Coucou ! Vous me pardonnez toujours ce retard ? :p
Voilà donc le chapitre 7, écrit entre deux cours à la fac, principalement -
C'est un petit chapitre, plutôt transitoire je dirai, mais c'est parce que je ne voulais pas vous laisser trop longtemps sans aucune nouvelle ^^
Thème musical du chapitre – Fix you, Coldplay.
VII. Mettons de l'eau dans notre vin.
Il sortit en trombe de la maison, dents et poings serrés. Il n'arrivait pas à croire que sa sœur ait pu se montrer si inconsciente. Elle l'avait mis à nu, complètement, sans pitié. Il aurait voulu partir loin, ne pas avoir à supporter le regard et les railleries du connard qu'il s'obstinait pourtant à loger, écouter. Et tout ça pour quoi, hein ? Il mit un coup de pied rageur dans une cannette se trouvant juste là. Il ne voulait pas rentrer mais ne savait pas où aller. Il s'étonnait de ne pas voir Anna débouler dans la rue pour lui courir après et lui crier de revenir. Peut-être que Dean avait-il su trouver les bons mots pour la rassurer ? Les bons gestes ? « - Mon poing dans sa gueule, oui ! » s'exclama-t-il à voix haute sans même y avoir pensé. Une mère qui se baladait avec sa fille non loin lui jeta un regard désapprobateur avant de s'éloigner rapidement avec la petite. Crier avait soulagé Castiel, mais il ne se sentait pas calmé. Loin de là, même. Ses pas le conduisirent jusqu'au parc de la ville. Parc où un SDF faisait la manche. Seule vision qui le fit grimacer et tourner les talons pour voir si l'herbe était plus verte ailleurs. Il ne voulait plus rien qui puisse lui renvoyer l'image de Dean.
Soudain, son portable sonna. Il laissa le répondeur prendre l'appel pour lui : pas besoin d'être un génie pour devenir de qui il s'agissait, et il n'avait franchement pas la tête à entendre les plaintes aigües d'Anna à l'autre bout du téléphone. C'est au bout de la cinquième tentative qu'il perdit patience et finit par mettre la main sur son téléphone. Mais il n'indiquait pas le prénom attendu : c'est Gabriel qui s'acharnait à l'autre bout du fil. Le brun finit par céder et répondit à l'appel.
« - Hey kiddo, depuis quand tu me fais poiroter comme ça ? » Son ton était neutre, assez enjoué même, comme à son habitude. Il n'y avait pas de soucis à se faire : il n'était pas un éclaireur qu'Anna avait pris en soutien pour essayer de lui parler, et de le raisonner. Il n'était au courant de rien.
« - Gabe ! Désolé, mon portable était sur silencieux. » Mentit-il. Gabe avait toujours été le grand-frère à qui l'on raconte tout, mais pas cette fois. Pas aujourd'hui. Son alcoolisme lui collait encore trop à la peau, c'était encore trop douloureux. « - Qu'est-ce qui t'arrives ? Tu veux que l'on se voie ? » L'autre répondit par l'affirmative, et ils se donnèrent rendez-vous au petit café de la place. Castiel ne voulait pas penser à tout à l'heure, il voulait se changer les idées.
« - T'en fais une de ces têtes ! » prononça assez fort le châtain lorsque Castiel fut en face de lui. Le concerné força un sourire pour convaincre son aîné que tout allait bien, mais le résultat escompté n'était pas forcément là, si on en jugeait par le sourcil levé de Gabriel. L'autre soupira et abdiqua.
« - C'est Dean qui me fatigue. »
« - Dean ?...T'as adopté un chien ? » Mince sourire du brun.
« - Non…Le SDF quand vous êtes venu, tu te souviens ? Il s'est battu et…on l'a placé sous ma charge le temps qu'il se remette, on va dire. »
Gabe semblait déchiré entre un air à la fois taquin et grave. Le café que Cas' ingurgitait lui brûlait la gorge, et il aurait souhaité qu'il lui retire momentanément tout usage de la parole. Mais c'était chose puérile avec son frère…Il savait qu'il allait lui tirer les vers du nez : c'est comme ça depuis toujours, à chaque confession qu'il lui avait faite dans sa vie. Il n'était pas comme son jumeau, il ne tournait pas tout en dérision et n'écoutait pas tout d'une seule oreille. Castiel aimait beaucoup Balthazar, il ne fallait pas se méprendre sur ce point, mais il était indéniable que Nature avait donné à Gabriel la seule compassion possible chez les Novak, chose que Castiel avait toujours beaucoup admirée, et qualité qu'il lui était certainement arrivé d'envier. « - Oh. » Commenta celui au sourire malicieux, avant de marquer une pause. « -C'est tout à ton honneur, Cassoulet, mais il ne faut pas t'oublier parce que t'as un intrus chez toi. C'est ta baraque, donc c'est toi le patron, non ? » Le sourire de Castiel se dessina sans même qu'il y pense.
