Bonne lecture, j'espère que ce chapitre va vous plaire.
Les inertes aiment ainsi,
ou les succombés ne font pas des chiens ou des chats.
Il y a peu de chance qu'un jour, on se souvienne encore de toutes les souffrances et des douleurs. Surtout quand la douleur engendre la douleur, ce genre de cycle infernal, tout ce qu'il y a de plus inutile. La souffrance sans véritable fond et profondeur paraît tout ce qu'il y a de plus insignifiant.
Pour ce qui est du décor - tout est indiqué, n'allez pas chercher plus loin. Il y a cette voix au fond, amplifiée par un sonorus bien exécuté, une voix assez insupportable quand on y pense. Le rideau, une grande salle, ambiance allée des embrumes. Il y a eu deux entractes, pour manger des chocogrenouilles et des figues. Des petites figues comme celles qui poussent sur le champ juste à côté de la maison des Potter, mais je suppose que vous savez exactement où je veux en venir. Des figues ou des figures. Le signifiant change. Scorpius qui dort la bouche ouverte, voilà le genre de choses qui ne change jamais. Comme un dimanche après-midi, sous la pluie ou ce genre de météo vraiment poétique, barbante, cherchant le mot - ou la façon de le dire, la plus simple reste la meilleure.
Fallait-il se taire pour faire d'une vie quelque chose d'assez exhibitionniste ?
2024, 25 février.
Lily il fallait la capturer et l'enfermer. Une cage. Un silencio pour le calme. Qu'elle hurle. Plus fort.
Fumer toute la journée, siffler. Le jour où on cesse d'attendre les garçons, on en devient un. On déchire nos jupons. On apprend à cracher, pour s'harnacher. Les femmes qui ne sacrifient plus rien, pas même la carrière. Des blousons en cuir un peu trop grands. Foutre une raclée aux sixièmes années. Apprendre des sorts violents. S'apprendre. Ne pas philosopher. Oh non, jamais. Un bordel qui tourne. La chopine offre parfois la chance d'une authenticité parfaite.
Famille et patrie ? Posez la question à Scorpius et Lily. Ils rentrent sous terre, là, certain. La bourgeoisie n'était pas à l'honneur quand la guerre s'est finie. On a tué les nobles, eux, les autres. Riches. Dehors. DEHORS. On ne veut plus de vous. Vous faites trop de mal. Vos enfants, on les garde, mais personne ne les aimera. Pas mêmes vous. Alors, dehors. Une défaite, c'est tout ? C'est tellement plus.
« - Pour toi, Lily, c'est tellement facile. Papa a sauvé l'humanité. Maman n'a pas pleuré. Un conte de fées.
- Et comme pour toi, c'est si dur... Papa a presque failli passer par Azkaban, Maman dans les cartons. Du monde devant votre énorme maison, les gens qui crient que vous êtes des monstres. Et toi, le fils du monstre. Le fils de l'échec. Je compatis. Je le jure.
Toi et Agnès, les enfants d'une guerre terrible. Pauvre de vous. »
Elle essuie une fausse larme sur sa joue du revers de sa main. Elle bat des cils, la salope, elle rit, saloperie. Pas du tout polie, Lily. La bienséance, tu connais ? Non, bien sûr que non. Tu es un garçon. Elle continue :
« - Mon père a perdu des amis dans la guerre. Tu n'es pas la seule victime. Mon père a perdu ses parents, sa famille. Son parrain. Mon père a des morts et toi.. pas d'amis. Pauvre type. »
Elle ajuste son ceinturon et elle rejoint son dortoir. Elle a pensé à James. Si elle était chez elle, à la maison, il n'aurait même pas dit bonne nuit. Ses ailes repoussent. Demain, Scorpius va en voir de toutes les couleurs.
D'idiote et innocente, Astoria est devenue femme. Mère. De gros diamants aux oreilles, sur le cou et aux poignets. Icône baroque. Du vin dans une coupe de champagne. En pantalon. Lady, fort que non. Au contraire, très chère.
