Penthouse Serenade, Scorpius.


C'était des jours étranges. Toi, Lily et puis moi. Tu me dévorais de ta chaleur, tu éparpillais tes longs cheveux, tu bégayais un peu, Lily Potter, chat noir. Feule-moi, partage les sons, je t'aime toujours. J'étais une petite terreur, j'avais peur, t'étais vraiment conne et tu as fais des erreurs.

Il y avait tes yeux, le bleu du pétrole (mais un peu plus bleu, toujours plus vieux) c'est le long de l'épiderme, fais encore monter la fièvre. Aux joues et à la tête. Je me fous bien de tes ongles sales, tu me vides, tu me rends avide. Tu m'as coloré à même la peau, tu as pleuré le long des pavés et je n'ai jamais su te consoler. Je me moque bien que ma joie n'ai été que rare ; les peines multiples, j'ai crié et j'ai vécu ; c'était tout et rien ou tout ou rien. J'ai laissé le silence nous enlacer, j'ai griffé ta peau toute douce, je ne t'ai pas laissé dormir. Tes cernes. Violettes. Et le bleu de tes yeux.. La colère au fond de ton ventre, je la connais : elle m'a cogné et elle a fini par m'effacer. Je ne t'en veux pas. J'ai détesté la monochromie de ma vie. Tu te frayes un chemin parmi les herbes hautes, tellement sauvage, tu étais. On ferait des merveilles, le long de la mer, au coin des lèvres, des grains de sel, je t'emmènerais voir la mer.
Je ne veux pas me réveiller.
Tu étais l'acidité rouillée. Je t'ai insulté.


« - Pourquoi tout le monde boit, sauf moi ? J'ai dit cela comme si rien d'autre n'avait d'importance.

- Ce soir, nous sommes tous esclaves du vin de noix. Emmène-moi danser.

- Non, on arrête tout. Maintenant. »

Le remord pétrifiant. Je dis ça et je m'en vais. J'avance et je ne recule pas. Je ne te regarde pas derrière moi, Lily. Je te laisse.
Je passe à côté de ton frère et de sa cousine. Ils me sourient et ça m'a donné envie de vomir. Qui sont-ils pour toi ? Je me rends compte que je ne sais même pas alors je marche plus vite vers la grande porte. Je pose ma main sur la poignée et j'ai froid. Tu sais que je t'aime toujours ? Je vais attraper la crève si je reste là. Alors j'ouvre grand la porte et je transplane.

C'est ce soir-là que je te quitte, mon amour et je ne le regrette pas.


Je m'en veux toujours un peu.
C'est étrange. Il fait nuit, il est tard et je ne sais pas bien ce que je fais.
Plus personne n'ose parler comme tu le fais. Tu es démodée. Allumée. Tu ris nerveusement, d'envie ou de tristesse ? Il y a tellement de choses à détruire.. Ce serait trop triste que tout le reste vive. Soit ivre.

Connasse poudrée en robe de salope, putain aux yeux clairs, il y a déjà ma mère. Elle le faisait avant toi, tu sais ? J'ai trop tiré la gueule. Elle bave, goût sucré. Je ne veux plus te voir quand je suis éveillé.

Le romantisme a commencé à me mettre de moins en moins mal à l'aise quand j'ai fini par comprendre que je n'avais personne. Tu vas me dire, tu as ta famille. Bien sûr, jusqu'à la fin. Mais je ne peux pas crever pour ma famille. Ma grand-mère l'a déjà fait et on la regarde encore comme si elle était responsable de tout. J'ai fini par être en harmonie avec mes émotions. J'ai envie d'être avec toi, je te le dis. J'ai envie de te dire que je t'aime, je le dis. Tu pouvais en rire. Je m'en foutais. Je l'avais dit. Droit dans les yeux (les deux) je peux te le dire, tu ne t'en fichais pas du tout. Peut-être aurais-je dû faire comme toi. En rire. Encore et encore. Mais si je l'avais fait, tout ça : toi et moi n'aurions jamais rien été. En fin de compte, ça aurait été bien. Je ne réfléchis pas. J'expulse et j'impulse - Lily et encore Lily. Toi. Lily au restaurant, Lily dans la rue, Lily dans mon lit, Lily dans la foule, Lily au bureau (ridicule), Lily dans un arbre, Lily partout. Tu as changé de parfum ? Tu passes samedi soir ? Tu joues d'un instrument ? Tu maîtrises un impardonnable ? Tu es sérieuse ? Velours ou soie ? Ne fais pas l'idiote, il n'y a que toi pour répondre de travers, la gorge remplie de cognac. Il n'y a que toi pour te fuir. Tu ne peux pas t'empêcher.. Lily, tu bois un peu dans ta chambre, chez tes parents ou dans la galerie. Tu fumes sur la devanture, tu saignes du nez et tu ne renifles. Mais tu as du rouge sur les lèvres et tout autour alors, tu restes féminine. Mais, pas divine. Il n'y a pas eu d'histoire d'amour entre nous. Je t'ai quitté, pourtant. C'est vraiment con. Tu pourras glousser tant que tu veux. J'espère que tu as mal. Dis-le. "J'ai mal et je souffre de toi" Mais ça me fait pas du tout rire. Tu ne le dis pas et tu ne le penses pas. Je crois que j'ai trop bu. Il y a eu trop de longues nuits sans te voir. Une longue nuit à te rêver.

