CHAPITRE IV
« Moi je fais des câlins du soir aux beaux blonds qui me bousculent »
« On se reverra à Poudlard Cassie. Je serai le beau blond à la table des professeurs, entre la vieille Trelawney et le géant. 'Fin, demi-géant. Oh, et tu peux dire à Gabe de descendre ? Sans trainer cet abruti de Zachariah avec lui. A ce soir petit frère. »
Castiel fixait avec un air encore ahuri le dénommé Michael Stark, récemment nommé professeur de Runes à l'école de magie de Poudlard. Incroyable. Comment pouvait-on donner une quelconque responsabilité à un homme aussi égocentrique et lunatique ? Certes, Michael était une personne dotée d'une intelligence et d'une logique très développées, mais contrastées par un caractère impatient et autoritaire voire effrayant par moments. Et surtout, pourquoi vouloir enseigner ? Aussi loin que pouvaient remonter ses souvenirs, jamais le jeune Stark n'avait entendu la moindre vocation envers l'enseignement de la part de son frère. Directeur d'un département au Ministère, oui. Mais professeur… Pourquoi ? Alors dès qu'il avait appris cette décision, Castiel avait cherché à comprendre. Une envie impulsive n'aurait jamais permis à son aîné d'obtenir le poste. Une idée de domination de la jeunesse était une piste exploitable mais il semblait surprenant de passer par ce chemin. Quitte à, autant travailler au Ministère de l'Education. Incompréhensible.
Le jeune professeur, du haut de ses 30 ans, passa sa main dans ses cheveux couleur des champs de blé d'été qui reflètent les reflets scintillants et les ébouriffa avant de les attacher avec une grâce certaine en catogan. Il détacha son attention de son cadet et sirota tranquillement sa boisson orangée, confortablement installé dans le fauteuil familial du salon. Aujourd'hui était une belle journée, il l'avait décidé. Alors le monde obéirait, et ce serait une belle journée. Parce qu'il le voulait.
Castiel tourna les talons et remonta dans sa chambre, qu'il partageait à présent, à son grand désespoir, avec Gabriel. Savoir l'énergumène si près de son lit la nuit lui donnait la boule au ventre et des sueurs froides. Il ne savait jamais s'il allait être vivant, indemne et sans la moindre ressemblance le lendemain à un végétal par le manque de sommeil : le Serpentard ronflait. Pas une petite respiration un peu forte, non, le gros ronflement de vieillard qui a les fosses nasales complètement bouchées et qui ne fait pas le moindre effort pour penser à son entourage. Le genre de truc à réveiller les fantômes des ancêtres, qu'on entend à travers les murs et qui est pire qu'un bruit de moteur lorsqu'il s'agit de passer une dizaine d'heures à côté. Et même en se mettant un oreiller pour se boucher les oreilles, mêmes en lui donnant des petits coups réguliers pour qu'il se taise, rien ne pouvait atténuer la cacophonie nocturne. Et parfois, le benjamin Stark entendait son frère parler. Il était capable de se faire des monologues au beau milieu d'un rêve. Le dernier en date avait pour sujet « la jolie blonde du bistrot lors de la soirée Cow-boy et Western ». Elle avait du bien faire fantasmer Gabriel pour qu'il soit dans cet état. Castiel n'avait pas osé regarder s'il y avait de l'activité ailleurs dans son anatomie. Il imaginait difficilement son frère avec une fille, alors l'imaginer au lit avec une fille… Brrr, juste. Eurk.
L'adolescent prit dans ses bras Chouquette qui passait par là et entra dans la chambre en grattant affectueusement la tête de l'animal. Sa valise était prête depuis la veille, consciencieusement rangée ; tee-shirt et pull dans une pile, pantalon, robes et livres dans une autre, les sous-vêtements coincés sur les rebords, enfouis en boule. Matériel divers reposant sur le dessus, sanglé au cas-où. Une robe et un change recouvrant le tout pour qu'il y ait un accès rapide dans le train. Castiel, ou comment être le plus ordonné possible. Il jeta un bref regard à son frère qui, à califourchon sur sa propre valise, s'acharnait à vouloir boucler les clips de l'avant. « Du rodéo sur une valise, le concept était pour le moins original », pensa le garçon tout en laissant s'échapper le pauvre chat qui avait pris peur en voyant la bête Gabriel s'agiter dans tous les sens. Il fit passer le message à son aîné comme quoi Michael voulait le voir dans le salon, de préférence sans l'abruti qui leur servait de cousin. Le blondinet quitta joyeusement sa valise prête à exploser, laissant en plan une partie de ses affaires et ce fut finalement Cas qui se résigna lui ranger correctement ses bagages.