« - Mère, vous étiez une erreur. Mère, regardez-moi. Tout est ignoble dans mon visage et je tiens cela de vous, n'est-ce pas ? C'est une idée de la négation, c'est simple. Il n'y a rien pour vous sauver, j'imagine. Votre visage, les petites ridules, la peau blanche, je n'ai que les couleurs de mon père, mais j'ai tous vos défauts. Je vous déteste. Vous devriez vous observer, vous êtes ignoble. Votre laideur est la mienne. Mais comment vous le reprocher ? Vous m'avez tant aimé. Mais puisque vous m'interdisez le bonheur, je regarderais votre malheur, assis sur cette chaise. Vous allez me trouver tellement cliché, mère, mais il se trouve que j'aime beaucoup cette.. comment dites-vous, déjà ? .. Ah oui, cette sauvage. Lily Luna Potter. »
Cela était toujours comme un grand espoir, il fallait dire et s'inventer l'incapacité d'aimer ou montrer aux autres à quel point tout était facile. Une certaine idée de la grandeur - différentiable à un nom digne et noble ou même à l'opposé d'une élégance physique. Tout comme une raison d'être et de se faire. On peut se vouer dans sa jeunesse à écrire de la poésie et servir la magie en donnant sa personne entière - une étoile faiblit toujours. Comme Agnès. Mais il est un peu trop tard pour s'en soucier.
Il faut être fasciné et affamé. Scorpius devait cesser d'être un homme, construire un foyer sur l'idée d'une simple gloire. Autant vous dire que sa mère n'avait rien à voir là-dedans. Astoria n'a jamais cessé d'aimer qu'on la vouvoie, une autre idée du respect et de la hauteur. Peu importe la forme. Mère, vous. C'est un spectacle assez déprimant. Astoria se parfume toujours derrière les oreilles. Comme une purification. Sale par le mariage. Sa peau comme du cuir. Elle regarde son fils comme un chien abandonné. Un régal. Elle s'invente des débris. Celui qu'elle a porté. A l'intérieur, tout à l'intérieur. Son enfant. Son roi. Son enfant-roi. Tellement laide, cette mère. Autrefois divinisée.
« - Je ne donnerais jamais aux autres ce qu'ils veulent tant que mon bon plaisir n'est pas exaucé. Tu es capable, toi ? Tu es mon fils. Tu ne ressens donc rien ? Tu mens, comme ton père ? Je suis ta mère, nullement ton ennemie. J'oubliais. Tu es l'enfant d'une guerre que tu subis sans jamais l'avoir connue. Oui, je t'imite. Mon fils est victime. Ma personne et ton père sommes responsable de ton malheur et de ta mauvaise réputation. Je ne suis pas désolée. Je me moque de tout cela. Je suis bien ici. Dans mon manoir, au chaud dans mes couvertures. Personne ne m'atteint.
- C'est parce que tu ne sors jamais.
- Je hais les gens.
- Je te hais aussi. »
Un mutisme allègre. C'était tellement joli ce manoir, avant. Pendant l'enfance. Les bourrasques de l'automne, le noyer qui perdait jusqu'à ses feuilles, les noisettes qu'on cachait dans les poches, le fils unique un rien aventureux. L'enfant allongé dans l'herbe. Les doigts dans le feuillage, fil de fer, évadé dans la nuit. Risible. Une comédie allant à l'envie, à droite à gauche. Un blondinet qui découvre qu'il peut faire tourner les feuilles oranges du jardin en un cercle parfait, le jour de son anniversaire, à sept ans. Son père, tellement fier. Qui relève le torse, offre une bise à sa femme. Il a encore un puceron vert sur l'épaule.
Scorpius, tu viendras gueuler et pleurer sur la tombe de ta mère comme un mort vivant. Dans le chagrin, il n'y a que des mirages. Ta mère. Elle t'aime, et il n'y a pas de façon plus douce d'aimer. Pas comme Lily Potter, par exemple. Elle ferait une grimace - ou pire, elle pourrait s'endormir.
Quand Astoria a tenu pour la première fois son fils contre elle, elle a eu l'impression d'avoir du plastique entre les mains.
2024, 11 janvier.
Agnès, la douceur dans laquelle on se love. Les autres, ils rient d'elle, de son sourire fragile, de ses petites manières, de sa couleur de peau - de sang, plutôt. Du noir qui coule, en dessous des yeux et sur les lèvres. Rose poudré. Si elle parle, c'est inaudible, chuchoté. Tu sors ce soir au bar ?
