Je suis contente d'avoir pu poster ce chapitre aussi vite ! Avec un peu de chance, j'arriverai à en faire deux cette semaine, qui sait ? ^^
Merci à mes deux fidèles lectrice et reviewveuses !
Je ne vous cache pas que j'ai envie de reprendre une autre de mes fics inachevée mais il faut que je sois raisonnable. Entre mon blog, mon boulot et mon concours, il ne faut pas se disperser. Aussi je ne la reprendrai que lorsque j'aurais fini celle-ci ^^ !
Chapitre 9
En revenant de son rendez-vous avec le kiné, Tetsu ne se sentait pas spécialement plus éclairé qu'en y allant. Pourtant il y avait de quoi verser dans l'optimisme, car après tout ce n'est pas si souvent qu'un médecin emploie le mot « confiant » pour parler d'un de ses patients en fauteuil roulant, non ? Mais ce n'était qu'un mot, pour lui. Rien de concret, rien de palpable. Encore une journée comme toutes les autres, sans aucun progrès malgré les semaines qui passaient. Encore une journée où il allait devoir dépendre de tout le monde pour sortir du lit, y entrer, prendre une douche... même les choses les plus intimes, il avait besoin d'aide pour les faire. Tetsu sentait qu'à ce rythme, il allait devenir fou. Il rongeait son frein, se concentrait sur sa rééducation, mais quand il s'autorisait à y penser, cela l'effrayait terriblement. Si toute sa vie devait ressembler à ces journées, alors il allait devoir faire preuve d'une solide dose d'adaptation. Arrivé devant sa chambre, il soupira, se disant qu'il aurait bien besoin de se changer les idées. Et le ciel avait dû l'entendre, car dans sa chambre, quelqu'un l'attendait. Une silhouette de dos, mais que Tetsu aurait reconnu entre mille. Il ne se tenait pas droit, sentait le tabac froid. Tetsu sourit, ses idées noires s'envolant par la même occasion.
Ken-chan ?
Salut, vieux !
Tu attends depuis longtemps ?
Non, pas trop... Tu étais vers le kiné, à ce qu'on m'a dit... répondit le guitariste.
Oui.
Comment ça s'est passé ?
Oh, la routine... Il est optimiste, et bla bla bla... Et je dois poursuivre mes efforts, mais ne pas trop en faire. Explique-moi comment on fait ça !
Moi tu sais, répondit Ken en se grattant la tête, l'air perplexe, j'suis pas un grand fan des médecins...
C'est vrai, j'oubliais.
Tu veux que... je t'aide à te mettre au lit ?
Oh pitié, il est à peine midi... Et je le vois assez, ce lit. Je vais rester un peu là-dedans.
Comme tu veux.
Ce n'était pas que Tetsu soit enchanté à l'idée de demeurer dans son fauteuil roulant, mais au moins là-dedans, il pouvait se déplacer. La foulure qu'il avait eu au poignet lors de l'accident avait très vite été un lointain souvenir, et il avait pu se déplacer tout seul. La seule chose qu'il pouvait faire sans l'aide de personne, d'ailleurs... Il fit signe à Ken de s'asseoir sur le lit, et il se mit en face de lui, réellement ravi de sa présence. C'était pile ce qui lui fallait. Discuter avec son meilleur ami lui donnerait le coup de fouet nécessaire pour ses exercices de l'après-midi. Et puisqu'on peut toujours joindre l'utile à l'agréable, il décida que si personne ne venait les interrompre, ce serait le moment idéal pour parler sérieusement avec lui. Si Yukki avait pu le voir, il était évident que Tetsu aussi, s'était aperçu du comportement de Ken. Même s'il restait le seul que le guitariste était venu voir ces derniers temps, Tetsu le connaissait trop, et ce que lui rapportaient ses amis en prime, ne laissait pas de place au doute.
Ca va toi ? Demanda-t-il après qu'ils aient échangé quelques banalités. Tu as maigri, on dirait.
Je vais bien, ne t'en fais pas.
Ca tombe bien qu'on en parle, je m'en fais, fit Tetsu sur un ton implacable que Ken ne l'avait pas entendu employer depuis une éternité.
Encore ? Grogna-t-il. Mais qu'est-ce qui vous arrive, à tous ? C'est pourtant pas ma fête !