Miranda Brainsworth choisit ce moment pour entrer dans la pièce et son petit-fils la dévisagea sobrement. Petite, en appui constant sur une veille canne taillée dans du bois, un visage sévère qui reflétait pourtant le temps passé et des yeux d'un bleu profond encadrés par des mèches grisonnantes qui s'échappaient d'un chignon élaboré. Elle portait son habituel et ignoble cardigan à fleur roses au-dessus d'une chemise violette ainsi qu'une jupe et des chaussures pointues qui avaient toujours effrayés ses petits-enfants redoutant de se les prendre dans les fesses et d'en subir d'atroces douleurs. Une jeune demoiselle aux cheveux flamboyants la suivait, tout sourire, étrangement joyeuse. Anna, la rouquine Brainsworth était étonnement très proche de la matriarche de la famille, son côté autoritaire en parfaite harmonie avec les idées de Miranda. Elles venaient s'assurer que tout était prêt pour le départ et critiqueraient quiconque ne serait pas au point. Ne trouvant rien à redire devant l'état miraculeusement impeccable de la chambre, elles allèrent vers la pièce voisine, chambre attitré de Gabriel qui lui avait été ravie par Uriel. Aussi ancienne que pouvait-être la demeure, il n'y avait pas assez de lit pour chacun et hormis Zachariah et Anna, qui n'avait de toute façon pas le même sang, toute fratrie se retrouvait dans la même chambre. Egalement le plus âgés des cousins, Zachariah avait la sienne et Anna, seule fille, dormait dans une petite pièce aménagée pour elle. Restaient quatre autres chambres destinées aux parents et grands-parents. Castiel avait donc du héberger son frère qui refusait catégoriquement le canapé du salon dont Michael avait pris possession les deux derniers jours.
Il leur fallut peu de temps pour que les évènements s'enchainent. L'entassement de valises à l'arrière des deux énormes voitures qu'ils avaient loué comme chaque année pour une excursion sur la gare, le trajet interminable dans un silence de mort, et l'arrivée à la gare King's Cross plus d'une heure plus tard. C'était le principe d'une maison familiale à la campagne, être loin et proche de la capitale. Et aussitôt qu'ils purent se détacher les uns des autres, les cousins prirent des directions tout à fait différentes. Certains parents avaient tenu à venir : c'était le cas d'Elizabeth et Myron Beamish les parents d'Uriel, toujours là pour leur fils, de Leanne Bridgess Brainsworth la mère de Zachariah et d'Anna, et étrangement un dernier invité s'était joint à eux, Durward Stark. Le père. Le Stark. Castiel n'avait eu qu'un haussement de sourcils surpris lorsqu'il avait vu son paternel débarquer dans la cuisine quelques heures auparavant mais n'avait pas bronché. Les actes de présence de celui-ci étaient tellement imprévisibles qu'il avait arrêté de le juger et aurait même pu esquisser un sourire en voyant la grimace de Gabriel lorsqu'il découvrit à son tour la présence de leur père. Mais au final, il tombait bien pour remplir les autorisations de sortie à tel ou tel endroit, Ariane Stark dans sa légèreté inébranlable avait totalement oublié de les signer.
Si la gare était grouillante de moldus, rien n'était pire que la masse de sorciers qui s'agglutinaient sur la voie 9 ¾. Le Serdaigle détestait se retrouver ainsi au milieu de tant de gens qui se bousculaient, parlaient fort et qui se postaient au milieu du passage avec leurs charriots de valises. Il fallait zizaguer entre eux, se protéger des coups et éviter le moindre drame avec un Serpentard. C'était une logique implacable. Tu veux un trajet tranquille dans le train ? Pas de soucis, ne te frotte pas à un étudiant vert avant de monter à bord.
