Bonjour !

Je publie donc le dernier chapitre de cette fanfic'. C'est la première histoire que je finis... ^^

J'espère que ce chapitre vous plaira, c'est le plus long de l'histoire.

Bonne lecture !


Pays imaginaire, présent

Les heures suivant la révélation lui semblèrent les plus longues de sa vie.
Elle était libérée de son plus grand secret, certes. Mais c'était comme si cette réalité était devenue écrasante. Encore plus encrée de son quotidien, comme une épée de Damoclès qui se révèle à la lumière, plus menaçante que jamais. Mais ce qu'Eleanor ne pouvait pas supporter, c'était les regards. Les regards comme un dernier hommage. À une vivante déjà morte. Une vivante menant son dernier combat.
Eux aussi leur combat continuait. Pas contre un poison mortel. Contre un adolescent diabolique... Mais désormais, ce n'était plus le sien. La bataille pour laquelle elle avait quitté son équipage, son bateau. Sa croisade. Cette bataille n'avait plus lieu d'être. Elle était vouée à l'échec maintenant que Baelfire était réapparu à la surface de la terre. Maintenant que Killian faisait face à un conquérant bien supérieur, même si son orgueil empêchait de l'avouer. Il ne pourrait plus avoir Emma.
Et Eleanor avait une autre raison de partir. Elle ne pouvait plus mener de combat. Pas un combat qui pouvait être gagné. Pas un combat qui lui plaisait. L'espoir lui était interdit. C'était un fruit défendu, celui de la mort. Et elle y avait succombé... Après des années, des siècles à résister à la mort, à survivre tant bien que mal, cette mort redevenait son unique avenir. Dans un futur très proche, inquiétant et douloureux...
Le seul échappatoire? L'abandon, la lâcheté. Le déshonneur et la trahison. Mais Eleanor était prête à accepter toutes les contre parties, si seulement elle pouvait survivre. La pirate n'était pas prête à se sacrifier pour une cause perdue. Plus maintenant.
Pour l'instant, elle était enchaînée à ce monde. Dans le feu de l'action, dans la mission de sauvetage. Impossible de déserter sa bataille.
La mort se dessinait dans l'avenir, plus précise à chaque seconde de plus passée sur ce sol maudit.
Eleanor savait quelle était la seule solution. Partir. Retrouver son simulacre de vie où elle essayait de croire à ses propres mensonges. À un possible avenir.
Quoique...peut être qu'après tout , les bons moments passés avec son équipage étaient réels, pas des illusions d'espoir... Un rêve qui se réalise...


Milieu de l'océan, passé

- Je l'ai eu !

Un sourire éclatant de joie se dessina sur le visage de la pirate, tenant par le col un homme tentant de s'enfuir.

Des acclamations acclamèrent ses paroles. Le cri de dizaines de femmes libres.

- Ce cher capitaine ne m'a pas cru capable de lui mettre une raclée... Comme d'habitude. Mais pourquoi sont-ils tous surpris ? dit Eleanor en riant.

Elle faisait face à cet homme, capitaine corsaire depuis de nombreuses années. Il la fixait d'un air surpris alors que d'autres l'attachaient au mat. Ses yeux trahissaient ses pensées. Jamais il n'aurait cru qu'une fille, si petite de surcroit, puisse le battre en duel au sabre aussi rapidement que celle-ci l'avait fait. Sa natte noire jais voletait si vite pendant le combat, qu'il n'avait pas vu la pointe fixée au bout, acérée, prête à se planter dans son bras. La douleur lui avait arraché un cri, et son sabre en argent de capitaine de la marine avait volé loin de lui.

A présent, son bras ruisselait de sang, et personne ne semblait vraiment s'en préoccuper. Les femmes pirates étaient peut-être pires que les hommes. En tout cas, celle qui le transperce à nouveau, de ses yeux cette fois, doit être la plus féroce qu'il n'est jamais rencontrée. Sa démarche légère, presque enfantine, contraste tellement avec la vitesse de sa lame !

