Journal d'information de la planète Newson, Siège de la Compagnie Rumford.
Nous sommes le 8 Mai 678, vous lisez le Newson Daily Information.
La tension à la frontière du système Mirra, système connectant les compagnies Rumford et Mercurius, a encore augmenté cette semaine. Depuis que chaque compagnie a instauré des systèmes de douane et d'inspection systématique de chaque cargo passant la frontière. Les différents marchands et capitaines de vaisseaux sont indignés de la perte de temps et du ralentissement du commerce dans la zone. Chaque compagnie a justifié ces précautions par la présence de groupes para-militaires voulant relancer le conflit entre les compagnies de chaque coté du système Mirra.
L'amiral Jebediah Silverberg a assuré que ce blocus, comme certains marchands en parlent, sera levé rapidement, une fois que les tensions militaires entre notre compagnie et Mercurius seront passées. [le blocus de Mirra : voulez vous en savoir plus ?]
Le tribun Silvus Demetor a tenu les même propos de son coté et maintiendra l'ordre du côté de l'espace de Mercurius. [Les tribuns de la Garde, la force de Mercurius : voulez vous en savoir plus ?]
CHAPITRE II L'Aquila et sa destination
Le vaisseau transporteur Aquila glissa lentement dans le vide spatial en entrant dans le spatioport.
Il s'étirait toute en longueur : cinq cents mètres de long pour à peine deux cents de largeur. La partie avant, légèrement en pointe, était faite pour rentrer dans l'atmosphère des planètes. Elle contenait les quartiers des passagers ainsi que ceux de l'équipage. L'arrière était occupé par les réacteurs de propulsion. « Le couloir pour atteindre la salle des moteurs doit être assez long à traverser ! » se dit Niklas en l'observant approcher. Tout le corps centrale du vaisseau n'était qu'une succession de conteneurs lourds où étaient stockés toutes les marchandises, protégés en dessous par une succession de bouclier thermique en lamelle. Ce genre de vaisseau n'avait pas pour habitude d'avoir beaucoup de passager. Seulement quatre autres personnes attendaient avec lui l'arrivée du transporteur. Il y avait un couple portant deux lourdes valises chacun, une jeune femme en vêtements de voyage mais avec un attaché-caisse à la main et un homme massif qui portait un simple sac sur son épaule. Les employés du spatioport commencèrent à se regrouper autour de la zone d'appontage. Le vaisseau allait être arrimé pour charger les soutes de nouvelles marchandises. Malheureusement, Niklas n'avait pas réussi à savoir ce qu'il transportait.
Il restait encore pas mal de temps avant que le transporteur ne reparte mais les passagers étaient priés de se présenter le plus tôt possible. Des histoires d'organisation avait-on dit à Niklas.
Une fois arrimé, Niklas eut tout le temps nécessaire pour bien le détailler. Bien que de conception standard, il avait un je-ne-sais-quoi d'inquiétant. L'ingénieur repoussa cette pensée. L'inquiétude venait du fait d'embarquer sur un vaisseau qui, il y en encore quelques mois, était un vaisseau ennemie. Non pas que Niklas était un fervent défenseur de sa compagnie, du genre à combattre bec et ongle si une insulte était lancée à l'égard de Rumford. Il ne se pensait pas non plus être en mauvais terme avec les autres compagnies, Mercurius y comprit. Mais il ne pouvait pas se sortir de la tête que ce conflit lui avait coûté, à lui et à d'autres, et que les rancœurs entre les deux compagnies ennemies seraient longues à passer.
Niklas avait déjà pu en voir un avant-goût durant ses derniers jours sur Sinclair. Après avoir mis en ordre son appartement et préparer son voyage, il avait décidé de profiter du temps qui lui restait pour mettre ses affaires au clair et goûter une dernière fois au plaisir que lui offrait la ville. Le matin, il s'occupait de ses derniers problèmes administratifs et préparait son départ de l'établissement de soin. Souvent, il déjeunait avec ses amis. Il passait ses après-midis dans les salles d'arcade avec les jeunes du coins, ou à parier de l'argent dans les salles de poker. Il finissait parfois la soirée à traîner seul dans les bars et restaurants ou à profiter des spectacles de rues assis sur un banc, baigné dans les lumières douces des néons. Mais pour la majorité de ses soirées, il était accompagné par Selina et chaque moment passé avec elle resterait gravé dans sa mémoire. Malheureusement, cette joie était entachée par les conversations qu'ils avaient pu entendre. Chaque jour, dans les bars et restaurants, on parlait du conflit, de la trêve, et des tensions qu'ils y avaient entre Rumford et Mercurius. Et plus d'une fois, cela déclenchait des bagarres, des combats violents entre ceux qui trouvaient que la paix était plutôt une bonne chose et d'autres qui pensaient que cette trêve était une aberration. Il y eu même un soir particulièrement violent. Un groupe voyageurs qui venait de Mercurius se présenta à une auberge pour se restaurer. Ils furent pris à parti par les clients du bar d'à coté. Les forces de l'ordre durent séparer les deux camps avant qu'un malheur ne se produise.
Un garde le ramena à la réalité. Ils allaient bientôt partir. Lorsqu'il put enfin monter à bord du vaisseau, les autres passagers se dirigèrent directement vers leurs cabines. Niklas se dit que cela ne devait pas être leur premier voyage à bord de ce navire. Un homme vint à sa rencontre pour l'aider à se diriger à travers les coursives. « L'un des pilotes » supposa Niklas. Il lui montra la salle de détente et l'accompagna ensuite jusqu'à sa cabine où l'ingénieur put poser ses bagages. Le temps que celui-ci mette en ordre ses affaires, le vaisseau fut rempli de marchandises et le départ fut annoncé. Durant la première journée de voyage, il put rencontrer brièvement les trois pilotes et quelques membres d'équipages qui traversaient le vaisseau. Quand aux autres passagers, ce n'est que durant les heures de repas qu'il put un peu discuter avec eux. Mais ils étaient peu loquaces et préféraient rester dans leurs cabines la plus part du temps.
