Hello hello !
Je ne sais pas exactement combien j'ai de retard, mais je tenais à m'excuser. Je ne m'en suis pas sortie avec le travail de la fac, et j'ai donc du mettre cette histoire entre parenthèses. Mais maintenant que mes examens sont terminés, je compte bien m'y remettre activement !
Sinon, qu'avez-vous pensé du finale de Supernatural ? Personnellement j'ai aimé, l'issue était moins pire que ce que je pensais ! Mais ça me laisse quand même sur ma fin, vivement Octobre ! (pas de spoil s'il vous plait, même si ma première phrase en dit déjà bien long je trouve ^^')
Soit ! Je vous laisse avec ce nouveau chapitre. La chanson qui y est incorporée est celle qui m'a inspirée cette fiction, je trouve que les paroles reflètent bien les personnalités de ce Cas et de ce Dean là. Cela fait un petit moment que je n'ai pas écrit, alors si ce n'est pas aussi bien que les chapitres précédents veuillez bien m'excuser, j'ai fait de mon mieux et je me rattraperai la prochaine fois :p
Thème musical du chapitre – Teen Idle, Marina and The Diamonds.
VIII. Jeu stupide
Une semaine. Une semaine que je suis en convalescence chez Castiel. Il fait des allés-retours de temps à autres, mais refuse de me dire où il va à chaque fois. En plus, il refuse de me laisser sortir pour le moment. Comme si j'étais en sucre ! J'en ai marre de tourner en rond comme un rat mort dans cette baraque. Il y a tellement de confort que je préfère ne pas m'y habituer je sais que ce n'est que temporaire, et que le bitume m'attend. Anna passe de temps en temps. On n'a pas encore parlé de l'incident de la dernière fois. J'imagine que ça doit être grave pour que Saint Castiel se soit énervé à ce point. Mais je ne tiens pas à m'excuser. De quoi, d'abord ? Quand j'aurai les raisons de son emportement, alors je le ferai. Peut-être. Anna au moins, ne passe pas son temps à essayer de décrypter la moindre des expressions de mon visage, elle ne cherche pas à savoir comment je pouvais me sentir. Bon, elle ne cherche pas non plus à se faufiler dans mes draps malgré le moindre de mes sous-entendus, mais j'ai foi en moi : ça devrait venir. Et puis si je me mange une claque, je n'aurai qu'à me dire que ce n'est pas la première, et que ce ne sera certainement pas la dernière non plus. J'avoue que j'ai quand même du mal à comprendre – je ne suis pas dégueulasse, dans le genre. Si ce sont ces bandages qui la dégoûtent, je peux toujours essayer de les cacher. Et si elle a peur de me faire mal, j'imagine que ce n'est pas son poids plume qui risque de me faire quoi que ce soit. Enfin bref.
Ce matin, Cas'…euh non, CASTIEL est rentré plus tôt que prévu. Je viens à peine de finir d'avaler mon café que je le vois poser son imperméable sur l'une des premières branches du porte-manteau. Je relève la tête et me dirige vers lui, sourcils froncés.
« - T'as pointé à Pôle Emploi ? Déjà ? » Je lance avec un ton plus taquin que méchant. J'ai fini par me lasser de jouer cette carte-là avec lui. J'ai compris que la moindre de mes piques ne l'atteint pas, elle lui coule dessus comme le ferait je ne sais quoi. Mais c'est à lui à ne pas chercher la petite bête s'il ne veut pas me voir sortir de mes gongs une nouvelle fois. Je ne dis pas que je me suis habitué à lui, mais…On a appris à se supporter, c'est toujours mieux que des insultes lancées à qui veut bien les entendre. Un mince sourire se dessine sur son visage et il me fait une grimace pour toute réponse. Il traverse le salon qui bordait l'entrée avant de me rejoindre dans la cuisine.
