Chapitre 6
Stiles ne savait pas quoi penser.
Le cœur serré par ses angoisses et ses peurs, il avait envie d'ouvrir la portière et de s'enfuir à toute jambe. Ou simplement de tracer des lignes sur sa vitre embuée de la voiture noire en se demandant si son père était en train de ranger des documents dans son bureau ou s'il avait terminé un peu plus tôt ou s'il était encore en patrouille quelque part dans un coin de la vie, dans un quartier sensible. Il se demandait si Scott était à la clinique vétérinaire ou bien entre deux lectures pour l'école, avec un thé à la camomille posé sur le coin de son bureau. Il s'était mis aux thés depuis les grandes vacances et avait tenté de convaincre son meilleur ami de privilégier un bon thé aux sodas ou bien à la caféine. Stiles avait levé les yeux au ciel avant de lui tapoter l'épaule non sans lui glisser qu'il appréciait le conseil, mais préférait rester à ses bonnes vieilles — et certes — mauvaises habitudes d'adolescent avec les boissons sucrées et remplies d'excitant. Il soupçonnait Allison de lui avoir donné cette idée de thés. Elle en consommait très souvent avec Lydia devant un film ou une série sur son ordinateur, en faisant leurs devoirs ou travaux de groupe chez la jeune blonde vénitienne. Peut-être que Scott entretenait un semblant de relation avec Allison en avalant un ou deux litres de thés par jour si ce n'était plus durant le week-end.
N'importe quoi, Stiles.
Allison et Scott avaient rompu. Certes, ce n'était pas la première fois. Néanmoins, ce qui avait changé était la réaction de Scott. Il l'avait acceptée, n'avait pas cherché à la remettre en question ou de courir une dernière fois après la jeune Argent la suppliant de lui accorder une dernière chance. Il avait accepté cette fatalité qu'ils ne pourront pas être ensemble en fin de compte : même si dans un coin de son esprit, il l'espérait toujours secrètement. Il devait passer à autre chose. Étudier tout l'été. Travailler d'arrache-pied à la clinique vétérinaire. Tenter de se rapprocher de Derek et de sa meute même si ce n'était juste pour avoir une présence de loups-garou et quelqu'un à mordre durant les crises de pleine lune.
Et il y avait Jackson. Le garçon insupportable et plus égoïste que jamais. Ah ! Scott aurait cru qu'il se serait calmé après l'histoire Kanima. Bien au contraire. Et il était certain que ce n'était que le début. Derek avait beau essayer de s'en occuper du mieux qu'il le pouvait en le considérant comme un de ses Betas à part entière ; le jeune homme lui lançait ce regard suffisant avec un rictus arrogant au coin des lèvres avant de lui déclarer qu'il n'avait pas besoin d'un Alpha. Qu'il s'en sortirait bien mieux que Scott.
Certes, Scott mentirait en disant que Jackson n'était pas capable de s'occuper de lui-même. Il avait très vite géré les nuits de pleines lunes ; contrairement à Scott qui avait encore besoin de Stiles pour l'attacher à la cave en lui notifiant d'une voix rassurante que la fichue lune partira très vite et que si ce n'était pas le cas, il enverrait lui-même Peter Hale d'un coup de pied bien placé en direction de l'astre pour le dévier ou la détruire. C'était absurde, complètement impossible. Scott éclatait souvent de rire durant ses crises en écoutant les discours incohérents de son meilleur ami. Et c'était merveilleusement efficace. Stiles ne se rendait pas compte à quel point il avait cette capacité à aider les autres même de manière maladroite ou mal assurée. Il était capable de calmer Erica à deux doigts d'arracher un bras à un de ses « frères loups-garou » pendant la pleine lune. De faire sourire Lydia après une mauvaise nouvelle ou une nuit agitée par les cris et les hurlements des bêtes étranges qui fourmillaient dans cette ville de dingue â Stiles était convaincu que Beacon Hills méritait d'être rasée ou cramée et d'être reconstruite sur de bonnes bases.
Stiles laissa échapper un long soupir exténué ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention du professeur de Chimie, assis au volant, à moins d'un mètre de lui. Du moins, il se contenta de lui jeter un regard en biais avant de se concentrer à nouveau sur la route.