Leur premier arrêt fut sur une station spatiale orbitant autour d'une lune, elle même orbitant autour d'une géante gazeuse bleutée. Trois des passagers descendirent ici. Seul resta l'homme massif qui portait un sac lors de son embarquement. Le second arrêt se fit sur une lune au couleur noirâtre. Des marchandises y furent débarquées et l'homme au sac les suivit.
Niklas se retrouva seul. Il n'avait pu discuter qu'avec les trois pilotes du cargo. Ils s'échangeaient le contrôle du vaisseau toutes les dix heures et en profitaient pour se reposer. Mais ils étaient rarement dans la salle commune durant leur pause. Les techniciens qui s'occupaient sans doute du moteur devaient avoir leur propre salle de repos car il n'en vit qu'un ou deux venir discuter avec les pilotes.
Huit jours de voyage s'étaient déjà écoulés. « Plus qu'un seul jour et j'arriverai à destination » pensa Niklas en arrivant dans la salle commune pour manger un peu. Ce genre de voyage était assez perturbant pour lui. En général, durant ses mouvements quand il était dans le CDR, les délais de voyage étaient assez longs. On fournissait donc des caissons d'hyper-sommeil aux soldats et aux techniciens. C'était comme fermer les yeux et se réveiller à destination, frais et dispos pour la mission.
Mais sur l'Aquila, il venait de passer huit jours dans un vaisseau aux couloirs étroits avec un système de gestion de la lumière permettant de garder un rythme naturel de sommeil. Niklas, qui avait été habitué aux caissons d'hyper-sommeil, avait du mal à dormir dans un vaisseau. Il était entre deux eaux, pas vraiment fatigué mais pas reposé non plus, comme une longue après midi qui n'en finissait jamais.
L'un des pilotes était, pour une fois, en pause dans la salle commune. Cette pièce circulaire regroupait de quoi se détendre et se sustenter. Mais elle avait vu des jours meilleurs et commençait à accuser l'âge comme tout le reste du vaisseau. Niklas se dirigea vers un distributeur qui se trouvait contre l'un des murs pour prendre quelque chose à grignoter. Le distributeur de rations déposa une barre de céréales de voyage ainsi qu'une bouteille d'eau. Il s'installa à la table ronde, qui formait le centre de la pièce, de façon à ne pas faire face directement au pilote. L'homme le regarda s'asseoir puis reposa les yeux vers sa tablette. Niklas crut reconnaître de loin une page de journal. Quelques minutes passèrent avec pour seul bruit, le ronronnement quasi-permanent du vaisseau.
Le pilote lâcha sa tablette sur la table et s'étira.
- Vous êtes ingénieur non ? Demanda le pilote dans un bâillement.
- Oui, répondit simplement Niklas qui venait d'avaler une gorgé d'eau avant de répondre.
- C'est Vanroff votre nom, je crois l'avoir vu sur le registre de bord. Moi c'est Lucius Dator.
Le pilote lui tendit la main droite. Niklas se leva pour la lui serrer et vit que le pilote jetait des regards un peu trop insistant sur son bras gauche.
- Enchanté, appelez moi Niklas, dit-il en faisant comme si de rien n'était.
Le pilote se reprit et lui lança un sourire avant de se rasseoir.
De nouveau assis, Niklas tapota sur son bras robotique pour lancer son interface holographique. Il vérifia les dernières nouvelles sur l'extranet. Le pilote, légèrement gêné, regardait Niklas de temps à autres.
- Désolé , s'excusa Lucius en levant enfin les yeux vers l'ingénieur.
- Ce n'est rien, rassura son interlocuteur, j'ai l'habitude.
Un silence s'installa avant que le pilote reprenne la parole.
- C'est un sacré équipement que vous avez là.
- Oui en effet.
- J'ai déjà vu d'autres gens qui portent des prothèses mais, en général, il y a une protection qui imite la peau dessus.
- J'ai préféré ne pas la prendre. Dans mon métier, c'est pas rare de se faire des égratignures, or, ce genre d'imitation de peau ne se répare pas. Il me faudrait la changer tous les jours. Du coup, pour plus de facilité, je ne l'ai pas prise, répondit Niklas en éteignant son interface holo. Pendant cette opération, ses doigts bioniques se désactivaient. Il les écarta pour qu'ils retrouvent toute leur motricité.
- Oh, je vois.
- Mais ils m'ont quand même laisser choisir la couleur.
- Ah oui ? Pourquoi cuivré ? Personnellement, je pense que j'aurais pris la protection ou bien une couleur moins voyante, lança Lucius en observant sa propre main.
- Je viens de Mir'medi à l'origine, la planète du cuivre, ça me rappelle mon enfance.
Le pilote se rapprocha, en se glissant vers Niklas le long des sièges, pour mieux voir la prothèse.
- Mir'medi ? Ça me dit pas grand chose, c'est dans quelle compagnie ?
- Rumford, c'est une classe 2.
- J'ai jamais vu ce genre de modèle, ça a l'air d'être sacrément high-tech, s'étonna Lucius en désignant le bras robotique du menton.
- C'est le modèle pour les militaires blessés, dit simplement Niklas.
Il réalisa un peu trop tard son erreur.
Le pilote recula légèrement, l'étonnement marquant son visage.
