Pour ce chapitre, nous nous tournons un peu vers l'autre partie du groupe. Chacun a droit à son heure de gloire, après tout ^^'...

Un grand merci à Shimono et Kaoru pour leurs reviews. C'est motivant de lire vos commentaires ! :)

Chapitre 8

Le batteur de L'Arc~en~ciel était un homme perçu par le public comme discret. Il s'était intégré sans problèmes, en étant bien différent de son prédécesseur, que ce soit par sa personnalité ou par son style de jeu. Ce que les fans savaient sans doute moins, c'était que Yukki était un faux calme. Sa tranquillité était réelle, seulement parce qu'il détestait tout effort inutile. Il ne parlait que lorsqu'il avait quelque à dire et ne bougeait que lorsqu'il avait vraiment quelque chose à faire. Et là, il avait quelque chose à faire. Les jours, les semaines avaient passé, et Yukki sentait bien qu'il avait trop attendait. Que les choses ne se résoudraient pas toutes seules.

Les faits étaient là : il n'avait pas revu Ken depuis un moment, et il ne le reverrait pas plus, s'il ne devait compter que sur lui. Il se doutait bien sûr, de ce qui poussait le guitariste à vouloir un peu de solitude... Mais était-ce une bonne chose ? Certains sont effectivement du genre à mieux se sentir seuls, lorsqu'ils sont en difficulté. Mais pas Ken, pensait-il. Ce n'était pas le genre. Ou si ça l'était, il voulait l'entendre de sa bouche, dans ce cas. Il n'eut pas le temps de sonner à l'interphone, qu'une personne sortait de l'immeuble. Il en profita ainsi pour entrer et se rendre directement à l'appartement qu'occupait Ken. Lequel fut très surpris lorsqu'il ouvrit la porte, puisqu'il ne l'attendait pas.

Yukihiro-kun ?

Houla. J'ai fait un truc qui t'a pas plu ?

Pourquoi ?

« Yukihiro »... souligna le batteur en courant. Généralement, depuis que je suis gosse, quand on m'appelle comme ça, c'est que j'ai fait une connerie.

Yukki. Ca va mieux ? Demanda Ken, amusé par sa remarque.

Je préfère, oui.

Ken le fit entrer et lui offrit à boire. Il s'était montré tout à fait poli et il semblait réellement content de le voir, si bien que l'espace d'un instant, Yukki commença à se demander s'il ne s'était pas un peu emballé... Peut-être que Ken avait juste besoin de souffler, et c'était tout. Peut-être aussi qu'il avait d'autres amis ou de la famille à qui se confier et qu'il allait très bien. Mais Yukki était du genre à remarquer les détails, surtout lorsqu'il connaissait bien la personne en question. Et travailler des heures et des heures chaque jour avec quelqu'un, partir en tournée avec, cela permettait de dire qu'on se connaissait un minimum, tout de même.

Et des détails en l'occurrence, il n'en manquait pas. Le plus gros étant l'appartement parfaitement impeccable du guitariste. Si impeccable que même chez sa mère, Yukki n'avait jamais vu un tel rangement, une telle perfection. Pour que Ken en arrive à ranger son appartement ainsi, et à fond qui plus est, c'est que quelque chose devait vraiment le déranger au point de vouloir s'occuper l'esprit. Ensuite, il y avait tout simplement son attitude. Ken était un homme franc, naturel, sur le visage duquel on pouvait facilement lire ce qu'il ressentait, parce qu'il ne dissimulait rien. Sauf là. Son regard était... fuyant. Il triturait le bout de ses doigts en un geste nerveux que Yukki ne lui avait encore jamais vu. En apparence, c'était le même, et pourtant... Cette nervosité ne lui allait pas. Aussi non seulement Yukki était-il sûr d'avoir bien fait de venir, mais également qu'il allait sans tarder dire ce qui l'amenait. Et il n'eut pas à réfléchir à comment amener le sujet, puisque Ken, plus pour entretenir la discussion qu'autre chose, lui demanda :

Quoi de neuf ?

Oh, je pourrais te dire que j'ai vu pas mal d'amis communs ces temps-ci et qu'il se prépare des trucs plutôt sympas dans le milieu du rock... commença Yukki sur un ton désinvolte. Que ça s'est rafraîchi et que le temps est bizarre en ce moment... J'en ai pas mal, des banalités comme celles-là. Ou je pourrai aller droit au but et te dire le but de ma visite.

Euh... fit Ken, surpris. Et c'est moi qu'on accuse d'être trop brutal... Mais vas-y, qu'est-ce qui t'amène ?

Je suis venu pour savoir comment tu vas, toi.

Si ce n'est que ça ! S'exclama le guitariste avec un sourire un peu forcé, comme s'il savait qu'il ne s'en tirerait pas si facilement. Je vais très bien, il ne fallait pas te déplacer pour ça. Bien que je sois content de te voir, bien sûr.