Ah, donc Yukki est bien passé chez toi ce matin, conclut le bassiste avec un sourire satisfait.
Comment tu... ?
On parle, figure-toi. Yukki s'en fait. Hyde aussi. Moi aussi, bien entendu. Alors j'ai suggéré à notre cher batteur d'aller te voir. Je constate qu'il n'a pas perdu de temps.
Super. C'est toi qui est ici et c'est moi qu'on chouchoute, marmonna Ken, l'air dépité.
Ce qui est bien, c'est que tu ne changes pas. Toujours le même. C'est réconfortant, quelque part, commenta Tetsu, l'air presque amusé maintenant.
Traduction ?
Plutôt mourir que de dire que tu as besoin d'aide. Et ce ne serait pas correct par rapport à moi, hein ? Je te connais par cœur, t'as oublié ?
Je me sens minable... murmura Ken, honteux d'avoir été percé à jour.
Parce que tu ne sais pas comment réagir ? Grande nouvelle ! Tu es un être humain ! C'est fou, non ?
Arrête ça. Je t'interdis de me réconforter.
J'en avais pas l'intention.
Tetsu lui fit un clin d'oeil, et le sujet était clos. Son but n'était pas de le mettre mal à l'aise, et, pensa-t-il, si Yukki avait déjà fait le nécessaire, en remettre une couche ne servait à rien. Mais il avait vu juste, bien sûr. Il le connaissait par cœur, comme il l'avait dit. Et la réciproque était vraie aussi. En ce moment, Ken était mal, mais il ne voulait pas le montrer. Il était naturellement comme cela, mais encore plus maintenant. Comme Yukki l'avait dit, aujourd'hui ils devaient tous soutenir Tetsu. Le reste, leurs états d'âme ne comptait pas. Et même s'ils avaient dû compter, il était hors de question que ce soit encore Tetsu qui vole au secours des uns et des autres. Pas en ce moment. Alors Ken prit à ce moment-là la décision de ne plus s'isoler, de parler. Mais pas à Tetsu. Jusqu'à ce qu'il se rétablisse, ce serait à lui de l'épauler. Il lui devait bien ça. Après tout ce qu'ils avaient vécu ensemble, des tracas de gamins à la difficulté de monter le groupe et de se faire une place, en passant par le départ de Sakura... Tetsu s'était toujours montré à la hauteur, les autres marchant dans ses pas. Même Hyde, qui semble indomptable, le suivait avec une confiance totale. Mais aujourd'hui, Tetsu allait pouvoir se reposer et se concentrer sur lui-même, pour une fois. Et il l'y aiderait du mieux qu'il le pouvait.
Ils restèrent un moment à discuter, Ken semblant s'être détendu. Pourtant pas de nature nostalgique, ni l'un ni l'autre, ils évoquèrent longuement de vieux souvenirs de leur adolescence passée côte à côte. Tous les opposait mais ils étaient inséparables. Pourtant, qui aurait pu penser qu'ils se verraient encore une fois devenus adultes ? Qu'ils se verraient, et qu'ils vivraient ensemble une vie qui ressemblait chaque jour à un rêve... Du moins, jusqu'à cette terrible nuit qui avait tout arrêté, aucun n'ayant la force de faire quoi que ce soit sans leur leader... Au moment où Ken se sentait vraiment devenir mélancolique, on toqua à la porte de la chambre, et une aide-soignante d'un certain âge arriva, un plateau entre les mains.
Ogawa-san ? Votre déjeuner...
Merci ! Répondit Tetsu en souriant, avant d'esquisser une grimace en jetant un œil au contenu du plateau. Voilà bien une chose qui me confirme que c'est toujours une sorte d'hôpital...
Faut avouer que ça fait pas spécialement envie... remarqua Ken, dubitatif.
Je vous entends ! S'exclama la dame en quittant la pièce. Et mangez tout !
Oui oui...
Tu ne veux pas te mettre au lit ? Ce sera plus simple...
Ah mais arrête avec ce lit. Je vais bien y arriver. Allez vas-y, raconte-moi les dernières nouvelles pendant que je déguste ce festin de roi...