« - J'ai déjà un emploi, il me semble t'avoir dit. »
« - Vrai, mais il ne me semble pas t'avoir vu rentrer les bras chargés de dossier, ou rentrer épuisé après une journée harassante de travail ! »
« - Et il ne me semble pas t'avoir vu la fermer plus de cinq minutes... »
Ah, 1 point partout ! J'affiche un sourire en coin avant de me redresser pour aller me préparer dans ce qui est maintenant ma chambre. Enfin, tout est relatif. Ma chambre provisoire, dirons-nous. Malgré tous ses bons efforts, je pense que je ne vais plus faire long feu ici. Je me sens déjà mieux ! Pas que le voir jouer aux petites infirmières me dérange, mais j'ai quand même ma fierté. Je n'aime pas vivre sur le dos des gens – je l'ai fait pendant bien longtemps avec mon père, et il m'a montré que ce n'était pas comme ça que je pouvais réussir. Il me l'a montré d'une manière radicale : il m'a foutu à la porte. Je devais m'en sortir par moi-même, qu'il disait. Sauf qu'en à peine un an, j'étais fauché. Et durant cette période, je n'ai du dormir que peu de fois avec un toit au-dessus de la tête. Cela doit se compter sur les doigts d'une seule main, tout au plus. Torse nu, je m'avance vers le miroir de la chambre et observe la cicatrice qui me court le long des côtes. Ce n'est pas beau à voir, mais c'est toujours mieux qu'au début. La blessure n'était pas très profonde, j'ai eu de la chance. J'espère que je ne recroiserai pas de si tôt le bourrin qui m'a infligé ça. Je laisse le bout de mes doigts y courir, lentement, avant de relever la tête. Je sursaute et ne peux pas m'empêcher de pousser une exclamation en voyant deux grands yeux bleus observer mon reflet dans la glace.
« - CAS, bordel ! »
L'intéressé m'affiche un sourire désolé alors que je récupère un tee-shirt propre, m'empressant de l'enfiler. Pas que je sois pudique, mais je ne supporte pas qu'il promène son regard de chien battu sur mes blessures. C'est comme ça. Il a toujours tendance et tout dramatiser, et moi, ça m'énerve.
« - T'es là depuis longtemps ? » Je m'enquis quand même.
« - Non... » Mouais. Comme si j'allais le croire. Enfin, je ne peux pas vraiment lui en vouloir, ce n'est pas tous les jours que l'on peut admirer le corps d'un Apollon. Endommagé certes, mais Apollon tout de même ! Je souris doucement et secoue la tête en voyant ses joues s'empourprer lentement mais sûrement. Ma conscience a besoin de se dire que c'est sans doute à cause de la vision de ce torse parfait.
« - En fait, je voulais te demander quelque chose. » Reprend le brun. Est-ce que je devrais m'en inquiéter ? Je relève les yeux vers lui et l'incite à continuer. « - Une fois toutes les deux semaines, j'ai l'habitude d'inviter mes frères et sœurs à la maison. Cela ne rate jamais. Seulement, puisque tu es là…Je me demandais si ça ne te dérangeait pas. Tu connais déjà Gabriel et Anna alors…je pense que le courant pouvait bien passé, mais je voulais tout de même te questionner pour être sûr. » Je me gratte la nuque et lui tourne le dos, plus pour réfléchir que pour lui montrer mon mécontentement, même si j'imagine qu'il va le prendre de la sorte. Les réunions de famille, ça n'a jamais été ma tasse de thé…Mais après tout je ne suis pas chez moi. J'imagine que la pauvre parole d'un SDF face aux retrouvailles des membres d'une autre famille n'a pas vraiment d'importance. Je pourrais peut-être m'absenter, rester en haut ? S'il ne dit pas que je suis là, ils n'iront pas chercher. Je ne suis pas une bête de foire après tout. Je gratte un peu ma barbe naissante et me retourne, alors que c'est un tourment bleu océan qui m'observe maintenant, inquiet et impatient. Je souris faiblement et hausse les épaules.
