Hello !
Je voulais vous remercier déjà pour ces premières reviews le thème m'inspirait, et voir qu'il était apprécié me motive encore davantage
Thème musical du chapitre – Lullaby, Nickelback
II. Chienne de vie.
Je ne sais pas depuis combien de temps je marche. Je sais seulement que quand j'ai ouvert les yeux ce matin, le soleil se levait à peine. Enfin, «ouvrir les yeux», tout est relatif…Je n'ai pas dormi de la nuit. Comme un peu trop souvent, à mon goût. Mais quand vous dormez dans la rue depuis plus de trois ans, il est difficile de trouver assez de sérénité pour pouvoir espérer dormir en paix. On pouvait vous chasser d'une devanture de boutique, non pas par crainte que vous chopiez la mort en restant dans le froid, mais bien parce que « ô mais voyons, c'est une enseigne de marque réputée, vous ne pouvez pas dormir devant, cela nous ferait du tord ! » Vous ne pouvez pas rester ici. Certainement la phrase que j'ai le plus entendu tout au long de ma chienne de vie. Je pousse un long soupir et relève les yeux devant moi : les habitations commencent à s'éveiller, les volets s'ouvrent, les lumières tapissent les fenêtres de ces gens, bien sous tous rapports, et assurés de toujours retrouver leur petit chez eux douillet quand ils rentreront ce soir, après le travail. Quand je pense qu'ils se plaignent de leur situation. Que quand j'étais encore à leur place, je ne faisais que dire que j'en avais marre, que je voulais que les choses changent. Sortir de cette monotonie métro-boulot-dodo. Pour sûr, les choses ont définitivement bien changé désormais. Il n'y a plus le temps de s'ennuyer la vie dans la rue est une lutte de tous les instants. Une lutte pour manger, une lutte pour pouvoir se faire respecter, une lutte pour la survie. Mon ventre commence déjà à se manifester, à tirailler ma patience et mes nerfs. Le fait est que je ne sais pas encore de quoi la journée sera faite. Et encore moins celle de demain, ni toutes les autres qui s'enchainent à un rythme à la fois lent et fou. Mon seul repère dans cette chienne de vie, c'est le soleil, et le comportement des gens. Ils demeurent mon seul repère. Je n'ai aucune idée de quelle heure il peut bien être, ou même de quelle saison il s'agit, de quel jour on peut bien être – j'ai vendu ma montre contre un peu de nourriture au marché noir. De la bouffe avariée qui m'a rendu malade comme jamais je ne l'avais été pendant plusieurs jours.
Continuant de marcher, je repère un coin qui m'a l'air pas mal pour passer la nuit. Quand je dis pas mal, je me comprends, cela signifie qu'au moins, je pourrai être à l'abri du vent pour cette nuit. Ou de tout autre SDF qui pourrait me piquer une couverture, ou le peu de nourriture assez comestible que j'aurai pu trouver dans la journée. Car la solidarité n'est pas vraiment le point fort des gens «comme moi», malgré tout ce que l'on peut penser, c'est même tout le contraire : la fin justifie les moyens, et malheureusement, c'est bien la loi du plus fort qui prime. C'est une véritable jungle. On côtoie certes des gens tout ce qu'il y a de plus normaux, les regardant passer et jurer contre l'heure, ou bien encore contre ce qui les attend encore avant de se blottir contre leur oreiller. Ils ne sauront jamais qu'à nos yeux, ils sont les gens les plus chanceux du monde. Moi aussi avant, j'étais comme ça à ne pas supporter que l'on soit en retard à l'un de mes rendez-vous, à soupirer de mécontentement dès qu'on frôlait de trop près ma voiture, à dire à qui veut l'entendre qu'au lieu de faire la manche, les SDF feraient mieux de se reprendre en main et d'aller travailler sur le champ. Oui, avant j'étais comme ça, moi aussi. Un produit de la société, qui ne pensait qu'à sa petite personne et à son propre confort, reléguant l'altruisme comme suffisant pour les faibles. Maintenant, je n'avais besoin que de ça, qu'une main se tende vers moi, me conduise vers des lendemains plus beaux. Mais ne plus avoir de toit sur la tête n'était pas synonyme de ne plus avoir de fierté. Mon égo était certainement plus gros encore que ce que je peux en penser. Et pour avouer à voix haute avoir besoin de quelqu'un, je préfère encore m'étouffer dans mon sommeil avec de la nourriture moisie que je n'aurais pas digérée.