« Mais ne serait-ce pas ce charmant Castiel ? Et qui… » Le nouveau venu renifla Cas avec un sourire narquois. « Oh, et qui ne sent pas encore le Winchester ! Rachel, n'est-ce pas un exploit ?
- Balthazar. Rachel. Bonjour.
- Ne sois donc pas si formel avec nous Cassie, on est devenu intime cet été. Tu as même le droit de me tutoyer et de faire des phrases. Si si.
- Bonjour Castiel, comment vas-tu ? » Demanda la voix fluette de Rachel qui semblait toujours aussi inquiète pour son ami. « Tu as passé une bonne semaine avec ta famille ?
- Pas vraiment, répondit le concerné dans un demi-soupir. Uriel nous a énoncé tous les jours les grands principes de la libération des créatures, Anna nous a fait un scandale car elle était persuadée qu'elle avait des cheveux blancs disséminés entre les mèches rousses, Zachariah a affiché dans les toilettes son plan de domination de l'Angleterre et Gabriel… C'est Gabriel. Oh, et Michael s'est joint à nous les deux derniers jours.
- Michael… Le Michael ? Je croyais qu'il était à l'étranger ?! S'étonna Rachel, très au courant de la situation familiale des Stark.
- Il est rentré. Tu le verras ce soir au banquet, il a eu un poste à l'école.
- Geeeeenre, sérieux Cass' ? Ton bro' va enseigner ? Claaasse. Tu dois être tellement heureux, tu vas enfin le voir plus d'un jour par an, s'enthousiasma Balthazar ironiquement.
- Tais-toi.
- Oooooh, mais c'est qu'il est content le petit Stark ! Bon allez, j'viens de voir passer Balruch Asral. Faut qu'on discute tous les deux, il m'a emprunté un magnifique jouet (putain, au début j'avais écrit « un magnifique fouet » xD) et ne me l'a toujours pas rendu. Rachel, fait attention à Lannister, j'ai entendu dire qu'elle avait une dent contre toi. On se revoit à Poudlard, Cass' mon p'tit ange ! »
Les deux Serdaigle regardèrent sans dire un mot leur ami s'éloigner avec sa démarche un peu bancale. Rachel envoya un sourire à Castiel et s'éloigna de lui à son tour, le laissant seul au milieu de tous. Il salua d'un signe de tête la jolie Susanne Pevensie dont il était étonnement proche et avec qui il aimait passer du temps sans pour autant que leur relation évolue ailleurs que dans l'amitié. Elle accompagnait ses frères et semblait heureuse de retourner en cours. Il la comprenait, lui aussi avait hâte. Ils avaient un peu communiqué l'été par courrier et c'est enchantée qu'elle lui avait appris qu'elle était élue Préfète. Il lui avait adressé ses félicitations car il savait qu'elle le méritait.
Alors qu'il avançait pour trouver sur le quai un endroit afin de monter tranquillement à bord du train, il heurta un jeune garçon qui reculait au même moment. Sur le coup, il crut voir Sam. Même visage délicat, des cheveux châtains qui tombaient sur ses oreilles, même silhouette et un regard effrayé au fond de ses prunelles brunes. Le gamin s'excusa et son air perdu interloqua Castiel surtout qu'il ne l'avait jamais croisé dans les couloirs. Il devait être un futur 1er année. Le souvenir de sa première rentrée lui revient en tête. Gabriel avait réussi à le persuader que c'était une épreuve horrible et Samael s'était acharné tout l'été contre lui pour qu'il puisse « être à la hauteur des espérances de la famille ». Il avait passé le mois de juillet le plus souvent possible enfermé dans sa chambre et la semaine d'aout en famille avait été un calvaire car ce n'étaient plus deux mais cinq étudiants de Poudlard qui lui faisaient face. Un très mauvais souvenir. Le garçon en face de lui n'avait pas bougé et semblait attendre un signe de quelqu'un qui aurait lui indiqué quoi faire.