« - Oh.. non. Je ne sais pas. Tu penses ? Tu penses vraiment que.. je pourrais ? Si on le découvre, vais-je être punie ? Mes parents seraient en colère, je pense. Les professeurs vont-ils être déçus par mon comportement ? Suis-je devenue une méchante fille ? Comme Lily ? Je veux juste voir Scorpius un peu plus longtemps.. Si je deviens une méchante fille, même le Paradis refusera de me prendre dans ses bras ? Si j'ai peur pendant pendant la nuit, qui vais-je serrer dans mes bras ? Tant pis, je vais suivre Scorpius, où qu'il aille. Je serais près de lui, il me prendra dans ses bras. »
Ce qui est ennuyeux, c'est que Scorpius, l'infréquentable, n'y connaît rien au féminin, à l'inusité, à ce qu'il connaît à peine - voire pas du tout. Ses sorts et ses verbes sont toujours en colère, il gueule sur Agnès, il cherche toujours autre chose, quelque chose de trop intime. Scorpius est un sale gosse, au ton sec. Il inspire à Agnès un dégoût radical et l'instinct maternel d'une jeune femme qui n'a rien eu de tout cela. Elle le couve comme un enfant, lui embrasse le fond, elle l'a cherché avec opiniâtreté, elle a abandonné. Elle lui parle, il n'écoute pas. Elle l'aime tellement, elle l'enfante. Elle a mis un jolie robe, bleue, nuit ou mer. Elle s'habille comme une femme. Pour être plus jolie, pour prendre toute la place, toute la pièce. Elle met une si jolie robe pour qu'il ait envie de lui enlever. Lui, Scorpius. Déjà ailleurs. Dans son livre de potions. Agnès, elle est bien dans l'épure. Agnès, l'anti-incarnation d'une starlette. Et timidement, elle voudrait l'épurer, mais c'est lui qui intervient en levant brusquement la tête de son manuel :
« - Je viens de comprendre. Je suis devenu vieux, comme cette énergie était cachée par la magie, je ne m'en suis pas aperçu. L'énergie de Lily. La race des ténèbres, la mauvaise graine. Le mauvais gêne dans la branche du bien. Son mauvais comportement. Lily est comme nous, en fin de compte.
- Tu n'es pas content ?
- Non.
- Si tu n'es pas content, comme c'est toi qui l'a trouvé, c'est à toi de la jeter. Ce serait mieux pour toi. »
Scorpius, il vénère ce qui n'est pas encore mort. On jure par Merlin, il est mort. Les passages à tabac, on n'en parle pas. C'est trop loin, on n'ouvre pas les vieilles blessures, on ne défait pas les points de suture. On n'aggrave pas. Tant pis. « Je t'en prie. » Il vagabonde, il ne compte pas les kilomètres. Il s'attarde sur le réseau des cheminées. Cheminée pleine de suie, suis pas d'accord. Son père n'était pas aussi capricieux. Un comble. Il jette la poudre. Magique. Il agrippe sa baguette très fort. Il déteste cela. Vagabonder entre cheminées. Se perdre dans l'espace. L'espace-temps. Perdre son temps. Surtout quand il s'agit de rendre visite à sa tante.
Daphné. L'éternelle célibataire. L'éternelle névrosée. Pas éternelle, en fin de compte.
Tantine. Pas de vous, pas de Madame. Elle est tellement belle, si blonde, si fine, elle rit fort, une si belle manucure.
Il sort de la cheminée, il balaye l'intérieur. Du blanc, du blanc et encore du blanc. Murs blancs, objets, piano, sofa, peintures, rien que du blanc. Une tâche noire sur le canapé. Daphné en fourrure, qui lit ses notes de musique, une cigarette menthol à la main. Comme à l'habitude, elle se moque bien de qui est là. Si elle lève le regard : c'est que tout prend feu. Daphné ne laisserait jamais son mobilier immaculé, souillé de cendres noires. Ce sont des espoirs qu'elle lance dans le vide. Daphné, si gracile dans sa robe noire, vaporeuse et légère. En plein hiver. Elle pose ses partitions, la grande musicienne. Si studieuse, Da-phné. La beauté de Daphné vous donnerait tellement d'énergie, tant d'envie. Si un homme avait envie de la toucher, il la frappait. Une sensualité subtile, à dissoudre, elle parle d'un ton boudeur, si elle raconte, c'est régressif, lassé, on est toujours coupable si elle a raison. C'est l'«effet-star» d'une Greengrass. On ne sait jamais quel âge elle a. Elle a l'air plus jeune que sa toute petite sœur, sans stase. Scorpius prend place, s'installe, pose ses pieds sur la table basse. Profite du silence.
