Le monde ne s'était pas écroulé. C'est ce que Drago n'arrêta pas de se répéter la semaine suivante. Et puis, les conséquences avaient été moins terribles qu'elles n'auraient pu l'être.

Les amis de Potter étaient très, très mécontents et ne devaient pas être loin de la crampe au visage à force de jeter des regards mauvais à Drago. Mais il était habitué à pire ; ils n'avaient même pas essayé de lui jeter un maléfice. McGonagall avait retiré cent points à Serpentard et lui avait imposé une retenue. C'était Hagrid qui était chargé de la lui infliger, pour être sûr que ce soit terrible. Mais Drago avait déjà connu ça.

Beaucoup le tenaient pour un héros en secret. Ça, c'était nouveau. Quelqu'un avait réussi à prendre des photos quand Potter était à poil, et pas mal d'élèves de Poudlard avait passé des heures à contempler les photos avec adoration. Ils avaient tendance à lever leur pouce en voyant Drago.

Tout ça aurait été assez amusant, vraiment, s'il n'y avait pas eu comme un poignard logé dans la poitrine de Drago, qui se tordait et s'enfonçait plus profondément à chaque fois que Potter le regardait, à chaque fois que Potter ne le regardait pas, à chaque fois qu'il surprenait quelqu'un à baver sur les photos de Potter, à chaque fois que Potter était obligé de quitter la Grande Salle parce qu'il était gêné, à chaque fois que Drago s'asseyait pour travailler et que ce n'était pas dans l'alcôve. Il n'osait pas y retourner, même s'il savait que Potter n'y irait plus jamais.

Le poignard n'était pas arrivé tout de suite. Ça avait pris deux jours pour qu'il réalise. C'était arrivé au milieu de la nuit, une nuit particulièrement chaude, peuplée de mauvais rêves et de draps collants de sueur, et Drago s'était réveillé en comprenant quelque chose d'un coup : Potter était son ami. Après toutes ces années. Potter était son ami.

Et maintenant il ne l'était plus.

La douleur dans sa poitrine avait commencé à ce moment-là et n'était pas partie depuis.

Il avait pensé à essayer d'expliquer à Potter ce qui s'était passé. Il y avait beaucoup pensé. Il dirait à Potter qu'il n'avait pas voulu l'humilier en public, que tout ce qu'il voulait faire, c'était arranger ses cheveux.

Mais Potter ne le croirait pas, bien sûr. Et puis, ce n'était pas totalement vrai de toute façon. Ça n'avait jamais rien eu à voir avec ses cheveux. Drago avait compris ça, aussi. Ça avait enfoncé le poignard encore plus loin.

Le bon côté de se balader avec l'impression que quelqu'un lui enfonçait constamment un poignard dans les côtes, c'est qu'il avait la sensation d'être déjà à demi-mort et que ça l'avait apparemment rendu courageux. Et Drago avait eu besoin de courage quand Hagrid l'avait envoyé seul dans la Forêt Interdite pour ramasser autant de renouées que possible. Une variété spéciale, avec plus de goût et un sale caractère, qui était parfaite si vous vouliez faire de l'hydromel de renouée. Autrefois, Drago se serait plaint auprès des officiels d'être forcé d'aider Hagrid dans cette entreprise qui n'était certainement pas à visée pédagogique, mais là, il n'en avait pas la force.

La forêt était sombre et sinistre. Elle sentait le danger et la pourriture et s'accordait parfaitement à l'humeur de Drago. Il trouva facilement un coin d'herbes bien vertes ; il n'eut même pas à aller loin dans la forêt. Il posa de côté la bourse en cuir que Hagrid lui avait donnée et s'agenouilla en faisant bien attention de ne pas toucher les herbes avec ses genoux. Les renouées étaient connues pour ramper jusqu'à leurs victimes, s'enrouler autour d'elles et les emprisonner dans des nœuds fermes et impossibles à défaire. Le truc consistait à cueillir une tige à la fois et à la pétrifier aussitôt. Les renouées poussaient en tous sens, emmêlées les unes aux autres, mais semblaient bien tranquilles – ce qui était trompeur. Cela le fit penser à Potter. Il arracha les tiges et les pétrifia avec jubilation.

Il tressaillit à peine quand quelque chose passa dans les buissons. Il se contenta de relever la tête quand un Sombral descendit en piqué pour attraper un pauvre écureuil sur une branche. Il n'eut même pas envie de hurler quand l'air se déchira à côté de lui et que Potter apparut de nulle part.