« Excuse-moi… Tout va bien ? Tu sembles complètement perdu…
- Je. Heu… Oui. Enfin, oui, ça va… Je ne retrouve pas ma sœur, mais elle va revenir… Je suppose…
- Et tu t'appelles ?
- Colin. Colin Weatharly Ford.
- Hé bien Colin. Tu vois cette fille là-bas ? La jolie brune avec la petite blonde et les deux garçons. Elle s'appelle Suzanne, et elle est préfète. Va la voir, elle t'aidera beaucoup plus que moi.
- Ma sœur est la Préfète-en-Chef… … Je vais me débrouiller. Merci quand même heu… ?
- Castiel. Stark. » Ajouta le 6e année en voyant le petit partir finalement en direction de Suzanne, fier d'avoir fait une bonne action.
Maintenant, il devait retrouver les Winchester. Il espéra avoir plus de chance de trouver le grand plutôt que le petit qui paraissait absorbée par la foule de par sa taille et qui était par conséquent très peu repérable. Castiel s'impatienta. Bientôt plus aucun wagon ne serait libre et ils seraient obligés de partager le trajet avec d'autres personnes. Il aperçut Jo un peu plus loin qui discutait avec une de ses amies et il n'osa pas aller les déranger. De toute façon, si elle voulait les rejoindre, elle le ferait plus tard dans le train.
10h47. 13 minutes avant le départ.
Bordeeeeeeeeel, Dean. La ponctualité tu connais pas ?
Finalement, sans attendre plus longtemps, Cas monta dans le train. Tant pis s'il passait le trajet tout seul, il aurait toujours un livre à lire, un sort sur lequel il pouvait s'exercer, des dates à retenir pour prendre de l'avance, il aurait quelque chose à faire. Il n'avait pas besoin de Dean, non, il n'était pas aussi dépendant que ça. N'est-ce pas ? Il refusait qu'on le compare au gentil toutou du Gryffondor, alors il fallait le prouver. Au mieux, les frères le chercheraient une fois le train en marche. Et si Gabriel débarquait et se moquait du pauvre Cassounet tout seul, hé ben il l'ignorerait ou l'enverrait bouler comme jamais. Voilà. C'était dit. Faut pas pousser mémé dans les orties. Le garçon s'installa tranquillement et seul, s'empara du livre Étude sur la possibilité d'inverser les effets réels et métaphysiques de la mort naturelle, concernant en particulier la réintégration de l'essence et de la matière et commença sa lecture. Il ne remarqua pas le départ du train et ne fit pas attention aux visages qui défilaient devant sa cabine, l'observant avec moquerie pour certains. Il entendait d'une oreille distraite les commentaires fuser sur ce « drôle de garçon assis tout seul qu'il ne faut pas déranger » ou « ce crétin de toutou Stark sans son maître ». Il se laissa absorber par la beauté d'écriture de sa lecture, il se surprit à imaginer toutes les hypothèses fourmiller dans son esprit pour résoudre la question de la réintégration de l'essence même de la matière. Si bien que lorsque Dean Winchester daigna faire son apparition, Sam sur ses talons, Castiel l'ignora. Le Gryffondor envoya valser sa valise qui ne ressemblait plus à rien sur le porte-bagage en hauteur et fit de même pour celle de son frère avant de s'écrouler sur la banquette d'une manière on ne peut moins gracieuse.
« Un peu plus et on n'avait pas train, hein Sammy ? Heureusement que Bobby sait se débrouiller dans ce truc-là, le métro. Les moldus n'ont pas vraiment le sens pratique, normal qu'ils soient tout le temps en retard. Alors, comment ça va mec ? »
Le destinataire de la question ne leva pas les yeux et n'esquissa pas le moindre mouvement. Seuls ses sourcils dans leur éternelle danse du froncement bougèrent légèrement. Il s'humidifia l'index et tourna la page d'un coup de poignet sec. Dean se racla la gorge pour attirer l'attention de son ami mais eut l'impression de se prendre un poteau dans la figure tant la froideur dont Castiel faisait preuve était grande. Il régnait une tension tout à fait perceptible et Sam préféra s'éclipser et rejoindre des amis dans d'autres wagons. Il se sentait de trop et Castiel comprenait parfaitement ce ressenti. Lui-même finalement aurait préféré en ce moment être seul plutôt que face à celui qu'il considérait comme son meilleur ami. Arriver comme ça, sans s'excuser de l'avoir fait patienter, parlant de lui comme toujours, et avec cette décontraction comme si n'était grave, non ça ne passait pas. Un petit « Désolé Cas » aurait suffi. Mais pensez-vous, Sir Winchester, s'excuser ? C'était bien trop difficile pour son égo, surtout pour ça. Il ne changerait jamais.
