Hello !

Je m'excuse pour le retard, mais j'ai eu besoin de ce petit bout de temps pour pouvoir me pencher sur le mémoire que j'ai à faire (et dont la date de retour a été avancée…haha !)

Mais malgré ça j'espère que tout va bien pour vous !

Je vous laisse donc entre les mains de notre Dean Enjoy !


Thème musical du chapitre – Bang, Armchair Cynics.

IV. Ce qui se passe dans la rue, reste dans la rue – partie 1

C'est ça, rentre chez toi, ferme ta gueule et fous-moi la paix. Je ne sais pas qui est ce type, mais je ne veux pas de sa pitié. La pitié, c'est bon pour les faibles – ce dont à quoi je me refuse, obstinément. Car non je ne suis pas faible. Seulement fatigué par tous les coups bas que la vie m'a fait endurer. Il y a une différence. Je ne prends même pas la peine de le suivre des yeux cette fois : ce serait lui accorder l'importance qu'il ne mérite pas. Alors quoi, après une après-midi tout ce qu'il y a de plus neuneu avec les chers membres de ta famille, tu voulais parfaire un peu plus ta journée ? Accomplir une B.A en m'accordant un regard te ferait-il te sentir moins coupable ? Tu dormirais sur tes deux oreilles, de savoir qu'un gars comme moi ait pu se satisfaire d'un bourge comme toi ? Pitié ! Plutôt mourir que de faire ça. Je fais tâche dans le paysage de ce lotissement bien sous tous rapports, je le sais. Justement. C'est en grande partie pour cela que je l'ai choisi pour m'installer. Mais je ne polluerai pas ton air très longtemps, rassure-toi. Je serre les dents et pousse un long soupir avant de me relever d'un coup. Il me tourne le dos et marche rapidement, il ne m'a vu.

« - HEY ! »

Il ne s'y attendait pas, je le vois : il sursaute et prend tout son temps pour se retourner, comme s'il ne tenait vraiment pas à se retrouver face à face avec quelqu'un – et une voix dans ma tête me souffle que c'est surtout face à moi, qu'il ne tient pas à être. Et bien désolé mon chou, mais quand je parle à quelqu'un, j'aime qu'on me réponde. Tu n'es pas chez toi, tu es dans la rue, mon univers, l'endroit que je maitrise certainement le mieux au monde, l'endroit où j'impose mes propres règles, MOI. Je souris en coin et croise mes bras avant de lui faire mine d'approcher.

« - Excusez-moi…Que voulez-vous ? » Soigné, riche, et poli en plus de ça. Pire que ce que je pensais. Je le dévisage de haut en bas, ne cachant pas ma grimace puis je secoue la tête.

« - Je peux savoir quel est ton problème ? J'te dérange ? Pourtant, il ne semble pas avoir gratté à ta porte comme un chien, je peux très bien m'occuper de moi. » Crachais-je. Il a l'air de pris de cours, comme si personne n'avait jamais osé lui tenir tête. Si c'est le cas, tant mieux, je suis fier d'être celui qui ait pu briser son piédestal. Il a bien une tête de cadre ou de PDG, oui, un de ceux qui se croient supérieurs à tous et qui une fois par semaine tentent de se dire qu'ils sont des gens biens en pensant aux autres.

Il incline un peu la tête sur le côté et se racle un peu la gorge avant d'entrouvrir les lèvres.

« - C'est qu'il fait extrêmement froid, ce soir… »

Dites-moi-que-je-rêve. Il se prend pour Sherlock, maintenant ? Un rictus se dessine sur mon visage et je laisse s'échapper un petit rictus, riant amèrement. « - Et ? Tu vas monter le chauffage un peu plus fort ? Oh non…m'inviter à rentrer, peut-être ? Le gentil petit monsieur qui prend soin des méchants SDF. C'est trop émouvant ! Oh attends, je vais me mettre à pleurer, tu as si grand cœur » Je papillonne des yeux avant de sourire plus franchement cette fois, méchamment. Je veux faire en sorte qu'il ne soit plus jamais tenté de me parler, et encore moins de me regarder. Il me fixe un long moment. Son calme impénétrable semble être passé à la trappe : j'ai l'impression qu'il bouillonne de l'intérieur. Aurais-je trouvé un point sensible ? J'incline la tête à mon tour alors qu'il s'approche de moi, d'une démarche plutôt rapide, le visage plus fermé. Essaies de me frapper, et je te le rendrais encore plus fort. Mais il finit par s'arrêter à une distance raisonnable et me fixe dans les yeux à son tour. « - Tu ne me fais pas pitié. Tu ne me connais pas, tu ne sais rien de moi. Tu veux geler sur place ? Fais, et fous-moi la paix. » Oh tiens, on dirait qu'il y a du caractère, derrière cette carapace d'homme fade et bien élevé. Mais il y a un hic. On ne me donne pas des ordres, à moi. Pas ici : c'est moi qui en donne. Faisant un pas en avant, je brise alors le peu de distance qui nous séparait il y a quelques secondes.

