Salut tout le monde ! =)
Merci pour tous vos encouragements, ça me fait chaud au cœur ! ça ne me donne que plus envie de donner du potentiel à cette fiction :)
Je vous souhaite à tous une bonne lecture, ainsi qu'un bon début de semaine !
Thème musical du chapitre – Resistance, Muse.
III. Un semblant de vérité.
Castiel ne dormit pas très bien, cette nuit-là. Certainement à cause du repas qui l'attendait le lendemain. Il angoissait à l'idée de devoir recevoir ses frères chez lui. Sa sœur, cela passait encore : Anna avait été celle dont il avait toujours été le plus proche, certainement grâce à leur minime différence d'âge. Le souci, c'était plutôt avec son aîné, Luke, 43 ans. En grand frère, il n'avait jamais refusé le plaisir délectable de se comparer à eux. Pour lui, Castiel était certainement le plus faible, celui ayant le moins de personnalité ses déboires avec l'alcool n'en avaient été qu'une preuve de plus. Il avait même été certain que Cas' aurait annulé cette tradition familiale de repas en famille, qui se répétait tous les trois mois. Elle existait depuis qu'ils étaient tous petits. Les Novak avaient toujours eu un emploi du temps très chargé, chacun de leur côté, et peu de temps à accorder à leur vie privée. Mais ces réunions, quatre fois dans l'année, étaient sacrées. Oh bien sûr, Castiel voyait Anna beaucoup plus souvent que cela, et heureusement d'ailleurs, mais il n'était pas fâché de devoir attendre plusieurs mois avant de croiser à nouveau le regard sévère et impénétrable du plus vieux de la fratrie.
Il savait aussi que les faux-jumeaux, Gabriel et Balthazar, ne manqueraient pas une occasion d'étaler leurs blagues vaseuses pour réchauffer l'atmosphère, mais il avait conscience qu'eux aussi s'étaient inquiétés pour lui, et que donc, il ne pourrait pas échapper à des paires d'yeux le scrutant, posant des questions telles que « comment tu te sens ? c'est pas trop dur ? tu ressens vraiment beaucoup le manque ? » Ne pouvaient-ils pas simplement se montrer heureux pour lui, qui malgré toute cette pression, en plus de celle qu'il s'infligeait à lui-même, continuait ce combat contre l'alcool ? Finalement, il s'était levé aux aurores. Il devait s'assurer que le dîner soit vraiment parfait. Alors qu'il ne savait même pas ce qu'il allait leur servir. En temps normal, s'ils n'avaient été que tous les quatre, il se serait contenté de commander seulement quelques pizzas, mais, Luke…Toujours Luke ! Pendant une fraction de seconde, Castiel eut même l'audace de se demander pourquoi son frère prenait la peine de venir, si c'était pour critiquer tout et n'importe qui. Mais après tout, c'est bien parce qu'il venait, que Cas tenait tant à ce que tout soit parfait : lui prouver qu'il arrivait à s'en sortir, malgré tout. Revigoré, il se prit une tasse de café bien noir avant d'aller allumer son ordinateur. Allons, trouver quelque chose de bon et d'original, ne peut pas être si compliqué à cuisiner.
(…) 12h10. Le premier coup de sonnette retentit dans l'appartement du trentenaire. Il soupira et eut tout juste le temps de couper pour un moment la cuisson de son plat avant de se diriger à toute jambe vers sa chambre. C'est qu'il n'avait pas vu le temps passer, bien trop omnibulé par sa préparation culinaire. Au final, il avait opté pour une paëlla. Un moyen simple de manger suffisamment pour ne pas se prendre la tête. Tant pis, l'originalité, ce sera pour une prochaine fois. Sauf qu'en se rendant compte qu'il lui manquait la moitié des ingrédients, il avait du être obligé de faire un détour au magasin le plus proche de chez lui. Le plus proche, mais qui lui avait tout de même fait perdre deux heures de son précieux temps. Et il n'avait même pas eu le temps de faire attention à sa tenue ! À la va-vite, il enfila une nouvelle chemise qui lui donnait une apparence moins négligée, et troqua son jean délavé pour un pantalon de couleur noire, sobre. Marchant rapidement vers le couloir, il plaqua vigoureusement les mèches rebelles de ses cheveux de part et d'autre de sa tête, et inspira un grand coup avant de finalement ouvrir à la porte d'entrée à ses visiteurs.