« Ok. J'ai saisi. T'es en colère, je ne sais pas pourquoi. J'espère que tu comptes parler un peu d'ici à ce qu'on arrive, sinon le trajet va être…. Hum… Long. Tu veux pas me raconter ta semaine avec ta famille ? Allez Cas… Bon sang, t'as passé 7 jours cloitré avec Zachariah et Uriel et t'as rien à me dire ? Je te crois pas. »
Dean fixa son ami de son regard profond. Il savait qu'il finirait par parler. Et Castiel sentait posé sur lui ce regard puissant et clair. Il ferma doucement son livre, notant mentalement la page à laquelle il s'était arrêté. Leva les yeux. Confronta ceux qui se trouvaient en face de lui. Se perdit dans le vert de ses iris. Partit loin. Quelques secondes. L'adolescent blond esquissa un demi-sourire qui en aurait fait littéralement fondre plus d'une. Mais le Serdaigle ne semblait pas réagir à cette mimique. L'instant semblait figé, comme une photo prise et comme si l'intemporalité avait décidé de frapper la cabine, à cet instant précis. On peut communiquer par le langage. Mais parfois seul le regard peut servir pour s'exprimer.
« Vous voulez quelque chose les enfants ? »
La voix de la sorcière au charriot interrompis le dialogue silencieux qui s'était établit entre les deux garçons. Ils se tournèrent vers elle, tous deux surpris par sa présence et le Winchester n'hésita pas un moment. Il dégaina son porte-monnaie en cuir ridicule aux allures verdâtres kaki, c'était à la mode prétendait-il, et acheta autant de friandise qu'il put. La vision de tant de sucrerie écœura le Stark qui se demanda s'il valait mieux reprendre sa lecture maintenant où s'il pouvait se permettre de faire une trêve et de reparler. Voyant son ami s'empiffrer à vive allure, il eut des haut-le-cœur. Ce mec était parfois l'une des pires immondices de la terre.
« Humpf… 'Ouquèque 'est 'a là ?
- Non, Michael m'a dit qu'il l'amènerait au château pour lui éviter le trajet en train. Elle n'aime pas être dans sa cage. »
Et flûte. Il avait répondu ; il était tombé dans le piège. Ses paupières se refermèrent et il laissa sa tête partir en arrière contre le rebord de la banquette prévu à cet effet. Il resta ainsi un moment, se sentit s'endormir comme bercé par les mouvements réguliers. Il imaginait le paysage défiler sans le voir pour autant. Il connaissait le décor, il visualisait les grandes étendues d'eau que les rails longeaient, les forêts à perte de vue et les petits villages perdus au milieu de nulle part qui dominaient la contrée. Les soubresauts du train firent perdre l'équilibre à la masse de cochonneries graisseuses que Dean avait acheté peu avant et une partie d'entre elles se retrouvèrent éparpillées sur le sol. Castiel ouvrit un œil discrètement pour observer le Gryffondor se mettre à quatre pattes pour ramasser tout ce qu'il comptait consommer avant d'arriver à destination. Il le regarda replacer une à une les sucreries sur le haut de la pile et se dit intérieurement que si le tout ne retombait pas d'ici une dizaine de minutes, c'est que tout avait été englouti. Il avait les yeux complètement ouvert pour ne pas louper une miette de la scène, fronça les sourcils lorsqu'il vit son camarade s'étaler complètement au sol pour récupérer ses achats qui avaient pu glisser sous la banquette et ne cilla pas lorsque la tête de Dean apparut entre ses genoux légèrement écartés. Instant de silence.
