Le jour pointait à peine sur la forêt et les chants des oiseaux matinaux ne résonnaient pas encore dans le silence paisible de l'aube.

Belle rejeta les draps sur le côté et sortit du lit douillet.

La nuit avait été inanimée, à son grand soulagement et elle avait dormi d'un sommeil de plomb.

Après avoir été purgée de la malédiction, elle s'était sentie totalement drainée de toute énergie et Rumple avait insisté pour qu'elle se repose. Ce qui devait n'être qu'une sieste s'était muée en une période s'étirant jusqu'aux premières lueurs blanchâtres éclairant l'horizon.

Elle enfila un gilet drapé autour du dossier d'une chaise et prit le chemin du living room.

Elle avait pris habitude de se réveiller sans lui depuis longtemps. La magie noire des Ténèbres sustentant les besoins primaires de son hôte, il était fréquent qu'il ne dorme pas. Elle en avait fait l'expérience par elle-même.

La quiétude la quitta quelque peu quand elle constata qu'il n'était pas à son rouet, mais elle se réprimanda intérieurement.

Il ne serait pas parti sans rien lui dire, même s'il savait qu'elle n'était plus un danger pour quiconque, maintenant que la malédiction du Ténébreux avait été dissoute dans le néant, pulvérisée par la force de la magie du baiser d'amour véritable.

Son cœur se serra un peu en notant son absence dans la cuisine également.

Non, il ne l'aurait pas quittée sans un mot.

La théière était encore chaude et la tasse ébréchée trônait à l'envers, sur l'égouttoir. Elle versa un peu de liquide brunâtre dedans et bu une gorgée, avant de laisser errer son regard par la fenêtre.

Un soupir de soulagement passa ses lèvres quand elle aperçu sa silhouette élancée, appuyée contre un des pilier de bois qui soutenait l'auvent protégeant la terrasse.

Elle ouvrit la porte fenêtre pour le rejoindre mais se heurta à une enceinte invisible.

Elle étouffa un juron comme la tasse lui échappait des mains et la rattrapa in-extremis avant qu'elle n'éclate sur le carrelage.

- Belle ! Est-ce que ça va ? questionna-t-il en clopinant à sa rencontre.

- Oui, c'est juste ...

Elle désigna l'embrasure d'un geste de sa main en se redressant.

- Oui, acquiesça-t-il. J'ai envoyé un message à Regina hier soir pour qu'elle et Emma viennent lever le sort de protection qui te retient prisonnière.

Il lui décocha un petit sourire en coin un peu mièvre et rentra à l'intérieur.

Belle fronça les sourcils. Quelque chose clochait.

- Rumple ? Est-ce que ça va ?

- Oui. Elles devraient être là en début de matinée.

Un sourire bien plus franc se dessina sur les lèvre de la jeune femme. Elle imaginait la discussion d'ici. Il avait dû harasser Madame le Maire jusqu'à ce qu'elle en ait assez et qu'elle accepte de rappliquer à la première heure, avec toute la clique des pseudo Héros à sa suite, sans aucun doute.

- J'ai aussi prévenu ton père, ajouta-t-il sur un ton anodin.

Bien trop anodin !

- A ce propos, dit-elle en se resservant une dose de thé, comment se fait-il que vous soyez arrivés au même moment ?

- Parce qu'on est venu ensemble. J'avais besoin d'un véhicule. C'est toi qui a les clefs de la Cadillac, indiqua-t-il.

- Et mon père était volontaire pour te servir de chauffeur ?

- Il était volontaire pour venir te porter secours, corrigea-t-il. Quand j'ai entendu parler les infirmières dans le couloir et que j'ai compris qu'il préparait cet horrible endroit pour toi, je suis sorti et je suis allé le voir. Il était la seule personne dans cette ville susceptible de se soucier de toi.

- A part, toi, sourit-elle en lui tendant une autre tasse.

