi, Stilinski ? rétorqua Harris légèrement agacé. »

Stiles, dont le rire commença à s'estomper, répondit avec le plus grand sérieux du monde et un sourire franc :

« Que vous évitiez d'être adorable. »

Comme toute réponse, Harris écarquilla les yeux de stupeur ce qui nourrit bien malgré lui le fou rire de l'adolescent. Ce dernier était persuadé que s'ils se trouvaient en ce moment même dans leur établissement scolaire, il était indéniable que le fils du Shérif aurait été collé pour le restant du millénaire.

Stiles se calma petit à petit, séchant les larmes qui perlaient aux coins des yeux d'un revers de manche avant de prendre le poignet du professeur de Chimie et de le tirer vers la Jetta noire.

« Allez, raccompagnez-moi au bureau du Shérif, lança Stiles avec un large sourire. »

Harris passa des doigts frêles de l'adolescent autour de son poignet au visage espiègle de celui-ci avant de se libérer dans un geste plus brusque qu'il l'aurait voulu. Il rétorqua sèchement :

« Débrouillez-vous. »

Il fit quelques pas en direction de la voiture noire avant d'être attrapé derechef par l'adolescent, à deux mains cette fois sur son poignet droit :

« Maaaaaais, il fait froid, tenta Stiles en prenant une voix faussement triste. Et des loups vont venir me manger !

— Qu'est ce que feraient des loups dans un parking ? fit remarquer Harris d'un air perplexe en se tournant vers lui sans se dégager.

— Des loups ou des gros pumas.

— Ils souffriront d'intoxication alimentaire. »

Stiles tira un peu plus fort sur le poignet. Le professeur se dégagea, mais fut pris à nouveau d'assaut par un adolescent déterminé et têtu. Fortement têtu. Terriblement têtu.

« Vous sortez de nulle part. Vous essayez de m'aider. Et vous m'abandonnez maintenant ? fit Stiles d'une voix mielleuse.

— Je ne sors pas de nulle part, Stiles. J'habite dans cet immeuble. »

L'adolescent lâcha le poignet du professeur comme si ce dernier était en feu. Il fit quelque pas en arrière avant d'ouvrir la bouche pour rétorquer, mais aucun son n'en sortit. Harris le jaugea de toute sa hauteur, croisant les bras sur sa poitrine.

Le cerveau de Stiles mit de côté le fait que le restaurant était à quelques pas de cet immeuble et que l'adolescent allait forcément croiser le professeur de Chimie durant ses heures de travail.

L'esprit de Stiles eut juste envie de s'enfuir, ne voulant plus du tout jouer avec le dragon à lunettes.

L'estomac de Stiles lui rappela qu'il avait toujours faim et qu'il se demandait quel goût avait la jambe gauche du professeur, car la droite ne semblait pas si appétissante que cela.

Le cœur de Stiles prit le contrôle de sa bouche :

« Oh… du coup, je peux attendre chez vous que mon père finisse son service ? lança-t-il avec un large sourire. »

Adrian ferma les yeux avant d'inspirer longuement, tentant de garder son calme.

« Même pas en rêve. »

Stiles aurait pu effacer l'air idiot qu'il arborait en apercevant le regard glacial que lui lançait le professeur Harris. Mais il n'en fit rien. Il se contenta de lui adresser un sourire sincère.

Quant à Harris, il le dévisagea d'abord d'un air mauvais avant d'afficher un sourire timide tout en lui désignant sa voiture du revers de la main. Stiles alla récupérer ses affaires dans sa jeep avant de prendre place dans la Jetta, côté passager. Harris leva les yeux au ciel avant de monter dans la voiture à son tour.

Le cœur de Stiles battait à tout rompre dans sa poitrine. Les oreilles bourdonnant, l'adolescent était à deux doigts de s'évanouir quand le professeur claqua la portière à son tour.

Le fils du shérif était persuadé que cette journée était loin d'être finie. Malheureusement ou heureusement, il n'était pas encore certain du terme.

Stiles mit sa ceinture de sécurité, un sourire espiègle au coin des lèvres.

La présence du professeur à moins d'un mètre n'était pas si bizarre qu'il l'aurait cru.

Pas adorable. Agréable.

Une présence agréable et rassurante.

Fin du chapitre 5