Il ne hurla pas mais le poignard dans sa poitrine se tordit. L'espace d'un instant, il se prit à penser que ça avait peut-être été le plan de Hagrid et Potter tout du long. Ils s'étaient entendus pour attirer Drago dans la forêt et se venger de lui. Peut-être faire disparaître ses vêtements et le laisser en pâture aux loups-garous.

Ça aurait été préférable à ce que Potter était visiblement venu ici pour faire. Il s'appuya à un tronc, les mains dans les poches, et fixa Drago. Il voulait parler ; ça se voyait comme le nez au milieu de la figure.

« Je suis occupé », dit Drago sans lâcher des yeux le brin de renouée dans sa main.

Il essayait de s'enrouler autour de son doigt et Drago dut lui jeter un sort. Il le fourra dans le sac en faisant attention de ne pas le casser.

« Je voulais juste te rendre ça. »

Quelque chose fendit l'air et cogna contre l'épaule de Drago. Il vit ce que c'était du coin de l'œil. Le badge « Je soutiens Potty la Pédale ». Il atterrit juste au milieu du carré de renouées. Les herbes s'enroulèrent autour avec délice et il disparut aussitôt.

« Merci beaucoup, Potter. C'était le seul que j'avais, tu sais. »

Drago eut le temps de cueillir trois autres brins de renouée avant que Potter parle à nouveau.

« Tu ne vas pas me dire pourquoi tu as fait ça ? »

Le poignard s'enfonça un peu plus. Potter avait l'air si blessé.

« J'aime faire des badges. Tu devrais le savoir. »

Drago pouvait presque sentir la colère de Potter monter. Il était silencieux et immobile, mais prêt à exploser à n'importe quel moment. Peut-être que c'était une bonne chose. Peut-être qu'il balancerait un maléfice à Drago et partirait.

« Je veux juste savoir pourquoi, Malefoy. Est-ce que j'ai fait un truc qui t'a énervé, ou bien c'était ton plan depuis le départ ? Quoi, tu attendais juste le bon moment ? Tu attendais que je devienne si con que je te laisse pointer ta baguette sur moi sans rien faire ? Est-ce que tu cherchais un moyen de m'humilier publiquement depuis le jour où je t'ai dit que j'étais gay ? »

Drago ne savait pas quoi répondre à ça, à part la vérité.

« En fait, je voulais juste arranger tes horribles cheveux, mais j'ai raté mon sort. »

Bien sûr, la vérité avait l'air d'une mauvaise blague.

« Malefoy », soupira Potter.

Sa voix était un peu tremblante. Comme s'il était sur le point de pleurer. Drago releva la tête craintivement. Mais Potter ne semblait pas avoir les larmes aux yeux. Il avait juste l'air déçu, trahi.

« Pourquoi tu me détestes tellement ? Même après que je… Pourquoi ?

— Même après quoi ? »

Potter tapa le sol du pied.

« Tu sais quoi. »

Drago savait.

« Tu t'attendais à de la reconnaissance ?

— A vrai dire, non. Pas venant de toi. Je m'attendais à ce que tu arrêtes de me haïr. Je pensais que ça c'était derrière nous. Je pensais… »

Drago pétrifia le brin de renouée dans sa main avec tellement de rage qu'il la transforma en un morceau de glace verte. Elle scintillait comme une pierre précieuse et Drago la broya en poussière.
Potter n'avait pas fini.

« Est-ce que tu venais t'asseoir là chaque jour dans l'alcôve, et que tu me détestais ? »

Drago eut une drôle d'envie de rire. Mais le rire ne sortit pas. Il dit :

« Je visais tes cheveux.

— Pour l'amour de Dieu, Merlin, tu peux pas juste… Juste le dire. Juste me dire à quel point tu me détestes. C'est évident, alors pourquoi tu le dis pas ? »

Drago inspira pour se calmer.

« Je visais tes cheveux.

— Malefoy… »

Drago se releva d'un coup.

« Je visais tes putains de cheveux, Potter ! »

Des étincelles jaillirent de sa baguette ; sa gorge lui faisait mal. Potter adapta aussitôt une position défensive, prêt à frapper dans la seconde.

« D'accord. Très bien. J'ai compris. Tu voulais faire disparaître mes cheveux, pas mes fringues. Et c'est une excuse, peut-être ? En quoi c'est moins pire, au juste ? »

Potter examinait son visage comme s'il pouvait y trouver la réponse.