« - Cassie ! C'est qu'on commençait à s'inquiéter.» Un homme, à l'aube de la quarantaine, blond et plutôt grand, entra le premier et salua son frère d'une accolade amicale. L'intéressé ne peut que lui adresser un sourire gêné en guise de réponse, et rougir de l'attente qu'il avait infligée à ses visiteurs. « - Tu étais peut-être avec une charmante demoiselle ? Oh...J'espère que nous ne l'avons pas faite fuir ! » Poursuivit-il, un regain de malice dans la voix. C'était Balthazar tout craché. Le séducteur, celui qui avait assez d'assurance pour dix, et qui ne manquait jamais une occasion de charrier son cher et tendre petit frère sur sa situation d'éternel célibataire. « - Une, si ce n'est pas plusieurs, le charme Novak tu sais... » Renchérit un deuxième homme, légèrement plus petit, les yeux en amandes, toujours rieurs Gabriel. Évidemment. L'un ne va pas sans l'autre. Castiel laissa un sourire amusé s'échapper de la commissure de ses lèvres puis après les avoir serré tour à tour dans ses bras, il se recula ensuite pour les laisser retirer leurs vestes. « - Oui oui, à moi aussi vous m'avez manqué, les terreurs. » Il secoua la tête devant l'air faussement choqué qu'ils arboraient puis alla rangea leurs vestes dans sa chambre, avant de revenir dans le couloir, où ils se trouvaient encore.
Devant eux, d'une main fébrile et peu assurée, quelqu'un tentait de trouver tant bien que mal son équilibre en transportant un dessert et quelques fleurs. Une chevelure rousse, éclatante, était tout ce que l'on pouvait voir dépasser de toute cette cacophonie. Amusé, Castiel alla à la rencontre d'Anna et la débarrassa de ce qui menaçait à tout moment de tomber. « - Oh, mais je vous avais pourtant dit de ne rien amener ! » Avait-il déclaré, d'un ton humble. En fait, beaucoup trop concentré sur son plat principal, Castiel avait complètement fait l'impasse sur le dessert. Le fait qu'ils l'aient emporté l'arrangeait grandement ! Il fit signe à sa jeune sœur de le suivre et emporta le tout à la cuisine. Il mit le dessert au frais et chercha un vase qui conviendrait le mieux pour les fleurs qu'on venait de lui offrir.
« - On a vu un SDF pas loin de chez toi ! » Les deux autres opinèrent de la tête.
« - Je sais, ça fait un moment qu'il traine dans les parages… »
« - Moi je te conseillerais d'appeler les flics… »
« - Anna… »
« - Quoi ? On ne sait jamais, c'est si facile de voler une voiture de nos jours ! »
« - Anna… »
« - Ben c'est vrai ! Puis il peut aller n'importe où alors, ça peut ramener n'importe quoi comme maladie, ça. »
« - Anna ! » Il éleva un peu la voix pour se faire entendre, dans tout le dégueulis de mots que sa sœur avait proféré en l'espace de quelques petites secondes. « - C'est un homme sans toit sur la tête dont tu parles. J'imagine qu'un bol de soupe chaude compte plus pour lui que tout type de voiture. » Expliqua-t-il, sans siller. La jeune femme ouvrit sa bouche puis la referma, sans un bruit, prise au dépourvu. Elle chercha des yeux du réconfort chez les deux autres, mais devant l'air amusé qu'ils arboraient tous deux, on ne peut pas vraiment dire qu'ils avaient l'air de vouloir appuyer son propos.
« - On est pas les meilleurs donneurs de morale, Nana. Mais surtout : on n'est pas venus là pour ça ! » Cas hocha les dires de Gabe, et dans un geste quasi théâtral, les invita à se diriger vers le salon, lorsque la sonnette résonna une nouvelle fois. Tous se considèrent du regard, mais les trois invités se dépêchèrent vite d'aller vaquer à leur place dans la pièce que Cas leur avait indiquée. Bien. Courageux, mais pas téméraires. Le brun poussa un long soupir et réajusta sa chemise, comme pour se donner du courage. Cela ne pouvait être qu'une seule et même personne, le grand invité manquant : Luke. Pour peu, il aurait aimé dire qu'il aurait presque oublié sa venue, mais non. Cela serait beaucoup trop idyllique. Pourquoi ? Mais on n'oublie pas Luke comme ça, voyons. Prenant son courage à deux mains, Castiel fit pivoter la poignée pour ensuite se retrouver nez à nez avec le plus vieux de ses frères. Il avait changé encore. Il lui paraissait encore plus fermé et autoritaire qu'il y a trois mois. Il déglutit avec peine sa salive puis lui souris un peu. Mais à peine eut-il entamé un geste vers lui que Luke riposta. Levant le bras, il opposa entre lui et son frère une bouteille de vin rouge, qu'il lui tendit. Castiel ouvrit les yeux sous la surprise. « - Ah, j'ai amené ça pour, tu sais, hm..célébrer. » Bien. Que le début des hostilités commence. Mais que personne n'oublie que c'est lui, qui a commencé.