- Vous étiez soldat chez Rumford ? Demanda Lucius lentement.
- Oui, répondit le plus calmement possible Niklas, Sergent ingénieur, c'était mon grade.
- Vous avez participer à beaucoup de combat ?
- Pas mal oui...
Une tension s'installa entre les deux. Lucius et Niklas essayaient l'un et l'autre de ne pas croiser leur regard jusqu'à ce que le pilote brise, une nouvelle fois, le silence.
- Vous savez, même si vous avez combattu notre compagnie, personnellement je m'en fous, mais n'allez pas le dire à Marcus et Isaac, les deux autres pilotes. Ils sont pas du genre à faire de cadeaux à des étrangers, qui plus est d'une autre compagnie, et en particulier les soldat de chez Rumford.
- D'accord, je ferai attention. Je suis heureux d'avoir eu cette conversation avec vous alors. J'aurais eu du mal à expliquer en arrivant à Zyrros-b pourquoi deux des trois pilotes étaient inconscients, répondit Niklas en faisant un clin d'œil à son camarade de route.
Lucius ricana. « Les gens du coin l'appelle Rain au fait », lui expliqua-t-il.
- Rain ?
- Zyrros-b, les gens qui y habite l'ont appelé Rain, mais il n'y a rien d'officiel je pense, répondit Lucius en haussant les épaules.
- Pourquoi Rain ? Demanda Niklas.
- Vous verrez pourquoi quand on y arrivera. Ah, ma pause va bientôt se terminer, je dois réveiller Isaac et relever Marcus. Bonne fin de voyage à vous.
- Merci, bonne route jusqu'à Agora si on se revoit pas demain avant notre arrivée.
Le pilote quitta la pièce en prenant sa tablette. Niklas finit rapidement sa barre de céréales et sa bouteille d'eau avant de retourner directement à sa cabine, craignant de ne pas être aussi chanceux lors de sa prochaine conversation avec l'un des deux autres pilotes.
Un véhicule, l'ombre intérieure, des conversations floues, des coups contre la paroi, un flash et puis de nouveau l'ombre, un cri suivi d'un dernier flash plus violent.
La voix de Lucius dans les haut parleurs de la cabine réveilla Niklas.
- On arrive bientôt à Rain ! Encore une heure de trajet et on y est.
Niklas alla jusqu'à l'intercom de sa cabine, encore un peu secoué par son rêve, pour appuyer sur le bouton de transmission et répondit.
- Très bien, je me prépare, vous remercierez les autres membres de l'équipage de ma part pour le voyage.
Niklas rassembla le peu d'affaire qu'il avait emporté. On lui fournissait quasiment tout sur place. Les vêtements et tout le matériel du quotidien étaient créés sur place grâce aux synthétiseurs des stations. Les seuls objets qu'il avait emporté étaient principalement des souvenirs : quelques médailles, des photos et du matériel de maintenance qu'on lui avait fourni pour l'entretien de son bras.
Il finit par s'installer dans sa chaise de sécurité pour encaisser l'atterrissage. La planète Zyrros-b, ou Rain pour les locaux, n'avait pas de spatioport. Le vaisseau allait devoir atterrir sur la planète pour décharger sa cargaison. Les traversés d'atmosphère étaient toujours violentes même avec des boucliers thermiques et cinétiques qu'avaient tous les vaisseaux. Une fois bien calé dans sa chaise, Niklas attendit que les tremblements commencent. Ils arrivèrent rapidement.
L'Aquila tremblait en silence jusqu'à arriver dans la thermosphère. A ce moment, un sifflement se fit entendre. C'était dut à la vitesse de descente mais aussi à la coque qui chauffait légèrement. Ce n'était pas le premier atterrissage un peu délicat pour ce vaisseau, et c'était loin d'être son dernier, pourtant, Niklas vit que les boucliers se donnaient à fond pour que la coque ne soit pas trop endommagée par la descente. « L'Aquila aurait dû être mis à la retraite depuis un bout de temps » pensa Niklas , crispé sur son siège, en observant les lumières qui vacillaient à cause du surplus de consommation des boucliers. Tout à coup, un gros sifflement retentit puis s'atténua lentement. « On dirait le bruit du métal chauffer à blanc plonger dans de l'eau » se dit Niklas. La coque était martelée d'impacts dûs à une forte pluie qui s'abattait à la surface de la planète.
Le vaisseau ralentissait de plus en plus. Un grand-à-coup secoua Niklas, indiquant que l'Aquila venait d'atterrir avec succès.
Les lumières de la cabine retrouvèrent leur éclat. Les boucliers venaient d'être désactivé au moment où le vaisseau cessa complètement de bouger. Les hauts parleurs crachotèrent : « nous somme arrivés sur Zyrros-b, le vaisseau restera à la surface durant dix heures, le temps que toute la cargaison soit livrée. Les passagers voulant descendre à cette arrêt sont priés de se présenter dans la salle commune dans dix minutes. »
Niklas déboucla sa ceinture et prit son sac avant de sortir de sa cabine. Il suivit les couloirs menant à la salle commune. Lucius et un autre pilote l'attendaient.
- Ah vous voilà, lança Lucius, moi et Isaac on doit aller discuter avec ceux qui gèrent le déchargement des marchandises, on vous accompagne jusqu'à la sortie.
- Je vous suis, répondit Niklas.
Ils se dirigèrent vers le couloir qui menait au sas de sortie du vaisseau. Lucius releva une boite de console, appuya sur plusieurs boutons avant d'abaisser un levier des deux mains. Un dé-clique se fit entendre ainsi qu'une légère perte de pression quand la porte du vaisseau commença à s'ouvrir. Des lumières blanche éblouirent sommairement Niklas quand la porte fut enfin totalement ouverte. Les deux pilotes passèrent en premier, l'ingénieur leur emboîta le pas.