Depuis qu'ils avaient quitté le parking, un silence pesant s'était installé entre eux. L'adolescent n'avait pas ouvert la bouche ou commenté la conduite du professeur. Il ne lui avait pas adressé un seul regard, se focalisant principalement sur cette vitre embuée, traçant quelques lignes ici et là.
Si Derek Hale était celui qui le reconduisait en ce moment chez lui, Stiles aurait pu discuter du comportement de Jackson et de Scott sur le terrain tout en lui demandant ce qu'il pouvait faire pour éviter que son meilleur ami n'en vienne à arracher un membre à son camarade de classe. Derek aurait sans doute déclaré quelque chose sur le fait qu'il fût certes l'Alpha de Jackson, mais que ce dernier n'était pas coopératif. Et pour ce qui était de Scott, il aurait sans doute avancé des théories absurdes comme quoi le jeune homme était en perdition depuis sa rupture avec Allison et qu'il cherchait un point de repère : le sport. Quelque chose à quoi se rattacher pour remonter la pente. Ce qui aurait sans doute fait lever les yeux au ciel au fils du Shérif et lui donner des raisons de lancer certains sarcasmes sur le fait que Scott n'avait jamais eu besoin de qui que ce soit et que ce n'était pas maintenant que cela allait commencer. Du moins, Scott avait Stiles pour se sortir des situations dangereuses. Le fait qu'il pût oublier Allison était un pas en avant même si l'hyperactif essayait de temps à autre à briser la glace entre eux de manière maladroite : les laisser seuls au cinéma ou prendre la place la plus éloignée de son meilleur ami pour forcer Allison à se mettre à côté ou derrière le loup-garou, partir plus tôt du déjeuner. Ce genre de choses anodines qui ne marchait pas vraiment.
Mais bon, les loups-garou étaient des êtres compliqués. Et il se surprenait à penser que ce n'était heureusement pas le cas de Harris. Pas le fait d'être compliqué. Non. Le professeur était quelqu'un de compliqué dans le sens où l'adolescent était bien incapable de deviner à quoi il pensait ou bien ce qu'il était sur le point de faire. Le mettre en retenue n'était pas dans l'équation. Stiles était conscient qu'un rien pouvait le conduire dans cette salle de classe après les cours à griffonner des notes inutiles sur son carnet ou bien de fixer l'horloge au-dessus de la tête du chimiste en se demandant toutes les quatre secondes si l'homme réagirait si jamais il tentait de s'échapper en douce, sur la pointe des pieds, très lentement, en direction de la porte ouverte — elle était toujours ouverte durant les retenues — sans respirer et sans penser une seule seconde. C'était quelque chose à tenter.
Pour la science.
Le professeur était quelqu'un de compliqué dans le sens où il avait des réactions parfois incompréhensibles pour Stiles. Retenue ou pas retenue. Colère noire ou pas colère noire. Aider ou pas aider. Le rassurer... ou pas du tout.
Et Stiles n'était pas quelqu'un de compliqué. Non. Du tout. Il voulait juste passer une journée tranquille dans cette ville de fous. Il voulait juste être un adolescent comme un autre, sans prise de tête, sans crocs et dents à surveiller de près chez son meilleur ami. Il voulait juste travailler un peu après les cours pour de l'argent de poche — il n'avait pas de projets particuliers à financer, mais d'ici là, il était certain de trouver des raisons pour jeter l'argent par les fenêtres. Il voulait juste prendre un bain ou une douche, manger un truc avant de se rouler en boule dans sa couette moelleuse et dormir jusqu'au lendemain sans se souvenir un seul instant de cette journée absurde où sa jeep avait décidé de l'abandonner.
Stiles traça une ligne puis une autre avant de se mettre plus confortablement le nez à la vitre, tournant le dos au professeur de Chimie qui marqua un stop tandis qu'une autre voiture se mit à leur hauteur. L'adolescent sourit à lui-même et continua son tracé qu'il trouva de moins en moins brouillon. Il fut conscient des regards en biais que lui jetait Adrian Harris et il put presque deviner l'air agacé qu'il devait arborer en le voyant griffonner de la sorte la fenêtre de sa belle voiture. Mais au moins, le fils du shérif restait silencieux. Pas de voix ou de rire « si agaçant ». Juste le silence, la pluie, la conduite sereine et de temps à autre, des regards qui se croisaient.
