Bonjour à tous ! =)

Oui, je sais je sais, mes chapitres prennent de plus en plus de temps pour être postés…mais ça ne devrait plus être le cas dans quelques temps, je vais faire ce que je peux pour pouvoir en poster le plus souvent possible !

Mais pour répondre à une review, je dirais que le délai maximum est d'une dizaine de jours.

Soit, j'espère que ce chapitre 5 vous plaira !

J'suis un peu tracassée en ce moment par les études/l'ambiance à la maison, donc désolée si c'est un peu moins bien que les autres…


Thème musical du chapitre – Daisy, Brand New, et Calls me Home, Shannon La Brie.

V. Ce qui se passe dans la rue, reste dans la rue – partie 2

L'intercation de la veille avec le fameux SDF de sa rue ne l'avait pas laissé de marbre, et ça en était même tout le contraire. Plus ou moins inconsciemment, il avait passé plusieurs minutes devant son miroir, fixant son reflet, d'un regard à la fois impénétrable et examinateur. Se pouvait-il que cet homme ait raison ? Qu'il puisse paraître aussi hautain, aussi… «bourge», pour ceux qui ne le connaissait pas ? Pourtant, il n'avait jamais osé se mettre en avant, s'attirer toutes les bonnes grâces, tirer la couverture sur lui. Enfin. Pas quand il était sobre, en tout cas. L'alcool réveillait en lui le côté le plus mauvais de Castiel, et c'est d'ailleurs l'une des principales raisons pour lesquelles il avait désiré mettre fin à cette addiction. Pour le moment, il avait réussi à tenir six semaines. Qu'en serait-il dans six jours ? Mois ? Années ? Décennies ? Le brun qui se trouvait en face de lui, lui lança un regard désabusé, comme s'il savait pertinemment qu'il n'en serait pas capable. Agacé, il poussa un long soupir et décida de se préparer rapidement pour profiter de sa matinée, et aller prendre un peu l'air. Marcher en ne pensant à rien, il en avait besoin.

À grandes enjambées, il sortit de son allée jusqu'à s'engager dans la rue de son lotissement, cette même rue où sa fierté et sa compassion avaient joué au yoyo, ces-derniers temps. Il retint presque son souffle lorsqu'il passa devant l'emplacement du SDF, mais il ne tourna pas la tête pour autant. Il avait retenu la leçon, il devait seulement tracer sa route et faire comme si de rien n'était, désormais. Ils n'étaient pas du même monde, et leurs vies n'avaient pas à se mélanger. Il devait se prendre en main : il devait arriver à prendre soin de lui. Il avait déjà des difficultés avec ça, prendre soin de lui, s'occuper de sa personne – pourquoi espérait-il prendre soin de quelqu'un d'autre, quand il était incapable de veiller sur lui-même ? Il souffla un peu et une buée blanche se dessina devant ses lèvres. Le froid lui mordait le visage et il enfonça ses mains dans ses poches, à la recherche d'un peu de chaleur. Ce froid hivernal le réconfortait quelque peu. Il était heureux de sa situation. Il n'avait pas à souffrir de la misère, enfin, en apparence – sa misère à lui, il avait encore à la combattre.

Il regarda autour de lui et se décida à aller se balader sur la place. Prendre un café là-bas, était une nouvelle épreuve à franchir – ne pas penser à l'alcool présent dans le commerce, ne pas tiquer en sentant la moindre fumée de cigarette, ou l'haleine un peu trop forte d'un homme ayant déjà commencé la journée avec quelque chose de fort. Et continuer sa journée en ayant déjà réussi quelque chose, de bonne heure, voilà ce qui pourrait le mettre de bonne humeur jusqu'au soir.

« - Oh mon dieu, il n'arrive plus à se contrôler, Jodie… »

« - Mais va le pousser, fais…fais quelque chose ! »

« - Tu ne crois pas que j'ai déjà essayé ?! »

Les cris presque hystériques des deux femmes avaient attiré son attention, il était alors retourné sur ses pas pour prendre la première rue à gauche et ainsi tomber sur la boulangerie. Il ne distinguait pas très bien ce qui se passait, il voyait seulement un homme assez robuste, et en apparence assez 'consistant', dirons-nous. Castiel voyait simplement qu'il était penché vers l'avant. Il aurait pu passer sa route, mais l'attitude des deux femmes le laissait plus que perplexe. Il devait certainement se passer quelque chose de plutôt grave, pour qu'elles se mettent dans cet état. Quelqu'un avait-il eu un malaise ? Cette idée sembla assez stupide au brun : si c'était le cas, l'autre aurait certainement assez de force pour pouvoir lui porter secours.

