Bonjour !

Me revoilà donc pour ce chapitre que vous attendiez ! (Sortez les mouchoirs….Ou pas !)


Thème musical du chapitre - Wide awake, cover de Katy Perry par Gavin Mikhail.

IX. La faute à pas de chance

Dean est parti dans la nuit. Castiel le savait, il avait entendu la porte grincer, mais il n'avait pas bougé de son lit pour l'en empêcher. Pourtant, au petit matin, il n'avait pas pu longtemps lutter contre le sentiment qui l'habitait en découvrant le lit vide de son SDF : la culpabilité. Par mesure de précaution, il avait appelé l'hôpital et la morgue. Aucun homme ne ressemblant au portrait de Dean n'avait été admis dans la nuit. C'était déjà un bon signe, mais il ne savait pas s'il avait envie d'aller plus loin que ça. La dernière fois qu'il était parti à sa recherche, il l'avait retrouvé dans un état lamentable. Dieu sait jusqu'où il avait pu aller cette fois. Et une fois qu'il se retrouvera face à lui, qu'est-ce qu'il lui dira ? S'excuser ? Encore ? Il y avait décidément un trop gros problème de communication entre eux, trop de non-dits, trop de tabous, trop de fierté. Il n'osait même pas en parler à nouveau à Gabriel, ou à Anna. Il savait ce qu'ils diraient : mine de rien, tous deux s'étaient attachés à Dean. Ils chercheraient sans doute sa trace dans tous les coins possibles et imaginables. Descendant lentement les marches de l'escalier, ses pas lui semblaient raisonner en une cacophonie assourdissante, une cacophonie emprunte de solitude. Il en venait presque à regretter ses coups de colère à l'égard de l'autre brun. Et puisque la dure loi des séries ne manque jamais de se manifester, une mauvaise nouvelle attendait encore Castiel lorsque le téléphone de la maison fit résonner sa sonnerie stridente à travers les murs. Craignant pour la sécurité de celui qui fut son protégé, le brun aux yeux bleus prit le combiné d'une main fébrile. Mais à l'autre bout du fil, ce n'était pas la voix éplorée d'une infirmière, ni celle, neutre, d'un médecin légiste – c'était la voix rauque et blasée de son patron. Et merde. Il en aurait presque oublié cet ennui dans sa vie, à force d'essayer de réparer ceux de la vie de Dean.

« - Castiel. » Gronda la voix caverneuse. « - Je veux bien être condescendant, mais vous savez très bien que ma patience a des limites. Voilà déjà 5 mois que vous m'avez donné votre préavis de départ, que j'ai signé votre entrée en centre de désintoxication. Je pense que votre durée de convalescence est expirée depuis longtemps. » Le dit-Castiel ferma les yeux et lâcha un long soupir – il s'attendait au pire. Un, qu'il soit viré, ou deux, qu'il soit forcé à retourner travailler. Son métier. Courtier en assurances. Métier qu'il n'avait pas choisi. Vocation de son père, que ce-dernier vivait par procuration, à travers lui. Et pourtant, aucune félicitation à ce jour. Devant son silence, Mr. Derek s'en irrita et se racla la gorge bruyamment. Castiel sursauta un peu. « - Pardon…Je ne saurai vous dire, il faut que j'appelle mon médecin, et -… » Mais il se fit violemment couper par l'homme à la poigne de fer. Castiel, à l'autre bout du téléphone, imaginait déjà la veine de son front, qui devait palpiter avec véhémence sur son front, prête à exploser s'il ne lui donnait pas une réponse qui lui convenait sur le champ.

« - Hors de question Castiel, ça suffit comme ça ! Cet après-midi, dans mon bureau. MOI, je vais vous dire si vous êtes apte ou non à reprendre le travail ! » Et le jeune Novak n'eut pas le temps d'en placer une que déjà, son correspondant raccrocha violemment, ne lui laissant aucun échappatoire. Quelle plaie. Si on devait lui demander à quoi ressemblait l'enfer pour lui, il vous répondrait sans aucun doute qu'il ressemblerait à cette journée. Il jeta un regard à la pendule centrale : 09h20. Génial. Plus que quelques paires d'heures à se torturer l'esprit avant de partir pour « l'abattoir ».