Eleanor regarde l'homme d'un regard féroce et s'amuse de son air apeuré. Tous les mêmes. Se disent capitaines et sont prêts à sacrifier son navire et son équipage, tout ça pour sauver sa peau et quelques pièces d'or. Eleanor les déteste tous autant qu'ils sont, ces corsaires de la marine. Ces lâches corrompus au service du roi. Bien qu'elle sache qu'autrefois toute sa famille faisait partie de ces faux pirates, ça ne fait que la motiver encore plus pour tous les piller. Elle n'a plus aucun lien avec son enfance ni avec ses frères, ce ne seront pas ceux-ci qui la feront regretter ses actes ! Si même ses actions peuvent l'éloigner encore plus de son passer, elle ne demande que ça. Jusqu'à qu'il n'y ait plus aucun lien entre celle qu'elle est et celle qu'elle était. Si ça peut la faire oublier...

Une montagne d'or s'entasse aux côtés du prisonnier, qui est obligé de regarder son trésor pillé par les conquérantes. Il en pleurerait presque. Mais Eleanor sait ce qu'elle fait, déstabiliser le capitaine pour qu'il n'hésite pas une seconde avant de repartir loin sur son bateau quand elle le lui proposerait. Même s'il lui faut laisser tout l'or sur l'Amazone. Tous acceptent. Soumis à son autorité.

L'équipage du bateau conquis, ficelé dans les cales, laissait échapper des gémissements qui parvenaient au pont tant leur nombre était grand. Entendant ces bruits, le visage du capitaine se décomposa et changea de couleur pendant qu'il comprenait que tous ses hommes se trouvaient sur le bateau. Les gémissements et les rires des pirates apportant tour à tour un apport de pièces d'or sur les tas qu'elles constituaient déjà eurent raison de lui. Ses épaules s'affaissèrent et il baissa la tête en signe de soumission.

Celui là ne serait décidément que très facile à convaincre. Convaincre de repartir de suite au royaume chez son cher roi avouer sa défaite et renoncer à sa carrière de corsaire. Ce qu'il serait de toutes manières obligé de faire car si son navire croisait à nouveau l'Amazone, son équipage ne serait pas aussi bien accueilli.

Non, celui-ci serait très facile à convaincre. Eleanor planta son regard dans le sien.

-Je crois que tu peux admettre ta défaite, non ?

Acquiescement silencieux et contrit de l'homme.

-On est d'accord, reprit-elle. Je vais te laisser repartir alors.

Il lève soudainement la tête et, oubliant qu'il est ligoté, tente de se lever d'un bond. Bien-sûr, ses liens le retiennent et il retombe lourdement sur le sol. Rire général des Amazones. Contenant tant bien que mal un ricanement sarcastique, Eleanor continue :

- Tu repars sur ton bateau, mais on garde ton or.

Petit affaissement des épaules du capitaine.

- Et tu retournes chez ton roi. Tu lui avoues ta défaite et tu retournes jamais sur la mer. Tu retournes chez ta mère quoi...

Cette fois elle ne put s'empêcher de lâcher un rire face à la mine déconfite du capitaine.

- Et j'oubliai... (regard désespéré de l'homme) Réponds, termina-t-elle avec un grand sourire.

Le regard de l'homme se fit hésitant quelques secondes, puis décidé et il répliqua :

- Non.

Eleanor cacha sa surprise.

- C'est un peu succinct, tu ne trouves pas ?

- Non, répéta la corsaire.

- Et pourquoi donc ?

Les rires s'étaient tus.

- Je ne me laisserai pas faire par une femme.

Un silence suivit ces paroles décidées du capitaine. Puis la gifle surgit, rapide et implacable.

- Ah oui ? continua Eleanor d'une voix douce mais venimeuse. On va voir ça.

Elle s'approcha de lui et s'accroupit à sa hauteur, jusqu'à ce que les yeux de l'homme ne se trouvent plus qu'à quelques centimètres des siens. Jusqu'à ce qu'il soit sous emprise.

- Tu vois, toutes sur ce bateau nous sommes battues pour notre liberté. Certaines dans un combat sans limites, certaines jusqu'à la mort. Toutes nous nous sommes libérées de l'emprise de nos pères, frères ou maris qui se croyaient supérieurs. Toutes avons acquis notre liberté seules, sans aucune aide. Mais si nous sommes là, si nous proclamons notre liberté, ce n'est pas pour qu'un homme comme toi ne nous respecte pas, alors même que tu es sous notre contrôle et que ta vie ne tient qu'à notre bon vouloir.