« - Mesdames… ? » Il s'approcha et déposa sa main sur l'épaule d'une d'entre elles. Elle se tourna vers lui puis ouvrit des yeux en grand et retint à grand peine une exclamation avant de retourner rapidement dans la boutique, attirant son amie dans son affolement. Les seuls mots que Castiel purent comprendre furent «problème», «police», et «fou». Il y avait donc définitivement quelque chose de pas très net qui se tramait par ici…Qui l'eût cru ! Lui qui avait toujours pensé habiter un coin plutôt calme, et discret. Une bouffée d'adrénaline lui souffla d'aller voir ce qui pouvait se passer, un peu plus loin. Tandis que sa raison (ou sa lâcheté ?) lui disait qu'il s'agissait peut-être d'un règlement de comptes, dont il n'avait nullement à faire partie, et qu'il pourrait très bien lui arriver malheur, à lui aussi, si par hasard il se trouvait comme ça, au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais alors, la voix du SDF et ses reproches lui revinrent bien vite en mémoire : il n'était pas un bourge. Pas un bourge qui était froid et refusait de se salir les mains, à la moindre occasion, refusant de penser aux autres et faisant toujours passer en premier les intérêts de sa petite personne. Peut-être que quelqu'un avait désespérément besoin d'aide, à seulement quelques pas de lui.

« - HEY ! » Sa voix lui paraissait forte et ses pieds s'avancèrent sans même y avoir réfléchi à deux fois. Heureusement, celui qu'il prenait pour le bourreau de la situation se retourna, passablement agacé : il se mordait la lèvre inférieure et son air était fermé, apparemment bien décidé à en découdre avec quiconque se mettrait en travers de son chemin. « - Allez-vous en mon bon monsieur, il n'y a rien pour vous par ici ! Tout est sous contrôle ! » Sa voix était rauque, quasi effrayante et ne contrastait pas du tout avec son physique. Au contraire, l'homme correspondait tout à fait aux stéréotypes que l'on se faisait des hommes brutes, bourrus, et avec 25 kg de muscles, à défaut de les avoir ailleurs. En temps normal, c'est bien le genre d'individus auquel Castiel n'a pas l'habitude de se frotter : mais cela pourrait radicalement changer, compte-tenu de la visibilité qu'il avait maintenant sur la barre de fer que tenait fermement son homologue.

« - Vous êtes…un…malade ! » ….Oups ? Ignorant le grognement quasi bestial qui animait l'autre, il s'avança cette fois-ci rapidement et ne put camoufler une expression de stupeur devant la victime, recroquevillée sur le sol. Non seulement ses blessures semblaient profondes et atroces, mais il le reconnaissait parfaitement : le SDF ! C'était le SDF ! « - Ya rien en tirer, des petits cons comme ça… » Poursuivit le troisième homme, dans le vide. Castiel s'agenouilla au dessus de Dean, pour constater un peu mieux l'ampleur des dégâts, avant de fusiller Crâne d'Oeuf du regard. « - C'est mon frère, abruti ! » Ahuri, l'agresseur cligna plusieurs fois des yeux avant de reculer de plusieurs pas, relâchant la barre de fer, légèrement teintée de rouge. Dean lui, avait craché un peu de sang aux pieds de Castiel à l'entente du mot «frère». Castiel n'aurait su dire si c'était par douleur ou bien à cause du dégoût que cet homme avait de lui, mais pour tout dire, il s'en souciait bien peu, au contraire ! Le plus important, c'était de l'amener aux urgences, en sécurité, et vite ! « Il…Il l'a cherché, il a fait des avances à ma sœur… » L'autre essaya maladroitement de se justifier. Castiel le fusilla du regard alors qu'il réussit à redresser lentement Dean, passant ensuite son bras autour de ses propres épaules et le soutenant pour l'aider à marcher. « - Vous, je vous conseille de la fermer. Croyez-moi, cette histoire ne s'arrêtera pas là ! » Mais apparemment pas si inquiété que ça, Crâne d'Oeuf s'empressa de rentrer à l'intérieur de la boutique, comme si de rien n'était.

« - Dégage… » Répéta Dean près de l'oreille de Castiel. Sa voix n'était pas agressive, comme à son ordinaire : elle était cassée, rocailleuse, presque implorante, comme si ce 'dégage' n'était qu'une invitation à rester et à l'aider. La preuve, il ne se débâtit pas, quand Castiel réussit à les trainer tant bien que mal jusqu'à sa demeure. Le brun réussit à le faire asseoir tant bien que mal sur une chaise et Dean grimaça. Mais même à travers la douleur, un sourire ironique et moqueur se dessina sur son visage, entre deux grimaces.