« - Tu es installé confortablement, très cher neveu ? Pourquoi viens-tu encore m'embêter ? Un thé, un café ? ... Un cognac ? »
Cher neveu. Et elle rigole de ses bêtises. Elle montre ses dents. Le classique.
« - Non, merci, je pense que ça ira. Je viens pour te parler de quelque chose, mais.. bien sûr, tu vas me dire que c'est sans importance..
- En effet.
- C'est à propos d'une fille..
- J'ai toujours su que tu ferais un joli mariage avec la petite Rowle. Ma sœur va être malheureuse, parce que personne ne va en parler mais je suppose qu'elle devra se contenter d'une cérémonie avec dix personnes tout au plus, personne ne voudra venir. On vous déteste.
- Ce n'est pas elle. J'ai pas envie de me marier.
- Qui, dans ce cas ?
- Lily Potter.
- Elle est morte, mon enfant.. J'ai toujours su que le fils de ma sœur serait un idiot. Qu'il serait mignon, mais idiot.
- Je te parle de Lily Luna Potter, la fille de Harry Potter. »
Il y a un silence, terrifiant. Une sorte d'énorme tumulte préparatoire. Elle le regarde, fixement, comme à travers le Judas d'une porte, elle louche, s'étouffe pour mieux reprendre son sérieux :
« - Comment est-elle ?
- Insupportable..
- Et quel est le rapport avec ma personne ? Scorpius, je te le demande.
- Ma mère s'y oppose, elle déteste Lily, me somme de me détacher d'elle au risque de me voir renié, ou quelque chose de ce style..
- C'est déprimant. Et que puis-je y faire ? Tu as raison, c'est vraiment sans importance.. Je vois bien Astoria te renier deux jours en pleurant dans son immense lit vide et revenir vers toi, l'heure d'après.. Je ne vois pas bien que faire, si ce n'est assister à ce spectacle divertissant, mais peu surprenant..
- Mais toi, tu me soutiens, n'est-ce pas ? Tu ne désapprouves pas ? Tu m'aimes toujours ? Même déshonoré ?
- Je t'aimerais toujours, même si tu étais cracmol ou laid.
- Lily Potter, elle n'est pas gentille, elle est un peu comme toi..
- De grâce, non.. Je n'ai rien à voir dans ces histoires-là, garde ta précieuse tante très loin des sang-mêlés..
- C'est vrai que personne ne voudra venir à mon mariage ?
- Les femmes qui auront envie d'être avec toi ne sauront jamais ce que tu es, elles désirent tellement d'autres choses.. Tu es le fils de Drago, personne n'a envie de se marier avec toi. Pas mêmes les plus moches. Si une jeune fille te désire, c'est uniquement un acte pur et simple de désespoir, si tu veux mon avis..
- Toi, tu voudrais bien te marier avec moi ? »
Grande aristocrate par le sang, elle était moqueuse par l'esprit. Scorpuis et sa tante, sa famille. Une relation de durée, de réciprocité, avec un égal, être aimé, libre et toujours pardonné. Daphné préfère largement Paris à sa famille, mais ça, Scorpius ne le sait pas. Ils boivent en silence. La scène est trop étrange pour qu'on puisse en narrer les détails mais.. derrière eux, il y a une immense baie vitrée, on aperçoit à travers la brume de l'hiver, qui éclate, des paysages, des immeubles et la nuit est lumineuse, les fenêtres sont gelés, on aurait pu être n'importe où à travers le froid. C'était une esthète qui n'avait rien compris à la douceur, c'était une vedette peu recommandable et une musicienne révoltée (mais riche quand même). Pétasse sans sacrements, juste un ricanement dans le blanc. Du noir sur du blanc - ou l'inverse, on se fait toujours avoir.
2024, 16 février.
Il neigeait encore. Les élèves grognaient contre la neige, le froid, le vent, les trois en même temps. Scorpius comptait ses pas sur la poudre blanche, et il a aperçu - blanc sur blanc, sur la neige, par terre, un minuscule lapin, de quelques semaines à peine, tremblant de froid, ses petits yeux fermés. Il l'a enroulé dans son écharpe verte, il l'a serré fort contre lui. Quand il l'a amené au château, Lily a accouru.
« - Qu'est-ce que c'est, dans ton écharpe ?
- C'est un lapin, un bébé lapin.