L'Aquila était raccordé à la Station par un long couloir d'arrivée comme sur n'importe quel spatioport. C'était la procédure de routine sur les planètes n'ayant pas une atmosphère viable.
La passerelle d'arrivée faisait environ 100m de long. Ils arrivèrent donc assez vite au sas d'entrée de la station. Le couloir ne permettait pas de voir l'extérieur malheureusement. « Je verrais à quoi ressemble ma nouvelle terre d'accueil bien assez tôt » pensa Niklas.
Le sas s'ouvrit avec un nouvel ajustement de pression. Tous les trois s'engagèrent dans un grand hall d'accueil. Il était assez basique dans sa conception. Mais Niklas remarqua quelques points qui témoignaient bien que cette station avait été mise en place depuis plusieurs dizaines d'années. Le style de décoration avait traversé les époques et les modes restant assez simple. L'équipement général était au norme même si l'ingénieur put déceler quelques pièces qui mériteraient leur place dans un musée. Isaac marmonna un « au revoir » avant de rapidement se diriger vers un couloir qui partait vers la gauche. Lucius se retourna vers Niklas.
Bon je vous laisse là, on dirait bien que votre comité d'accueil vous attend !
Lucius montra d'un léger mouvement de tête un groupe de quatre personnes qui semblait attendre à l'autre bout du hall.
- Bonne chance pour votre nouvel emploi, il se peut que l'on se revoit, l'Aquila est l'un des seuls vaisseaux qui passe par ici, dit le pilote.
- Merci Lucius, ça sera un plaisir de vous revoir. Il lui serra la main. Je vais pas trop faire attendre mes nouveaux patrons, bonne route à vous.
- Ça devrait aller, on est plus très loin d'Agora, lança Lucius en suivant le chemin qu'avait pris Isaac.
Niklas remit en place son sac à dos et changea sa valise de main puis se dirigea vers les personnes qui l'attendaient. Le premier qui avança vers lui avait une allure de jeune homme malgré ses cheveux poivre et sel. Lentement, les trois autres personnes qui l'accompagnaient le suivirent.
- Bonjour et bienvenue sur la Station Prime, Sergent ingénieur Vanroff, je suis James Farland, le directeur des opérations sur Zyrros-b, se présenta l'homme en tendant la main vers Niklas.
- Vous pouvez laisser mon grade de coté et simplement m'appeler Niklas » dit l'ingénieur après avoir rendu le salut du directeur.
- Les grades, on les garde à vie sergent, lança l'homme qui était à gauche du directeur. Il était puissamment bâti, le crâne rasé et portait une barbe rousse qui lui mangeait tout le bas du visage jusqu'aux oreilles.
- C'est vrai « Major » ingénieur Mackinnon, mais vous êtes rarement aussi pointilleux, surtout quand vous travaillez à votre distillerie au lieu d'être à votre poste ! Répondit Farland en ricanant.
- Hey ! Sans moi et l'assistant de Mélina, on aurait absolument rien à boire sur ce caillou ! Et je ne crois pas vous avoir entendu vous plaindre quand vous avez goûté la dernière cuvée ni devant les profits réalisés concernant l'export, lança Mackinnon.
- Chacun doit faire son travail pour lequel il est payé, Gowan ! Vous êtes censé être dans la réparation, pas dans l'algoculture ! Encore moins dans la fabrication d'alcool, répondit la femme âgée qui accompagnait le groupe. Un sourire malicieux creusa les rides de son visage. Même si je dois avouer que la dernière cuvée était vraiment excellente.
- Oui ! C'était l'une des meilleurs distillations pour le moment, répondit Farland, se prêtant au jeu.
Le dernier homme qui n'avait pas encore parlé s'avança légèrement. Il dépassa tout le monde par sa taille. Ses cheveux blonds étaient parfaitement coupés à la Romaine et son menton rappelaient les anciennes statues que tous les nobles de la compagnie Mercurius appréciaient.
- Et si nous reprenions les présentations, monsieur le directeur ?
- Oui c'est vrai, voici Melchior Altus, mon second, toujours là pour nous ramener vers ce qui est vraiment important ! Il dirige toute la partie économique de l'opération sur la planète.
- Ah parce que faire des économies sur l'achat de produits de première nécessité comme l'alcool c'est pas important ? Lança Mackinnon.
- Ça l'est bien sûr ! répondit joyeusement Farland, voici donc le « Major » Gowan Mackinnon, notre ingénieur en chef de la planète, votre deuxième patron en somme.
L'homme donna une poignée de main solide à Niklas, et rajouta d'un clin d'œil.
- Bienvenue ! Ne vous inquiétez pas, vous n'aurez pas à m'envoyer de rapports journaliers, promis !
Niklas sourit à cette remarque, enchanté et je pense que je vais être ravi de travailler sous vos « ordres ».
- Il y a enfin notre chère Mélina Vikita, scientifique en chef de la planète et sa doyenne aussi, dit James avec un sourire.
- Cela vous n'aviez pas à le préciser James, elle remit légèrement en place son chignon qui tenait attaché ses cheveux blanc. Et scientifique en chef est un bien grand mot, étant donné que nous ne somme que six en tout maintenant. Enchantée et bienvenue Niklas.
- Merci, enchanté aussi, répondit l'ingénieur.
Melchior prit la parole sobrement, Si vous voulez bien m'excuser, Monsieur Farland, je dois superviser le déchargement des marchandises. Ils doivent m'attendre. Bienvenue parmi nous, Sergent Vanroff.