« - La vache…J'suis chez le bourge... »

« - Ne parlez pas, ça va vous épuiser... »

« - Le…Le bourge…Qui..prend..prend soin des autres… »

« - Chut, je vous ai dit…je vous emmène à l'hôpital ! » Il ne perdait pas beaucoup de sang, mais à sa respiration, Castiel pouvait aisément deviner qu'il avait au moins une, si ce n'est plusieurs, côtes fêlées, ou, soyons totalement pessimistes, cassées. Il était dans un tel état qu'il n'osait même pas lui demander pourquoi cet homme s'en était pris à lui. Il n'y pensait même pas pour tout dire, même s'il n'avait pas cru une seule seconde à la version «drague» amenée par l'homme incriminé, comme prétexte de défense. À peine eut-il posé la main sur son téléphone portable qu'un «Non !» retentit dans la pièce. Quand il se retourna, il ne vit que le visage de Dean, déformé par la douleur, mais ses yeux reflétaient tout de même une certaine détermination.

« - J'irais…pas… »

« - Mais je..Je n'ai aucune qualification, comment voulez-vous que je vous soigne…Je..Non, c'est vraiment trop risqué ! »

« - J'n'irais pas…j'te dis... »

« - …. »

« - Remets-moi à ma…place...Trottoir…mourir… »

Ça en était beaucoup trop pour Castiel et sa sensibilité. Il serra les dents et reposa son portable sur la table dans un geste assez violent, puis se dirigea rapidement vers son invité et planta ses yeux dans les siens, plaintifs malgré tout « - Ca suffit maintenant, tu vas bien m'écouter. Non je ne vais pas te laisser crever, et non tu ne vas pas salir ma moquette de ton sang. Je vais faire ce que je peux, comme ça peut-être que MONSIEUR aura l'obligeance de me laisser le conduire aux urgences ! » Pour la moquette, évidemment, il avait menti. Qu'est-ce qu'il en avait à foutre, qu'elle soit tâchée de sang ou pas, la vie d'un homme lui importait bien davantage, qu'il soit aussi peu sympathique que lui, ou non. Mais il fallait rentrer dans le jeu de Dean, et ça, Castiel venait tout juste de le comprendre.

L'autre ne dit rien, son visage se ferma, au même titre que son regard. Castiel soupira avant de monter rapidement à l'étage, direction la salle de bains. Il savait qu'il ne pouvait pas l'attacher à la chaise pour le forcer à rester, mais soyons honnêtes : il ne risquait pas d'aller bien loin, amoché comme il est. Se dépêchant quand même, il prit d'abord la boîte de somnifères. Il reviendrait tout à l'heure chercher tout le reste, compresses et tout le reste, pour lui administrer les soins nécessaires (enfin, ceux qu'il connaissait, en fait). Il avait un plan en tête et espérait que ce-dernier fonctionne : de toute façon, il était quasiment certain que Dean ne se laisserait pas faire, en étant conscient.

Une fois retourné en bas, il alla à la cuisine et prit une bouteille de jus d'orange avant de diluer rapidement le somnifère dans la texture orangée. Il fallait qu'il ne remarque absolument rien. Oh il était loin d'être bête évidemment, et cela, Castiel le savait pertinemment, mais qui ne tente rien n'a rien. Il se dirigea à nouveau vers lui, verre à la main, et le regarda.

« - Avale-ça, ça te fera du bien. »

L'autre lui offrit un regard désabusé et garda la bouche désespérément fermée. Castiel soupira et pinça lentement sur son nez. Et évidemment, Dean fut obligé d'ouvrir la bouche pour pouvoir respirer – c'était la manière forte pour lui faire avaler, et Castiel ne se sentait pas particulièrement fier de lui faire subir cela, en plus des blessures qu'il avait déjà, mais c'était tout ce qui lui était venu à l'esprit. Sauf que lorsqu'il avança le verre vers lui, Dean le fixa sans sciller et mordit d'un coup franc et sec les doigts qui étaient à sa portée, arrachant à Castiel un long cri de douleur et de surprise, alors que le verre et son contenu se fracassèrent sur le sol.

Bon. Ça s'annonçait légèrement plus compliqué que ce qu'il avait prévu.