Je pense que ça a du le surprendre : son regard a changé, encore. Je peux sentir sa respiration, assez rapide, s'écraser contre mon visage. Je le considère du regard une nouvelle fois avant de faire la moue. Me battre contre lui ne servirait à rien, puis je n'ai pas envie qu'il ameute tout le quartier, il doit certainement hurler comme une nénette dès qu'on effleure un peu ses cheveux parfaitement coiffés. Ils appelleraient les flics, ils me laisseraient derrière les barreaux pour la nuit, pour finalement me relâcher avec quelques adresses de refuges qui finiront à la poubelle, et des conseils qui rentreront par une oreille pour finalement ressortir par l'autre. Je hausse un sourcil et me recule avant de finalement retourner à ma place, tandis que j'entends ses pas s'éloigner dans le sens inverse. « - Bonne nuit, trouffion » Je marmonne entre mes dents avant de retourner sous mes couvertures, épaisses, certes, mais pas assez pour supporter le froid mordant de cette nuit-là.

C'est lorsque je sens les premiers rayons du soleil sur mon corps que le sommeil me quitte progressivement, et bien trop tôt à mon goût. Je n'ai pas très bien dormi cette nuit-là, comme toutes les autres, d'ailleurs. Je pousse un long soupir et lève le bras pour me passer la main sur les yeux, mais une douleur aigüe me surprend et me fait sursauter, accentuant encore un peu plus cette douleur. Génial. Il ne manquait vraiment plus que ça. Je me redresse lentement et observe mon bras endolori, mécontent. Inutile de dire que je ne peux plus me rendormir, à présent il est plutôt temps de me mettre déjà en route pour espérer trouver un peu de nourriture, surtout qu'avec mon 'handicap' du jour, cela s'avère un peu plus long et compliqué que d'habitude. Ce détail confirme bien que ça devient de plus en plus invivable chaque jour : même mon corps ne suit plus, il ne supporte plus tout ce que je lui fais subir. Un jour, je vais peut-être m'effondrer au beau milieu de la rue, qui sait ? Un jour, mes jambes ne me porteront plus, trop fatiguées de marcher pour aller nulle part, trop fatiguées de forcer pour me faire croire qu'il me reste encore des forces alors que je ne suis qu'une loque, un pauvre reflet de moi-même qui essaie de se montrer assez solide pour pouvoir surmonter tout ça.

Je prends tout mon temps pour me redresser, par crainte qu'une nouvelle douleur se réveille avec mes mouvements, mais heureusement – enfin, tout est relatif, bien évidemment –, il n'y a que mon bras qui me fait défaut, aujourd'hui. Je jette un coup d'œil aux couvertures et aux rares affaires que je possède : c'est tellement pouilleux et repoussant que je doute sincèrement que quelqu'un puisse venir voler ça. Un autre SDF, peut-être ? Réflexion faite, je pousse à l'aide de mes pieds mes affaires, les dissimulant derrière une rangée de petits buissons. Histoire de les rendre encore plus sales, tiens. Mais depuis que je n'ai plus ce physique de jeune premier, depuis que je me suis retrouvé à la rue, qu'est-ce que je peux en avoir à foutre, de ce que à quoi je ressemble. Au tout début, j'essayais de faire attention à mon apparence si je ne me rasais pas, je faisais au moins en sorte de pouvoir prendre le plus souvent de douches dans les emplacements publics prévus à cet effet. Mais, à quoi bon ? Le regard des gens ne change pas, quand ils remarquent que vous êtes par terre, inférieurs, à bout de force, et tellement méprisables, pour eux. Avoir l'air propre sur soi, quand on vit dans la rue n'avance à rien – personne ne va débarquer d'un buisson ou descendre d'un arbre, en costard cravate, pour vous tendre une proposition pour l'emploi de vos rêves. C'est seulement ridicule et surtout, ça n'a pas d'intérêt. Alors oui, peut-être que je ressemble à un homme des cavernes. Après tout, ça fait plus de trois ans que je ne me suis pas rasé, et je sais que mes poils sont extrêmement durs je le vois quand je me gratte la joue, combien ça râpe. Si un jour, par un miraculeux hasard j'arrivais à me raser de nouveau, je pense que même en deux heures, je n'en aurais pas fini avec ce duvet qui doit recouvrir une bonne partie de mon visage, désormais. Je ne saurais dire. J'évite toute glace ou n'importe quel type de reflet. Je n'ai pas envie de croiser mon regard. Bref.