« - J'imagine que ce n'est pas un gars comme moi qui peut s'opposer à ça. Mais, je pourrai rester ici ? »
Il fronce les sourcils et son regard parcourt l'ensemble de la chambre. « - Ici ? Mais non, pourquoi est-ce que je te cacherai ? »
Et merde. Je fais une moue et ouvre la bouche, mais la referme aussi sec. Non, je n'ai pas toute une étendue d'arguments à lui exposer pour terminer de le convaincre. Je n'ai pas ma place ? Je n'ai pas envie ? Je m'en fous ? Un peu de tout ça à la fois. Certes, Anna était gentille et Gabriel m'avait l'air d'un mec à peu près correct (même si son sourire en coin me fait moins rire que les autres), mais ce n'est pas pour ça que je veux devenir le meilleur ami de tout le monde. « - Réfléchis, je vais être quoi sinon. Ton fier trophée que tu vas exposer, la bonne action qui fait que tu te sens mieux quand tu te lèves et quand tu te couches ? » Mon ton s'est fait plus dur que ce que je voulais, le dégueulis de mots s'est imposé de lui-même. Je ne voulais pas lui dire comme ça, mais ça a été plus fort que moi. La défensive : ça a toujours été ma marque de fabrique. Et les vieilles habitudes ont la vie dure. Il cligne plusieurs fois des yeux avant de regarder le sol. Les sourcils froncés, je peux apercevoir cette petite ride qui se forme, juste entre ses sourcils. Je crois que ça montre qu'il est soucieux. En tout cas, c'est toujours en ma présence que je l'ai vu apparaître. Non pas que je passe mon temps à décrypter la moindre de ses expressions, mais ça lui donne un air constipé. Encore plus que d'habitude. Enfin. Je me moque je me moque, mais je ne suis pas vraiment fier de ce que je viens de faire. Cela m'étonne et m'énerve aussi. M'étonne parce que ça ne me ressemble pas. M'énerve parce que je ne veux pas devenir une guimauve. M'énerve parce qu'un jour, cette fierté de mes deux me tuera.
« - Bien, je pensais qu'on avait dépassé ce stade, mais…Je t'apporterai un repas et je dirai aux autres que tu as vite retrouvé la santé, alors. Je ne vais pas te déranger plus longtemps… »
Il me lance un regard de chien battu et commence à s'avancer vers la porte. Lentement. Très lentement. Oh pitié, on se croirait dans une de ces scènes de séries B. Je n'arrive pas à croire ce que je m'apprête à faire.
« - Cas, attends. » Tuez-moi tout de suite, je vous en prie.
J'entends le concerné se retourner, et le silence pour seule réponse. Je pousse un profond soupir et ferme les yeux, avant de me pincer l'arrête du nez, déjà désespéré par ce que je vais dire.
« - Je…C'est d'accord. »
Une seconde. Trois secondes. « - C'est d'accord pour quoi ? » me demande sa voix, soudainement plus enjouée. Par Merlin, en plus il décide de jouer avec mes nerfs, le saligaud ! Je serre les dents et secoue la tête avant de soupirer.
« - Tu le sais. »
« - Non non, je l'ignore ! » Je ne me suis pas retourné, mais je peux très bien imaginer son air triomphant et son sourire Colgate derrière mon dos.
« - C'est d'accord pour ton repas de famille. Je serai là. » Je roule des yeux alors qu'il me remercie avec certainement plus d'enthousiasme qu'il n'en faudrait. Je n'ose même pas me demander dans quoi je me suis encore embarqué. Conscience, tu me tueras.
Les cupcakes étaient délicieux, mais alors la tarte…La tarte est un pur régal. Si on m'avait dit avant que Gabe était un aussi bon pâtissier, évidemment que je n'aurai pas fait tout ce cinéma pour éviter (sans succès) ce repas de famille improvisé. Je ferme les yeux alors que j'avale une nouvelle bouchée. Bien sûr, mon intérêt pour ce succulent met ne manque pas d'alerter les autres, qui se paient ma tête sans plus de compassion. Je fais la moue et essuie rapidement ma bouche avant de pousser un soupir désapprobateur. « - Quoi ? Ça faisait longtemps, c'est tout… » Cas sourit et secoue la tête avant de se lever pour débarrasser. L'ambiance est plutôt bonne enfant. Je ne connaissais pas Balthazar, mais ça va, il est cool – on a le même type d'humour concernant les femmes, alors le courant ne peut que passer. Mais j'imagine que ça risquerait de se gâter s'il venait à découvrir les plans que je concoctais pour sa sœur dans un coin de ma tête.
« - Ravi de voir que ça te plait en tout cas, si j'avais su j'aurai rapporté un camion entier ! » J'écarquille un peu les yeux à l'image d'un camion rempli dans son intégralité de délicieuses tartes, mais je me renfrogne bien vite et secoue la tête. L'autre esquisse un sourire avant de terminer sa propre assiette. C'est un vrai portrait de famille. Castiel a su me souffler tout à l'heure qu'il manque pourtant un de ses frères à l'appel. D'après ce que j'ai compris, il n'est pas le plus aimé dans la famille, et s'en vanterait presque. Pour un peu, je suis presque soulagé de ne pas croiser sa route. Des emmerdeurs, je pense que j'en ai un cotât bien rempli. L'heure du café arrive rapidement, et avec elle, les premiers bâillements de fin d'après-midi. C'est que se remplir la panse est un art contraignant ! Balthazar murmure dans sa barbe quelque chose à propos du temps qui passe trop vite. Anna saute sur l'occasion pour réveiller tout le monde en tapant vivement dans ses mains.