Arrivé à un carrefour, Stiles se mit convenablement sur son siège. Il tapota nerveusement son genou avant de sortir son téléphone de la poche de son pantalon. L'écran éteint lui brisa presque le cœur. Il tourna doucement la tête vers le chimiste qui ne quitta pas la route des yeux. Stiles le dévisagea un moment et imagina ce qu'il dira à son père une fois arrivé au Bureau du Shérif. Peut-être quelque chose comme « j'ai trouvé votre fils errant dans un parking » ou « apprenez à votre fils à appeler une dépanneuse » ou peut-être « j'aurais dû coller votre fils pendant trois heures, cela lui aurait évité de venir se perdre dans un coin de la ville et d'y tomber en panne ».
N'importe quoi, Stiles.
L'adolescent continua à le fixer tandis que la voiture s'engagea doucement sur une chaussée.
L'hyperactif ne pouvait pas s'empêcher de se demander pourquoi il avait cet air aussi sévère même en dehors de l'école. Ce n'était qu'en sa présence que Harris avait cette allure aussi stricte et aussi sarcastique. S'il s'en prenait aussi à Scott de temps à autre, c'était nettement moins virulent. Stiles avait l'immense privilège d'agacer Harris en deux secondes juste en ouvrant la bouche.
Dans ce cas, pourquoi vouloir l'aider ? Après tout, il aurait pu tout aussi bien le laisser dans ce parking ou ne pas se garer juste à côté de lui — Stiles était certain d'avoir vu des places libres un peu plus loin. Il aurait tout aussi bien pu appeler la Police en précisant que c'était pour signaler la présence du fils du Shérif dans les parages et que ce dernier avait besoin d'aide. Il aurait tout aussi bien pu le laisser s'arracher les cheveux juste après les cours quand la jeep refusait de démarrer.
Et il aurait tout aussi bien pu le coller pour le restant de l'année juste pour cette collision dans les couloirs. Bon sang, Stiles avait cru qu'il allait mourir ou fondre et fusionner avec le sol devant le regard estomaqué d'Erica. D'ailleurs, il avait aucune idée si la jeune louve et Greenberg avaient assisté à cette « rencontre du destin ».
L'adolescent inclina la tête sur le côté, ne lâchant pas des yeux le visage blême du professeur. Il se demanda ce qui se passerait s'il touchait de l'index la joue de l'homme ou bien s'il essayait de le chatouiller au niveau de la taille ou peut-être de lui prendre subtilement ses lunettes.
Pour la science.
Oui, pour la science.
Il tendit doucement la main en direction de la hanche de Harris, retenant son souffle, le cœur battant à tout rompre. Il n'avait pas réfléchi à la possibilité que sous l'effet de surprise, le professeur perde le contrôle de son véhicule et provoque un accident malheureux. Non, l'hyperactif était persuadé que le chimiste était du genre à garder son sang-froid et le contrôle de lui-même dans n'importe quelle situation. Même si une armée de loups-garou morts-vivants les attaquait au coin de la prochaine rue, Adrian resterait de marbre tout en soufflant à son élève qu'ils étaient dans une situation plus ou moins problématique. Stiles quant à lui serait partagé entre trouver cette situation amusante et de paniquer allègrement, car ils risquaient de mourir tout aussi bêtement qu'un Derek Hale paralysé en train de se noyer dans la piscine de l'école.
Ses doigts étaient à peine dix centimètres de la veste noire quand Harris tourna vivement la tête vers l'adolescent. Celui-ci sursauta, ramena son bras le long du corps comme s'il avait mis la main sur une plaque brûlante. Le professeur lui lança un regard noir. L'hyperactif lui afficha un sourire timide avant de désigner du doigt son téléphone portable. Faisant à nouveau face à la route, Harris poussa un soupir exaspéré. Il tendit son bras à son tour en direction de Stiles. Il sortit de la boîte à gant un fil de chargeur de téléphone, le brancha sur le poste de radio avant de passer l'extrémité à l'hyperactif. Le regard de ce dernier passa du câble au visage froid du professeur avant de comprendre ce qu'il attendait de lui. Il s'empara du fil d'une main tremblante avant de brancher son téléphone qui afficha presque aussitôt une icône de batterie barrée.
