Bonsoir !

Nouveau chapitre ! Très court, mais bon ce ne sont que des petites scènes. Je ne sais toujours pas comment je vais finir, mais peu importe x)

Bonne lecture !


Q était assis au bar. Il n'avait pas encore eu le temps de retirer son imperméable, ce qui n'était peut-être pas un mal compte tenu de la couleur de son pull ce soir-là. Rose, ou plutôt lilas pour être précis. James trouvait cela absolument ridicule. Bon sang, ce n'était parce qu'il était gay qu'il pouvait se permettre de porter cette chose. N'avait-il aucun sens du bon goût ? Ou n'en avait-il tout simplement rien à faire ?

James s'approcha discrètement, il avait suivi le jeune homme à sa sortie du bureau. Sans raison à proprement parler. Ce gamin l'intriguait, il voulait en savoir plus. Il s'assit à ses côtés.

— Tu n'as pas école demain, toi ?
— Bonsoir James.

Comme toujours, Q restait imperturbable et ne daigna même pas lui accorder un regard. Il en faudrait plus que ça pour le déstabiliser ou l'énerver. James esquissa un sourire en coin se tourna vers le barman.

— Une vodka-martini. Et une grenadine pour le petit, précisa-t-il en désignant Q.
— C'est très aimable à vous, mais j'ai déjà commandé.

En effet, le barman venait de poser une pinte de bière devant lui. James haussa brièvement les sourcils. Il l'avait plutôt imaginé avec un kir-royal à la rose ou la à violette, pour aller avec son pull. Ou une grenadine.

— Vous ne lui demandez pas sa carte d'identité ? s'étonna faussement l'agent.

Mais le barman était déjà passé à autre chose, il y avait du monde à servir.

— Si c'était une manœuvre pour connaître mon prénom et mon âge, sachez qu'elle est tout à fait grossière. Je m'attendais à mieux de votre part, James. Vous n'y avez pas mis tout votre cœur, railla Q en levant les yeux au ciel.
— Tu m'appelles James ? C'est nouveau ça.
— Disons qu'en dehors du bureau, il faut mieux ne pas trop attirer l'attention si vous voyez ce que je veux dire.

Effectivement, se faire appeler 007 dans un bar bondé où n'importe qui pouvait l'entendre n'aurait pas été des plus intelligent.

— Et comment dois-je t'appeler pour assurer ta sécurité ?
— Mes amis m'appellent Q.
— Parce que tu as des amis ? Tu ne cesses jamais de m'étonner, gamin.
— J'ai une vie en dehors du bureau, assura le jeune homme en relevant le menton.
— Alors que tu y passes 20 heures par jour et 7 jours sur 7 ? Laisse-moi rire.

Cette fois, Q ne répondit rien. Il se contenta de tremper ses lèvres dans sa bière et de la boire à petites gorgées. James sut qu'il avait vu juste. En même temps, ce n'était pas étonnant. Être chef de la section Q au MI6 était incompatible avec toute vie sociale. Et ne parlons pas des relations amoureuses.

— Si vous êtes là dans l'espoir de trouver un collègue avec qui geindre parce votre travail empiète sur votre vie privée et vous ruine la santé, ne comptez pas sur moi. Vous n'avez qu'à prendre votre retraite, aller planter des tomates à la campagne et laissez en paix ceux qui ont encore une carrière - que dis-je - un avenir. Tout le monde n'a pas déjà un pied dans la tombe.

Q avait débité ce petit discours avec un calme et un aplomb surprenant, James aurait presque pu être impressionné. Il aurait également pu être vexé par de telles insinuations, mais cela faisait partie du jeu. Q était trop jeune, et lui trop vieux. Néanmoins, il avait l'impression d'avoir piqué au vif son jeune armurier.

— Ton petit ami t'a quitté parce que tu n'étais pas assez souvent à la maison ?

Aucune réponse. C'était donc ça. Son aigreur, sa mauvaise humeur, son indifférence… Le gamin connaissait une tragique peine d'amour. Sans doute son tout premier amour d'adolescent, avec qui il s'imaginait déjà marié et heureux en ménage dans un pavillon en banlieue avec deux gosses et un chien. Quoi que, oubliez le mariage et la marmaille.

— C'est tout récent en plus. Vous avez dû vous connaître au lycée, vous vous êtes installées ensemble à l'université sauf que toi, tu as trouvé le meilleur job du monde dont tu ne peux même pas parler. Quand tu es monté en grade, tu t'es mis à rentrer de plus en plus tard et le pauvre Jonathan a cru que tu avais un amant. Tu ne pouvais rien lui dire sur tes activités professionnelles, il a fini par s'énerver, te donner un ultimatum et tout naturellement tu as choisi ton travail. Alors il est parti. Dis-moi si je me trompe ?
— Il n'y a pas eu d'ultimatum, il est parti avec quelqu'un d'autre.

