Chapitre 5 : Severus
Une lettre mystérieuse
Jamais Severus ne s'était senti aussi mal. Les petites humiliations de son enfance et de son adolescence n'étaient rien comparé à se faire repousser par l'amour de sa vie. Sa vie. Quand restait-il ? En Severus, il ne restait que une haine froide et éternelle pour James Potter et Sirius Black, opposé à un amour brûlant et passionnel pour Lily. Un amour qui avait traversé la peur, le doute, la mort. Un amour éternel, destiné à survivre au temps et à l'espace.
Mais que restait-il de sa vie chez les vivants ? Que pensait Harry Potter sur lui ? Le haïssait-il toujours ? Lui avait-il pardonné ? Tant d'interrogations qui restaient vaines. Severus était mort et il ne pourrait plus jamais revenir en arrière. Cette maison serait sienne à jamais. Ses tourments eux aussi seront éternels, du moins tant que Lily ne l'aimerait pas. Severus voulait bien souffrir jusqu'à vouloir disparaître dans le néant pour avoir ne serait-ce qu'une infime parcelle de l'amour de la jeune femme. Il aurait fait n'importe quoi pour elle, même embrasser les chaussures de James Potter et Sirius Black.
Severus aurait pu se tenir à son plan initial. Il aurait pu dérober assez facilement un cheveu de James, et prendre sa place pour une heure ( surtout de nuit ! ). Il aurait pu répéter l'expérience. cela aurait pu devenir son unique raison d'être, sa drogue, son vin. Mais les paroles d'Albus Dumbledore raisonnaient dans son crâne. Maudit soit cet honneur qui le poussait à ne pas faire ça ! Maudit soit Dumbledore et ses paroles si vraies mais si énervantes ! Maudit soit James qui lui avait pris Lily ! Maudit soit Voldemort ! Mer... alors !
Severus s'assit dans le canapé, un verre d'hydromel à la main. Il le vida d'un trait, sans même y penser. Son esprit tournait à plein régime. Lily ne l'aimait pas, il allait l'amener à le faire ! Après tout, une femme sait-elle résister à de délicates attentions répétées ? Mais Lily était pure, et des cadeaux ne sauraient la pervertir. Mais comment ?! Quel casse-tête !
Vers midi, il ne savait toujours pas. Il se leva, alla à la cuisine et vit, à côté d'une casserole, une missive. Elle ressemblait à celles de Poudlard, à la seul que le sceau de cire ne portait pas ses armoiries. En fait, il montrait un serpent et un lion entrelacés, avec en-dessous écrit : Semper amor iurgia vincit ( l'amour vainc toujours les différences ). Severus la retourna ; il n'y avait pas de nom d'expéditeur. Les mains légèrement tremblantes, il l'ouvrit. Un rouleau de parchemin tomba de l'enveloppe et voleta un instant dans les airs. Severus voulut l'attraper, la rata, et la regarda tomber lentement au sol. Il la ramassa et lut :
RDV parc Merlin
Vendredi 15h30
On était mardi.
Mais qui voulait un rendez-vous avec lui ? Albus Dumbledore ? Non, il pouvait apparaître et disparaître à volonté, lui. Mais alors, qui ? Severus se frotta les tempes. Un souvenir remonta dans sa mémoire. Sourcils froncés, il se laissa submerger par son intensité.
Severus avait treize ans et était en troisième année. On était un samedi de mars, et, bien que le soleil brilla, le temps était venteux. Il allait y avoir un match de Quiddich Serdaigle-Poufssouffle. Severus ne voulait pas s'y rendre. Après tout, ça ne concernait pas sa maison.
Il prenait son petit-déjeuner quand son hibou était arrivé avec un bout de parchemin plié en quatre. Le hibou de Lily. Elle lui demandait de venir dans la salle de métamorphose à quatorze heures. Son coeur bondit dans sa poitrine tandis qu'il lisait sa belle écriture. Il se retourna et vit qu'elle le contemplait. En souriant. Il lui adressa lui aussi un grand sourire mais elle se retourna tandis que James lançait une plaisanterie apparemment désopilante puisque toute la table des Gryffondor, y compris elle, se tordit de rire. Severus sentit son sourire glisser comme une coulée d'Empestine. Il se leva brusquement, et sortit achever ses devoirs.
Lily et Severus étaient dans la salle de métamorphose. Elle était juchée sur le bureau du professeur, lui assis sur une table de second rang. Lily se lança dans une belle imitation du concierge actuel et Severus éclata de rire. Soudain, ils entendirent les voix de James et ses amis. Lily sauta vestement du bureau, glissa quelque chose dans la poche de Severus et sortit. Déconcerté, Severus resta planté là, avant de prendre le petit paquet que Lily avait glissé dans sa poche. C'était un paquet de Chocogrenouilles, les friandises préférées du jeune garçon. Il sourit et s'assit pour les déguster.
Puis il se glissa hors de la salle, pour tomber sur la bande des Gryffondor. Ils étaient tout aussi surpris que lui. Sirius fut le premier à reprendre ses esprits.
- Regardez qui voilà, s'exclama-t-il. Servilus ! Quelle divine surprise.
Tous éclatèrent de rire.
- Dégagez, grogna Severus.
- Et pourquoi ça, Servilus, reprit Sirius.
Serverus essaya de parir, mais les Gryffondor formait un barrage infranchissable. Des curieux commençaient à affluer, dont Lily. Mais la jeune fille ne pouvait rien voir, pour le moment.
- J'ai envie de m'amuser, déclara James à la ronde. Tiens, Servilus, un cadeau de ma part, reprit-il.
Et il cria " Furunculus ! "
Avant que Severus ait pu réagir, il était couvert de furoncles. Tout le monde éclata de rire quand Sirius lui jeta un maléfice qui faisait pousser des cornes.
Publiquement humilié, Severus fondit en larmes. Littéralement. Et tendit que pleuvaient les " ouh, le gamin à sa maman ! ", Lily put enfin se dégager de la foule. " Monstres ", cria-telle. Et elle prit Severus par la main pour l'emmener à l'infirmerie. En chemin, elle sortit un mouchoir et essuya les visages de son ami.
" Ne t'inquiète pas, dit-elle. Mme Gairison sait tout guérir, même les maléfices comme ça, lui dit-elle.
- Je suis horrible, murmura Severus. Ne resta pas avec moi.
- Tu es mon ami. Je ne te laissarai jamais tomber.
Et elle l'embrassa doucement.
Severus soupira. Il irait à ce rendez-vous.