- A part, moi, reconnut-il, s'asseyant pour déguster leur breuvage préféré.

Oh ! Comme son sourire allait lui manquer. Son sourire, et tout le reste. Il sentit son cœur se serrer à l'idée de devoir la laisser partir à nouveau.

La veille, passé l'effusion d'avoir réussi à vaincre la malédiction, il était resté assis pendant des heures à surveiller son sommeil. Ses songes devaient être des plus paisibles car elle remuait à peine et sa respiration était lente et profonde.

Elle avait bien besoin de récupérer, après s'être battue sans ménagement contre le Mal qui tenait de s'imposer en elle.

Lentement, mais sûrement, inexorablement, la réalité avec repris le pas sur la fiction qui s'était créer dans son esprit, sous le coup de l'émotion.

Elle l'aimait toujours, c'était indéniable. Le baiser d'amour véritable n'aurait pas fonctionné sans ça.

Mais, elle avait été on ne peut plus claire quand elle était venue le retrouver au puits.

Dans un sens, elle avait respecté ce qu'il lui avait demandé plus tôt, ce jour-là.

Il lui avait dit que si elle venait l'y rejoindre, il saurait ce qu'elle ressentait.

Ce qu'il n'avait pas anticipé, c'est que malgré le fait qu'elle ait encore des sentiments pour lui, elle refuse de lui accorder une dernière chance.

Il ne pouvait cependant pas la blâmer de vouloir protéger son cœur, comme elle l'avait si bien dit.

Lui-même connaissait la douleur de la trahison.

Elle avait raison, elle lui avait donné plus que sa part de dernières chances. Et à chaque fois, il avait tout détruit.

Il était lucide et conscient de ce qu'il était, à présent. Sans magie, sans pouvoir. Il était de retour à la case départ. Son fils en moins.

Il n'avait même pas été capable de convaincre Charmant de la laisser sous sa surveillance. Si Maurice n'était pas intervenu, ils l'auraient sans doute emmenée dans cet endroit où elle avait été séquestrée pendant vingt-huit longues années.

La nuit porte conseil. Dans son cas, elle lui avait surtout remis les idées en place.

Belle était une jeune femme magnifique et indépendante et il n'avait plus rien à lui offrir.

Deux coups fermes à la port annoncèrent l'arrivée des pseudo Héros et mirent fin à ses tourments intérieures.

- Belle ! s'exclama son père, à la seconde où elle ouvrir la porte.

Elle se jeta à son cou et il l'engouffra dans une embrassade monumentale.

- Papa, rit-elle, en se dégageant après plusieurs longues secondes.

Emma et Regina se tenaient sur le seuil, histoire de vérifier si les dires de Gold étaient vraies. Ou si c'était une ruse de la part de la Ténébreuse.

- Plus aucune magie, se défendit Belle en levant les bras, comme pour démontrer la chose.

L'ancienne Reine la regarda sceptique et prit le temps de sonder la jeune femme aux yeux couleur saphir, avant de poser son regard perçant sur Rumplestiltskin.

- Donc, une baiser d'amour véritable ? demanda-t-elle avec un ton qui ne laisse planer aucun doute sur ceux qu'elle avait quant à la véracité de la chose.

- Oui, Rumple m'a sauvée de la Malédiction, pointa Belle, un sourire de satisfaction aux lèvres.

- On sait tous que cela peut briser n'importe quelle mauvais sort, ajouta Emma, trop contente de constater que le cahot qu'elle avait semé n'était plus d'actualité.

Regina hocha la tête et fit signe à Belle de se tenir prête pour faire tomber le champ de force qui l'empêchait de mettre un orteil hors de la bâtisse.

En quelques minutes, elle était libre d'aller et venir à sa guise.

Rumple la regarda s'éloigner, en compagnie de son père, en direction de la voiture de David, les clefs de la Cadillac cisaillant la chair de sa paume droite.