« Ou bien tu es juste dingue ? »

Drago était dingue ; il devint fou précisément à ce moment. Il le sentit arriver. Comme un interrupteur qui claquerait dans sa tête. Il fonça sur Potter sans se soucier que la baguette de celui-ci soit pointée sur lui. La baguette de Drago était tombée par terre. Il s'en foutait. Il plaqua Potter contre un arbre, appuyé de tout son poids sur lui. La baguette de Potter était coincée entre eux deux, mais ni l'un ni l'autre n'y prêta la moindre attention. Potter le regardait, les yeux aussi écarquillés que quand Drago avait fait disparaître ses vêtements sur le terrain.

« Cette mèche, juste là. »

Drago leva la main et l'attrapa entre le pouce et l'index. C'était la longue, celle qu'il détestait le plus, celle qui s'accrochait toujours à la joue de Potter. Potter y jeta un coup d'œil de côté et puis revint à Drago.

« Je la vois dans mes rêves », dit Drago.

Il la voyait très souvent. Presque chaque nuit.

« C'est la première chose que j'ai vue, tu sais.

— Malefoy », dit Potter tout doucement.

Il l'avait dit de la voix qu'on emploierait pour parler à un dément.
Drago tira sur la mèche qui était toujours dans sa main.

« Tu étais tout couvert de sueur, le visage tout sale. On était tous sales et en sueur, pas vrai ? C'est comme ça que marche le feu, il transforme tout en sueur et saleté. J'ai levé les yeux et tu étais là, avec cette stupide mèche de cheveux collée à ta joue. Le feu était si fort que j'y voyais presque rien. Je t'ai juste reconnu à cause de tes horribles, horribles cheveux. L'horrible Potter qui était venu me sauver avec ses horribles cheveux. »

Les yeux de Potter étaient plus verts que les renouées.

« Tu penses que je te déteste. Oh, Potter. La vérité est tellement plus atroce. Je suis l'un d'entre eux, maintenant. L'un de ceux que tu détestes tellement. L'un de ces abominables fans auxquels tu essaies d'échapper. Je te déteste pas. Je veux t'acheter plus de chocolat que tu n'es capable d'en manger. Je veux t'emmener à Pré-au-Lard et t'acheter tout un chariot de tartes à la mélasse. Tu vois, je sais même quel est ton dessert préféré. Cette alcôve ? Ce n'est pas mon coin. Je te cherchais. Ça faisait des semaines que j'essayais de trouver ta cachette. Et quand je t'ai trouvé, j'y suis juste retourné pour te revoir. Et tu sais, j'écrirais tous tes essais si tu voulais. Sans te les faire payer. Je pense même que je pourrais me déshabiller devant tout le monde au milieu du terrain si je savais que ça te ferait rire. »

Potter secoua la tête, très lentement.

« Tu ferais pas ça.

— Si. Maintenant, je le ferais, parce que je suis tellement désolé d'avoir… »

Le poignard s'enfonça encore un peu ; Drago n'arrivait plus à parler.

« Tu ferais pas ça, répéta Potter. Malefoy, tu… racontes n'importe quoi. Si je te demandais d'écrire mes essais, tu me dirais d'aller me faire foutre.

— Non, Potter, tu ne comprends pas. Je les écrirais tous pour toi. Je t'assure. Je vaux pas mieux que la petite fille avec les chocolats qui te suit partout et espère qu'elle aura la chance de te faire sourire. »

Potter sourit, comme pour accomplir son vœu.

« Ces chocolats sont généralement remplis de philtres d'amour, tu sais.

— Ça n'a pas d'importance. C'est la même chose, Potter. Tu n'écoutes pas ce que je dis. »

Ce qui était terriblement énervant parce qu'ils étaient si près l'un de l'autre que leurs fronts se touchaient. Ils respiraient le même air. Potter avait forcément entendu tout ce que Drago avait dit, c'est juste qu'il n'y prêtait pas attention.

« Je suis l'un d'entre eux, maintenant. Un de tes fans écervelés. J'étais juste très doué pour le cacher. »

Potter chuchotait, maintenant :

« Est-ce que tu veux mon autographe, alors ? »

Merlin.

« Ce n'est pas ton autographe que je veux, Potter.

— Qu'est-ce que tu veux ? »

Les yeux de Potter étaient si près, et si verts.

« Je veux… Je veux arrêter d'être ton fan écervelé. Je veux arrêter de me sentir comme ça. C'est de la torture. »

Potter pencha la tête de côté.

