Belle sortit de la salle de bain, après avoir dévidé le contenu de son estomac dans le bol de porcelaine.

Elle était sur auto-pilote depuis qu'elle avait lu les documents officiels que contenait cette enveloppe.

Elle s'affala sur le canapé, sentant ses jambes flageoler sous elle.

Sa tête était comme emplie de coton.

Était-elle en plein cauchemars ?

Était-ce un effet de la Malédiction ?

Ou les Ténèbres qui se vengeaient ?

Était-elle seulement sortie de l'influence de la Noirceur ?

Peut-être était-ce un tour de passe-passe de Lacey ?

Quelque soit l'hypothèse, cela ne faisait aucun sens.

Se saisissant une nouvelle fois des papiers imprimés, elle s'obligea à mieux les étudier, malgré sa vision troublée par des larmes.

Elle prit une profonde inspiration et lut lentement les articles du code civil énoncés.

Les lettres se brouillaient devant ses yeux et elle dû s'y reprendre plusieurs fois avant de réussir à déchiffrer les mots.

Une détail attira soudain son attention.

La date !

La date qui figurait sur la partie supérieure et précédait les événements de cette dernière semaine. Mais surtout, qui se situait le lendemain de son duel avec Hook sur le Jolly Roger.

Au puits, elle lui avait refusé une dernière chance. Elle lui avait dit qu'elle se devait de protéger son propre cœur, qu'il avait trop souvent brisé.

Il avait compris qu'elle ne voulait plus de leur mariage et avait, logiquement, fait ce qu'il pensait être son souhait.

L'adresse lui apprit que les documents avaient été établis par une étude d'avocat de Boston.

Pour qu'elle soit libre de refaire sa vie et d'épouser celui qu'elle rencontrerait en dehors de Storybrooke, à n'en pas douter !

Elle fut prise d'un fou rire nerveux incontrôlable, qui se termina par des sanglots de profond soulagement.

Lorsqu'elle eut séché ses larmes, et son visage, repris forme humaine, elle quitta son appartement en trombe et parcouru la distance qui séparait la bibliothèque du magasin de Rumplestiltskin en un temps record.

Cependant, c'est une porte close qui l'accueillie.

Celle de derrière était également fermée à clef et elle ne put détecter aucun mouvement à l'intérieur.

La roue filait la laine et le bois lisse glissait sous sa main droite, ravivant les blessures fraîches de sa paume, mais il ne sentait pas la brûlure que cela prodiguait.

Aucune souffrance ne pouvait surpasser celle de son cœur, désagrégé dans sa poitrine.

Il ne savait pas trop ce qu'il allait advenir de lui, maintenant.

Il s'était préparé à ne pas survivre au duel sur la frégate de Hook. Ensuite, il n'avait pas imaginé une seule seconde s'en sortir face à l'armée de Ténébreux que le pirate prévoyait d'emmener à Storybrooke.

Malgré tout, il avait quitté l'hôpital, à peine vingt-quatre heures plus tôt. Contre avis médical, soit, mais qu'importait ? Whale était un charlatant et il avait signé une décharge.

Pourtant il se demandait si les Ténèbres n'avaient pas réussi leur coup, finalement. Car la vie qui s'offrait désormais à lui ressemblait de très près à l'antichambre des Enfers.

Néanmoins, Belle était saine et sauve. Et c'était tout ce qui comptait.

Il imaginait aisément la terreur qui avait dû s'emparer d'elle à la simple idée de réintégrer la cellule capitonnée dans laquelle Regina l'avait laissée végéter pendant vingt-huit années.

Vingt-huit années pendant lesquelles elle avait été tout près de lui, alors qu'il la croyait perdue à tout jamais.

Aujourd'hui elle était bien en vie, mais le résultat revenait au même. Il l'avait perdu pour toujours.

Il sursauta, surpris par l'écho de coups répétés, frappés à la porte de la cabane.

Poussant un long soupir, il délaissa à regret son rouet pour répondre à l'importun.

L'expérience lui avait appris qu'il n'avait pas la possibilité d'échapper aux Héros, quelque soit la magie à portée de sa main. Ces insupportables bien heureux finissaient toujours par obtenir ce qu'ils voulaient de lui, et ce, quelque soit le deal qu'il proposait.

Il était sidéré, depuis tout ce temps, de voir à quel point ils pouvaient s'abaisser à de sombres tractations et tout de même réussir à faire reposer sur ces épaules la portion de noirceur qui en était le fondement même. Alors, qu'ils acceptaient ces deals en toutes connaissances de cause.

Pourtant, lorsque le panneaux de bois tourna sur ses gonds, ce n'est ni les Charmant, ni Regina qu'il trouva sur le pas de sa porte.

Son cœur s'arrêta de battre une seconde et se serra à l'intérieur de sa poitrine.

- Il faut qu'on parle ! asséna Belle, sans lui laisser l'occasion de réagir.