« Mec. T'as la braguette ouverte. Vas pas t'imaginer des trucs hein. » Fut tout ce que le blondinet sortit d'une voix peu assurée et le cœur du Stark fit un bond dans sa cage thoracique. Il eut un mouvement de recul et lentement, très lentement, son regard descendit sur ladite braguette. Il avait mis un caleçon sombre si bien qu'on ne faisait pas vraiment la différence entre le pantalon et le dessous. Pourtant l'autre l'avait vu. Il lui avait dit. Comme ça, sans pincette. Castiel ne comprenait pas plus pourquoi son propre cœur avait eu un raté. Comment une simple phrase pouvait avoir un effet pareil ? C'était… Illogique. Les émotions humaines sont vraiment compliquées, pensa-t-il en fermant la fermeture qui venait de chambouler ses états d'âme. Il reprit sa lecture là où il s'était arrêté, son envie de parler s'amenuisant peu à peu.
Winchester finit de remettre tous ses achats sur la confortable banquette rouge et dans ce qui semblait être un effort incroyable, se hissa jusqu'à se rasseoir correctement. Il dévisagea son compagnon qui s'était replongé dans son bouquin et lui tendit une chocogrenouille. Il aurait pu ajouter « Tu veux être mon ami ? », rien n'aurait semblé plus enfantin et spontané. Castiel roula des yeux lorsqu'il vit cette proposition de trêve arriver sous forme de chocolat. Rien n'est mieux pour faire la paix que le chocolat. Y compris les préservatifs saveur chocogrenouille.
« Et si c'est bien heu… Étude sur… Sur la possibilité d'inverser les effets réels et métaphysiques de la… Bordel, pourquoi ils ont fait un titre aussi long ?!
- Ça se lit. Au fait, ton père a-t-il signé ton autorisation de voyage à l'étranger ? Demanda le jeune Stark en délaissant son pavé.
- Non… J'ai reçu la lettre trop tard par rapport au moment où on était ensemble. Je lui ai envoyé, j'espère qu'il n'oubliera pas de la renvoyer à Poudlard. T'imagines mec, un voyage au Brésil. Au Brésil ! Il paraît que les brésiliennes sont… Hum. Enfin, tu vois c'que je veux dire. Tu y vas hein ?
- Je ne sais pas encore.
- Cas… Des dizaines de jolies filles qui n'attendent que les beaux européens. Sorcières ou non. Tu dois venir ! Insista Dean d'un ton légèrement autoritaire.
- Je préfère rester au chaud devant les cheminées de l'école plutôt que de t'écouter tous les jours raconter tes exploits de la nuit avec les « jolies filles étrangères ». Expliqua le garçon tout aussi déterminé à ne pas y aller.
- T'es pas drôle.
- Mais vas-y Dean, rien ne te retiens de partir tu sais. De plus, cet imbécile d'Alastair ira certainement et j'ai aucune envie de le voir dans mes pattes et gâcher mon séjour. Désolé. Et si ça ne te dérange pas, j'aimerais finir ce livre. » répondit Cas sèchement.
La conversation tourna court. Le Serdaigle voulait réellement continuer son livre et refusait de s'engager dans un quelconque débat avec Dean à propos d'un voyage, aussi intéressant soit-il. Il connaissait suffisamment son ami pour savoir que celui-ci rêvait de partir, de découvrir de nouvelles méthodes de combats ou de traque et que le projet Brésil représentait une excellente opportunité.
Le trajet continua sur le même rythme. Castiel lisait. Dean parlait. Castiel répondait. Dean se taisait un moment. Castiel lisait. Puis Dean parlait à nouveau. Un cercle infini. Des gens passaient parfois les saluer. Ainsi virent-ils passer Chuck, Benny, Jo, les jumeaux Alatir qui avaient décidé de leur montrer leurs nouvelles théories pour remplacer les frères Weasley, ils eurent droit à une distraction en voyant Crowley se prend un magnifique coup droit dans l'œil par la jolie Tessa et purent même profiter de la présence de Samandriel pendant une vingtaine de minute.