« Oh oui, j'imagine. »

Ses lèvres effleurèrent celles de Drago. Par accident, pensa Drago. Mais ça recommença, une pression chaude et douce qui voyagea jusque dans sa poitrine et y fit fondre le poignard qui s'y trouvait.

« Est-ce que… »

Drago parlait contre les lèvres de Potter, ce qui rendait le fait de respirer difficile. Il recula, juste un peu.

« Est-ce que tu es en train d'être gentil ? »

Un souffle chaud chatouilla le visage de Drago : Potter riait.

« Tu as vraiment une très haute opinion de moi, tout à coup. Je ne suis pas gentil. »

La main de Potter se faufila pour venir se poser sur le bas du dos de Drago.

« Ce n'était pas ma cachette, tu sais. J'ai trouvé cet endroit le jour où tu m'y as vu pour la première fois. J'y suis juste retourné parce que j'espérais t'y voir. »

Les lèvres de Potter se soulevèrent légèrement. Sa main appuya plus fermement contre le dos de Drago.

« Est-ce que ça veut dire que je suis ton fan ? J'avais pas vu ça comme ça, mais si c'est le nom que tu veux employer… »

Drago n'eut pas beaucoup de temps pour traiter cette information, parce que Potter était à nouveau en train de l'embrasser. De l'embrasser parce qu'il le voulait, ça, c'était une information que Drago avait eu le temps de traiter.

La langue de Potter s'immisça derrière ses lèvres et Drago eut l'impression de tomber en avant, même s'il n'y avait nulle part où tomber, mais c'était l'impression qu'il avait, comme s'il était en train de glisser dans un truc dont il ne pourrait jamais sortir.

Ça aurait dû être terrifiant, mais en fait, ça le rendait heureux. Tellement heureux qu'il éprouva le besoin d'interrompre le baiser pour éclater de rire.

« Tu es Potter », dit-il en riant contre sa joue.

Il embrassa sa pommette, et puis il descendit effleurer de ses dents la mâchoire de Potter, et puis il remonta pour emprisonner le lobe de l'oreille de Potter entre ses lèvres, et puis il laissa glisser sa bouche pour suçoter la peau tendre du cou de Potter.

« Stupide et ridicule Potter », murmura-t-il, la bouche pleine de Potter.

Les cheveux de Potter lui chatouillaient le nez. Drago enfouit son visage dans ce chaos noir et mal coiffé et inspira à pleins poumons de l'air parfumé à la pomme.
Il lui apparut dans une sorte de brouillard que l'odeur des cheveux de Potter, aussi merveilleuse qu'elle soit, n'était probablement pas responsable de son état quasi-orgasmique.

Les mains de Potter tenaient fermement ses hanches, leurs corps étaient serrés fort l'un contre l'autre. Ils se balançaient l'un contre l'autre, dansaient presque, peut-être même qu'ils étaient en train de léviter au-dessus du sol. Potter soufflait son haleine chaude dans le cou de Drago, et ses dents et ses lèvres envoyaient des petits chocs électriques courir le long de ses nerfs.

Ce fut terminé incroyablement vite. A un moment donné, le plaisir était à son comble, l'instant suivant, il refluait, se moquant bien des tentatives de Drago de le retenir.

Mais quand il rouvrit finalement les yeux et trouva la force de lever la tête, il réalisa qu'en ces quelques secondes, le monde avait changé. Il s'était réveillé dans le monde qu'il avait entraperçu sur le terrain de Quidditch, le monde terne où Potter – Potter dont la tête était appuyée en arrière contre l'arbre, les yeux mi-clos et les cheveux encore pires que d'habitude – brillait plus fort que tout le reste. Mais cette fois-ci, ça n'était pas un problème ; cette fois-ci, il comprit que c'était un monde merveilleux.

Enfin. Drago s'agita un peu. Si on comptait pas les caleçons poisseux et tout ça.
Potter souriait.

« Tu m'achèteras vraiment un chariot plein de tartes à la mélasse ?

— Oui, promit Drago. Mais une par une. Si je te les achète toutes d'un coup tu en mangeras trop et tu te rendras malade.

— Je vois. Et tu écriras vraiment tous mes essais ?

— Oh que oui ! S'il n'y a que ça pour te faire plaisir, dès que tu écriras un essai je le recopierai avec joie. »

Potter fronça les sourcils et Drago haussa les épaules.

« Le langage est plein de pièges. C'est trop facile de détourner une phrase. C'est pas ma faute. »

Potter pencha la tête de côté.

