B comme Blessures
ou : De humani corporis fabrica
Le docteur John Fremans était, sans aucun doute possible de la part de ses contemporains, le plus grand spécialiste mondial d'anatomie. Et, bien que cet adjectif lui seyait à merveille de par son mètre quatre-vingt dix-sept, sa grandeur était reconnue aux quatre coins du monde. Il était toujours l'invité d'honneur des grandes réunions mondiales de médecine, et dès qu'il prenait la parole lors d'un colloque suivi et couvert par les plus grands, immanquablement un silence religieux l'accompagnait.
Au terme de pas moins de dix-sept années de recherches, suivies elles-mêmes de quatre années d'écriture, John Fremans avait publié l'œuvre que les plus éminents cerveaux attendaient : De Natura Iniurias Communia et Singularis Hominis, gracieusement accompagnée de sa traduction en guise de sous-titre ; De la nature des blessures courantes et singulières de l'Homme. Bien que le latin ne soit plus une langue d'actualité, Fremans éprouvait un amour si sincère pour cette langue, qu'il ne pouvait commettre l'outrage de ne lui consacrer le titre de l'œuvre de sa vie.
Son traité, de quelques six cents pages et pas moins de trois cents planches illustratives, se voulait une liste et une analyse exhaustive de toutes les blessures possibles et imaginables auxquelles le corps d'un homme pouvait être soumis, de manière volontaire ou accidentelle. De la petite coupure provoquée par une feuille de papier particulièrement aiguisée, à la brûlure qu'occasionait la chute d'une météorite suffisamment grande pour ne pas être réduite en poussière lors de son entrée dans l'atmosphère, chaque plaie se trouvait recensée dans cet abécédaire des maux.
En somme, De Natura Iniurias Communia et Singularis Hominis se voulait le nouveau pilier de l'anatomie contemporaine. Certains allaient jusqu'à reléguer Andreas Vesalius au rang de charlatan de bas étage, ce qui n'avait manqué de flatter l'ego, ô combien modeste, du docteur en anatomie humaine John Fremans.
Aussi, le si renommé théologien ne pensait un jour se retrouver démuni devant quelque cas. Pourtant, il devait reconnaître que les patients dont il avait accepté la charge ne cessaient de l'étonner. Jamais ô grand jamais n'avait-il rencontré de corps aussi mutilés. Et il ne parvenait à trouver d'explication logique et satisfaisante aux nombreuses blessures, trop souvent mal cicatrisées, qui parsemaient le corps des deux jeunes hommes Dean Smith et Sam Wesson.
Ces trois lignes parallèles et fines qui couvraient le torse du plus jeune ne lui évoquaient rien. Les cicatrices étaient trop identiques et séparées d'exactement 1,34 cm chacune. Elles ne pouvaient être l'œuvre de couteaux. La distance entre chaque était bien trop précise. La séparation de 1,34 cm ne correspondait à l'écartement de griffes d'aucun animal recensé, et jamais encore un psycopathe n'avait été reconnu comme vouant un culte à ce nombre.
Et, comble suprême pour l'anatomiste qu'il était, une nouvelle énigme venait s'ajouter aux précédentes. Les radiographies, réalisées pour confirmer la présence de fêlures sur les côtes du plus âgé des deux, révélaient de véritables gravures ornant chaque recoin de ses os. John Fremans ne savait déterminer l'origine douteuse de ces charcutations, et, bien que son apprenti en paraissait intimement convaincu, il ne pensait certainement pas que les deux hommes se soient adonnés à la scarification.
Tout en réfléchissant à ce qui pouvait être arrivé à ses deux patients, John Fremans grifonna sur son dossier. Les radios maintenant finies, il fallait absolument leur faire passer des examens psychologiques. Bien qu'étant un homme particulièrement pieux, assistant à l'office chaque dimanche, il ne croyait définitivement pas à leur version des faits. Un de leurs amis, un ange dénommé Castiel et vêtu d'un trench coat beige, aurait réalisé ces symboles pour les protéger de ses frères, impatients de les retrouver afin qu'ils acceptent enfin leur rôle dans l'Apocalypse qu'ils auraient déclanchée, après avoir libéré Lucifer en brisant les 66 sceaux.
Et puis quoi encore ?
FIN.
Bonsoir à tous !
Voici donc le nouvel OS que je vous propose, sur le thème des blessures. J'espère qu'il vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser vos avis, positifs ou négatifs, ils me permettront de m'améliorer. :)
Je tiens par avance à m'excuser pour les possibles fautes de latin qui se seraient glissées dans ce texte, car je ne suis plus latiniste depuis bientôt 3 ans, et à vrai dire, on oublie tout très (trop) vite ! Je tiens à vous préciser que "De humani corporis fabrica" est le titre de l'œuvre écrite par André Vésale, considéré comme le père de l'anatomie moderne.
J'espère que la petite "blague" sur les noms que j'ai donnés à nos deux frangins préférés vous aura plue ^^
Je vous dis à très bientôt !
Azyline.