- Merci monsieur Altus répondit rapidement Niklas avant que Melchior ne se mette rapidement en marche vers le couloir qui menait au hangar de déchargement. Une fois qu'il fut partie, le directeur qui le suivait des yeux reprit la parole.
- Il est toujours sur la brèche, répondit James, ni voyez aucune offense à son coté un peu abrupt.
- Il n'y a aucun souci, chacun doit faire le travail pour lequel il est payé comme vous l'avez dit, répondit Niklas en regardant Mélina.
- Oui, Melchior fait toujours du zèle, répondit Mélina, toujours avec le même sourire malicieux. Elle se pencha vers le directeur, « James, si nous amenions ce jeune homme à la zone de repos pour que nous puissions continués cette présentation assis et pouvoir lui montré un peu l'extérieur. »
- Oui, tu as raison Mélina, comme toujours, suivez moi.
Le directeur se retourna et commença à avancer vers le couloir dans leur dos. Niklas et les deux autres le suivirent jusqu'à déboucher dans un autre hall, où étaient disposés des tables et des sièges. Encore une fois l'ingénieur fut étonné par la diversité dans la décoration. Certain de ces sièges devaient dater de la colonisation de la planète certains semblaient neufs et modernes, d'autre étaient si passés de mode qu'ils en étaient ridicules. Des étagères recouvraient une partie des murs de la pièce mais le plus impressionnant était l'énorme baie vitrée qui faisait office de mur sur la droite du hall.
- Quelque chose à boire ne serait pas de trop je pense, Mélina, Gowan, comme d'habitude je suppose, demanda James sans attendre de réponse en s'approchant d'un bar. Niklas, que puis-je vous offrir ?
- Je ne suis pas difficile, je prendrais la même chose que vous.
- Ah ? Je peux vous faire découvrir le produit local alors, répondit le directeur en débouchant une bouteille contenant un liquide vert foncé.
Le reste du groupe se dirigea vers les sièges proche de la baie vitrée. Mélina s'assit sur une banquette orange criarde avec un soupir de soulagement. Le Major s'installa confortablement dans un fauteuil de cuir usé par l'âge tandis que Niklas s'approcha au plus près de la vitre.
- Voici Zyrros-b ou Rain comme nous l'appelons entre nous, déclara fièrement Mélina.
Devant les yeux de Niklas s'étendait une gigantesque plaine de roches noires aux reflets brillants. Les pierres avaient un aspect lisse, comme poli, brillant. Leur surface renvoyait des couleurs diverses, dû à la réflexion des quelques rayons de soleil qui passaient l'épaisse couche de nuages qui couvrait le ciel. Une forte pluie tombait sur la plaine, des flaques géantes se formant parmi les rochers. L'eau coulait aussi dans des canaux artificiels qui semblaient faire le tour de la base. Le ciel avait une teinte bleutée malgré l'orage qui s'abattait dehors. La vue était si dégagée, le terrain si plat que Niklas pouvait voir à des kilomètres à la ronde. Il aperçut même des vapeurs qui semblaient sortir de collines basses à l'horizon.
- Nous sommes sur Cobalt, l'un des deux continents que compte cette planète. Mélina fit une pause pour regarder ce paysage qu'elle connaissait si bien, il y a dix millions d'années cet endroit n'existait pas. Toute la planète a connu une période de volcanisme intense pendant des millions d'années. C'est ce qui a créé la plus grande partie de ce continent.
- C'est vraiment...époustouflant, répondit Niklas qui avait toujours les yeux qui exploraient ce paysage d'obsidienne.
Mélina continua ses explications, d'un ton de professeur donnant cours à ses élèves.
- Il pleut presque toute l'année sur les continents. Des cellules orageuses se forment dans l'océan qui recouvre quatre-vingt-cinq pour-cent de la surface de la planète et s'abattent sur les terres.
- Il y a quelques périodes d'accalmie durant l'hiver et des ouragans apparaissent pendant l'été, précisa James qui était entrain d'amener sur un plateau les différents verres pour tout le monde.
- Et c'est ton nouveau chez toi pour, au moins, les deux ans à venir, lança Gowan.
- J'ai pas mal voyagé avec mon boulot d'ingénieur mais je n'ai jamais vu un endroit pareil ! Il parait si peu touché par les activités de la base ! répondit Niklas.
James distribua les boisson : une tasse de thé pour Mélina, un mug en grès fumant pour le Major et deux verres à fond plat remplis d'une liqueur verte, légèrement teinté de bleu sur sa surface et une bouteille remplie du même liquide vert bleuté. Il s'approcha de Niklas, qui se tenait toujours prêt de la baie vitrée, et lui tendit son verre.
- Un verre de bienvenue pour notre nouvel ingénieur de station ! s'exclama James en levant son verre. Je souhaite que votre séjour parmi nous se passe à merveille.
- Bienvenue Niklas, enchaîna la scientifique en chef en levant sa tasse de thé. Attention à ce que vous a servi James, cela peut paraître fort pour quelqu'un qui n'y est pas habitué.
- Déjà à faire votre mère poule Mélina ? Ne vous inquiétez pas pour lui, les militaires savent boire si l'entraînement n'a pas changé depuis que je suis parti du CDR, Lança Gowan avant d'amener à ses lèvres son mug et de boire une longue gorgée.
- Je ne comprend pas comment vous pouvez boire ça chaud plutôt que froid Gowan ! Répondit le directeur avant de prendre une gorgée de son propre verre.