« Est-ce que tu te déshabilleras sur le terrain de Quidditch, au moins ? »

Le sentiment de culpabilité que Drago avait éprouvé plus tôt revint d'un coup. Ça ne serait que justice, se dit-il.

« D'accord. Je le ferai. »

Potter éclata de rire.

« Tu dois avoir quelque chose d'impressionnant à montrer. Ça avait l'air impressionnant tout à l'heure. »

Il essaya de prendre un air pervers, mais comme il rougissait ça ne marcha pas trop. Drago eut un sourire éclatant.

« Je crois que je préférerais un show en privé, décida Potter.

— Ça peut s'arranger. Je connais un endroit parfait pour ça. »

Drago sourit largement. Un peu de bon sens finit par réintégrer son esprit et il lança un regard en arrière vers le massif de renouées. Son sac avait disparu. L'herbe était immobile et semblait parfaitement innocente.

« Enfin, si tu m'aides à finir ma retenue. Techniquement, c'est de ta faute si ces putains de renouées ont détruit tout ce que j'avais fait. »

Potter fit semblant de soupirer.

« Pour quelqu'un qui dit qu'il ferait n'importe quoi pour moi, je trouve ton prix assez cher. »

La lèvre de Potter tremblait car il essayait de contenir son rire. Drago se pencha en avant et l'embrassa comme un fou.

« N'importe quoi avec moi, Potter, ça vaut énormément. »

Il n'aurait pas pensé ça avant, mais il était prêt à y croire maintenant, surtout avec Potter qui le regardait comme s'il pensait qu'il avait raison, comme s'il était même prêt à payer le prix.

« Je ferais mieux d'aller sauver ton sac, alors », dit Potter.

Et c'est précisément ce qu'il fit. Il était doué pour ce genre de trucs. Ça donnait envie à Drago de l'embrasser sans arrêt. C'était assez pathétique.

Mais ensuite, Potter se retrouva quasi avalé par l'herbe, et Drago dut aller le sauver, ce qui était assez pathétique de la part de Potter aussi, et Drago se dit que ce truc entre eux pourrait bien marcher en fin de compte.

Ils passèrent la soirée dans leur alcôve. Drago fit apparaître un lit fait maison, et Potter des couvertures. Les couvertures disparurent vite, et le lit n'arrêtait pas de faire des bonds, mais il remplit son rôle.

Potter était allongé sur le côté, appuyé sur un coude, et il jouait avec les cheveux de Drago.

« Tu sais, dit-il avec un sourire béat – le genre de sourires qui n'était possible qu'après plusieurs orgasmes. J'aime beaucoup tes cheveux, moi aussi. »

Drago renifla, fier de lui. Il était d'incroyablement bonne humeur. Un peu plus tôt, la main de Potter s'était baladée sur lui, s'était faufilée entre ses fesses et l'avait caressé là. C'était une sensation étrange, trop intime, qui lui avait laissé une brûlure dont il voulait plus. Il avait encore l'impression de sentir les doigts de Potter. Il n'arrêtait pas de gigoter, soudain étrangement conscient de cette partie de son corps.

« C'est bien normal, Potter, dit-il. Tout le monde aime mes cheveux. Ça fait des siècles que les gens admirent les cheveux des Malefoy. Il y a eu des poèmes écrits dessus. Ça, par contre…. »

Drago tendit la main pour attraper une poignée de cheveux sur la tête de Potter.

« On dirait le truc que mes elfes de maison utilisent pour faire la poussière. Aimer ça est clairement un signe de démence.

— Peut-être que je devrais les couper. Ça n'a jamais vraiment marché jusqu'ici, mais qui sait ? »

La prise de Drago sur ses cheveux se resserra.

« N'y pense même pas. Jamais, Potter. »

Potter posa la main sur la poitrine nue de Drago.

« D'accord, dit-il. Respire.

— Ça ne t'irait pas de toute façon. »

Drago lâcha ses cheveux.
Le lit fit un petit bond.

« Merlin, soupira Potter. Pourquoi tout ce que tu fais apparaître est-il si pénible ?

— Dit celui qui n'en fout pas une. »

La main de Potter descendit le long de son corps et s'enroula autour de son pénis. Il était mou, mais ça n'allait pas durer, pas avec Potter qui le touchait.

« Je n'en fous pas une ? Comment ça se fait qu'il n'y a que moi qui bosse, là, alors ? »

Tout en rouspétant, Potter se laissa glisser jusqu'à ce qu'il se retrouve à plat ventre entre les jambes de Drago. Son visage était si près de son entrejambe que c'en était inquiétant. Sa main n'arrêtait pas d'appuyer et de caresser.
Drago contempla les doigts de Potter.