« - Oui…Oui, tu as raison. »
« - Bon ! Et…pour tu-sais-quoi ? Il est pas trop chiant ? Non, parce que…J'fais pas de généralités, mais j'imagine bien qu'il doit y être plus ou moins accro, alors que toi... »
« - Il l'est. Mais bon. Il faut bien savoir saisir le taureau par les cornes, parfois. » Trancha Castiel avant de terminer son breuvage chaud cul sec, comme pour appuyer ses propos. Quand il baissa la tasse blanche, le regard de son frère avait changé : désormais, il semblait inquiet. Oh non. Sosie-de-Anna, Acte I, scène I. Le brun aux yeux bleus se mordit la lèvre.
« - Il ne fait pas qu'il te fasse replonger. Tu devrais certainement appeler un centre spécialisé, c'est la meilleure solution, Cas'. »
In-cro-ya-ble. Personne ne lui faisait-il confiance dans cette famille ? Se pouvait-il qu'il ait l'air si vulnérable que cela ? Gabriel n'avait aucune idée de l'intercation, 'petite' mais néanmoins importante qui l'avait opposé à Anna. Il ne pouvait donc pas déverser toute sa colère sur son frère car cela serait injuste, presque aussi injuste que l'attitude de Gabe et Anna à son égard, mais reconnaissons au moins au petit Castiel une juste mesure des choses. Lui se sentait parfaitement capable de faire face à cette nouvelle épreuve que la vie dressait sur son chemin. Le second avait l'air dubitatif, mais finit par hausser les épaules pour donner une attitude plus négligente.
« - Si toi tu le sens, ma foi… »
« - Parfaitement. » Répondit-il du tac-au-tac.
« - Wôh ! ça va Cas', pète un coup un peu. » Il ria un peu pour détendre l'atmosphère. Castiel détourna le regard. Il n'avait pas envie de rester, mais il ne voulait pas rentrer non plus. Il était bloqué. Il aurait voulu crier, se débattre, déchirer tout ce qui lui passerait entre les mains, mais au lieu de cela, il faisait preuve d'un calme et d'un froid déconcertants. Attitude dont il était certainement le plus irrité. Il était tout simplement blasé. Il en avait assez, des regards inquiets et des phrases toujours toutes faites. Il avait l'impression d'être un malade en phase terminale, et ça ne lui plaisait pas. Gaby se racla la gorge. « - Tu veux que je vienne ? » Cas' sursauta devant ce silence brisé et releva les yeux vers son frère. Un long soupir s'échappa de ses lèvres.
« - Au point où j'en suis... » Déclara-t-il de mauvaise grâce, avant de se lever. Il n'avait pas été très agréable ou même coopératif, d'autant plus que Gaby n'avait rien fait de mal, techniquement parlant. Mais c'était une très mauvaise journée, cet argument suffit à Castiel pour ne pas s'excuser. L'autre ne semblait même pas l'avoir relevé. Payant chacun leurs consommations, ils se mirent tous deux en route. Tous deux avaient leurs têtes emplies de questions : pour Gabriel, une curiosité accrue s'y mêlait, tandis que pour Castiel, c'était le pessimisme qui dominait. Il ne savait pas à quoi s'attendre à son retour. Quel scénario était le pire à s'imaginer. Anna en train de pleurer sur la table ? Dean, parti acheter de nombreuses bouteilles en ayant trouvé de l'argent dans la maison, et se bourrant la gueule dans la cuisine ? Ou encore mieux : tous deux, complètement dénudés sur le canapé ? Le trajet lui sembla bien trop court, et une boule se forma dans son ventre lorsqu'ils arrivèrent vers son pavillon.
« - Voyons donc qui embête mon petit-frère ! » Sa main glissa sur la poignée de la porte et Castiel, dans un premier temps, observa tout ce qui était observable dans son jardin, avant d'être obligé de regarder face à lui pour entrer à la suite de son frère. Le silence qui était présent dans la maison était à la fois rassurant et inquiétant. « - Hello ? Jean ?* »
« - Dean. » Rétorqua Cas' sans bien d'attention, les yeux balayant le moindre recoin de la pièce.
« - Oh ? Il est par-… ? » Du bruit à l'étage le coupa dans son élan.
« - Eh ben nooooon ! » Le brun aux yeux verts ne cacha pas son rire avant de descendre, semblant faire le plus de bruit possible sur les marches de bois. « - Quel con... » Marmonna le plus jeune des deux frères dans sa barbe. Son invité le suivit des yeux.
« - Tu me fais du boudin, Cassychou ? »
« - Où est Anna ? »
« - Anna ? Elle est là ? » L'intervention de Gabriel réveilla Dean, qui prit enfin conscience de la présence d'une troisième personne dans la pièce.