Equilibre précaire. Le plateau posé sur la table de chevet près du lit, et Tetsu dans son fauteuil un peu trop bas par rapport à celle-ci, qui en bon patient obéissant, essayait de se forcer à manger. Un morceau de pain, une soupe, un bol de riz et un autre dont il n'arrivait pas à définir le contenu exact... une orange, un verre d'eau et un yaourt. Il faut dire qu'il n'était pas malade au sens propre du terme, et qu'il était important pour lui d'être en forme. Mais Tetsu n'avait jamais été un gros mangeur et ce n'était pas ici que l'envie allait lui prendre... En plus, Hyde n'était pas là pour finir le plateau. Il soupira et résolu de commencer en toute logique, par la soupe. Mais il était mal placé, le fauteuil l'obligeant à tendre le bras de façon peu naturelle, et ce qui devait arriver arriva : la soupe encore fumante lui atterrit sur les genoux, sous le regard effaré de Ken qui se leva :
Comme ça c'est gagné ! A vouloir jouer les acrobates... Vu comme ça fumait, tu vas te cramer !
Ken...
Deux secondes bon sang ! Le stoppa le guitariste qui disparu dans la salle de bain et en revint avec une serviette mouillée, qu'il appliqua sur son pantalon -pour une fois que Tetsu n'était pas en chemise d'hôpital, c'était un coup de chance-.
Ken...
Aïe c'est chaud ! Hé, y a quelqu'un ?! Cria-t-il, espérant alerter une aide-soignante.
Ken !
Mais quoi, à la fin ?! S'énerva-t-il en le voyant tout rouge -ça y est, il était probablement brûlé !-.
Ca... Je crois que ça... brûle... lâcha Tetsu d'une voix éteinte, le regard fixé dans le vague.
Sans déconner ?! De la soupe qui sort de la marmite ? Bravo Einstein !
Ca brûle... ma cuisse...
Je suis sur le coup, je te dis ! Je... Putain de merde.
Ken avait commencé à se diriger vers la porte histoire d'ameuter quelqu'un. Il savait ce qu'il fallait faire en cas de brûlure, mais la situation étant particulière, il fallait que quelqu'un l'aide. L'esprit occupé, il mit quelques secondes à réaliser ce que son ami venait de lui dire. Il fit volte-face et le regarda comme s'il lui était poussé un troisième œil au milieu du front, et en laissa tomber la serviette sur le sol. Il s'apprêtait à le faire répéter lorsque l'aide-soignante entra, alertée par ses appels. Elle faillit demander ce qui se passait mais quand elle vit le bol par terre, la soupe également et y compris sur son patient, elle comprit ce qui se passait.
Ogawa-san ? Comment avez-vous... Peu importe !Aidez-moi à le mettre sur le lit, fit-elle à l'adresse de Ken, il faut lui ôter son pantalon...
Allez plutôt chercher un médecin, vous ! Se réveilla Ken.
Mais non, ça ne sera pas très grave, mais...
Je peux le porter et lui ôter son froc tout seul ! Le médecin, c'est parce qu'il a mal. Il a des sensations dans sa cuisse. Vous pigez ?! Expliqua-t-il d'une voie suraiguë qui sortit Tetsu de sa torpeur.
Quoi ? Mais... Je... Je reviens.
Une chose à la fois, se ressaisit le guitariste en venant passer ses mains sous les aisselles de son ami. Fais-toi léger. Une... deux... trois ! Voilà... souffla-t-il en l'allongeant sur le lit. Bon, surtout m'aide pas, hein ! L'interpella-t-il en commençant à déboutonner son pantalon.
Pardon. Je vais le faire.
Les doigts tremblant, Tetsu déboutonna son pantalon. Il était en mode automatique, essayant de se convaincre qu'il n'avait pas rêvé. Qu'il ne rêvait pas, d'ailleurs. Car même si le fait d'avoir changé de place avait estompé la sensation, il en ressentait encore les effets. C'était infime, dérisoire presque, mais... C'était la première fois depuis des semaines... Des mois même, maintenant, qu'il avait senti quelque chose. Il ne savait pas quoi, mais il sentit les larmes lui brûler les yeux. Il avait assez pleuré pour le restant de sa vie, mais cette fois il n'eut pas envie de les retenir. Elles n'étaient pas les mêmes, ces larmes-là...