J'étais censé être l'espoir de la famille, pourtant. Au lycée, j'étais ce petit con arrogant à qui tout souriait j'avais une bourse, j'étais quater back de l'équipe de foot, je m'étais tapé chacune des cheerios au moins deux fois…Mais tout cela s'est ensuite envolé bien vite, et je n'ai pas pu le rattraper, revenir en arrière pour essayer de faire en sorte que cette illusion de vie enviable dure encore quelques petits instants. Essayer de le faire revenir, pourtant, c'était comme essayer d'attraper de la fumée avec ses doigts.
J'ai été aveuglé par l'argent, je l'avoue, et je n'en suis pas fier. La roue tourne. Avec l'argent, la vie semble tellement facile. Vous pouvez tout obtenir, en un claquement de doigts. Quitte à vous oublier vous-même dans les liasses de billets que vous tendez pour payer encore un peu plus de champagne. Juste un petit plus pour que cette fille se retrouve dans vos bras, ce soir.
Je suis un héritier. Enfin, j'étais. Et laissez-moi vous dire que tous les héritiers sont aussi stupides et insipides que cette blondasse de Paris Hilton. On naît avec une cuillère en or dans la bouche, alors on pense que tout ira tout seul si on fait des erreurs tant pis, la vie nous fera toujours revenir sur le droit chemin. Après tout, on est né avec beaucoup de chance, alors pourquoi est-ce que cela ne continuerait pas ? Mais malheureusement, ce n'est pas comme ça, que ça marche. J'avais tout. L'argent, le physique, les filles. Mais tout est allé droit en enfer, quand mon père a décidé de couper les vivres quand il s'est rendu compte que je ne passais pas mon temps dans une prestigieuse école de Californie. J'étais plutôt occupé à aller voir ce qui se passait sous les jupes des jolies étudiantes, et les résultats ne suivaient pas.
Au début, j'ai essayé de travailler. Mais mon arrogance ne plaisait pas. Quand j'essayais de prendre sur moi, c'était pire : je ne ressemblais qu'à un pantin comme un autre, et je devenais encore plus imbuvable, fatigué de devoir rendre des comptes à tout le monde. Alors, je me suis laissé aller. Abandonnant tout, et vivant au jour le jour; je dépensais sans compter, la fête et l'alcool devenant mon mode de vie les rais de coke avaient aussi remplacé mes maigres tentatives de CV. Je me souviendrais toujours de la fois où mon père a débarqué à mon appart, s'offrant ainsi une image de débauche du fils prodigue, dont il aurait bien pu se passer.
« - Tu es la honte de la famille, Dean Winchester ! » avait-il vociféré, de sa voix rauque, détachant chacun des mots dans une intention théâtrale, comme si ce martèlement aurait pu rajouter un peu plus de cruauté à cette autorité qu'il n'avait jamais eue.
Au départ, je n'avais pas pris sa menace au sérieux pour moi, j'étais son fils, et malgré mes agissements encore immatures, il ne pouvait pas me renier de la sorte. Après tout, je n'avais tué personne ! Mais j'ai vite déchanté, lorsque je me suis rendu compte à mes dépens que toutes mes cartes bancaires étaient à sec : il avait tout vidé. Alors, rapidement, c'est des vêtements que je ne pus m'acheter. Puis les factures qui se sont succédé dans ma boîte aux lettres. Des impayés. Des recommandations. Des avertissements. L'eau froide, que j'avais appris à supporter le bon matin. Retour au XVIIème siècle en ne pouvant allumer une pièce qu'à la seule lueur de quelques bougies bon marché. Dormir tout habillé pour me tenir un peu plus chaud, malgré ma grosse couverture. Puis finalement, les huissiers, et la rue. Car évidemment, une fois l'argent disparu, ceux que j'avais pourtant toujours appelés «amis» étaient subitement aux abonnés absents.