— Si à l'époque, tu portais déjà ce pull, ça n'est pas étonnant qu'il ait trouvé mieux ailleurs.

Pendant une seconde, James crut que Q allait lui jeter son verre à la figure. Là, il l'avait vraiment énervé. Il l'avait imaginé plus solide que ça. En même temps, il n'était qu'un gamin. Il avait quoi ? 20 ans ? 25 ans, maximum. Il avait toute la vie devant lui. James sortit son paquet de cigarettes, s'en alluma une et le tendit à son voisin.

— Non merci, je ne fume pas.
— Pas encore l'âge ?
— J'ai 24 ans. Arrêtez avec ça.
— Et ton prénom ?
— Pourquoi vous m'avez suivi ? demanda soudainement le jeune homme.
— Pour rien.
— Vous n'avez personne d'autre sur qui vous acharner ce soir ? Vous n'avez pas une charmante jeune femme à visiter ? Soit dit en passant, je m'étonne de votre fixation sur mon âge. Votre dernière conquête était plus jeune que moi.
— Qu'en savez-vous ?
— Elle avait 19 ans, déclara Q en le regardant droit dans les yeux.
—Vous vous êtes renseigné sur elle ? s'étonna presque James.
— Comme sur toutes les personnes que vous croisez en mission. Je vous signale que cela fait partie de mon travail.
— Comme de m'offrir des rouge à lèvres ?
— Il vous a été très utile la semaine dernière.

C'était vrai. James haussa les épaules. Paralyser une tueuse à gage d'un simple baiser, c'était une grande première.

— Dommage que cela ne fonctionne qu'avec les femmes. Il est assez rare que mes adversaires en soient.
— Vous ne devriez pas être aussi étroit, James, murmura Q avec un haussement de sourcils des plus évocateurs.
— Est-ce une proposition ?
— Voulez-vous que cela en soit une ?
— Tu as déjà oublié Jonathan ?

Le jeune homme baissa les yeux. De toute évidence, la réponse était non. James aurait pu le réconforter, lui dire qu'il en trouverait un autre bien plus mignon, mais il savait que c'était faux. Du moins, tant qu'il travaillerait pour le MI6. A moins peut-être, de sortir avec un collègue, mais ce n'était pas vraiment mieux. Le gamin allait apprendre à faire une croix sur ses projets de mariage.

— Je vais vous laisser, déclara Q en remontant la fermeture éclair de son imperméable.
— Déjà ? Tes parents t'attendent avant minuit ?
— Non, je vais dans un club gay pour me vider les couilles. Vous voulez venir ?

James manqua de s'étouffer avec sa vodka-martini. Il accorda un regard ahuri au jeune homme qui semblait très fier de son petit effet. C'était on ne peut plus réussi, James n'aurait jamais cru possible qu'un tel mot sorte de la bouche du petit génie. Et ne parlons même pas du sens de la phrase. Heureusement, il reprit vite contenance et répliqua :

— Avoue que tu réfléchis à cette phrase depuis le début de notre conversation.
— Possible.
— Tu n'y vas pas vraiment.
— Vous ne le saurez que si vous m'accompagnez.

Q semblait plus sûr que lui que jamais. Et amusé aussi, cela se voyait dans ses yeux, derrière ses culs-de-bouteille. James ne l'avait jamais vu si jovial, c'était presque mignon, il était persuadé d'avoir gagné.

— Bonne nuit, James. Soyez à l'heure demain, j'ai du travail pour vous.
— Amuse-toi bien, gamin. Et attends, j'ai quelque chose pour toi.

James avait attrapé le bras de Q pour l'empêcher de s'en aller. Il fouilla quelques instants dans ses poches et en sortit une boîte à moitié vide de préservatifs. C'est avec satisfaction qu'il vit le jeune homme rougir instantanément lorsqu'il la lui glissa dans une des poches de son manteau. Il rentrait chez ses parents, à présent, James pouvait en être sûr.

— Embrasse ta mère pour moi. Et garde ça, on ne sait jamais. Si un jour tu décides de changer ta garde-robe, ça pourrait te servir.

Q le fusilla du regard, les joues encore rouges et se détourna, sans savoir qui répliquer. James le regarda sortir du bar avec un petit sourire. Puis il réalisa que le gamin n'avait pas réglé. Il lui avait laissé l'addition, ce petit impertinent. Il ne perdait pas le nord.


N'oubliez pas la petite review qui va bien 3