Du côté de Ken, c'était autre chose. Comme à quoi fois qu'il vivait un trop-plain d'émotion, le guitariste était en mode « une chose à la fois, je réfléchirai plus tard ». Il souleva légèrement Tetsu, ayant peur de lui faire mal, et tira sur le pantalon pour le baisser. Il avisa la peau rouge, très rouge même, par endroits. Il ne s'était pas loupé.
Ah merde, t'es bien brûlé. Il faudra plus que de l'eau... Ca fait mal à ce point là ? S'inquiéta-t-il en le voyant pleurer.
Oh non... C'est génial. Génial.
Maintenant qu'il avait fait ce qu'il avait à faire, Ken reprit la serviette et machinalement, sachant bien que seule l'aide-soignante pourrait faire quelque chose, il la posa quand même sur les cuisses du bassiste, en attendant qu'elle revienne. Et puis il se laissa tomber sur une chaise, fixant le visage de Tetsu, qui le regardait. Il pleurait et en même temps, il souriait comme Ken ne l'avait pas vu sourire depuis... il ne s'en souvenait même pas, à vrai dire. C'était un bien étrange spectacle. Ce ne fut que là, assis, sans plus rien à faire, qu'il se remémora ce que Tetsu avait dit. Il le regarda comme pour être sûr qu'il avait bien entendu, mais le regard que lui adressa Tetsu ne laissait pas de place au doute. Ken se sentit tout à coup surexcité, mais le médecin arriva, accompagné de l'aide-soignante, et il fut bien obligé de sortir afin que Tetsu soit examiné calmement. Dans le couloir, il fit les cent pas, se demandant ce que tout ça pouvait bien signifier. Il n'était pas médecin et contrairement à Hyde, il ne s'était pas impliqué assez dans le cas de Tetsu, d'un point de vue purement médical, pour faire des spéculations. Mais tout de même... C'était forcément une énorme nouvelle, non ? Si Tetsu avait senti quelque chose, quoi que ce fut, ça n'allait pas s'en aller et ne jamais revenir, non ? Ca ne serait pas logique, ça. Oui, c'était forcément quelque chose de grand. Alors il n'y tint plus. Il fallait qu'il partage ça. Normalement, Ken, malgré les apparences, était du genre à vouloir tous les faits avant de se réjouir -ou de désespérer, cela allait dans les deux sens-. Mais là, il était incapable de se montrer rationnel. Il sortit son téléphone et appela, sans réfléchir davantage.
Hyde ? Ramène tes fesses ici tout de suite !
Euh... Salut , monsieur-je-ne-donne-plus-de-signes-de-vie... ironisa le chanteur, qu'une telle introduction n'aurait pas surpris normalement, mais Ken étant plutôt distant ces temps-ci.... Moi ça va pas mal, merci. Et sinon, « ici », c'est où ?
Le centre de rééducation. Et ramène-toi parce que là c'est le bon jour pour rire à tes blagues pourries, je crois ! Et appelle Yukki sur le chemin !
Le centre ? Tet-chan ?... demanda Hyde, sérieusement cette fois. Qu'est-ce qui se passe ?
Je te la fais courte : Tetsu a senti quelque chose. Dans ses jambes, je veux dire. Je sais pas quoi, je sais pas où exactement et je sais encore moins comment et pourquoi, mais il est sûr de lui.
…
Hyde ?
…
Hyde... Tu m'entends ?
Oui... Oui...
Préviens Yukki pendant que je préviens ses parents.
Oui, j'arrive... murmura Hyde machinalement.
On t'attend. Et Hyde !
Quoi encore ?
C'est une excellente nouvelle, expliqua Ken d'uen voix tout à fait calme, comme s'il avait fait un effort sur lui-même. Excellente. Mais le médecin l'examine là, et j'avoue que je me suis laissé emporter, je t'ai appelé sans réfléchir... Alors essaie de ne pas faire la même à Yukki. Modère-toi. On ne sait pas de quoi il s'agit après tout.
Oui... Tu as raison, c'est évident. Mais... demanda Hyde presque timidement. C'est bon signe, non ?
Je pense que oui. Je vais à la pêche aux infos. A tout de suite.