Stiles sourit timidement à Harris qui lui accorda aucun regard ou ne serait-ce qu'une seule seconde d'attention. L'adolescent l'en remercia intérieurement tout en se disant à regret que cette « balade » en voiture était bien trop silencieuse. Il aurait voulu briser ce silence en lui parlant de tout et de n'importe quoi comme à son accoutumée. Stiles était un véritable moulin à parole coincé dans une voiture ; même avec le père d'Allison. Même avec Peter Hale. C'était son mécanisme de défense comme le sarcasme. Parler, parler et encore parler. Laisser son cerveau vomir ses angoisses par des mots et des discours incohérents.
Peut-être qu'il n'en ressentait pas le besoin dans la Jetta noire ? Peut-être que la présence du professeur le rassurait dans une certaine mesure ?
Non, bien sûr que non. La seule raison de ce silence était qu'aucun des deux occupants voulait faire la conversation. Et Stiles était bien trop fatigué pour tenter une approche de ce genre. Ou peut-être de le toucher juste au-dessus de la hanche. C'était un endroit parfait pour le faire sursauter. Cela marchait avec Scott malgré sa condition de loup-garou — quoique, cela serait extrêmement triste que les lycanthropes fussent immunisés aux chatouilles et Stiles trouvait cela amusant que Derek Hale avait cette possibilité de se tordre dans tous les sens, suppliant la personne qui osait lui caresser les cotes. Il n'imaginait pas Peter rire aux éclats de la sorte. Cela n'allait pas avec le personnage légèrement psychopathe au sourire carnassier.
Stiles s'étira en long et en large, manquant par la même occasion de toucher la tête du professeur. Ce dernier soupira avant de secouer doucement la tête.
Il restait cinq ou dix minutes de trajet jusqu'au bureau du Shérif. L'horloge du tableau de bord affichait dix-neuf heures et quarante-quatre minutes.
L'adolescent croisa les jambes, tapota l'écran de son téléphone du bout des doigts avant de tenter de l'allumer. Il se tourna vers l'homme par réflexe. Et, se rendant compte que ce dernier ne lui accordait toujours aucun regard, il entra le code de verrouillage téléphonique de son appareil. Il plissa les yeux, réfléchissant un instant avant de faire volte-face en direction du professeur. Il avait besoin de briser ce silence en mettant les choses au point. Du moins, il devait absolument lever le doute sur quelque chose qu'il considérait comme plus qu'important. Il déglutit avec peine, cherchant ses mots. Il inspira doucement pour se donner du courage avant de lâcher d'une voix mal assurée :
« C'était le téléphone de Greenberg. »
Le professeur ne répondit pas, se contentant de plisser le front d'un air perplexe. Stiles fit rouler son téléphone autour de ses doigts frêles tandis que sa batterie rechargeait petit à petit.
« Vous savez, cette horrible sonnerie de téléphone qui a retenti aujourd'hui en cours ajouta l'adolescent en le fixant. C'était le téléphone de Greenberg. »
Harris resta silencieux tandis qu'il passa une vitesse. Stiles soupira d'exaspération :
« Il y a qu'un seul imbécile dans cette école à avoir ce type de sonnerie.
— Je n'en doute pas, répliqua soudainement Harris. Néanmoins, rien ne me prouve que ce que vous avancez est véridique. Après tout, vous pourriez être le "seul imbécile dans cette école à avoir ce type de sonnerie", n'est-ce pas ? »
Stiles ouvrit la bouche pour rétorquer, mais se ravisa. Il secoua vivement la tête avant de lâcher sur un ton ferme :
« Je sais ce que je dis.
— Tout comme rien ne me prouve le contraire.
— Pourquoi vous remettez en question ce que je dis ? Je veux dire, quel intérêt aurais-je à vous mentir sur ce détail insignifiant ?
— Si c'est un détail insignifiant, pourquoi vous sentez-vous obligé de vous expliquer ? »
Stiles ferma les yeux, essayant tant bien que mal à garder son calme. Il inspira longuement avant d'insister. Il avait certes fait des conneries plus grosses que lui durant ces derniers mois et il méritait presque le renvoi définitif. Mais il ne pouvait pas supporter être accusé de la sorte. Surtout pas à cause d'un imbécile notoire du nom de Greenberg.
« Parce que des dizaines de doigts m'ont désigné comme le bon coupable ? Parce que vous avez tracé un trait avec votre craie qui aurait réveillé les morts ? Peut-être parce que dès que j'éternue, vous êtes agacé au point de me mettre en retenue pour six heures ?