Dehors le jardin est fleuri de gris parce qu'il fait froid et parce qu'il pleut. On dirait qu'il y a de la poussière sur du vert. Tes yeux s'ouvrent. Je bois un peu et je te vois. Comme j'ai rêvé de t'attraper en pleine nuit, de t'encercler le cou et les doigts, de t'attendre toute la nuit. Tu sais que si quelqu'un doit te frapper : je préfère que ce soit moi. Tu viendras combler tous mes vides de ma vie. Ce soir, je t'ai quitté. Je l'ai imaginé dans mon sommeil, au café, au milieu de mes collèges. Tu vas venir. Tu vas venir juste pour m'épouvanter. Je ne me trompe pas ? Si tu ne dis pas non, je vais t'envelopper d'une infinie tendresse et te voiler très loin de tout pour le reste de la vie. Le soleil va t'éblouir et je vais te regarder t'élever du bout des lèvres. Je vais t'aimer si tu brilles encore. Mais je te fais confiance. Tu es remplie de failles. Je t'aime et je les aime. Tu as eu tort, tout le long et c'est bien pour cela que je t'ai quitté. Moi, vois-tu, j'ai cru longtemps. Toi, jamais. J'ai cru pour deux et c'est assez ou pas assez.

Je te le dis, j'en ai embrassé. Des filles, des poitrines et des articulations. Je n'ai jamais vu que ton visage. Il y a avait d'autres corps mais, pas d'autres visages. Ne me laisse pas, jamais. Tiens-moi. En laisse ou par le bras. Mais, ne me lâche pas.


C'est Agnès qui tambourine à la porte. Je sais que c'est elle, parce qu'il n'y a bien qu'elle pour frémir derrière une porte. Elle prononce (elle le hurle) mon nom et je suis fixé, elle veut me parler.

Je ne veux pas. Je veux être seul et triste de Lily. Après quelques minutes elle s'en va et je ne sais même pas si ça me fait du bien.
Tu me manques Agnès. Tu me manques mais je ne veux pas te voir. Ma petite constellation, mon étoile aux yeux grands ouverts. Tu me créais et tu m'illuminais. Comme j'ai vénéré ta timidité. Ta grâce et ta peau satinée. L'étoile de mes rêves. Agnès, tu étais l'étoile de mes nuits de mélancolie.
J'aurais pu crevé pour ta douceur. Tu me réchauffais, d'une manière différente de celle de Lily, tu ramenais la chaleur sans tout détruire sur ton passage et tu étais le genre de fille qu'on aimait regarder. Tu me chantais l'amour, mille façons de dire je t'aime. Tu me donnais envie de dissoudre tout ce qui s'était passé avant. Tu étais le goût de l'oubli. Je t'aimais comme on aime tout ce qu'il y a de joli, je t'aimais avec les yeux. Tu volais des nuages pour moi, tu soufflais la poussière pour que je passe sans me salir. Tu pensais trop à moi. Et toi ? Ma douce ? Mon héroïne suicidée ? Tu ne ris jamais. Émouvante mais pas mouvante. Tu étais l'amour, je te le jure. Tu es tellement fragile. Mais toi, étoile, couvre-toi de lumière, ouvre tes mains, ne te méfie pas de ce qui te veux du bien. Du paradis pour Agnès. Du bonheur pour que les préjugés cessent de t'étouffer. C'est tout ce que tu mérites, c'est tout ce que je t'aime.
Toute douce, comme un cours d'eau, qui se perd, l'eau qui coule dans tes veines. Cristal aux yeux et autour du cou. Coiffer tes cheveux et te décoiffer.
Tu t'es assise derrière ma porte. Tu as crié et je n'ai pas bougé.
Je t'ai laissé seule et tes veines se sont couvertes de noir. Quand j'ai ouvert la porte, sans me presser, tu dormais. Je t'ai laissé là.
Mal aimée. Mal aimée. Mal aimée, écorchée. Des poignets aux genoux. Pieds nus. Je t'abandonne.
Deux orphelins. L'amour n'a pas été là où alors il ne nous a rien donné.
Je vous abandonne.