« - Hey ! Non mais il t'arrive quoi toi, t'as encore abusé du champagne ? » Grommelle le blond. « - T'as abusé du champagne ? » La jolie rousse le réprimande par une tape amicale sur l'épaule et s'éclaircit la gorge avant de lancer un sourire mystérieux à toute l'assemblée.
« - Le Truthy Game ? »
…hein ? Je fronce les sourcils alors que cette soudaine exclamation a réveillé tout le monde. Ils roulent des yeux et poussent des soupirs. Je cligne des yeux et tourne la tête vers Castiel, qui affiche un air à la fois lassé et amusé.
« - C'est un jeu qu'Anna nous impose depuis ses 14 ans, et à chaque repas de famille on n'y échappe pas. J'aurai voulu t'éviter ça. »
Ah. Je souris d'un air un peu crispé avant de me redresser. « - Je peux toujours vous laisser jouer en famille... » Mais ma tigresse attrape mon bras et me force à regagner mon siège.
« - Oh non, surtout pas toi ! Plus on est de fous plus on rit, pas vrai ? » Je fais la moue et lance un regard de détresse à Castiel, qui échange un regard complice avec ses deux autres frères. La voix cristalline d'Anna se répand une nouvelle fois dans la pièce :
« - Le Truthy Game, c'est un action-vérité, mais en mieux. On pose une question à la personne que l'on a choisie. Si elle ne veut pas répondre à la question, celle-ci se retourne contre la première personne, et elle est obligée de répondre. »
Je n'ai pas le temps d'en placer une qu'Anna coupe la parole à son frère, trépignant sur sa chaise. « - Et s'il s'avère que la réponse est injuste pour une autre personne qui connaît la vérité, alors le menteur se voit infligé un gage ! »
« - Ok…Non, sérieusement, je crois que j'ai passé l'âge de tout ça. » Je fais un sourire crispé et me relève cette fois plus rapidement, pour que la jeune femme ne tente pas une nouvelle fois de m'attirer dans ses filets. Elle affiche cette fois-ci une moue avant de jeter un coup d'œil accusateur à Castiel, comme s'il était le seul et unique responsable de mon manque d'engouement.
« - Pourquoi ? » Se contente de demander d'une voix calme le suspect #1.
« - Je n'ai pas envie de me dévoiler comme ça. J'vous connais pas. »
« - Justement ! Personne ne sait si ce que tu diras est vrai ou faux, ça t'épargne déjà le gage. »
Bon sang, ce que les Novak peuvent être butés. Je pensais que ça ne venait que de Castiel mais non, c'est de famille ! Quatre contre un, qui dit mieux ? Je pousse un long soupir et m'assois de mauvaise grâce.
« - Je regarde d'abord. Si c'est nul, j'me tire. »
Castiel tapote ma cuisse dans un geste de compassion et je sens comme une décharge électrique me parcourir l'échine. Saleté de champagne !
« - Bon, je commence. » Chantonne Anna avant de plisser les yeux, à la recherche d'une victime. Pas moi bordel, pas moi. « - Balthazar ! » Yes. L'aîné décroise ses bras pour poser ses coudes sur la table et observe sa jeune sœur, un rictus amusé au coin des lèvres.
« - Je t'écoute ! Demande-moi ce que tu ne sais pas encore à propos de ton grand-frère chéri. »
« - J'en sais déjà beaucoup trop, malheureusement…Tu sais, les murs de la maison ne sont pas encore insonorisés. » Il rougit légèrement avant de rire de bon cœur. Mais de quoi est-ce qu'ils parlent ? Et c'est quand qu'ils le commencent, ce jeu débile ? Je tourne la tête vers Gabriel, et devant mon air inquisiteur, il répond : « - Ils habitent ensemble. Et Balthazar n'est pas du genre à laisser dormir ses conquêtes sur le paillasson, si tu vois ce que je veux dire. »
Je souris en coin et croise le regard de Balthazar. Décidément, un point en commun de plus. Enfin, si je ramène une blonde sulfureuse chez Cas', je ne pense pas qu'il risque d'apprécier.
