Petit mot de l'auteure : texte écrit pour la 154e nuit du FoF sur le thème "As"


Les êtres humains avaient toujours eu le chic pour fasciner Plagg.

Ces petits hommes avaient le don d'avoir les discussions les plus inutiles tout en s'égosillant passionnément dessus. Car franchement, ça intéressait qui de connaître les résultats des élections américaines ou de l'augmentation du prix de l'essence ? Absolument personne – personne de censé, du moins. Et comme Plagg était un être très censé, toutes ces conversations lui passaient au-dessus de la tête. La plupart du temps, il arrivait plutôt bien à occulter de son esprit ce qu'il pouvait entendre. Cette fois-ci, cependant, il eut plus de mal.

- Puisque je te dis que le meilleur plat du monde ce sont les faritas ! S'exclamait Nino, l'ami d'Adrien.

- N'importe quoi, rétorqua Alya, le meilleur plat du monde c'est la pizza.

C'était un autre grand soucis dans les conversations humaines : même lorsque le sujet était intéressant, leur avis était absolument déplorable. La pizza ? Meilleur plat du monde ? Plagg reconnaissait que cette nourriture était appréciable. Mais tout de même. On était loin du fromage. Et aucun membre du petit groupe d'ami qui était réuni à la cantine n'avait donné cette réponse pourtant évidente. Même Marinette avait déclaré en rougissant un embrouillé « barrette de lin ». Là encore, Plagg s'était indigné intérieurement : le pain, c'était bien, mais sans fromage, ça ne valait rien. Heureusement, sa longue existence de kwami lui avait appris à garder son calme (il devait l'admettre, la catastrophe des dinosaures avait grandement contribué au fait qu'il essayait de rester zen). Il se contenta alors de maugréer dans son coin. La situation aurait pu continuer ainsi, si Adrien n'avait pas posé une question bien spécifique :

- Et puisqu'on est dans la nourriture, c'est quoi votre fromage préféré ?

Plagg sourit, remerciant son porteur de bien vouloir orienter enfin cette conversation vers quelque chose de censé. Toutefois, tout son enthousiasme se changea en cendres quand Max répondit en riant :

- En tout cas, certainement pas le camembert !

- Tu n'aimes pas ça ? S'étonna alors Rose.

- Bien sûr que non ! C'est dégeu ! Puis ça pue, c'est à la fois trop ferme et trop mou, c'est fade, ça...

- PARDON ?

Là, toutes les voix s'arrêtèrent nets. Plagg en fut ravi : il allait pouvoir défendre décemment son précieux fromage !

- Le camembert, « dégeu » ? Mais qu'avez-vous fait de vos papilles gustatives ? N'avez-vous aucune conscience, aucune éthique ? Le camembert, c'est l'as des as du fromage ! Un mélange raffiné entre pâte molle et croûte ferme ! Et la saveur... elle monte en bouche ! Ça fond, ça envahit les papilles ! Et vous osez critiquer l'odeur... Parlons-en de l'odeur ! C'est par l'intensité qu'on reconnaît un bon fromage ! J'irai même plus loin : qu'on reconnaît une belle vie ! Car après tout, ne dit-on pas qu'une vie triste est insipide ? En quoi cela serait-ce donc différent pour le fromage ? Hein ?

Plagg était plutôt fier de son plaidoyer. Il s'attendait ainsi à avoir des vivats et quelques applaudissements. Au lieu de quoi, il ne récoltât qu'une demi-douzaine d'yeux complètement ébahi et un lourd silence, rompu seulement par Alya :

- T'es... t'es quoi ?

Là, Plagg se rendit compte de trois choses.

Premièrement, que Alya le pointait du doigt.

Deuxièmement, que Adrien avait l'air complètement désespéré.

Troisièmement, que Marinette ne cessait de faire l'aller-retour entre lui et Adrien.

Ce fut là que le kwami réalisa qu'il venait peut-être de compromettre l'identité de son porteur.

Plus tard, quand Maître le confronterait à sa légère bourde, il se contenta de nier toute responsabilité.

- Ce n'était pas ma faute ! Il fallait bien que je défende le camembert !

Car c'était vrai ça : d'accord le Papillon, sauver Paris, le secret professionnel, c'était important, mais le fromage... bien plus.

Y'avait des priorités à avoir dans la vie, flûte alors !