Niklas approcha le verre de son visage. L'odeur d'alcool lui vint tout de suite au nez. Mais une autre odeur était présente, plus subtile. Une impression de fraîcheur et de nature vivante. Il prit finalement une petite gorgée du breuvage. L'alcool attaqua tout de suite mais une teinte légère de sucre adoucit sa puissance. Vint alors un délicat goût de plante qui lui rappela un alcool de sève qu'il avait bu sur une lune d'une géante gazeuse durant l'une de ses premières missions. Il reprit une gorgée pour apprécier cette saveur étrange. Gowan émit un râle de contentement en posant son mug.
- Ça fait du bien par où ça passe ! Et ça réchauffe ! Il se cala au fond de son siège, Je le bois chaud parce que ça me rappelle l'alcool qu'on buvait par chez moi, répondit Gowan en regardant James siroter son verre.
- C'est vraiment bon, dit Niklas, C'est donc ça la production que vous entretenez ? Demanda-t-il en finissant son verre.
- Ouais ! On le fabrique avec l'un des gars de Mélina, un océanologue, un alambique fait maison à partir de pièce détachées et moi pour les connaissances basiques en alcool, expliqua l'ingénieur en chef.
- Ainsi que quelques ressources de la base « empruntées » pour lancer la production qui a d'abord eu lieu sur l'une des stations hors service à l'abri des regards indiscrets, rajouta le directeur en finissant son verre lui aussi.
Gowan roula les yeux vers le ciel, les bras croisés.
- Vous allez me reprocher ça combien de temps ? Il nous fallait bien quelques produits de base pour lancer la fermentation et pour le secret, si on avait fait ça dans les labo de Mélina, elle nous aurait jeté dehors sous prétexte que c'était dangereux.
- Une demi tonne de sucre, sept rations mensuelles d'eau purifiée et des échantillons d'algue marine que l'équipe de Mélina étudie sont les « quelques » produits que Gowan a omis de préciser, précisa James à Niklas.
- Et plusieurs passages à mon infirmerie pour des complications dues à la consommation d'alcool frelaté des premiers essaies et à des brûlures au premier et second degré pour lui et mon assistant quand ils ont fait exploser leur premier alambique, rajouta Mélina qui buvait lentement son thé.
- Des détails ! Répondit Gowan à James en balayant l'air d'un geste de la main, et il faut bien quelques sacrifices pour faire avancer la science, dit le major en fixant la vieille scientifique qui pouffa de rire. Les dernières fournées de bouteilles sont parfaites maintenant.
James et Mélina rirent ensemble. Les emportements du maître ingénieur étaient communes mais toujours sans méchanceté dans le fond. Elles tournaient presque toujours autour de sa création, son alcool qu'il défendait bec et ongle comme une mère défendrait son enfant. Au fond, tout le monde sur Rain était impressionné par sa création et l'appréciait d'autant plus part son origine. Une idée folle, une envie d'alcool primaire que l'Homme avait toujours assouvi. « Même au fin fond de l'espace, on ne peut pas changer ses racines » pensa Niklas. Durant ses missions, il avait pu vérifié cette théorie maintes et maintes fois. Elle semblait faire partie même de l'Humanité, qu'importe le caillou sur lequel elle se posait. Un jour ou l'autre, quelqu'un, quelque part, essayerait de faire de l'alcool avec ce qu'il aurait sous la main. Il avait déjà bu pire que cette liqueur d'algue.
Le directeur posa son verre vide sur une petite table basse blanc cassé aux angles arrondis qui se trouvait entre les sièges. Voulez vous un autre verre Niklas ?
- Oui merci, Niklas posa lui aussi son verre et s'assit sur l'une des banquettes qui lui semblait être parmi les plus récentes.
James le resservit. Gowan refusa d'un signe de tête lorsque James porta la bouteille vers sa chope. Mélina accepta d'en prendre un fond dans sa tasse maintenant qu'elle avait fini son thé. Niklas reprit son verre et fit tourner la liqueur pour en apprécier l'odeur.
- Concernant votre contrat, Niklas, dit le directeur en s'asseyant dans un fauteuil comparable à celui dans lequel l'ingénieur en chef s'était assis, mais qui avait une bien meilleure allure, nous avons encore quelques détails dont nous devons discuter dans mon bureau. Mais je peux déjà vous dire qu'une visite médicale vous attend avant de partir pour votre poste.
Mélina toussa légèrement pour interrompre son ami,
- Chose dont je pourrais m'occuper une fois que tu auras laissé ce jeune homme se reposer de son voyage, James.
Le directeur acquiesça avec un sourire. S'adressant de nouveau à Niklas, il dit : « Mélina n'est pas seulement la scientifique en chef, elle est aussi responsable de la clinique médical de la base central. »
Sur ces paroles, Farland se releva un peu trop brusquement, ce qui fit tinter les verres sur la table. « Allons dans mon bureau Niklas, enchaîna le directeur, nous pourrons régler rapidement les dernières question et vous pourrez prendre du repos. »
Niklas but son verre d'une traite et le reposa sur la table. Ce simple geste fit sourire son futur ingénieur en chef qui lui fit un hochement de tête en signe d'approbation.
- Je vous conduirai moi-même à votre station une fois que Farland aura fini de vous assommer avec des procédures inutiles et que vous aurez eu une bonne nuit de repos ici !
Gowan se leva et serra la main de Niklas avant de partir.
- On se revoit demain, sergent !
- Suivez moi, Niklas,
Farland partit rapidement vers le couloir par lequel ils étaient rentrés.
- Je vous conseille de le suivre rapidement ! Mélina lui tapota l'épaule pour le mettre en route, James a parfois du mal à se rappeler que tout le monde ne connaît pas la base aussi bien que lui !