« - Bref ! Balthazar, qu'est-ce que tu aimes le plus chez nous ? »
« - Oh, pitié. » Des questions de fillettes, c'est ça ? Je pousse un long soupir et croise mes bras sur la table avant d'y enfouir mon visage. Parler de ses sentiments, de ce que les autres représentent pour nous, et blablabla, très peu pour moi. Je pousse un long soupir et tente comme je le peux de faire abstraction de toutes les voix, plus ou moins fortes, qui m'entourent. Une chaleur agréable m'entoure, et bientôt, je sens mes membres s'engourdir peu à peu. Je ne retiens pas un petit bâillement et je me sens partir. Bientôt, les phrases deviennent de plus en plus lointaines, ce n'est plus qu'un écho, quelque chose d'incompréhensible. Je m'en fous, je m'en vais. Je pars dans les bras de Morphée, et personne ne me dérange.
Une grande place. Le soleil commence à pointer le début de ses rayons, et les derniers SDF restants terminent de trainer les sacs, remplis de vivres ou de trucs inutiles qu'ils ont réussi à empiler durant la nuit. Je me demande comment ces personnes peuvent encore exister. Elles n'ont pas honte, franchement ? Vivre sur le dos de la société, nous imposer ces regards de pitié. Accueillez-en un chez vous, et vous pouvez dire adieu à tous vos précieux biens, j'en suis certain. Je serre les dents tout en observant un vieillard se mouvoir avec difficulté. Je m'avance vers lui. La vache, il pue le vieux vin. Je souris en coin et m'empare rapidement de son sac avant d'en renverser tout le contenu sur le sol. Des dizaines de bouteille de verres se répandent sur le sol, s'y fracassent, en un tintement assourdissant. Je me recule tout juste pour ne pas me prendre un impact de verre quelque part.
« - Bah alors, papy, qu'est-ce que t'allais faire avec tout ça ? Te les enfoncer dans le cul ? »
Je ris d'un air mauvais, alors que plus loin, Sam me fait signe de venir, l'air sévère. Il me veut quoi, le premier de la promo ? Je soupire et vient à lui, de bien mauvaise grâce.
« - Quoi, encore ? » J'appuie bien sur le dernier mot pour montrer mon mécontentement.
« - Papa t'appelle. Et laisse cet homme tranquille. »
« - Ouuh, St. Sammy va m'amener me confesser, j'ai peeeur ! »
Je l'entends murmurer 'petit con' dans sa barbe et je me dirige rapidement jusqu'à chez nous. Mon père m'attend, sur le canapé, et près de lui ma mère, les lèvres pincées, l'air soucieux. Elle a toujours cette manière de me regarder, depuis que j'ai arrêté l'Université.
« - Tu voulais me voir ? » Je l'observe et m'installe sur le canapé. Mon frère vient de nous rejoindre.
Mon père se lève, se rapproche, place ses mains sur les accoudoirs du fauteuil sur lequel je suis installé. Son visage n'est qu'à quelques centimètres du mien et il m'observe d'un regard féroce. Je m'enfonce dans le dossier du fauteuil pour tenter de sauver le peu d'espace vital qu'il me reste.
« - Dean Winchester. » Murmure-t-il. Sa voix n'est pas claire. Je n'entends que des bribes de mots. « - Incapable. Pantin. Pitoyable. Honte. » Chaque trait de son visage me glace le sang. Son visage prend toutes les couleurs possibles et imaginables. Cela aurait pu être drôle, mais dans le contexte, c'est terriblement angoissant. J'essaie de le repousser mais j'ai l'impression de me heurter à un mur de pierre. La cadence de mots s'accélère. J'appelle Sam, mais je n'entends qu'un craquement inquiétant derrière moi. J'appelle ma mère de toutes mes forces, elle se contente de sourire. « - Ordure. Enflure. Tu n'es pas mon fils ! » Je serre les dents et me met à frapper de toutes mes forces ce visage qui me crie toutes sortes d'injure. Soudain, une douleur fulgurante me parcourt la nuque. (1) Je sens quelque chose de chaud et de visqueux imprégner ma chemise, mon coup, ma peau. J'halète sous la douleur et bientôt, une nouvelle douleur aigue. Quelque chose vient de sortir de mon corps…je tourne la tête et aperçois Sam, un sourire carnassier aux lèvres. Dans ses mains, la dague, rouge sang, qu'il vient de m'enfoncer. Ma tête tourne et ma bouche se remplit progressivement de sang.