— Vous ai-je mis en retenue, Stiles, après cet incident en classe ? demanda doucement Harris en se tournant vers Stiles. »
L'adolescent le dévisagea, avala difficilement sa salive avant de faire « non » de la tête dans un geste lent. Le professeur le considéra à son tour.
La voiture était maintenant à l'arrêt à un embranchement.
« Bien, la discussion est close, déclara Harris en se tournant à nouveau vers la route.
— Mais... tenta Stiles d'une voix pâteuse.
— La discussion est close, Stilinski. »
L'adolescent se pinça les lèvres. Non. La discussion n'était pas close. Loin de là même. Il jeta un œil devant lui et aperçut la voiture de son père garée sur le bas-côté de la route un peu plus loin. Le Shérif était dehors en train de discuter avec un autre policier tandis qu'un autre encore s'occupait de verbaliser un conducteur.
« Vous ne me croyez pas, fit Stiles d'une voix terne sans quitter la silhouette de son père des yeux.
— Stiles, je vous ai dit que cette discussion était close, répondit Harris légèrement irrité.
— Non parce que vous ne me croyez pas.
— Je n'ai que faire de vous croire. »
À ces mots, Stiles fit volte-face en direction du professeur comme s'il venait d'insulter tous ses ancêtres. L'envie de simplement tenter de lui chatouiller les côtes venait étrangement de lui passer. L'expression qu'il avait trouvée si adorable quand il lui avait posé la question sur le changement de lunettes ou de la tête qu'il avait fait en le voyant succomber au plus grand fou rire nerveux qu'il n'avait jamais eu de sa vie venait de passer dans la case « cas rare et totalement hors sujet ». Stiles avait perdu sa bonne humeur et n'aspirait qu'à partir de cet habitacle pour rejoindre le Shérif en claquant violemment la portière derrière lui non sans se maudire d'avoir cru un seul instant que le professeur de Chimie avait pu être adorable. Même durant une fraction de seconde.
Adorable ? Lui ? Absolument pas.
« Que ce fût votre téléphone ou celui de Greenberg ou même celui de McCall qui a retenti en classe, qu'est ce que cela change puisque je ne vous ai pas puni ? reprit calmement le professeur.
— Cela change que vous refusez de me croire.
— Que je vous croie ou non, quelle est la différence ?
— La différence ? La différence c'est que... je ne sais pas. Je...
— Le fait est que je ne vous aie pas donné de retenue à la fin du cours ou pendant celui-ci, que je vous ai pas donné à rédiger une dissertation d'au moins quarante pages sur l'usage des téléphones portables et de leur utilité une fois éteint n'est pas suffisant ?
— Tout ce que je vois c'est que vous n'avez pas puni Greenberg. »
Le professeur Harris inspira longuement avant d'expirer, profondément irrité. Il se frotta les yeux du bout des doigts. Il gara la voiture sur le bas côté à quelques mètres de la voiture du Shérif. Le fils de ce dernier lui lança un regard insistant et rempli de reproches.
« Ne remettez pas en question ma façon de gérer les problèmes de comportement de mes élèves, Stiles, déclara Harris d'une voix sombre, presque menaçante.
— Je vois le résultat avec moi, répliqua l'adolescent ironique. C'est super efficace. »
Harris plissa les yeux d'un air mauvais et considéra un instant le jeune homme. Celui-ci lui soutint le regard, les traits tirés par la colère. D'une voix posée, le professeur suggéra :
« Vous voulez un tout autre genre de punitions ?
