2. Le mois le plus cruel

Lorsqu'on va à l'école, les parents s'imaginent que les enfants n'aiment pas y aller, qu'ils détestent le mois de septembre. C'est faux : à la rentrée, on retrouve ses amis.

Lorsqu'on grandit, les parents s'imaginent que les adolescents n'aiment pas les examens, qu'ils détestent le mois de juin. C'est faux : à la fin de l'année, on sent les vacances arriver.

Lorsqu'on est adulte, les parents ne s'imaginent plus rien, parce que leurs enfants sont partis, qu'ils ont quitté la maison à la fin de l'été. Mais les parents ne voient pas la solitude de leur progéniture presque adulte, mais pas encore. Ils ne voient pas que l'été, la fin de l'été, le mois d'août, c'est le mois où l'on sait que l'on va devoir grandir d'un coup.

Alors, lorsqu'on a pas de parents, juste un autre orphelin aux yeux bleus qui est devenu notre ami, on refuse de souffrir à la fin de l'été. Et on veut voir venir l'automne, ensemble.

Parce que ce n'est pas parce qu'on a les yeux violets qu'on aime pas le brun de l'avant-hiver. Mais cette saison, on l'aime parce que c'est le moment où il y a le plus d'arc-en-ciel, et que les arc-en-ciel dans les yeux bleus d'un métis, c'est magnifique.