15. Baignant dans la lumière artificielle
C'est une représentation, un
spectacle. Dont tu es l'acteur principal. Tous te regardent, mais
personne ne te voit. Tous t'entendent, mais personne ne t'écoute.
Sauf moi. Moi que tu ne vois pas. Tu fais comme ton public, tu me
regardes à peine. Tu sais que ça fait mal ?
Tu es
sous les projecteurs. Une lumière crue et morte t'entoure.
Comme si le soleil n'allait jamais voir ton visage, remplacé
par des projecteurs. Tu baignes dans une lumière artificielle
qui n'est pas pour toi. Tu t'éteins dans cette lumière
qui te donne un teint cadavérique, un teint qui n'est pas le
tien. Sors de là ! S'il le faut, retourne à l'obscurité
! Tu te fais dévorer, il faut que tu fuis ! Ce n'est pas la
bonne lumière qui t'entoure. Tu n'es pas un papillon, et quand
bien même tu en serais un, tu n'es pas attiré par la
lumière, mais par un substitut qui aspire ta vie. Arrête
! Je t'en prie...
Entouré par une masse humaine
mouvante, un jeune homme aux yeux bleus fixe un jeune homme aux yeux
violets qui chante. Le premier n'est qu'un ami d'enfance qui cherche
à se faire aimer autant qu'il aime, et ne veut que protéger
l'autre. Le second ne voit que l'adoration d'une foule, sans voir
qu'il n'est qu'un symbole remplaçable.
Un instant le monde
se fige. Et dans la lumière artificielle brille l'amour, tout
l'amour d'un monde égoïste et tout l'amour d'un homme
impuissant face au monde. Dans la lumière des illusions,
l'unique perdra toujours face à la multitude. Parce qu'une
lumière artificielle ne peut qu'éblouir, pas éclairer.