Oh Ken, pitié... soupira Yukki. Comment se fait-il que plus personne n'arrive à te voir hormis Tetsu-kun ? Je ne parle pas seulement de Hyde et moi : personne, dans nos connaissances communes, ne t'a vu depuis un bail. Si je ne te connaissais pas mieux, je penserai que tu nous évites tous...

Yukki, tu dérailles. Il ne s'agit que d'une coïncidence...

Ken. On ne se connaît que depuis quelques années, mais quand je suis arrivé dans le groupe, tu as énormément aidé à mon intégration. Tu m'as tout de suite mis à l'aise. Tu es différent de moi, mais je ne peux pas nier ça. Et très vite, je t'ai considéré comme un de mes plus proches amis. Je croyais que c'était réciproque.

Mais... Bien sûr, Yukki...

Alors ne me mens pas, fit le batteur, un peu plus durement. Je ne peux pas t'obliger à me raconter ce qui t'arrive, mais ne me dis pas que tout va bien. Tu m'insultes, si tu crois que je vais gober ça. Et puis de toute façon je sais bien ce qui ne va pas.

T'as trouvé tout seul ? Ce qui ne va pas, c'est mon meilleur ami qui a les jambes bousillées ? Tu parles d'un scoop !

Ken n'était pas du genre cynique. Il avait beaucoup d'humour, mais il ne faisait pas dans le sarcasme, habituellement. Ce qui fit dire à Yukki qu'il avait vraiment bien fait de venir. Ken n'allait pas si bien que cela. Bien sûr, il avait raison dans sa dernière phrase : ce qui n'allait pas n'était pas difficile à deviner... Tout le monde en était là : difficile de continuer sa vie tranquillement, quand leur ami luttait chaque jour. Pour autant, est-ce pour cela que l'on ne doit pas en parler ? Ou qu'on doit s'interdire de dire qu'on est soi-même malheureux ? Sur le coup, Yukki repensa à Hyde, les premiers jours qui suivirent l'accident de leur leader. Hyde n'allait pas bien et s'en voulait de l'avouer et d'avoir besoin d'être consolé, pensant que seul Tetsu avait le droit de ne pas aller bien et de le dire, vu les circonstances... Ken semblait être dans le même état d'esprit aujourd'hui, en plus fort encore... Ca n'allait pas être facile.

T'as raison. Ce que je ne comprends pas bien, c'est pourquoi tu t'isoles. C'est plus mon truc, ça. Pas le tien.

Ben oui, grogna le guitariste en cherchant son paquet de cigarettes dans ses poches, ce vieux Ken est le guignol du groupe, il amuse la galerie, il déconne tout le temps et est toujours en train de faire la fête, c'est bien connu...

T'es pas comme ça, j'ai jamais dit ça.

Ecoute Yukki, murmura Ken comme s'il regrettait son ton acerbe à l'instant, c'est gentil de ta part de t'en faire, mais y a pas de mystère ici. Je suis mal, j'ai besoin d'être un peu seul quelque temps. C'est tout, je te promets. Je ne suis quand même pas le premier à qui ça arrive, non ?

Non, bien sûr... Mais Ken, tu peux tout me dire. Je sais que t'es pas du genre à te confier, et moi si ça te rassure, je ne suis pas spécialement à l'aise quand il s'agit de tendre un mouchoir ou l'épaule pour pleurer... Mais si tu disais ce que tuas sur le cœur, tu te sentirais peut-être mieux ?

Mais Yukki t'as pas l'air de comprendre, là. Je ne dis rien parce qu'il n'y a rien à dire. En parler toute la nuit ne changerait rien. Ca rendrait ses jambes à mon meilleur ami ?

Non, mais...

Alors je ne me sentirai pas mieux, conclut Ken, les larmes aux yeux à présent.

Mais... Tu sembles en colère...

Mais je suis en colère ! Éclata Ken en se redressant si vite que Yukki eut un mouvement de recul. J'ai jamais eu autant de rage en moi depuis... Jamais, en fait.

Mais... Triste, d'accord... réfléchit Yukki à voix haute. Mais en colère, pourquoi ?...

Mais parce que c'est pas juste, putain ! J'suis pas con au point de penser que seuls les mauvais trucs arrivent aux mauvais gars et que les bonnes choses arrivent aux types bien, malheureusement ça se saurait, si ça se passait comme ça. Mais Tetsu ! Pourquoi entre tous, est-ce tombé sur lui ? Lui qui est le meilleur homme que je connaisse ! Tu veux bien me le dire ?!

Ken...