« - Fous le camp. » J'entends résonner. Puis tout se brouille, le décor change. Je crois perdre connaissance, mais non. Me voilà maintenant allongé au détour d'une route. Je m'observe rapidement sous toutes les coutures, mais non, rien : plus aucune trace de sang, et la douleur est absente. Autour de moi, des sacs en plastique et une paire de baskets. Miteux. J'entends un moteur de voiture. Je tente de me redresser à grand-peine. J'entends des éclats de rire, et la voiture, roulant dans une grande flaque d'eau, ne se prive pas pour tremper complètement le déchet que je suis devenu. Une douche qui me ramène bien vite à la réalité.
Je sens l'eau froide éclabousser mon visage et je pousse un cri. Je me redresse brusquement, effrayé, le souffle court. Un filet de sueur se répand le long de mon dos. Sous moi, mes bras reposent sur une table de bois robuste. Quatre paires d'yeux me regardent non sans inquiétude. Bordel, qu'est-ce qui m'est arrivé ? Castiel me sert un grand verre d'eau, que je prends sans plus de cérémonie et avale rapidement, jusqu'à la dernière goutte.
« - Bon sang, Dean…Qu'est-ce qui t'es arrivé ? »
« - Un cauchemar. » Ma voix me surprend : elle est éraillée, fatiguée. Effrayée, aussi. Tout semblait tellement réel. Une scène de mon ancienne vie, que mon inconscient avait transformé en horreur totale. Je passe mes mains sur mon visage et pousse un long soupir. J'en ai la chair de poule, et je ne me sens pas en sécurité. Je sursaute en sentant la main de Castiel sur mon épaule, que je dégage vivement.
« - Ton jeu fait cauchemarder tout le monde, au sens propre comme au figuré Anna, tu vois bien qu'il faut arrêter ! » Tente Gabriel maladroitement pour tenter de détendre l'atmosphère, remplie de ce je ne sais quoi qui m'irrite et m'effraie en même temps. Il faut que je bouge d'ici. J'essaie de me lever mais cette fois, c'est Castiel qui me presse sur ma chaise.
« - Reste tranquille. »
Je ne dis rien et fixe devant moi, m'enfermant dans une bulle. Je ne revois que les images du cauchemar passé. Je ne sais pas combien de temps je resté dans cet état de léthargie, mais lorsque je reviens enfin à moi-même, les sièges qu'occupaient les frères et sœurs de Castiel sont désormais vides. Le silence règne dans la maison. Je tourne la tête et rencontre le regard du brun, assis sur le canapé.
« - Comment tu te sens… ? »
« - Remué. »
« - Tu veux en parler ? »
« - Plutôt crever, ouais. »
Il soupire avant de se lever et de venir à ma rencontre. Mais je le devance en me levant d'abord. Mes jambes sont encore un peu fébriles, mais elles me supportent. C'est déjà ça.
« - J'suis resté combien d'temps là ? »
« - Une heure, une heure et demie. Tu nous as inquiétés. »
« - Et ils ont fuit devant le pauvre SDF livré à lui-même, bouuuuh. »
Les sourcils de Castiel se froncent et il m'interroge du regard, mais je secoue la tête avant de balayer l'air d'une main devant moi, comme pour lui signifier d'oublier ce que je viens de dire. Le soir arrive lentement, et avec lui, cette même ambiance, ce même silence et ces non-dits. J'ai pris une douche et je me sens quand même mieux, mais l'image de mon père et de mon frère continuent de me hanter. Naturellement, il est hors de question que je ferme l'œil cette nuit.
Je rejoins le brun dans la cuisine. Il est adossé au plan de travail de la cuisine et observe d'un œil distrait une émission débile à la télé, tout en grignotant un paquet de chips. Quand il voit que j'ai fait irruption dans la pièce, il me le tend, et le récupère face à mon silence.
« - J'ai pas faim. »
Il se contente de hocher la tête et je m'installe, mais je peux sentir son regard sur moi. Autant tenter de jouer l'indifférence et de changer de sujet.