(…) Le repas avait mis un long moment avant de démarrer. Tous avaient été désagréablement surpris par la bouteille de Luke. Il ne mettait vraiment aucun effort à ce que les choses puissent un jour s'améliorer entre eux. Il ne parlait que très peu, et passait la plupart du temps à soupirer aux blagues de ses deux frères. « - Vous croyez pas que vous avez passé l'âge, enfin ? Les blagues pipi-caca, c'est bon là. » Ils se renfrognèrent tandis qu'Anna piqua rageusement les grains de riz, du bout de sa fourchette. Finalement, Luke partit à peine deux heures après son arrivée. Pour raison professionnelle, avait-il dit avant de passer précipitamment la porte. Mais personne n'était vraiment dupe : ils avaient l'habitude de ses agissements. Il était seulement passé pour semer la zizanie dans le groupe, comme toujours. Sauf que cette fois-ci, ça n'allait pas marcher.
« - Et quand je pense que quand il était gosse il était adorable... » Soupira Gabriel dans sa barbe. Il était le seul à avoir eu véritablement la chance de l'avoir connu, plus jeune.
« - Ouais, ben ça a bien changé. » Commenta Anna, revêche. Elle s'empara à la suite de la bouteille de vin rouge, presque restée intacte, puis alla la vider dans l'évier de la cuisine. Les deux frères, par respect pour leur Castiel, n'ajoutèrent rien et ne s'y opposèrent même pas, même s'ils auraient bien sûr aimé que ce goût âpre et parfumé vienne leur chatouiller les papilles.
L'entente entre les quatre jeunes gens était telle qu'ils décidèrent d'un commun accord de faire tout ce qui était en leur possible pour oublier l'incident qui était survenu au cours de cette journée. Et en à peine une heure, ce fut de grands éclats de rire qui succédèrent aux regards moroses du début du repas.
« - Alors, Castiel ? Et l'amour dans tout ça ? » Les yeux rieurs de Balthazar s'étaient soudainement fait curieux.
« - Oh, et bien…Rien à signaler…Pour l'instant ! »
« - Tu te concentres trop sur ton boulot ! » Non. Pensa Castiel. Mais il préféra ne pas le contredire et passer pour quelqu'un totalement démotivé par la phase 'métier' de sa nouvelle vie. Ce qu'il était pourtant. Véritablement. « - La seule personne proche de toi à part nous, si on extrapole un peu, c'est ce SDF. Waw, quel couple ! » Castiel esquissa l'ombre d'un sourire amusé, pour être poli. Mais il n'aimait pas vraiment que l'on se moque de plus faible que soi.
« - Allons allons Balthy, ne nous vexe pas Saint Castiel, l'ami des pauvres ! On passe au dessert, Robin des Bois ? »
Et le repas se termina dans une atmosphère plutôt joviale. Mais depuis l'insertion de ce pauvre homme dans la conversation, Castiel ne pouvait s'empêchait d'y penser à lui, et à tous ces hommes et femmes qui ne savent jamais quand tout ce cauchemar s'arrêtera. Il se plaint de son frère, mais il reconnaît que c'est dérisoire : il était certain que l'autre homme serait ravi de pouvoir se disputer de tout son saoul, avec un frère, sous un toit, en sécurité, au chaud. Que les humains peuvent se montrer égoïstes et hypocrites !
Gabriel, Anna et Balthazar l'aidèrent à tout ranger. Ils restèrent encore quelques temps, à discuter sur le canapé, puis la nuit revint. C'est elle qui les chassa de la maison de leur jeune frère en toute sincérité, la journée était tout de même passée trop vite aux yeux du brun. Il les remercia une fois de plus de leur avoir rendu cette visite trimestrielle, et promettait déjà de tenir de futurs appels téléphoniques. Il les raccompagna jusqu'à son portail et les observa s'éloigner, les saluant de la main jusqu'à ce que leurs voitures furent hors de vue. Maintenant, il était seul. La solitude allait lui peser, après tant d'agitations. Non. Arrêter de se plaindre. Penser au SDF. Sortant dans la rue, Castiel se dit qu'il ferait tout aussi bien de rentrer sa voiture dans son garage. Il allait geler cette nuit. Il longea la même ruelle que la veille. Il arriva à sa voiture sans broncher, sans tourner la tête. Pourtant, la tentation était grande. Pauvre homme. Juste..Savoir s'il était toujours là. Le reflet de la lumière du réverbère dans la vitre du conducteur. Comme une dernière tentation, à laquelle le jeune Novak ne résista pas. Peut-être qu'il dormirait, peut-être qu'il ne le remarquerait même pas. Allez…Un coup d'œil. Juste un petit coup d'œil. Un. Tournant lentement sur lui-même, il tressaillit un peu en rencontrant deux yeux verts émeraude, le fixant d'un regard fixe, presque agressif. Non. Sûrement, agressif. Il devait penser que le voir dans cet état rendait Castiel heureux prétentieux. Ses joues étaient rougies par le froid, et sous sa longue couverture, il ne bougea plus. Pourtant, il lui restait encore assez de force pour lui faire un doigt d'honneur. Il était temps que Castiel rentre chez lui.