— Comme quoi ? Les coups de bâtons sur les doigts ? Je crois que me souvenir que c'est votre passe-temps favori quand je suis en labo de Chimie ou de Physique. »
Harris se renfrogna dans son siège, se frotta les yeux du bout des doigts d'un air agacé tandis que Stiles continua sur sa lancée :
« Il en demeure pas moins que vous ne me croyez pas pour cette histoire de sonnerie. Et comme j'en ai marre de votre façon de me regarder comme si j'étais responsable du mauvais temps ou du fait que mon cerveau n'arrive pas à faire attention plus d'une demi-seconde quand je suis pris d'angoisses. Alors, puisque vous êtes un scientifique et qu'en tant que tel, vous avez besoin de preuves, je vais vous en donner moi, des preuves. »
L'adolescent ne réfléchit pas, ne se posa aucune question, écouta que la colère lui tiraillant le ventre. Il prit d'assaut les hanches du professeur avant de se faufiler dans une de poches de son pantalon, cherchant à tâtons son téléphone portable. Adrian écarquilla les yeux de surprise avant de frapper doucement sur l'avant-bras de l'adolescent, lui sommant de laisser tranquille et de s'écarter de lui. Stiles garda appuie sur la hanche la plus proche de lui avant de sortir l'appareil d'un geste tremblant et de regagner son siège, serrant son otage contre lui. La respiration saccadée par l'angoisse et la colère, il ne quitta pas des yeux le chimiste dont la hanche empoignée par le jeune homme était devenue étrangement brûlante. Il ouvrit la bouche pour le réprimander, mais l'adolescent le coupa net en le menaçant avec un index tremblant :
« Vous voulez des preuves, n'est-ce pas ? »
Le fils du Shérif ne fit pas attention au fait que le professeur avait le même modèle de téléphone portable que lui. Il ne fit pas attention au fait qu'il ne requerrait pas de code pour le déverrouiller. Il ne fit pas attention à l'air abasourdi que lui affichait le professeur Harris avant de devenir nettement plus sombre à mesure que le jeune homme composait son propre numéro de téléphone.
Le téléphone de Stiles retentit entre ses jambes. Une sonnerie des plus basiques, bien loin de celle de Greenberg nettement plus personnalisée et ridicule. Harris leva les yeux au ciel en secouant doucement la tête de gauche à droite de lassitude. Stiles, dont la main tenant le téléphone de l'homme tremblait comme une feuille, se pinça les lèvres presque à sang avant de terminer l'appel.
« Alors ? Fit-il en baissant les yeux vers la hanche qu'il avait pris d'assaut quelques secondes plus tôt, fuyant le regard du professeur qui était redevenu impassible.
— Vous êtes désespérant. »
Stiles leva la tête, ouvrit la bouche pour répliquer, mais le professeur enchaîna d'une voix lasse en le lâchant pas des yeux :
« Voulez-vous savoir pourquoi je vous ai aidé sur le parking de l'école ? Voulez-vous savoir pourquoi je me suis dirigé vers vous au lieu du parking des enseignants qui était plus loin ? Je cherchais Greenberg. Il a reçu la note pour sa retenue juste avant la fin du déjeuner. Je l'ai vu traverser le couloir comme si de rien n'était après votre entraînement avec le Coach. Il m'a vu, bien entendu, mais il m'a totalement ignoré. »
Le visage de Stiles changea d'expression, passant de la colère et de l'agacement à de la curiosité.
« Et vous savez plus que quiconque dans cette école que si un de mes élèves qui devait être en retenue à trois heures n'est pas dans ma classe à l'heure indiquée, je vais le chercher par la peau du cou ; jusqu'à grimper dans les bus scolaires et de l'y faire descendre sans sommation, continua-t-il sans le lâcher des yeux.
— Qu'est-ce que ça à voir avec ma panne à l'école ? voulut savoir Stiles d'une voix pâteuse.
— Comme je vous l'ai dit : je cherchais Greenberg. Je vous ai aperçu et je vous ai aidé. Après quoi j'ai aperçu votre camarade de classe discutant avec quelqu'un. Je l'ai emmené en classe pour sa retenue... que j'ai rallongé de plus ou moins deux heures.
— Oh. »
Oui, oh. C'était tout ce que Stiles avait trouvé. Oh.
Ce qui expliquerait pourquoi le professeur n'était pas encore chez lui après l'entretien de l'adolescent qui s'était terminé vers dix-huit heures. Et que de ce fait, il était sur la route du retour quand le jeune homme regagnait le parking sous-terrain. Pauvre Greenberg. Trois heures de retenues juste pour un téléphone insolent.
« Je... comment dire... heu... bafouilla Stiles penaud, en se grattant l'arrière du crâne. »
Harris se massa la tempe du bout des doigts tandis que le fils du Shérif cherchait une manière de s'excuser.
S'excuser de quoi exactement ?
« Mais si vous saviez que c'était Greenberg, pourquoi vous avez dit que vous ne me croyez pas ? lâcha l'adolescent.