Tu aimais mon sourire, je crois. Ta beauté me rappelle ma peine. Misère, Lily, de toute la peine du ciel. Je voulais enserrer ton cœur pour mieux l'émietter mais, tu n'es jamais venue. Je suis dans mon lit, je regarde les heures qui défilent. Quand tu étais dans mon lit, j'avais vaincu le monde.. J'avais le sentiment de ne pas pouvoir être plus heureux. Tu me tétanisais, je t'aimais. Sur la vitre, la pluie martèle, elle se cogne avec brusquerie et c'est un peu agaçant. Je me méprisais pour ce que tu m'avais forcé à être, je me méprisais pour t'avoir laissé t'introduire dans tout ce que je souhaitais, pour m'avoir plongé dans ce qu'est le vide de ma vie aujourd'hui. Tu es mon impuissance à lutter. Tu ne t'en es même pas rendu compte - ou tu en as fait exprès, je ne sais pas. Je ne veux même pas savoir. Je veux juste m'endormir.. Tu as tout ravagé en courant partout, en criant après moi, en ouvrant la bouche un peu trop tôt. Les larmes me laissent un goût âcre sur la langue. Un garçon, il ne pleure pas. J'ai un peu honte.

Je voulais être avec vous ou vous méprisez. Vous. Les héros. Tout ce que je n'avais pas. Tout ce que mon sang ne possédait pas. Tout ce que tu as.

Tu étais la passionnée, par excellence, tu niais toute humilité de ton égo démesurée. Je ne vais pas te regretter. Je vais te pleurer et t'éponger. Je dormirais mieux.

Où es-tu, maintenant? Que fais-tu? Si tu m'avais retenu, si tu m'avais dit ce que je voulais entendre, je t'aurais emmené loin, très loin, au soleil, loin du monde, loin de tout. Ton sourire ne m'aurait pas fait peur. Tout ce que tu dis passe pour de la souffrance, tu bois du vin, encore et de nouveau, tu me prends au cœur quand tu as ce regard angoissé, ce regard de condamné. Tu n'as pourtant rien à regretter. Tu as tout.. Absolument tout.
Pour toute la tristesse que tu tentes encore d'avaler. Pourquoi es-tu comme cela ? Quel est ton secret ? Je n'ai même plus envie d'en savoir plus, parce que j'ai vraiment envie de bien dormir. Le tout petit peu qui manquait entre nous, tu ne l'as jamais apporté. Je ne t'en veux toujours pas.
Je fais le mort, je m'endors.
Tu englobes toutes les couleurs qu'il reste, sale peste.


Quand je suis sorti dehors, la pluie était dorée et les étoiles effacées. Je sentais la rage dans une tempête de nacre. Après quelques mètres, mes pas ont crissés, des flocons duveteux sur les mains, lugubres milliards d'histoires. Mes chevilles se tordent. Tu cries derrière moi, tu cours et je ne réponds pas.

Une petite goutte dans l'éther, un peu d'amour au milieu d'un cimetière. Lily... Tu prends tes quartiers dans la nuit ? Cours-moi après, plus vite, rattrape-moi.. Je ne pensais pas que tu serais là, je le jure. Mais tu peux toujours essayer.. Retiens-moi. Tu cries une dernière fois mon prénom et la nuit est tombée, le noir t'a dévoré et tu es désormais trop loin..
J'aurais peut-être dû marcher moins vite.. Ça m'a fait sourire de me voir dans cet état.


Hier soir, mon amour, je t'ai parlé quand je somnolais. Je n'ai pas essayé de t'oublier. J'ai pensé à toi tout le temps. J'ai touché ta peau blanche et tes yeux de pluie. Ta gorge parfumée et ton absence ineffaçable. C'était ridicule et ça m'a pas dérangé. Je n'ai pas cherché à te voir et j'espère que tu es fière de moi. Hier soir, mon adorée, j'ai fermé mes yeux d'amoureux et je n'ai presque pas bu. Tu étais partie et mon corps épris n'a pas une seconde pensé que je devais rattraper l'ombre de ton souvenir.

J'ai pleuré et j'ai les yeux ruinés.


Lily et ses fringues de morgue. Ses robes noires, couleur chômage. Lily qui s'en fout, qui s'en faut, Lily qui vient chercher les impôts, habillée comme pour un enterrement. Monstre de blessures et dans sa boîte à fleur, il y a le coeur de Scorpius, agonisant, prêt à suffoquer. Il va palpiter et mourir. Elle va en rire. Piquée du nez. Elle referme la boîte. Elle s'installe à table, elle ronge un ongle, puis deux, elle s'endort dans son assiette. Il n'est pas là.

« - Scorpius, le soleil se lève, je vais mettre du blanc et je dois partir. Scorpius, ne t'endors pas ou je viendrais à nouveau grignoter tous tes espoirs. Scorpius, tu as bien fait de me rejeter. Fuis-moi avant que tu ne me manques.
Quoi que je fasse, des choses se brisent. Où que j'aille, je fais peur à tout le monde. Tu n'y peux rien, ce n'est pas ta faute.
J'ai mis des roses en sang, c'est violent. Tu comprends ?
Dégage. Je ne veux plus te voir. »


Voilà donc le sixième chapitre, j'espère vraiment qu'il vous a plu et que vous passez de bonnes fêtes !

N'hésitez pas à me donner votre avis.