Par la fenêtre, Castiel put voir le jour disparaître et laisser place aux magnifiques dégradés nocturnes. Il y avait ces petits points blancs au loin dans la galaxie qui attiraient son attention et qui brillaient éternellement et il les fixa d'un air perdu, des dizaines de questions tournant dans la tête. Il n'était plus assis dans le train, mais à des milliards de kilomètres, loin, égaré dans sa tête. La voix détendue de Dean lui parvenait vaguement comme ça, juste un fond sonore qu'on espère oublier et ne plus entendre. « Heure… Changer… Cas. » Le concerné tourna doucement comme s'il s'éveillait d'un rêve dont on venait de l'arracher calmement. Les yeux verdoyants du Winchester étaient fixés sur lui en l'attente d'une réponse qu'il ne sut lui offrir. En fait, il n'avait pas vraiment entendu la question. Sa tête se pencha naturellement vers le côté en signe d'interrogation et d'incompréhension et le Gryffondor répéta ses paroles dans un soupir certain. Et même si cette fois, les mots parvinrent jusqu'à son esprit, le garçon n'eut pas pour autant une réaction en conséquence. Il observa le blondinet s'évertuer à faire descendre la valise qu'il avait précédemment envoyée sur les porte-bagages, laquelle s'était en réalité coincée au niveau de la sangle dans l'un des barreaux du support. Valise 1-0 Dean. Sam, qui était entre-temps revenu, décida alors de grimper sur les épaules de son frères et tels des gymnastes accomplis, ils réussirent à démêler les sangles. Une petite voix dans la tête de Castiel eut un ricanement et il se félicita d'avoir une valise correcte et sans problème. Dans sa gentillesse habituelle, Sam descendit également les affaires de Cas qui comprit enfin qu'il était l'heure de s'habiller et il remercia le garçon de 12 ans. Les frères avaient des personnalités régulièrement opposées. Là où l'aîné était impulsif, impatient ou paresseux, le plus jeune essayait quant à lui le plus possible de réfléchir murement avant d'agir, ne refusait pas grand-chose et essayait d'aider un maximum. Mais ils se rejoignaient par leur détermination, leur instinct égoïste qui ressortait par moments et par la tristesse que l'on peut lire au fond de leurs yeux. Le Stark les connaissait mieux que beaucoup de personnes en ce monde. Il avait appris beaucoup à leurs côtés et leur en était reconnaissant dans certaines situations.
Sans la moindre gène, Dean ôta son haut sous les yeux d'un Castiel qui se réveilla brutalement. Bien sûr qu'il avait vu plusieurs fois ami torse poil devant lui, mais… Il avait de la musculation durant l'été ? La courbe des pectoraux lui semblait plus délicieusement marquée qu'auparavant. Et même s'il prétendait ne pas avoir eu beaucoup de temps pour se reposer, il semblait vachement bronzé, ce qui est très appréciable… Ou était-ce le jeu de lumière de la cabine qui donnait cet effet ? Et les abdominaux biens dessinés. Ils y étaient eux ? Les souvenirs trop flous ne lui permettaient pas de répondre à la question. Et la chemise blanche, elle… Elle lui allait aussi bien ? Il ne sait toujours pas mettre sa cravate correctement, constata consterné le garçon qui sans vraiment comprendre pourquoi ni comment, s'était levé pour aller ajuster le col de son ami. Il obtint un « merci Cas, toujours là quand il faut ! » et croisa le regard amusé de Sam déjà prêt. Lui aussi se moquait de la gaucherie de son frère lorsqu'il s'agissait de s'habiller avec classe.
Le Serdaigle, fier de son organisation, accéda rapidement à ses affaires à mettre pour l'arrivée et bien qu'il eut aux pieds des chaussettes avec un adorable chien nommé Snoopy, il se trouva prêt pour la cérémonie de répartition.
Voilà un nouveau chapitre écrit par moi-même, Bagel ! Laissez des commentaires, bons ou mauvais, c'est sympa d'avoir des retours ! En espérant que ça vous plaise, bisous :)