Son travail…La pression, le téléphone qui sonne, sans cesse, le champagne qui sabre toutes les réussites, le vin rouge qui tâche et qui accompagne la moindre des déceptions – le goût acidulé de l'alcool, mélangé au fruit, qui remplace le goût salé des larmes. Boire pour oublier, oublier qu'on a bu, boire encore. Balayer les inquiétudes d'un revers de main, en plaisanter autour d'une bière. Oh mais tu sais, on est samedi après-midi et il fait chaud, entre le travail et tout, ça m'aide à me détendreÇa m'aide à me détendre. Faux et archi faux. Pendant longtemps, Castiel mentait aux autres, mais surtout à lui-même. Les gueules de bois, il tâchait de les faire disparaître à coup de cachets, prétextait une mauvaise gastro. Jusqu'au jour où son corps lui a dit stop, jusqu'au jour où son corps, lui, a cessé d'être dupe : c'est un coma éthylique qui éveilla tous les soucis. Coma, puis centre de désintoxication. Il fallut lutter pendant longtemps pour que Castiel y mette les pieds. Gabriel appelle encore ça « le combat de sa vie ». Disons que les choses n'étaient pas faciles, avec un petit-frère qui n'assumait aucun de ses actes, et qui ne voulait pas se rendre à l'évidence, tant il était lui-même effrayé par la tournure que les évènements avaient pris. D'autant plus que l'aîné de la famille n'avait jamais mis du sien dans cette décision, n'avait jamais montré le moindre élan de sympathie ou de compassion à l'égard du plus jeune de ses frères. Au contraire, il en avait même rigolé, ce saligaud, avait tourné son frère en dérision et n'était jamais allé le visiter. À croire que le sort de ses frères n'ait jamais préoccupé ce personnage, qui dès sa plus tendre enfance, s'est toujours prétendu supérieur à tous les autres.

La cure de désintoxication n'avait pas été une mince affaire. La première semaine, Castiel s'était cru abandonné, pris pour fou, et s'était renfermé sur lui-même, refusant la moindre visite, déchirant la moindre lettre qu'il recevait de sa famille. Puis, une psychiatre, Meg, l'avait prise sous son aile : lentement, patiemment, elle l'avait écouté, apaisé, conseillé. Mais l'alcool lui manquait comme une drogue, un manque à ses veines. Tremblements, violences, pendant quelques temps, on l'enferma même dans une chambre spéciale pour éviter qu'il ne se blesse lui-même. Castiel Novak était arrivé au bout de lui-même, mais Gabriel, Balthazar et Anna eux étaient bien décidés à ne pas laisser leur frère dans une telle impasse. Et finalement, après plusieurs mois, Castiel avait réussi à réintégrer son chez-lui, pour « conduite exemplaire » : cette mention, cette fierté, qui jusqu'à aujourd'hui encore, l'a poussé à ne plus jamais toucher à un seul verre de vin. Seulement, il avait malencontreusement « oublié » d'informer son patron de ce semblant de retour à la vie normale. Il avait pris du temps pour lui, pour se reconstruire. Il avait déjà à jongler entre sa vie et ses rendez-vous aux alcooliques anonymes, ses témoignages, les encouragements qui le flattaient. Mais maintenant le travail frappait à nouveau à sa porte. Et il n'y avait aucune issue de sortie. Il occupa le temps qu'il lui restait à échanger des messages avec l'un de ses frères, Balthazar. Il savait qu'il pouvait au moins parler de ça. Que Balthazar, lui, ne chercherait pas à tout dire, tout savoir, s'imposer, mais qu'il saurait avant tout écouter.

De : Cassoulet – 09h37

Balthy ! Derek m'a téléphoné. Il faut que j'aille travailler…ça devait arriver.

De : Balthy – 09h42

Merde…Qu'est-ce que tu comptes faire ? Tu veux que je t'accompagne ? Histoire que je te tienne la main, ça t'aidera à ne pas tomber dans les pommes en revoyant sa gueule de con .

Castiel esquissa un sourire face à la réponse de son frère aîné. Il avait vu juste dans son choix : il était vraiment le seul à le rassurer et à l'amuser en même temps. Leur discussion dura encore une petite heure. Balthazar, lui, devait aller travailler sur l'heure. Castiel ne voulait pas le déranger plus que ça. Pendant une heure, il avait réussi à lui changer les idées. Mais maintenant, l'affaire « Dean » et « travail » lui tombaient dessus, comme une enclume au dessus de sa tête. Il poussa un long soupir – bientôt 11 heures. Autant commencer à se préparer, chercher à tout prix à gagner du temps ne servirait à rien. Il ne manquerait plus qu'il arrive en retard ! Un scénario merveilleux pour une journée qui l'était tout autant.