La voix de la capitaine était claire et décidée. Implacable, tout comme sa volonté. Elle continua, ses deux yeux bleus toujours rivés sur ceux de l'homme qui lui faisait face et osait contester ses ordres sur son propre bateau :

- Alors, tu vas faire tout ce que je te dis sans protester. Parce que tu es sur bon navire, que tu es ligoté à mon mat et que tu n'es pas vraiment en position de force. S'il faut vraiment te convaincre, je suis prête à éjecter à nouveau ton sabre de tes mains. Tu ne mérites pas une arme de cette noblesse.

Elle sortit son sabre de son fourreau et le figea sous la gorge du corsaire. Mais c'était inutile : il baissa la tête. Elle avait gagné.

- J'accepte, articula -t-il difficilement.

- Je vous remercie, capitaine.


Pays imaginaire, présent

Il fallait partir, maintenant.

Dans quelques heures, ils allaient donner l'assaut. Et il fallait qu'elle soit partie avant. Car si, ils réussissaient, ce serait sans elle...

Le groupe faisait sa dernière révision du plan au milieu des arbres de la jungle noire, mais Eleanor se tenait à l'écart. Cela lui coûtait de partir ainsi sans dire au revoir à ces personnes qu'elle ne reverrai sans soute jamais... Mais elle n'avait pas le choix. Le moindre remord pourrait forcer le cœur en cage qu'elle portait dans sa poitrine a faire marche arrière et à résilier des décisions si difficilement acquises. Ce cœur qui se laissait guider par la douleur. Ce cœur emprisonné entre des lignées d'ombre de rêve. Pourquoi un nom si beau pour un poison si noir ? Rien avoir avec un rêve qui nait, ce ne sont que des fragments de rêves brisés.

Avant de changer d'avis, elle s'éloigna du groupe. Pas de remords. Pas de regrets. Il fallait qu'il n'y ait rien.

S'éloigner des siens...elle l'avait fait déjà de nombreuses fois. Recommencer à zéro une vie qu'elle sait éternellement gâchée. Toujours avec ce goût de défaite : chaque fois elle doit s'éloigner car elle a perdu la bataille. Là elle était venue aider son frère, elle le laisse presqu'encore plus perdu qu'auparavant.

A son côté, son sabre. A son doigt, une alliance. Les seules choses qui l'ont toujours suivie. Ses seules possessions, les seules choses qui la raccrochent à un lieu et à des gens, des proches aimés qu'elle doit toujours abandonner.

Ses pas la guident dans la jungle. Heureusement, elle n'a plus le courage de regarder devant elle. Pas le courage d'imaginer tout ce qu'elle a encore à reconstruire. Une vie à rebâtir. Mais pour l'instant, rien. Juste un déchirement à panser le plus loin possible.

Perdue dans ses pensées , elle n'entend pas les pas précipités qui la suivent...


Milieu de l'océan, passé

Enfin, ils étaient partis. Le capitaine et son équipage, tous corsaires déchus, ils étaient repartis vers leur royaume. Leur cœur plein de honte, l'atmosphère emplie de défaite et les cales vides de leur trésor.

Eleanor regardait le bateau, à présent petit point à l'horizon d'un océan d'azur, s'éloigner vers la terre. Un instant, elle admira son monde. La mer, les vagues, l'écume à perte de vue. L'odeur des embruns venue des fonds marins, portée par une brise chargée de sel. Le bruit de la houle s'écrasant sur la coque et, sous ses pieds, le léger balancement de la mer qui les porte. Dans le ciel jamais tout à fait bleu, des nuages menaçants porteurs d'orage, porteurs d'une nouvelle aventure. De chaque côté, rien que cette océan. Pour seule limite, le ciel et les étoiles. Pas une terre à l'horizon. Rien que son univers et la houle des vagues. Eleanor pourrait rester perdue dans cette vision de paradis à jamais. Mais elle s'y arrache et se détourne pour regarder le trésor à ses pieds. Autour, son équipage fête la victoire, emplissant l'air de rires clairs et des regards pétillants. La victoire. Des prisonnières évadées, des rescapées. Toutes rient de leur victoire sur leur vie. Et Eleanor sourit de cette joie, heureuse d'avoir pu permettre tant de bonheur.