Niklas sourit à la scientifique avant de rattraper le directeur qui venait de s'engager dans un autre couloir, obligeant l'ingénieur à accélérer le pas.
Les couloirs s'enchaînèrent rapidement pendant son trajet vers le bureau du directeur. Ils se ressemblaient presque tous. Certains semblaient plus vieux que d'autres mais ils étaient tous composés des mêmes matériaux métalliques, plaques d'alliage et de petites baies vitrées à intervalles réguliers. Par ces ouvertures, il pouvait voir rapidement le paysage noir et mouillé des alentours de la base qui était surélever par des pilonnes larges. Des flaques grises laiteuses commençaient à se rassembler pour ne former qu'une gigantesque plaque d'eau entourant la station.
Après une dernière volée de marche, ils arrivèrent enfin au bureau de Farland. Celui-ci rentra directement en tenant la porte pour que l'ingénieur puisse passer.
- Entrez ! Entrez, installez vous, dit James en proposant l'un des sièges se trouvant devant son bureau.
Niklas s'installa confortablement. Encore une fois, les fauteuils différaient l'un de l'autre. Celui qu'avait choisi Niklas était tout en courbe et semblait neuf. L'autre avait vu des jours meilleurs et était à l'angle droit recouvert de cuir beige usé alors que le sien était bleu. Le reste du bureau démontrait parfaitement par sa décoration que la station existait depuis un bon moment déjà. Pas un centimètre des trois murs du bureau était visible. Seul le quatrième mur, celui en face de la porte, était exempt de décoration car occupé par une grande baie vitrée. Le reste était recouvert soit d'étagères, soit de cadres de diplôme, de photo ou d'œuvres d'arts. Les rayons étaient occupés par ce qu'un antiquaire pourrait appeler, en terme technique « aggloméra-de-babioles-ramassé-dans-tous-les-marchés-à-touriste-de-plusieurs-dizaines-de-planète ».
James s'installa à son tour et mit en route rapidement son ordinateur holo. L'écran de lumière semi-transparent s'alluma à partir de sa base métallique. Il tapota ensuite quelques commandes pour faire apparaître plusieurs fichiers.
Voilà ! Reprit-il après quelques secondes, j'ai votre contrat et votre dossier sous les yeux, ça aidera pour cette entretien.
Un entretien ? Mais j'ai déjà signé le contrat, s'étonna Niklas.
Oui, enfin non, pas un entretien, plus une conversation que nous devons avoir, vous et moi, avant que vous ne preniez vos fonctions parmi nous, rectifia le directeur promptement.
Farland s'adossa plus confortablement dans son siège avant de continuer. De ce simple geste, il sembla changer de personnalité. Bien plus sérieux et strict qu'il ne l'avait laissé penser par sa première impression quand il avait partagé un verre avec lui. Au vu de votre dossier et de votre historique, vous êtes le mieux placé pour savoir que les tensions avec Mercurius, notre voisin le plus proche, sont encore fortes.
Oui, j'ai eu le temps de lire les dernières nouvelles durant le trajet jusqu'ici, répondit Niklas.
Bien ! Et je suis ravi de pouvoir vous dire que nous n'avons pas ce problème dans ce secteur. Les tensions n'arrivent pas jusqu'ici. Le directeur croisa ses mains devant lui. Pendant le conflit entre notre compagnie et celle de Mercurius, nous avons pu rentré en contact avec les administrateurs d'Agora, pour mettre en place une trêve. Il n'y a eu aucun combat ici, et Rain a même servi de place neutre pour les négociations entre les marchands venant des deux compagnies.
C'est assez...particulier comme situation, commenta l'ingénieur.
Peut-être bien... peut-être même que certains membres des deux compagnies ont vu d'un mauvais œil cette collaboration. Mais ici, à la frontière, les conflits ne peuvent rien apporter de bon. Nos employés respectifs se connaissent, ils partagent les même vaisseaux et ont parfois même de la famille en commun.
Le directeur fit une pause, et lança un regard sur le mur rempli de photos pendant quelques secondes avant de reprendre.
Je vous dis tout cela dans le but de vous prévenir. Ici, nous ne pouvons tolérer des actions agressives envers Mercurius. Votre passé de soldat et vos blessures pourraient vous avoir donner des rancunes, ce que je comprendrais parfaitement. Mais comme je l'ai précisé..
Niklas leva la main pour interrompre le directeur. Je vous arrête là, monsieur Farland. Vous n'avez pas besoin d'en dire d'avantage. Je ne suis pas le genre de soldat à avoir des rancunes. J'ai combattu cette compagnie et ses soldats, c'est vrai. Mais je ne les hais pas. Et pour mon bras, je tiens à préciser que ce n'est pas à cause des combats auxquels j'ai participé que je suis dans cette état, ou du moins, ce n'est pas directement à cause des soldats de Mercurius. Vous n'avez rien à craindre, je saurai avoir un comportement exemplaire.
Farland regarda son nouvelle employé. Il s'adoucit de plus en plus et son visage se marqua d'un sourire.
C'est une très bonne chose, Niklas ! Je suis soulagé, vraiment ! Nous avons beaucoup de monde ici, parmi vos futurs collègues, qui ont de la famille des deux cotés des compagnies. C'est parfois compliqué de combiner les caractères et opinions de chacun. Nous sommes presque tous dans ce cas sur Rain.
Vous avez quelqu'un que vous connaissez chez Mercurius ?
Ma sœur. Elle est mariée à un marchand sur Agora. Farland désigna une photo sur le mur, montrant une jeune femme brune accompagnée d'un homme à la forte carrure. Vous aurez peut être l'occasion de la rencontrer, nous expédions une partie de nos productions dans l'espace de Mercurius grâce au magasin qu'ils tiennent ensemble.
