Lily Luna Potter était maîtresse de son corps dans tous les sens, elle portait sa mini-jupe tous les samedis depuis sa sortie de Poudlard et elle était un œdème de haine anorexique, de rage silencieuse ; elle pouvait éclater à tout moment.
A l'heure de l'apéritif des femmes, entre frustrées et pauvres, c'était sa manière de tricher : un tas de viande animé par les ténèbres.
Tu ne peux pas mourir, tu es une Potter. Elle ne sait pas, les sentiments ne viennent pas. Elle veut être aimée, mais pas aimer en retour. Du sable lisse qui glisse, coule contre ses joues, sort de sa bouche, se bloque à la gorge, s'étale contre le noyau de la terre, vient libérer un cœur enlisé, étreint, saupoudré de sucre glace - qui colle et caramel. Le cœur apathique, aboulique, terne et décoloré.
Humanité féminine, silence masculin. Que se passe-t-il, dans le fond ?
Bonjour ou bonsoir. Voici le quatrième chapitre de ma Convulsive, j'espère vraiment qu'il va vous plaire et j'attend vos critiques, positives ou négatives.
Ici, c'est Lily qui prend la parole.
Bonne lecture !
Préférer la mort à la médiocrité, voilà qui était de bonne augure lorsqu'on rêvait d'une tragédie.
« - Je veux mourir, je hurlais. C'est insoutenable. Je ne veux pas de ton amour. Alors, je veux.. je voudrais que tu me laisses mourir. »
Il refusait de me regarder, il évitait mes yeux. Je crachais un peu de sang, sans l'essuyer. Il le fit. Je me répète, il ne veut pas me voir mourir. Il refusait ma mort. Aurais-t-il préféré me la donner lui-même ?
« - Tu me teintes d'horreur, dit-il en s'allongeant plus près de moi, reste en vie. On va se partager les dépouilles de notre l'amour. Comme d'habitude, tu vas tout prendre. Je n'aurais rien.
- C'est ma magie noire, à moi.. Tu t'y connais, bien, toi.. »
Il serra ma main, s'agripait plus fort aux barreaux de la cage d'escalier. Ses lèvres formèrent un autre mot, incompréhensible. Il avait les yeux embués de larmes et je me souviens l'avoir trouvé particulièrement pathétique. Après, j'ai laissé coulé le liquide rougeâtre en dehors de ma bouche et sur mon cou.
« - Je ne veux plus vivre. Je suis coupable. Le crime, tu sais.. Pourquoi es-tu encore là ?
- C'est pour ça, Lily. Tu peux vivre comme tu veux, tant que je m'éclate dans tes yeux, je veux rester ici, jusqu'à ce que je t'atteigne. Je vais attendre avec toi, dit-il. Garde les yeux ouverts. Tu ne vas pas mourir, ce serait trop facile, laisse-moi te regarder. »
Il prit mon visage entre ses mains. Il embrassa mon front, évitant soigneusement le sang autour de mes lèvres.
Deux aveugles se touchant les joues du bout des doigts, dans une obscurité épaisse. Il a toujours voulu m'arracher cette tendresse exclusive. Que je ne lui ai jamais donné. Un incendie brûlait encore sous mes paupières closes et tout semblait guetter une minuscule larme. J'avais envie de vomir. Le sang brûlant essaye de s'échapper. Il a appuyé très fort et j'ai crié.
J'aurais préféré que ce soit James. Scorpius n'a pas semblé comprendre ce que je ne ressentais pas. Il a voulu me sauver.
Un avant avant.
Je suis comme vous. Je marche en regardant par terre, je me perds dans la fôret, je vis tout plus intensément sans pouvoir l'expliquer, je suis comme lumière au milieu d'une nuit sonnant comme hystérie. Je ne sens pas. Mais j'ai comme le sentiment d'avoir une éternité, comme figée dans les listes, mon nom inscrit partout : un patronyme désormais bourré d'ambition, Potter. J'ai un sourire crispé. Société incertaine. Je m'enchante du chaos que je n'ai pas encore connu, mais j'y veux ma place et mon rôle. Sentir sur ma peau les délicates variations des éclats du soleil. Mais dans ma bulle de verre, je cherche encore qui briser.