C'est injuste et ça me rend malade. Et je peux aller lui tenir la main, je peux causer avec lui, n'empêche qu'au fond je ne peux rien faire pour lui. Etre présent, l'épauler, tout ça c'est des conneries ! Tetsu ne sera plus jamais le même et je ne peux pas m'y faire ! T'es content ?!

Yukki prit quelques instants pour se remettre de sa surprise, avant de répliquer. Il était loin de s'imaginer tout cela en venant ici... Ken avec tellement d'amertume et de colère en lui... Ses termes durs, son regard plein de feu et en même temps très brillant... En réalité, il se sentait très impuissant, Ken. Comme eux tous bien sûr, mais peut-être même plus qu'eux. Parce qu'il ne savait pas comment être présent pour Tetsu. Parce qu'ils se connaissaient depuis l'enfance et qu'ils avaient fait les 400 coups ensemble, que Tetsu était le genre d'ami précieux qui sait toujours quoi dire ou quoi faire quand ça ne va pas... et que la situation était inversée, cette fois. Il n'allait pas bien et c'était le tour de Ken d'être là pour lui. Et cela devait lui coller une frousse bleue, si l'on en jugeait par ses paroles...

Yukki comprit qu'une tape amicale dans le dos ne résoudrait pas le problème. Ken était un homme de raison, qui était beaucoup plus logique et terre-à-terre que ce que l'on pouvait penser de lui au premier abord. Il fallait lui démontrer logiquement qu'il se trompait. Lui expliquer les choses clairement, si l'on voulait qu'il comprenne. D'autant que quelque chose dans son discours, ne pouvait laisser le batteur indifférent :

Parce qu'il est assis, il n'est plus le même ?

Ne joue pas sur les mots avec moi !

Parce qu'il ne se tient pas debout à côté de toi, insista Yukki, alors il est différent ? Si jamais il ne devait jamais remarcher, ce que je n'envisage pas pour le moment, alors il passera sa vie en tant qu'handicapé. Il sera regardé comme une personne différente. Peut-être que ces regards le blesseront, peut-être qu'il ne s'en occupera pas, je n'en sais rien. Mais s'ils viennent de toi, alors là, je peux déjà dire que cela le blessera terriblement.

Je...

Pas toi, Ken. De toutes les personnes, pas toi ! Je peux comprendre ta colère, je t'assure. Mais c'est ça qui te fait peur ? Tu as peur que ça le change et que tu ne reconnaisses plus ton meilleur ami ? Tu as peur que votre relation change ? Mais Ken bien sûr qu'il changera, peu importe ce qui se passe maintenant. Quand on vit un truc pareil, on ne peut pas faire comme si ça n'était jamais arrivé. Mais au fond, Tetsu reste celui qu'on connaît. Alors peut-être que cette fois c'est à nous de l'aider et pas l'inverse, mais c'est comme ça que ça marche, non ?!

Je ne sais pas si j'en suis capable... avoua Ken en baissant la tête, comme s'il se sentait honteux de dire cela.

Tu as beau dire que ce sont des conneries, s'entêta Yukki, n'empêche que c'est important pour lui d'être entouré. Tu ne peux peut-être pas le faire remarcher, mais ta présence et tes visites valent de l'or pour lui. Pense ce que tu veux, mais c'est vrai. Il a besoin de toi. Alors tu as le droit de ne pas aller bien, mais arrête de te pourrir la tête avec ces conneries. Tetsu est toujours notre ami et on doit être courageux pour lui. C'est pas plus compliqué que ça.

Oui...

Quant à toi, plutôt que de vivre reclus en nous évitant soigneusement, dis-le, quand ça ne va pas ! Tu as le droit de mal le vivre, et de le dire ! L'inverse serait étonnant !

Oui...

Tu pleures pas, hein ? Demanda Yukki avec de l'inquiétude dans la voix.

Pour qui tu me prends ?

Mais la voix un peu cassée du guitariste, n'avait rien à voir avec un abus de cigarettes, cette fois. Et le fait qu'il ne relève toujours pas la tête, confirmait à Yukki qu'il devait se taire maintenant. Ken en avait besoin. Il avait besoin de s'entendre dire tout cela, et de se lâcher un peu. Il avait été stupide de croire que tout garder pour lui était la bonne solution, lui qui était le premier à engueuler ses amis lorsqu'ils agissaient ainsi...

Exactement au même moment mais à un autre endroit de la ville, dans sa chambre, Tetsu se préparait à partir. Cela allait être l'heure de son rendez-vous avec le kiné -encore un autre, le médecin qui s'occupait de lui ayant envie d'entendre un autre point de vue, comme cela se faisait parfois-. Tetsu n'était pas spécialement friand de ces rendez-vous, préférant le concret et les exercices plutôt que de la théorie et des explications qui n'avaient pas beaucoup de sens pour lui. Il ignorait encore que ce jour serait différent des précédents, et qu'il graverait la date au fer rouge dans sa mémoire...