Farland se détendit. Il observait la photo avec un air nostalgique. Il se reprit soudainement. Bon ! Étant donné ce problème réglé, notre entretient... pardon, notre conversation va pouvoir reprendre sur des bases plus saines, il sourit de nouveau en regardant Niklas, vous aurez donc le droit à un entretien médical avec Mélina, demain. Puis Gowan pourra vous amener à votre station. Vous avez déjà travaillé dans une station Lonewolf ?
Non, jamais, j'ai travaillé dans une station Hive Mk2 avant de faire mes classes, et j'ai pu visité des stations HomeClan de différents modèles pendant mes missions.
D'accord. Gowan pourra vous montrer les spécificités de la station une fois là-bas, ainsi que les maintenances dont elle a besoin. Vous serez seul, ça ne vous posera pas de problème ?
Je n'ai pas de problème avec la solitude. De tout façon, je suppose que devoir maintenir seul la station et les drones va me prendre la plupart de mon temps, il sourit, je pense que je n'aurais pas le temps de remarquer que je suis seul.
Pour les drones, là encore, Gowan pourra vous montrer le plus important concernant leur maintenance. Bien sûr, au départ, votre production ne sera pas optimal mais ne vous inquiétez pas, nos affaires tournent bien. Farland jeta un œil à son écran. Ensuite, concernant votre contrat de deux ans, vous aurez la possibilité d'avoir des congés : un mois tout les huit mois.
Autant que ça ? La surprise était grande pour l'ingénieur.
Oui, Farland ne sembla pas comprendre l'étonnement de son employé. Puis il comprit, ah oui bien sûr, à l'armée vous ne deviez pas être habitué à ça.
« C'était peut dire » pensa Niklas. Pendant tout son temps dans l'armée, il n'avait eu que huit permissions et, à chaque fois, elles n'avaient duré qu'une semaine. Il avait dû les prendre sur les planètes même où il était stationné ou bien dans les bases arrières durant les combats.
Avoir autant de temps libre lui paraissait presque trop. Mais il se rappela qu'il lui fallait plus d'une semaine pour retourner à la planète de Rumford la plus proche. Un mois était donc une durée presque obligatoire pour ne pas passer la plus grande partie de ses congés dans l'espace entre les planètes.
Je m'y accommoderais parfaitement je pense, répondit-il enfin.
A la bonne heure ! Le directeur appuya sur une touche située sur son bureau, nous en avons terminé pour aujourd'hui, je pense. Je vous appelle quelqu'un pour vous conduire dans l'une des chambres de la base. Prenez du repos, Niklas ! Demain sera votre premier vrai jour parmi nous !
Ils se levèrent et le directeur le raccompagna dans le couloir. Une femme arriva juste à ce moment là. Elle portait une combinaison de travail bleu-grise délavée.
Ash ! Je vous présente Niklas. C'est notre nouvel ingénieur. Menez le dans l'une des chambres de la station, il vient d'arriver et il a besoin de repos.
Bien sûr, James. Enchantée, Niklas ! Je m'appelle Ashley Stanley, je m'occupe de la gestion du personnel.
Enchanté de même, je vous suis, madame.
Appelez moi Ash, tout le monde le fait sur la base, dit-elle en lui souriant.
« Les habitudes militaires », pensa-t-il, difficile de se référer à quelqu'un autrement que par madame et monsieur. « Il faudra que je m'habitue à être un peu moins...soldat » .
Ashley les firent traverser beaucoup de couloir. Niklas se trouva complètement perdu au bout de quelques minutes. Elle sembla le remarquer après qu'ils eurent passé un autre croisement.
Demain, je viendrai vous chercher pour votre visite avec Mélina. Je suppose que vous avez le droit au check-up complet, n'est-ce pas ?
Oui, merci, je pense que je vais mettre quelque temps à me repérer dans cette base, lui répondit-il en esquissant un rictus. Pour autant, il n'était pas rassurer.
Ils arrivèrent enfin dans un couloir comportant plusieurs séries de portes se faisant face. Ils s'arrêtèrent devant une cabine comportant le numéro 24:B.
Nous y voilà ! Vous trouverez à l'intérieur tout ce qu'il vous faut pour pour détendre et vous lavez. Bienvenue parmi nous, Niklas !
Ils se serrèrent la main et Stanley reparti par un autre chemin que celui par lequel ils étaient venus. « Elle doit connaître la base comme sa poche » songea l'ingénieur.
Il appuya sur le bouton d'ouverture pour faire glisser la porte sur le coté. Il découvrit une chambre assez simple. Il ne prit pas le temps de visiter les trois pièces qui composaient l'ensemble de l'appartement qu'on lui avait donner pour une nuit. Il posa son sac et sa valise sur le coté du lit, lança sa veste au loin qui tomba à coté d'une petit table comportant quelques boutons. Il les examina. L'un d'entre eux avait un dessin d'une fenêtre. Il l'enfonça. Le mur du fond, en face de la porte, à droite de son lit, coulissa vers le haut, laissant place à une baie vitrée. Il contemplait de nouveau la plaine de basalte noir avec ses paysages mouillés, arrosés de ces pluies qui semblaient tomber à l'infini.
Niklas, une fois en tenu plus légère, s'allongea sur le lit et se mit à observer le monde qui l'accueillerait pour un certain temps. « Bon sang ! Mais que cette planète porte bien son nom ! ». Ce fut la dernière pensée de Niklas avant de sombrer dans le sommeil, bercé par le son de la pluie tombant sur les plaques d'aciers composant le toit de la station.