J'ai un rêve sans visage, sans profondeur, sans grandes lignes, je me sens comme obligée d'y penser. Dénoncer alors un attentat plus grand encore : ma nostalgie biologique, ma mélancolie génétique. Je le dois à mon père. C'est ce qu'on m'a dit.
L'ambition comme miroir à l'absolu : je le sens comme une morsure profonde. C'était comme une soif impérieuse, je devais tout posséder. Scorpius en premier. Il était le plus joli garçon, le plus intelligent, le plus salaud, celui que tout le monde allait détester. Je le voulais.
Je l'ai cherché toute la matinée : chez sa mère, au café sur la terrasse, chez le jazzman où il vit depuis un certain temps, sur le chemin de Traverse. S'il dit qu'il va à tel endroit, il n'y est pas. C'est terrifiant. Je crie son nom comme dans un palais royal, courant, défiant, à travers toutes les pièces. Il y a les beaux jours qui sont là, la belle saison, toute cette canicule, presque étouffante.
Il était au ministère. On m'a salué poliment, on m'a demandé comment allait mon père et je ne savais pas quoi répondre. J'ai monté les étages, j'ai trouvé Scorpius dans un bureau bleu.
J'ai ouvert la porte.
« - Non, non, non. Qu'est-ce que tu fais là ? Je ne veux plus jamais que tu reviennes. Maintenant, tu es là, tu fais ce que tu veux. Mais ne t'approches pas. Qu'est-ce que ça te fait toi ? Tu me parles quand tu en as besoin. Je t'interdis de t'amener ici, tu vas où tu veux, tout est vaste, mais pas ici. Tu viens ici. Quand tu t'ennuies ? Tu t'ennuies tellement, Lily.
- Je dois partir ? Tu veux vraiment que je parte ? Ne t'en fais pas, ça ne fait rien. Je vais partir. Je suis venue te voir, mais je peux repartir, c'est à toi de le dire.
- Non, reste encore un peu. Je ne t'attendais pas mais j'ai l'impression de passer ma vie à t'attendre. C'est toujours la même histoire, tu grimpes sur mon dos en murmurant tellement m'adorer et le lendemain, je t'indiffère. Je veux obtenir tes paroles, une vérité ? Tu es démente, Lily Potter. Je ne sais toujours pas que tu es après toutes ces années. Tu parles fort mais tu ne dis rien. Arrête de jouer. »
Je me fige. Il parle comme une fille. Une fillette. Une petite fille que son premier amant a abandonné. Il est ridicule.. Les femmes parlent de leur vécu comme une déchirure, de la souffrance de l'absence. J'ai eu envie de lui mettre une gifle. As-tu fini de te plaindre, Scorpius ? Je t'aime de m'avoir tant désiré.
Je suis rentrée à la maison. Après quelques mois, sans nouvelles. Ma mère a crié et elle est sortie de la maison en courant.
Lorsque, sur la campagne anglaise, on entend mon cœur et celui de ma mère ne devenir qu'un seul, frémissant et acharné, j'ai comme envie de ne jamais partir. Quand Ginny, ma mère me prend dans ses bras, son enfant, qui ne vient plus à la maison, son unique fille, je lui ressemble tellement, elle se sent touchée et remerciée, son unique fille, elle la serre fort dans ses bras.
Elle me couvre de baisers. Je ne peux plus respirer.
Elle m'a encore serré très longtemps et quand elle s'est détachée, il y avait mon grand-frère, qui sortait de la maison. Il m'a vu ? J'ai senti mon cœur qui m'abandonnait. Il a rappliqué et j'ai reculé. Quel acte de foi, ce regard vide.
« - Bonjour James, j'ai dit.
- Salut. »
Je ne voulais pas rester dehors, toute cette moiteur accablante, tout ce plein de chaleur, tout ce soleil qui cogne, c'était la sueur du désert et le moral à zéro qui se mélangeaient. Ma mère est rentrée dans la maison. Je ne regardais que James, il mangeait des gommes de Limaces d'un air absent.