- Oh.. »
Elle l'a détaillé pendant de longues minutes, scrutant son pelage blanc, les yeux exorbités d'émerveillement :
« - Ça a l'air bon. »
Lily en cours, à Poudlard : un phénomène. Aucun équipement scolaire ne lui résiste. Elle a réussi à faire exploser des objets et des gens, même en Histoire de la Magie. Ne parlons pas des sortilèges. Un zéro en Potions, un zéro en Métamorphoses. A disserté sur son rouleau de parchemin à rendre, en Défenses contre les forces du mal, de l'art du suicide.
On parle encore de ses exploits au repas du soir, Rose se moque, à l'habitude :
« - Au fait, Lily, ça ne te préoccupe pas d'avoir des mauvaises notes surtout que tu comptes être Auror ? »
Scorpius coupe la parole à Rose.
« - Si tu deviens Auror, le monde va s'écrouler... Tu devrais plutôt penser à faire laveuse de vaisselle au Chaudron Baveur..
- Mon chéri, Scorpius, je suis une Potter, Lily, de plus, dans la vie, le bonheur n'est pas proportionnel aux notes ! Et toi, Agnès, que veux-tu faire plus tard ? »
Elle rougit. Mais elle n'a pas le temps de répondre, elle poursuit :
« - Je parie dix gallions que tu veux devenir princesse du royaume du marais ou sirène du lac noir ! Ou reine du magicobus !
- Tu ne trouves pas que mon cou est trop fin pour ma tête supporte le poids d'une quelconque couronne ? J'aimerais un poste à Ste Mangouste, ma mère y travaillait. »
Elle baisse la tête, dans son assiette. Personne ne lui adressa un mot du repas - pas même Scorpius. Lily regarde sa cousine. Qui lui adresse un regard torve.
« - Lily, ça va mieux ?
- Oui. Parce que tu me portes sur ton dos.
- Ah oui ?
- Bien sûr ! Je me sens mieux, ça fait longtemps que tu ne m'as pas porté sur ton dos, Scorpius.
- Tu sautes sur mon dos tous les jours, Lily.
- Si je me sens mieux, c'est parce qu'on est rien que tous les deux. Toi et moi. »
La sincérité cruelle de Lily, est toujours directe. Jamais vraiment à l'écoute, pourtant. Elle resserre ses bras, elle voudrait étrangler cet étranger. Elle va l'ignorer pour le reste de la journée, pour qu'il revienne plus tôt. Un pacte absolutiste. Une monarchie sur les cœurs. Elle ne veut pas chercher Scorpius comme elle a cherché James. Son frère, il avait l'air si intéressant. De lui et d'elle, il ne reste que le malaise, puissant et psychiquement destructeur.
Elle l'a juré. Scorpius va la chercher mais jamais il ne va pas la trouver.
Ils s'étreignent, se mêlent. Dans l'urgence. Vite. Ils s'endorment. Il sourit dans son sommeil.
Dans la nuit et les draps, Lily est comme un mythe. Comme un être fragile. Ce qu'elle n'est pas. Tout faite de fièvre, les joues rouges, ses cheveux de fougère et c'est comme l'espoir immense qu'un jour elle puisse se donner. Le rouge solaire du matin contre la rosace de la vitre, les couleurs qui se mélangent et se jettent contre le lit, rouge sur rouge. Cheveux ou rayons. On ne sait pas bien. Il y a chez elle comme un horizon, mille possibilités de vécu. Un cœur battant comme la vie qui prend le dessus, qui balaye tout ce qui a été. Comme l'été. Il n'y a plus que Lily, quand elle dort comme cela.
Pourquoi cherche-t'elle encore l'opéra ? Il est juste là. Elle déteste le classique, les accords plaqués au piano, planqués. Quel beau sacrilège, cette fille-là. Pseudo-voyante, les dévires du navire, le mal de mer, la divination, tout Potter. Le ressac des sentiments. Elle se réveille. Elle baille et se rendort.
Parce que la merveille existe. C'est une idée. Elle est là. Mais on ne peut la toucher, la sentir. On sait. Elle existe. Elle est là, en train de briller, d'illuminer la mort de ses lumières. Une enfant d'après la mort pour rayonner au milieu des ruines. Alors, ici et maintenant, pour l'éternité, jusqu'à ce que le soleil se glace, tu vas rester avec nous. Pour tout partager.
Combien de fois as-tu entendu « je t'aime » ?