« - Oh, Castiel…Tu n'es pas sérieux... »

L'intéressé avait appelé sa sœur en renfort. Elle avait abandonné ses études d'infirmière il y a bien longtemps déjà, mais peut-être pourrait-elle l'aider, qui sait ? La jolie rousse entra dans le salon et après un long soupir, dut bien se rendre à l'évidence que son frère, au téléphone, ne lui avait pas menti.

« - Qu'est-ce que tu voulais que je fasse...j'allais pas le laisser là-bas... »

Dean le fusilla du regard et marmonna des mots incompréhensibles, avant de pousser un nouveau gémissement de douleur. Sa fierté aurait aimé le faire taire évidemment, mais le gros balourd ne l'avait pas raté. Anna se plaça face à Dean et constata l'étendue des blessures. Bien sûr, elle ne passa pas outre les mains du blond, prostrées contre ses côtes. « - Pour les blessures au visage, je devrais pouvoir y arriver. Mais ça..Il vaudrait mieux que vous alliez passer une radio, Monsieur. » Castiel souris faiblement en l'entendant. Dans n'importe quelle situation, sa sœur avait toujours su se montrer polie, même face à des personnes qu'elle n'appréciait pas particulièrement – et dans ce cas, c'était encore plus amusant, car ils ne comprenaient pas l'ironie de la situation. Mais il connaissait sa sœur et savait pertinemment qu'elle devait ressentir tout de même pour lui un minimum de compassion à l'égard du jeune SDF. C'est plutôt une réponse sanglante, qu'il s'apprêtait maintenant à entendre.

« - Ouais.. »

Il ouvrit les yeux sous la surprise. Avait-il bien entendu ? Pas de grognements, pas de ton qui monte, pas d'insultes ? Juste...Un «ouais» ? Anna regarda son frère avec un regard quasi triomphant tandis que Castiel roula des yeux et alla sortir la voiture du garage. Ce devait certainement être l'atout «charme» de sa sœur qui y avait joué, il en était sûr et certain, sinon, il n'était plus un Novak !

Le trajet avait été relativement long. Pas que Castiel conduise comme un pied ou se mette à rouler excessivement lentement, comme pour se venger du soudain changement de comportement de Dean à l'égard de sa sœur et non de lui, mais il était long car Dean ne cessait de se plaindre des douleurs qui le tiraillaient, et intérieurement, Castiel avait peur que ce soit trop tard – trop tard pour quoi ? Il n'en avait aucune idée, mais il ne pouvait pas s'empêcher de s'imaginer les scenarii les plus improbables. S'il arrivait quelque chose à cet homme, si une mauvaise nouvelle les attendait, il s'en tiendrait tout de même pour responsable. Certes, il l'avait recueilli, bon gré mal gré, mais soyons honnêtes : il s'était fait dépasser par les évènements et il le savait pleinement, sinon, il n'aurait jamais appelé sa sœur.

Une fois arrivés, Anna sortit en premier de la voiture et alla demander rapidement un brancard pour pouvoir sortir Dean de la voiture sans qu'aucun de ses mouvements ne puisse le faire souffrir davantage. Ils étaient relativement chanceux : les services n'étaient pas overbookés aujourd'hui, et Dean avait pu être pris en charge rapidement.

Toutefois, ce n'est qu'en toute fin d'après-midi, alors que Dean et Anna étaient restés impatiemment en salle d'attente, que le médecin s'étant occupé des examens de Dean s'approchèrent d'eux. Le brun était certainement beaucoup trop inquiet pour quelqu'un qu'il ne connaissait pas tellement, ce qui arracha un léger sourire à Anna – même si elle non plus n'en menait pas large. Il n'y avait pas de risque de vie ou de mort, enfin, en théorie, mais cela n'empêchait rien, elle s'inquiétait quand même. Le Docteur Singer les considéra un instant avant de remettre les lunettes sur son nez et de baisser les yeux vers le rapport qu'il tenait à bout de bras.

« - Z'êtes de la famille ? » C'était une voix rocailleuse, harassée par la fatigue. De toute évidence, lui aussi ne souhaitait qu'une seule chose : rentrer chez lui, et ne plus entendre parler de malades jusqu'à la fin de sa journée. Ou de sa vie. C'était compréhensible. Castiel secoua la tête, incapable de détacher son regard du rapport.

« - Heureusement, parce que le laisser comme ça..Bref. Ce n'est pas la première fois qu'il vient nous voir, en plus. Il a connu pire. » Anna se pinça les lèvres et retint tout commentaire pour ne pas irriter son frère.

« - Vraiment ? » S'étonna ce-dernier.