« - Bonjour ? Hé mais, j'te connais toi ! T'es le gars à la berline noire qui a failli me reculer dessus en voulant se garer ! »
« - Euh ? » Castiel observa les deux hommes avec un air vaguement amusé. En guise de réponse, Gabriel lui fit un grand sourire. « - De toute façon j'te connais aussi, toi tu dois certainement être le mec qui emmerde tellement mon cher et tendre Castiel ! »
L'air railleur disparut rapidement des prunelles vertes du jeune SDF. « - Toi, je t'aime pas. »
Son ton se voulait dur, mais l'air de plus en plus rieur de Gabriel lui enlevait toute notion de crédibilité. Si bien que Castiel souriait à son tour : le premier de la journée. Il faut dire que ce petit spectacle le méritait amplement. Gabe lui donna une grande tape sur l'épaule. Dean grogna avant de tourner les talons, mais il n'eut pas le temps de poser un pied sur la première marche, qu'il entendit ensuite :
« - Hey ? Je t'ai demandé où était Anna ! »
« - Elle est dans la salle de bains, arrêtes de gueuler un peu. »
« - La-salle-de-bains-à-côté-de-ta-chambre ? »
« - Ouaip ! »
« - … »
« - Mais oh ! J'ai rien fait. Je peux être SDF, mais pas détraqué sexuel pour autant ! Tsss ! »
« - Encore heureux... » Il soupira et le regarda monter à l'étage. Il n'écartait pas le fait qu'il puisse bien aisément profiter du trou dans la serrure, ou de la sortie de la jolie rousse.
De toute façon, Anna était une grande fille, qui savait se défendre, ou donner son avis. Qu'elle ait au moins la décence de ne rien concrétiser avec ce con sous son toit.
« - Je le trouve sympa ! Charmant invité. »
« - Tu plaisantes, j'espère. »
« - Reconnais au moins qu'il a du caractère. Je ne pense pas que tu puisses trouver un moment pour t'ennuyer ! »
Castiel râla et coupa court à la conversation en se dirigeant vers son jardin. Mais il ne ferma pas la porte pour autant, invitant donc son frère à le suivre.
« - Tu as une clope ? »
« - Cas'... »
« - C'est pas du rouge, s'il-te-plaît.. »
Le plus vieux céda et sortit son paquet, en prit une pour lui avant de laisser son frère se servir. Il alluma ensuite les deux petits bâtons de cancer et relâcha la fumée par le nez.
« - Comment va Balthy ? » Gabe lâcha un petit rire.
« - Tu le connais. Il va, il vient. Il est heureux, comme ça. Donc je suppose qu'il se porte bien. » Il sourit en entendant parler de son vagabond de frère. Il n'avait pas besoin d'en savoir plus pour comprendre là où Gabriel vouait en venir. Balthazar avait toujours été l'enfant le plus turbulent, mais pas le moins attachant pour autant. Les yeux de Castiel se perdirent dans le vide. Il ne savait pas dans quoi il venait de s'embarquer mais maintenant tout semblait lui faire regretter son choix, et lui-même commençait à douter sérieusement de la pertinence de la présence de Dean chez lui. Tout était si mal parti qu'il avait peu d'espoir que la situation s'améliore et que Dean vienne le féliciter de cette initiative.
(…) Questions et doutes qui redoublèrent d'intensité lorsque ses compaires durent chacun partir, pour des raisons professionnelles, laissant leur cher petit-frère au dépourvu avec le brun. Ce-dernier s'étonna en apercevant son hôte dans le canapé du salon.
« - Et toi ? Tu ne travailles pas ? »
« - Tu penses sérieusement que j'allais le laisser te balader seul chez moi ? »
« - Bah non justement, j'en aurai profité pour retourner sur mon bout de trottoir. Like a biatch, bébé ! »
« - T'es fatiguant... »
« - Je sais je sais. Tu n'as pas répondu à ma question. »
« - Ça va être midi. T'as faim ? Je vais nous commander des nachos. »
Non il n'avait pas envie de lui répondre, il n'avait pas envie de lui dire qu'il avait été forcé de prendre des congés à durée indéterminée, il n'avait pas envie de lui dire que son job de journaliste lui manquait, il n'avait pas envie qu'après avoir grignoté son foie, son alcoolisme avait aussi commencé à ronger sa vie. L'autre soupira et haussa les bras en guise de réponse. Étonnamment, il n'insistait pas pour obtenir une réponse coûte que coûte. Et le silence de Castiel l'en remerciait. Une demi-heure plus tard, le livreur récupéra la petite liasse de billets et Dean s'installa à table. Ce sera son premier vrai repas depuis très très longtemps. Mais évidemment, il réfrénait son émotion en présence de Castiel.
« - Oh, ça a l'air chaud. » Commenta-t-il platement lorsque le jeune Novak fit irruption dans la pièce, tenant la boite en carton à bout de bras et en poussant de petites grimaces. Il le laissa se servir, moins par soucis de politesse que par désir de ne pas se prendre une nouvelle remarque désobligeante dans la gueule. Un moment de répits apprécié par Castiel. Il ne savait pas vraiment comment les occuper, cet après-midi, demain, dans une semaine – questionnement qui ne lui venait jamais à l'esprit, lorsqu'il était seul. Il profitait pourtant de ce temps de repos pour ne pas y penser et se sentir serein. Reculer pour mieux sauter. Même si le silence présent entre les deux hommes était des plus inconfortables, il devait l'admettre.