« - Le jeu d'Anna, alors ? Pas trop démoralisant ? »
Un silence frustré suit ma question. Puis finalement, la voix rauque.
« - Comme d'habitude…Je ne sais même plus pourquoi on se plaint, à force, on devrait être habitué à Anna et à ses manies. »
« - Ouais…Et t'as eu quoi, comme question ? »
« - Elle m'a demandé si…Si je me sentais bien, après un évènement particulièrement…angoissant, de mon existence… »
Je fronce les sourcils et me tourne vivement vers lui. Les traits de son visage ont changé : son air est devenu plus grave, comme éteint. Lui aussi semble ailleurs, pour le coup. Chacun son tour. Je me racle un peu la gorge avant de passer ma langue sur mes lèvres.
« - Alors, c'est vrai ? » Il sort de sa torpeur et me regarde, vaguement angoissé.
« - Quoi, c'est vrai ? »
« - On t'a vraiment enlevé un balai du cul… ? Genre, au sens propre ? »
Il lève les yeux au ciel et me lance le paquet vide pour me faire taire. Malgré ma petite plaisanterie, je vois bien qu'il est soulagé que je n'aie pas trouvé LE point sensible qui semble tant faire trembler ce petit Castiel. Allons, un être aussi 'parfait', raisonnable et rangé que lui, ne peut pas avoir un secret aussi lourd que le mien – il n'y a que dans les séries TV de ménagère que l'on peut voir des clichés pareils.
Je me lève et me poste face à lui avant de croiser mes bras sur ma poitrine, comme revigoré par ses petites cachotteries. Revigoré, en apparence. Pendant ce temps disons, je ne pense pas à ce qui me torture, moi.
« - T'as déjà tué quelqu'un ? »
Ses yeux s'agrandissent au maximum et il abandonne définitivement tout grignotage.
« - Quoi ?! Non mais t'es malade ! À quoi tu joues ? »
« - Au jeu de cette chère Anna. » Je réponds en lui offrant mon plus beau sourire Colgate.
« - Bon alors, hm réfléchissons…Tu as volé ? Violé ? Tu as menti ? Triché ? »
Il râle et me repousse un peu. « - Non, non, non et non ! »
Je fais la moue avant de le considérer. Je finis par hausser les épaules.
« - Bon, alors t'es soit un drogué, soit un alcolo potentiel. »
Je le sens se raidir à mes mots. Touché ? Je me mords un peu la lèvre, fier de moi, mais je ne sais pas comment réagir. Je n'ai (heureusement) jamais eu l'occasion de le voir nu, alors je ne peux pas attester de la trace d'une seringue…Et je ne l'ai pas vu non plus en manque, à trembler comme un malade. Mais est-ce que j'ai vraiment envie de savoir ? Il quitte la cuisine sans un mot et je le suis rapidement, lui demandant des explications, tentant même de l'avoir par l'humour, mais rien n'y fait, absolument rien. Il me claque la porte de sa chambre dans la gueule. Bon. Au moins, une chose est sûre : c'est que c'est l'un des deux, mon instinct ne m'a pas trompé. Il n'aurait pas eu de réaction aussi excessive sinon. Je soupire et frappe à la porte.
« - Cas', c'est pas si grave tu sais... »
« - … »
« - Même moi, quand j'étais jeune je résistais jamais à un petit pétard bien roulé… »
Appuyé sur la porte, je manque de perdre l'équilibre lorsqu'elle se rouvre à la volée, brusquement. Devant moi se trouve un Cas' au regard meurtrier, dents serrés. Je frissonne et me recule un peu. L'image de mon père et de mon frère qui revient.
« - Je n'ai aucune leçon à avoir de la part de quelqu'un comme toi. Dégage Dean, dégage. »
Je déglutis difficilement alors que la porte se ferme à nouveau avec beaucoup de violence. Je baisse les yeux et me recule. Deux fois que j'entends ça aujourd'hui. Fiction réalité. La fois de trop ? Certainement.
(1) Dans ce cauchemar, le fait que Sam lui plante un couteau dans le dos est une métaphore de ce qui s'est passé = son frère l'a trahi. Mais non, pour le moment vous n'en saurez pas plus, non mais oh ! (a) Patience est mère de vertu *voix de Castielle*.