« Si tu arrives à la lever de nouveau, je pourrais me laisser convaincre de te sauter. »

Potter le fixa sans ciller. Drago sentit sa peau le brûler jusqu'au centre de sa poitrine. Il détourna le regard.

« Si tu veux… » ajouta-t-il.

Potter serra plus fort et souffla de l'air chaud sur le bout de son sexe. Drago frémit.

« Est-ce que je suis en compétition contre ton truc flou ? »

La voix de Potter était si basse, si rauque, que Drago en eut des frissons partout. Son pénis tressaillit contre sa peau.

« Bien sûr, soupira-t-il. Et les innombrables personnes qui m'ont sucé par le passé.

— Innombrables ? »

La langue de Potter vint le taquiner d'une caresse. Drago essayait de ne pas trop gigoter. Un gémissement lui échappa. C'était trop difficile de mentir quand on en était là.

« C'est dur de dénombrer des zéros. »

Les lèvres de Potter se refermèrent autour du bout de son sexe et il tira un peu avant de se retirer.

« Mais le truc flou… Je suis sûr qu'il est incroyable. Je ne tiendrai jamais la comparaison.

— Tu es toujours le meilleur », répondit Drago sans réfléchir.

Potter rit et puis prit son sexe dans sa bouche, donnant raison à Drago. Il fut dur beaucoup plus vite qu'il ne l'aurait cru possible.

Après ça, Potter s'allongea sur le ventre et laissa Drago faire ce qu'il avait promis. Une fois de plus, Drago jouit, le nez enfoui dans les cheveux de Potter.

Tout collant et très content, toujours enfoncé en Potter, il décida qu'il pourrait faire ça tout sa vie.

Et il allait falloir, se dit-il, sinon il allait passer le rester de sa vie à regretter et à renifler des plumeaux noirs. Il était coincé avec Potter, maintenant.

« Tu leur as dit ? » demanda Drago.

Il chuchotait parce qu'ils étaient à la bibliothèque. Des fois ils venaient là pour travailler car ils avaient arrêté de le faire dans l'alcôve qu'ils utilisaient pour d'autres choses.

« Heu », dit Potter.

Drago jeta un coup d'œil à Granger et Weasley. Ils travaillaient aussi, à deux sièges de là. Enfin, ils travaillaient sans doute, mais ils passaient aussi beaucoup de temps à chuchoter et à regarder Drago bizarrement. Potter leur avait dit que Drago l'aidait avec ses devoirs parce qu'il avait honte de l'incident sur le terrain de Quidditch et qu'il voulait se racheter en lui donnant un coup de main en Potions.

Les amis de Potter n'arrivaient pas à avaler ça, et Drago avait entendu dire qu'ils pensaient qu'un plan machiavélique était à l'œuvre.

« Je ne crois pas que ce soit le bon moment, dit Potter en faisant bien attention de parler à voix basse. Je ne veux pas passer des heures à en parler avec eux. Et c'est exactement ce qui se passera. »

Drago secoua la tête. Il était temps pour lui d'intervenir.

« Granger ! » appela-t-il en ignorant les signes que Potter lui faisait.

Quelqu'un dit « Chuuuut ! » mais Granger et Weasley relevèrent la tête vers lui.

« Je voulais juste vous dire, commença Drago, que Potter et moi sommes amoureux et que nous comptons vivre ensemble quand on aura fini le lycée. Et que nous sommes gay, si ce n'était pas clair au vu de la phrase précédente. »

Weasley cligna des yeux et Granger dit :

« Heu, d'accord. »

Et ils retournèrent à leurs cours.

« Tu vois ? Ça a pris deux secondes », sourit Drago.

Potter le fixait, choqué. Drago ne pouvait pas lui en vouloir. Ils n'avaient jamais vraiment parlé d'amour ou de vivre ensemble.
Drago baissa les yeux vers son livre, les joues en feu.
Une minute plus tard, Weasley chuchota :

« Harry ? Il plaisante, hein ? »

Potter rit.

« Je sais jamais avec lui », dit-il.

Mais ça avait l'air de lui aller. Suffisamment pour qu'il attrape Drago par le menton et l'embrasse avec enthousiasme.
Si quelqu'un poussa un petit cri choqué, Drago n'entendit rien.


Note

J'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que vous en avez pensé...

Je posterai bientôt la suite de Whodunit et de A vot' service. ^^