« - J'ai entendu des choses sur toi.
- Ah oui ? Et quoi ?
- Tu sors avec le fils des Malfoy. C'est Rose qui me l'a dit.
- Je te déçois ?
- Non, je m'en fiche. Mais j'imagine aisément la tête que Maman et Papa feraient. Tu fais ça pour les emmerder ? Tu te rends compte à quel point c'est ridicule ?
- C'est juste que.. j'aime bien Scorpius. »
Il a souri. Pas à moi, il ne m'a pas donné un sourire. Il a souri à lui-même. Il a souri et c'est comme un mépris.
« - Tu es un gâchis, Lily. Tu as fait honte à Papa et à Maman à cause de tes notes à Poudlard, tu as fait honte à nos parents quand tu étais agressive avec tout le monde aux soirées du Ministère. Quand tu as quasiment tenté de tuer Agnès Rowle à Poudlard ! Je ne te comprends pas. Qu'est-ce que tu cherches ? Aujourd'hui encore, tu fais honte à ta famille. Qu'ont-ils perpétrés d'assez horrible pour que tu leur infliges une gêne comme celle d'aujourd'hui ? Qui cherches-tu à incarner ? Merlin merci, ils ne sont pas encore au courant. Je ne vais pas perdre mon temps à parler dans le vide mais... tu te rends compte ? Le fils des Malfoy. Tu me connais, je suis tolérant, mais c'est de trop. »
Non, James, je ne te connais pas.
Ce n'est pas des larmes, j'ai dit, c'est du chlore. Ma mère a préparé sa salade avec des figues et des olives et j'ai mangé la tête basse entre mes deux frères.
Scorpius, il parle tout le temps pour ne rien dire. C'est quelque chose qu'il dit à mon propos mais, je n'écoute jamais. Il n'est pas sobre, il parle sans s'arrêter, je ne sais pas quoi dire :
« - Il faut pas que ça s'arrête, il faut le tenir, sentir le truc, pas se laisser dépasser, tu vois, y'a pas que ça, tu cherches, tu cherches, tu cours, faut se battre pour pas lâcher le morceau, toi, tu ne m'aimes pas, tu me laisses tout seul comme un con, à chaque fois, tu m'apportes, tu me dis "viens ici" "viens par là" je le fais et après je fais quoi ? J'en ai marre. Va te.. Tu oublies, ou je ne sais pas ce que tu fais, mais t'es pas dans la nécessité, tu fais tout dans le superflu, tu vis là-dedans, tu restes collée, arrachée, je vais pas me laisser fragmenter parce que t'as décidé d'arrêter de vivre, qui tu regardes dans le noir ? Pas moi, en tout cas. T'es pas née pour rien, t'es là, y'a pas d'illusion possible. Tu connais rien de rien.. et tu sais que je ne me souviens même plus de qui j'ai aimé avant ? Je crois que je trouve cela extraordinaire. »
J'ai arrêté de respirer et c'était plein, minute blanche, je n'ai pas pu me forcer à rire.
« - C'était ça, l'urgence ? Scorpius ? Tu m'entends ? Je sens que je vais m'énerver..
- Ce soir, tu dors chez moi ? »
J'ai dit non avec la tête. La yeux de Scorpius. Je m'en souviens, parce qu'à ce moment-là, j'ai eu l'impression que je venais de le tuer. Je venais de lui ôter toute dignité humaine. Le regard de Scorpius provoquait un génocide. Je crois que c'est à partir de ce moment-là que j'ai vu et que j'ai senti venir une fin proche. Je triture la clé autour de mon cou. C'était quelque chose dans mon rapport avec les autres. J'ai arrêté de dire merci aux cadeaux et aux beaux gestes quand j'ai offert un bézoard à mon frère pour Noël et qu'il n'a rien dit. Pas la moindre réponse. Pas de merci. Rien.
J'ai quand même dormi chez Scorpius, parce qu'à cette époque, j'avais perdu ma baguette. Rose s'est moqué de moi pendant plus de trois semaines.