Quelle belle connerie.
Ah oui, évidemment, je n'étais pas Sam ! Sam, c'est mon petit-frère. Sammy, c'est le petit chouchou de tout le monde, l'élève modèle, celui qui allait devenir un avocat important et briller aux quatre coins du pays. Moi, Dean, moi c'était le raté, le fils indigne de toute cette fortune, incapable de tout signe de reconnaissance en devenant le plus important quelque part, à son tour. Même mon propre frère m'a tourné le dos. Mais si je faisais autant de conneries, c'était justement pour attirer l'attention sur moi, montrer que moi aussi, j'existais. Tu parles.
« - Maman, pourquoi il est tout sale le Monsieur ? » Je tourne la tête en entendant cette petite voix aigüe et aperçois une petite fille, aux bouclettes blondes, suspendue au bras de sa mère, me regardant de loin, d'un air à la fois intéressé et effrayé. Je suis curieux d'entendre ce que cette femme a à lui dire, tiens. Mais rien qu'à voir sa coiffure et ses vêtements, je peux bien dire qu'elle aussi a appartenu à mon monde, mon monde d'avant. Elle a réussi à s'en sortir indemne, elle. « - Hum...Parce qu'il a oublié de prendre sa douche, ma chérie. Allez viens, on va être en retard à l'école… » Et elle repart rapidement, tenant fermement la main de sa fille, faisant claquer ses talons sur le bitume et entrant rapidement dans son véhicule, empêchant ainsi la petite de poser toute nouvelle question ou remarque à mon sujet.
Ce qu'il ne faut pas entendre, quand même. Parfois, je plains l'innocence des gamins et l'hypocrisie des parents. Mais j'imagine que c'est la seule manière de les protéger de manière efficace, de conserver leur âme d'enfant un tant soit peu, dans tout ce merdier que ce monde représente.
Finalement, cette journée a été plus riche que ce que je pensais. Elle avait mal commencé, mais j'étais assez fier de mon trophée de la journée : une bouteille de vin rouge, laissée sur un banc public. Neuve. J'aurais un peu de mal à l'ouvrir, mais je saurai m'en sortir. Il le faut bien de toute façon la rue éveille en vous vos instincts animaux les plus reculés. Un homme ou une femme comme moi l'ont seulement laissé là, par mégarde, sans surveillance. Tant pis pour eux ils auraient du prendre leurs précautions avant.
Pour mon repas, des galettes de riz soufflé et un peu de pain feront l'affaire. Trouvés dans un assez bon état dans les poubelles d'un centre commercial on venait juste de les mettre. A force, on connaît les habitudes des grandes surfaces et les heures auxquelles ils jettent la nourriture. Facile donc, de la prendre sans qu'elle soit complètement immangeable. Il suffit simplement de ne pas se faire choper par la sécurité ou par les employés.
Mon repas était plutôt sec je dois l'avouer, mais je ne vais pas me plaindre, parfois, et même souvent, je n'ai rien à manger pendant plusieurs jours. Le soir venu, je retourne au quartier que j'ai traversé ce matin, et repère le lieu que j'avais désigné pour y passer la nuit. Je ne suis pas au plein cœur des habitations, alors que l'on vienne me faire une seule petite remarque, et ils verront comment je les recevrais ! Oh. On dirait bien que quelqu'un a entendu mes ressassements. Je tourne la tête vers le bout de la rue en entendant des bruits de pas résonner contre les murs. T'arrêtes pas, t'arrêtes pas..Et merde. Il me veut quoi, lui ? Je pousse un soupir et ne réagis pas à sa première intervention c'est plus drôle quand ils commencent à s'énerver. Je souris en coin et finis par le regarder avant de jouer l'arrogant. La meilleure chose que je suis capable de faire. Mais il abandonne un peu trop vite à mon goût. Dommage ! Je serre les dents et le suis des yeux, avant que l'obscurité ne finisse par le happer lorsqu'il tourne à droite de la rue. « - Connard... » Lançais-je à mi-voix avant de croquer rageusement dans mon pain.