« - C'est un bagarreur, comme presque tous…Mais nous ne sommes pas là pour débattre de son cas. Enfin si, mais… » Singer soupira un peu et donna un coup de main dans le vide, comme pour balayer la phrase qu'il venait tout juste de prononcer. « - Il a trois côtes fêlées et une entorse au poignet droit. On va devoir le garder quelques temps évidemment, le temps de le remettre sur pied comme il se doit. C'est une chance qu'il n'y ait pas de commotion, pourtant j'y ai pensé quand vous nous l'avez emmené. » Castiel hocha la tête en silence, un petit sourire en guise de remerciement. Bon. C'était moins grave que ce qu'il pensait. La petite vague de culpabilité prit tout de même tout son temps pour disparaître.

« - Toutefois... » Poursuivit le Docteur, « il est évident que durant sa période de convalescence, il ne pourra décemment pas retourner à la rue. Je le connais ce petit, il est du genre impulsif et ne laissera pas tranquille quiconque lui a fait ça. Aussi, il vaudrait peut-être mieux…qu'il demeure quelques temps chez l'un de vous deux, quand il sera apte à sortir, bien entendu... »

Les deux Novak hochèrent la tête, quoi qu'un peu abasourdis sur le coup, même s'il fallait s'y attendre. Le Docteur déclara que les visites se terminaient dans une dizaine de minutes, et leur lança un «Bonne Soirée» avant d'aller vaquer à ses propres occupations. Une fois disparu, Anna se tourna rapidement vers son frère, qui pouvait lire toutes les questions qu'elle s'apprêtait à poser dans les grands yeux qu'elle faisait.

« - Je sais, je sais Nana. C'est moi qui le prendrais à la maison. »

« - Mais c'est d'une telle responsabilité ! Tu penses vraiment en être capable ? » Le regard de Castiel se fit quelque peu accusateur, et elle se radoucit presque aussitôt. « - Je veux dire..Tu..Il faut aussi que tu penses à t'occuper de toi… »

« - Eh bien ça me fera un bon exercice. Merci d'être venue Anna, bonne nuit. »

Il n'écouta pas les protestations et/ou excuses de sa sœur derrière son dos et passa les portes du couloir. Le dossier avait indiqué la chambre 413. S'aidant des panneaux, il arriva rapidement jusqu'au quatrième étage (vive les ascenseurs !) et une fois devant la porte, marqua un temps d'hésitation avant de finalement taper quatre petits coups contre le violet de la porte. Aucune réponse. Prenant cette attitude comme une invitation, Castiel entra, et trouva Dean dans son lit, le fixant avec un air amusé. Il avait toujours l'air d'avoir mal, mais avait tout de même meilleure mine que tout à l'heure. Pour un homme qui vit dans la rue.

« - Oh tiens, mon sauveur ! »

« - Comment tu te sens ? »

« - Elle est pas là, ta sœur ? »

« - Non parce qu'elle est quand même pas mal canon... »

« - … »

« - Pour un peu j'aurai presque du faire semblant de m'évanouir, et elle m'aurait fait du bouche à bouche ! T'es pas jaloux, mon chou ? »

Castiel laissa échapper un rire cristallin de ses lèvres, sans même y avoir pensé – c'est le soulagement qui l'avait certainement provoqué. Dean avait gardé son humour et son sacré caractère, c'était un bon point. Il abordait une expression étrange à ce moment précis, et si Castiel ne connaissait pas son tempérament aussi bien, il aurait presque pu dire qu'il s'agissait de l'ébauche d'un sourire. Le brun s'approcha un peu plus et regarda les machines, avec leurs bips infernaux avant de concentrer son regard sur Dean.

« - Le médecin a dit qu'il valait mieux que tu restes à la maison quelques temps, quand tu sortiras d'ici... »

« - Tu m'tutoies, maintenant ? »

« - Dean, s'il-te-plait…Je n'aime pas beaucoup les monologues. » Son homologue serra les dents et fixa par la fenêtre.

« - Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas de ta pitié. »

« - Ce n'est pas de la pitié, c'est du bon sens. »

L'autre eut un rire amer et secoua la tête. « - Ce qui se passe dans la rue, reste dans la rue. Bonne nuit, je-ne-sais-pas-comment-tu-t-appelles. »

« - Castiel. »

« - C'est ça ! »

Castiel demeura dans la pièce un petit moment, mais Dean s'était muré dans un silence impénétrable. Il ne fallait pas insister, pas ce soir. Il le savait. Poussant un nouveau soupir, il quitta la chambre, tout comme toutes les autres familles des patients rejoignaient la sortie de l'hôpital. On dirait bien qu'un nouveau combat s'annonçait pour lui.