J'ai dormi quand je suis rentrée chez lui sans parler. Je voulais l'entendre.. mais il l'aurait pris comme une marque d'attention.
Je n'ai rien du tout.
Je croise toujours Agnès Rowle en ville. Pourquoi a-t-on toujours le sentiment qu'elle souffre ? Elle marche, la tête baissée, les pieds en canard, la tête sous ses cheveux noirs. J'ai eu envie de les couper. On avait le sentiment qu'elle pouvait se briser à tout moment. C'était tentant et elle a avancé encore. J'ai senti à travers son tee-shirt tout blanc et tout léger, les os et les articulations sur le point de se casser. C'était débile.
Le vent, je voulais le sentir, je voulais connaître quelque chose de nouveau, je voulais que le vent colle à mes cheveux, je voulais tout attraper. Je voulais Scorpius et abattre sa copine trop timide, je voulais écraser sa tête avec une pierre, je voulais me sentir vivre. Au lieu de cela, j'ai tremblé quand elle est arrivée vers moi. Je m'en voulais. Mais elle n'a pas semblé me voir, le voir. Elle est entrée dans la boutique juste derrière moi. Je l'ai regardé longtemps à travers la glace, j'avais chaud mais ce n'était pas grave.
C'était une boutique de robes de mariage. Quelques minutes après, je suis rentrée. Et elle était là. Dans une robe blanche. Magnifique. Petite fille. Un visage de bébé et une robe de femme. Une longue traîne dans son dos, ses cheveux ramenés dans un chignon serré. Elle a tourné sur elle-même. Elle a regardé son reflet dans la glace. Elle avait cette mine radieuse que je n'avais vu. Jamais connu chez elle. J'ai eu le souffle coupé. Agnès Rowle essayait une robe de mariée. J'ai froncé les sourcils et je suis partie.
Scorpius était en fin de compte mon premier amour et il n'a jamais pu me refuser quoi que ce soit. Quand à moi, j'ai préféré toujours répondre non. Je ne viens pas te voir, je ne t'attends pas, je dis non à tes je t'aime, je te refuse toutes les belles choses. Je garde tout contre moi ce qu'il a de sec et d'assez maladif.
James a dit non. Je me suis vengée sur Scorpius. NON. C'est non, définitif. C'est une leçon que mon plus grand-frère m'a apprise sans le vouloir. J'ai dit non à Scorpius et il n'a jamais cessé de dire oui. Fierté ou excès de vanité, l'un des deux m'a toujours comblé avec Scorpius. Dis-moi encore : oui, que je puisse te répondre : non, un peu plus fort. Cours-moi après. De toute façon, je cours plus vite que toi.
Je rêvais du pays de Cocagne. Loin de la rouille qu'était devenue mon quotidien. Scorpius, mon premier amour, il était tellement dramatique que j'en riais, même en me levant le matin. Oh, comme j'aimais l'entendre respirer.
« - Viens vivre chez moi. Je t'en prie, ne t'enfuies pas. Ne sois pas aussi distraite, c'est très sérieux.. Lily, fleur immarcescible, s'il te plaît.. Au moins, j'aimerais que tu y réfléchisses.. »
Oh, l'amoureux à l'extrême, comme j'ai aimé t'entendre et que je t'ai adoré. Il pouvait employer des mots compliqués, ceux du dictionnaire, ceux que je n'avais jamais entendu, c'était toujours pour dire une connerie.
Je n'ai pas peur de le perdre, il m'aime bien trop. Je remplissais le vide dans son coeur, son besoin vital d'amour, mais je passais sans pâlir, je n'étais jamais née à ses yeux et je me sentais complète quand il pensait cela. Dans quelques minutes, je ne serais toujours pas morte. Aime-moi, cherche-moi ou libère-toi et va t'en. Je détestais sa névrose. J'enviais sa cécité.
Scorpius, je ne l'avais jamais aimé. J'avais aimé ce qu'il me donnait. Je n'ai pas eu besoin de lui. Il ne pouvait pas me quitter. Il devait me tuer. L'amour de Scorpius. Il devait me tuer et m'étouffer. Autrement, il n'aurait jamais pu se débarrasser de moi.