J'ai du marcher une bonne vingtaine de minutes avant de tourner à droite je connais le quartier, je connais la boulangerie du coin et ses habitudes matinales. En règle générale, le reste de la veille est encore aux 'ordures', et il est bien assez comestible pour pouvoir être considéré comme un petit déjeuner. Discrètement, et regardant de tous côtés, je m'avance des poubelles et tend mon bras valide vers quelques petits pains mais mon geste s'arrête quand j'aperçois, plus loin, la moitié d'une tarte aux pommes. Mon dessert préféré il me semble que cela fait une éternité que je n'en ai pas encore goûtée une. Souriant comme un gamin à qui l'on aurait promis la sucrerie colorée en face de lui, je tends le bras vers elle et une fois atteinte, la tire vers moi – certainement un peu trop brusquement, puisque je fais tomber dans un tintamarre assourdissant l'un des couvercles des déchets. Le bruit métallique a fait fuir en courant un chat errant, qui miaule et peste sur mon chemin. « - Ahhh dégage saleté ! » Je m'écrie, certainement trop fort : le rideau de la fenêtre se tire brusquement, et je me retrouve quasiment nez-à-nez avec un visage fripé : celui de la mère du boulanger. Je tente de prendre la fuite mais je pars trop vite et dérape – le temps que je me redresse, que déjà la porte s'ouvre à la volée. J'entends les plaintes de la vieille, et le boulanger, un homme bourru, sort à son tour pour venir me dévisager.

« - C'est quoi ton problème, petit ?! » Son ton est ferme. Il espère peut-être me faire peur ? Mais il y a bien longtemps que je ne suis plus un minet, je ne suis pas un gamin qui fait ça pour épater ses copains ou la plus jolie fille de la classe, moi, je fais ça pour survivre. S'il veut jouer à celui qui a la plus grosse voix, très bien, on va jouer, mais qu'il s'attende à ce que je gagne alors.

J'essuie un peu la terre qui s'est posée sur moi dans ma chute –au point où j'en suis, comme si ça avait de l'importance…– avant de le considérer à mon tour. Il se prend pour qui au juste, le balourd ?

« - Je sais pas…Toi ? » Ma fierté, cette conne, qui me dicte mes mots. Un jour elle aura ma perte, je l'ai toujours dit. Elle est bien la cause de ma présence dans la rue : je savais que je dépassais les bornes, et pourtant, rien ne m'a jamais poussé à m'arrêter. Je ne prévoyais pas que mon père allait me foutre dehors. Un peu comme je ne m'attendais pas au coup de poing reçu dans le ventre, quand le 'balourd' en question s'est approché de moi, bien décidé à faire taire le petit connard que je suis. Je me plie en deux sous la douleur et peine à retrouver une respiration normale. Quand je redresse enfin le visage, c'est pour accuser une droite qui me fait tourner le visage sur le côté. La vache, ces poings…Je retombe sur le sol, à bout de souffles, et pose une main sur ma joue avant de relever les yeux vers lui. « - T'en veux encore ou tu peux te casser, maintenant ? » Je baisse les yeux vers ma part de tarte, maintenant sale, répartie ci et là sur le sol c'est dégueulasse, immangeable maintenant. Je ne prends pas la peine de lui répondre, et une main sur l'estomac, je me redresse, soupirant. Ma tête tourne, mes oreilles bourdonnent : toute sensation de faim a disparu désormais, je veux simplement me retrouver seul, me cacher quelque part et n'entendre plus personne, laisser le monde vivre et le laisser m'oublier, juste pour un petit instant. Mais apparemment, mon assaillant ne l'entend pas de cette oreille. Je l'entends grogner derrière mon dos, et il me rattrape rapidement, m'agrippant l'épaule et me tournant violemment face à lui. Merde, mon bras, celui qui me fait mal ! Je grimace et pousse un gémissement de douleur, à son plus grand bonheur : il esquisse un sourire avant de me fixer dans les yeux. « - Oh tiens tu ne l'ouvres plus, hein ? Attends, je veux bien m'assurer que tu as compris la leçon, et que tu ne ramèneras plus ta sale gueule par ici. »

Je frissonne en sentant un contact froid contre ma peau et relève les yeux vers lui un contact métallique une barre de fer. Je déglutis difficilement et ferme mes yeux. Je ne me suis jamais senti aussi vulnérable de toute ma vie. Pas même quand mon père m'a jeté dehors, pas même quand Sam a claqué la porte la dernière fois que je l'ai vu. J'attends la douleur, mais elle vient beaucoup trop tôt à mon goût mon dos, mon ventre, mon crâne, tout mon corps hurle et me fait souffrir. Je n'ai pas la force de répliquer, et encore moins de m'enfuir. J'ai l'impression qu'il me passe à tabac pendant des heures. Finalement, je l'entends ricaner avant de disparaître derrière l'arrière-boutique de la boulangerie.

« - Oh…Hey ! HEY ! » Bordel, quel est encore l'enfoiré qui va encore me faire chier ! Sa voix résonne dans ma tête et je panique en me rendant compte qu'il n'y a qu'un râle rauque qui s'échappe de mes lèvres. J'ouvre lentement les paupières, mais je ne vois que du rouge. Une tâche rouge, qui couvre mon visage un goût âpre et visqueux, chaud, qui colle. J'entends des pas se rapprocher et par défense, je me recroqueville sur moi-même. « - Dégage.. » Murmurais-je péniblement à l'inconnu, avant de sombrer dans le néant.