D'un pas décidé elle pénétra dans le lieux qu'elle avait quitté un peu plus tôt.

Le palpitant de Rumple s'émietta à la vue de la grande enveloppe brune qu'elle tenait à la main.

Ça y était. Son mariage venait à son terme, maintenant.

Il tenta de déglutir pour palier à la sécheresse de l'entièreté de sa cavité buccale, mais sa glotte était paralysée dans le fond de sa gorges.

Il clôt ses paupières une fraction de seconde en refermant la porte, avant de se tourner vers celle qui avait su ré-apprivoiser son cœur, après tant de souffrances.

Prenant une inspiration aussi profonde que le lui permettaient ses poumons, qui brûlaient comme emplis de lave en fusion, il tenta de se draper de son armure de pierre, tout comme il s'était préparé à le faire, devant l'inévitable.

Les yeux de Belle étaient d'un bleu acier, qui le glacèrent jusqu'au sang.

D'un geste de la main, elle brandit les documents qui relataient la fin de leur union, dans les airs, ulcérée.

- C'est vraiment ça que tu veux ? questionna-t-elle d'un ton bien plus agressif que celui auquel il s'attendait.

Pris au dépourvu, il la regarda, béat.

Pourquoi était-elle en colère contre lui ? Après tout, il lui apportait sa liberté sur un plateau.

Décontenancée devant le visage interloqué de son mari, Belle sentit la tempête d'émotions qui bouillonnaient en elle retomber.

- Si c'est vraiment ce que tu souhaites, je signerai ces papiers, reprit-elle sur un ton plus posé.

- Tout ce que je souhaite, c'est ton bonheur, balbutia-t-il.

Son cœur cognait tout à coup comme un fou dans sa cage thoracique, à la compréhension qu'elle ne s'était pas empressée d'apposer son nom au bas des documents qui devaient réduite à néant leur mariage.

- Alors, dans ce cas, je n'ai pas besoin de ceci, dit-elle en se saisissant de l'enveloppe de papier Kraft et en la déchirant en deux, pour mieux appuyer ses propos.

D'un pas, elle franchit la distance qui les séparait et passa ses bras autour de son cou pour mieux se coller contre lui, tendit que ses lèvres cherchaient celle de son époux.

- Le seul moyen pour moi d'être heureuse, c'est avec toi, idiot ! commenta-t-elle le souffle court, lorsqu'elle relâcha quelque peu son éteinte.

- Je ... je pensais que ... que tu voulais voir le monde. Que ... que tu pourrais ... commencer une nouvelle vie. Trouver ... trouver ton prince charmant, bégaya-t-il, sous le choc.

Tout son corps tremblait de joie et son esprit avait du mal à accepter qu'elle revienne vers lui, maintenant qu'il n'avait plus rien à lui offrir. Ni pouvoir, ni magie. Il n'avait que lui-même à offrir et ce n'était pas grand chose.

Ses pupilles saphir plongées dans celles, couleur ambre, de Rumplestiltskin, Belle sentit son cœur vaciller. Il ne croyait toujours pas que quelqu'un puisse l'aimer pour ce qu'il était, tout simplement. Mais elle avait bien l'intention de lui démontrer le contraire. Elle s'y emploierait jusqu'à la fin de leur vie, si nécessaire.

Jamais plus, elle ne cesserait de se battre pour lui, pour eux. Contre vents et marées, et tous les Supers Héros de la galaxie, s'il le fallait.

- C'est ce que je veux, confirma-t-elle. Avec toi, à mes côtés. J'ai déjà mon prince charmant. Celui qui a terrassé le plus terrifiant de tous les dragons et qui m'a libérée de l'emprise de la Bête. C'est toi qui m'a sauvée. TU es mon héros. Celui qui a le cœur le plus pur. Tu es le seul que je veux. Celui que je choisis. Tu es le seul dont j'ai besoin pour être heureuse.

Sans lui laisser le temps de protester, elle posa à nouveau sa bouche sur la sienne, sa langue cherchant à caresser son palais.

Rumple y répondit avec fièvre. Il avait failli la perdre bien trop souvent pour dénigrer la nouvelle chance qui s'offrait à lui. La dernière. Et cette fois, il ne permettait plus à rien, ni personne de s'interposer entre eux.

Leur amour avait désintégré les Ténèbres. Si les forces maléfiques les plus noires n'étaient pas de taille à rivaliser, rien ne le serait jamais.

- C'est pour toujours, Chérie, murmura-t-il, entre deux baisers enflammés.

Il sentit un sourire se dessiner sur son visage d'ange, au rappel de leur première rencontre, de leur première promesse.

- Tu as ma paroles, chuchota-t-elle, tout en déboutonnant sa chemise pour insinuer ses mains sous le tissus qui recouvrait sa peau nue.

Histoire Éternelle, qu'on ne croit jamais ...