Soudain, un éclat cuivré attire son regard au milieu des pièces d'or. Elle s'approche et prend dans sa main la bague de cuivre surmontée d'une aigue-marine d'un bleu profond. Cette vision envahit ses pensées et tout son esprit. Elle lui arrache une larme. Cette bague, elle l'a vue tant de fois au cou de Killian, accrochée à une chaine d'argent. Cette aigue-marine, c'est l'emblème de sa famille. Cet éclat de cuivre, ce sont des souvenirs qui surgissent du passé. Mais surtout, Eleanor sait instantanément que cette bague n'a pas été abandonnée par Killian volontairement. Ce frère qu'elle n'a pas vu depuis au moins un siècle... Son souvenir s'impose à elle. Malgré le siècle, elle sait qu'il n'est pas mort. Certaine.

Il faut qu'elle le retrouve. Tout de suite.

Sans prévenir, la pirate, la capitaine, abandonne son équipage. Sans prévenir, elle se précipite vers le rebord et plonge.

Sans prévenir, elle part retrouver son frère, une vieille bague de cuivre à la main.


Pays imaginaire, présent

Enfin, elle voit la lumière de l'eau. Le rivage, elle y est arrivée. Eleanor ne sait pas vraiment comment elle va partir, mais pour l'instant elle sait que puisqu'il le faut, elle y arrivera. Ca a toujours marché.

Mais alors que son pied va se poser dans le sable, un sabre lui barre la route. Surprise, elle recule d'un pas alors que Killian s'avance.

- Où est-ce que tu vas comme ça ?

Eleanor réprime une grimace. Il faut qu'elle parte sans tarder.

- Killian, prononce-t-elle doucement. Il faut que je parte. Je ne peux plus gagner.

- Non ! Je peux t'aider, Eli. Je ne t'abandonnerai pas comme ça...

- Tu ne m'abandonnes pas. C'est moi qui pars. C'est moi qui abandonne.

- Mais pourquoi ? Tu n'es pas comme ça. Tu ne renonces pas à la bataille.

- Je n'ai pas le choix. Cette bataille est perdue pour moi, Killian. Ma défaite est déjà là... Je...

Son frère ne lui coupe pas la parole. Il lui lance juste un regard. Décidé. Déterminé. Elle sait qu'elle ne partira pas, mais il le faut. Elle avance d'un pas et pose doucement la main sur le sabre pour le repousser.

- Killian, laisse-moi passer.

- Je ne te laisserai pas faire ça...

- Killian... Ne m'oblige pas...

- A quoi ? A te battre avec moi ? Mais pourquoi ? Tu pourrais juste faire demi-tour avec moi, donner sa raclée à Pan et repartir après. Tu n'as pas encore perdu, j'en suis sûr.

Son regard l'appelle à l'aide. Son cœur lui dit de rester. Rester avec son frère pour toujours et ne plus jamais le quitter. Mais Eleanor ne peut plus l'écouter. Elle n'en a plus le droit.

D'un seul geste, elle dégaine on sabre et entame le duel. Frère et sœur tournoient et parent. Répugnant à blesser. Pas une seule goutte de sang ne peut tâcher le sable blanc.

Eleanor est envahie par son combat intérieur et Killian prend l'avantage. Mais elle ne peut le laisser gagner. Elle doit partir. Alors d'un saut elle assène un coup de poignée sur la tête de Killian qui s'effondre, assommé. Sans reprendre son souffle et sans jeter un regard à son frère, elle s'éloigne vers la mer.

Ne pas regretter. Pour ne pas hésiter.

Sans se retourner, elle s'enfonce dans l'océan.

Mais avant, elle décroche une feuille de jungle, et grave un message de son sabre.

« Je suis désolée, Killian. Je suis toujours plus forte que toi. Mais je reviendrai. C'est promis»


Fin.


Voilà ! C'est étrange de se le dire, mais cette histoire est terminée.

Cependant, je posterai très prochainement son prologue.

J'espère que ça vous a plu.

Review ?