— Je n'ai pas dit ou insinué que je ne vous croyais pas, Stilinski.
— Vous avez dit que vous n'avez pas à me croire. Ou que limite c'était ma parole contre celle de Greenberg.
— Encore une fois, je n'ai jamais dit que je ne vous croyais pas. J'avais dit, en plus, que la discussion était terminée, mais vous avez voulu insister. »
Stiles gonfla ses joues dans un signe d'agacement avant de se laisser tomber dans son siège et de croiser les bras sur sa poitrine.
« Vous avez dit que vous avez que faire de me croire, enchaîna Stiles qui ne voulait pas en démordre.
— Vous êtes fatigant, soupira Harris d'exaspération. Quelle importance ? Encore une fois, je ne vous ai pas accusé de quoi que ce soit. Je n'ai jamais dit que c'était vous qui avez laissé votre téléphone allumé en classe.
— Ah vraiment ? Et la remarque comme quoi j'avais sans doute vidé ma batterie à force de le faire sonner en classe ? Vous allez quand même pas me faire croire que vous n'insinuez pas que c'était moi le responsable de votre agacement ? Franchement, professeur. »
Comme toute réponse, le professeur Harris donna une pichenette sur le nez de l'adolescent. Ce dernier poussa un cri de surprise avant de porter sa main droite sur son visage.
« Aïe, mais ça va pas ?! s'écria-t-il.
— La discussion est close, Stiles, fit-il avec un faible sourire. »
L'adolescent se massa le bout du nez avant d'effleurer du bout du doigt la hanche du professeur afin de le faire sursauter. Échec cuisant.
« En plus, vous n'êtes pas chatouilleux, maugréa le jeune homme en s'adressant plus à soi-même qu'à l'homme à côté de lui. »
Le Shérif Stilinski frappa à la vitre côté passager ce qui fit bondir son fils de surprise. Prenant conscience que son père devait avoir remarqué la Jetta noire stationnée avec les feux de détresse sur le bas-côté de la route depuis un moment, Stiles rassembla ses affaires. Il débrancha son téléphone portable. Il lui glissa des mains ainsi que celui de Harris pour atterrir au niveau de son pied gauche. L'hyperactif envoya ses doigts frêles récupérer un des appareils, le mit dans son sac à dos avant d'ouvrir la portière non sans s'y reprendre à deux fois. Intrigué, Harris l'observa sortir en trombe de sa voiture en se prenant les pieds dans la ceinture de sécurité. Le Shérif attrapa son fils avant que ce dernier ne s'écrase la tête la première sur le trottoir humide. L'adolescent cligna des yeux dans les bras de son père avant de s'écarter dans un mouvement maladroit et de se cogner le dos contre la portière de la Jetta. Elle se referma sous le coup et Stiles secoua vivement la tête pour remettre ses idées en place.
Toujours intrigué, Harris plissa le front avant de sourire malgré lui au dos de l'adolescent qui était parti dans des explications sans queue ni tête à sa présence et à l'absence de sa propre voiture auprès du Shérif. Ce dernier lui demanda de rejoindre la voiture de police un peu plus loin avant d'attraper froid.
Harris suivit du regard l'adolescent et son père regagner la voiture. Stiles se tourna en direction de la voiture noire une demi-seconde avant de reprendre sa démarche tel un automate désarticulé. Le professeur ne put s'empêcher de sourire doucement avant de récupérer son téléphone près du siège passager.
Il était sur le point de retirer le frein à main quand il remarqua quelque chose sur l'écran de l'appareil. Il inspira longuement de lassitude avant d'expirer, de plaquer l'arrière du crâne contre l'appui-tête.
Et dans un soupir agacé, Harris reprit la route en se demandant ce que cet hyperactif allait faire quand il se rendra compte qu'il s'était trompé de téléphone en sortant de la voiture comme s'il avait tout l'état à ses trousses et qu'il était parti avec le portable du professeur de Chimie.
« Bonté divine, Stiles, murmura Harris d'une voix lasse. »
Il aurait pu rattraper le Shérif et son fils afin de récupérer son téléphone portable, mais ils étaient déjà loin. Et Adrian avait qu'une seule envie : rentrer, prendre un bain chaud et oublier quelques instants l'abruti têtu comme un troupeau de mules qui lui servait de meilleur élève.
Fin du chapitre 6