(…) Il lui avait d'abord fallu supporter les embouteillages. Est-ce que c'était ça, la première étape, avant l'exécution finale ? Est-ce qu'il y avait un cotât d'emmerdes bien précis avant de pouvoir pénétrer le bureau du patron ? C'est qu'il n'avait pas une volonté d'Ulysse. Dans la voiture, au gré des klaxons et des bougonnements d'automobilistes médusés, il se préparait mentalement à la discussion qu'il allait avoir avec , et cet effort lui paraissait bien assez suffisant. Finalement, après trente longues minutes, le trafic reprit un cours plus ou moins normal, et Castiel réussit à se dépêtrer du long boulevard pour déboucher dans l'avenue de son travail, à quelques rues de là. Castiel prit certainement beaucoup plus de temps que prévu pour perfectionner son créneau, mais c'est qu'il tentait en vain de gagner du temps. Au fond de lui, même s'il s'en serait sûrement fait taper sur les doigts, il avait espéré que les bouchons soient assez conséquents pour que son retard ait été compté en heures, et non pas en minutes, mais malheureusement, le trafic s'était débloqué beaucoup plus tôt que prévu – comme quoi, tous les signes étaient contre lui. Il y était tellement bien, coincé dans sa petite boite de métal. Ses pas lui semblaient ridicules. Ses vêtements ? Il avait l'impression qu'ils faisaient tout pour le mettre mal à l'aise. Il avait froid, il avait chaud, il se sentait nauséeux. Il avait l'impression que quiconque partageait le même trottoir que lui avait un regard de pitié, ou de dégoût. Il n'insistait pas auprès des passants pour savoir si cette impression était aussi vérité. Une marche, deux marches, puis enfin, plus de marche : il était arrivé au perron de sa société. Avalant sa salive avec difficulté, il entra fébrilement dans le tourniquet, et arriva finalement dans le hall si familier, et en même temps si tourmentant. Un conseiller en finances leva la tête vers lui, et le pointa du doigt, discrètement – aussi discrètement que la conversation qu'il entretenait avec deux secrétaires venait de se stopper instantanément. Non, évidemment, rien qui puisse rendre Castiel plus nerveux qu'il ne l'était déjà, non. Quelle idée !

« - Novak, mon vieux ! Quelle bonne surprise de te voir là ! » L'inconnu accompagna sa phrase d'une grande accolade dans le dos du brun, ce qui fit sursauter celui-ci. Il s'agissait de Mike Fulang, une de ces grandes langues de bois qui n'en manque jamais une pour se faire remarquer. Oh Castiel n'avait jamais vraiment eu de grandes affinités avec lui. Il se servait plutôt du brun pour ne pas salir son image de meilleur employé du mois. D'ailleurs, il l'appelait « Novak » : s'il avait été de meilleure humeur, Castiel l'aurait sans doute défié de trouver quel était son prénom dans la seconde. Mais au lieu de ça, il le gratifia d'un sourire peu engageant, avant de se détacher et de se diriger d'un pas mal assuré vers l'un des guichets les plus proches de lui. Il tentait de faire bonne figure, d'avoir l'air décontracté et sûr de lui, mais c'était peine perdue : il perdait du peu de la superbe qu'il lui restait encore à mesure de croiser les regards de ses anciens camarades. Tous étaient surpris, mais certains avaient quand même l'air heureux, alors que d'autres, beaucoup moins. Non sans se décourager d'avance, Castiel n'eut pas la peine de se racler la gorge pour se faire remarquer de la secrétaire, qui le fixait, comme tous les autres, de son point d'arrivée jusqu'au guichet.

« - Bonjour. J'ai rendez-vous avec s'il vous plait. »

« - Bien, qui êtes-vous ? » Castiel s'étrangla. Lui demander qui il était, dans sa propre boîte…

« - Je travaillais..Travaille. » Se reprit-il en accentuant sur chaque syllabe du mot. « Ici. Castiel Novak. »

La jeune blonde le regarda un instant ahurie avant de pianoter sur son clavier d'ordinateur. Puis, la moue pincée, elle hocha la tête et lui tendit un coupon de présence à signer, ce qu'il fit automatiquement.

« - Inutile de me dire où se situe son bureau, je connais le chemin. » Il la laissa là, interdite, alors qu'il rebroussait chemin vers l'aile Sud du bâtiment, direction l'ascenseur. S'il avait fait grande sensation dans le hall, ce n'était pas exactement de cette manière-là que se dérouleraient les retrouvailles dans le bureau du patron. Le jeune Novak inspira un long coup devant la porte de bois avant de frapper quelques coups. La réponse, forte, brute, ne se fit pas attendre. Le nœud dans son estomac s'accentuant, Castiel ouvrit la porte et fit son entrée. Première surprise : un troisième homme était présent dans le bureau, et le regardait avec un petit sourire de circonstance. Il ne semblait pas vouloir se lever pour ne pas déranger cette entrevue. Ah ? Un examinateur ? Si en plus un mec était là pour juger le boulot de son patron, le stress n'était pas prêt de se faire la malle. On aurait quand même pu le prévenir.

« - Castiel. » Prévint le boss de sa voix lourde. « - Vous êtes en retard. Dix minutes. »

« - Je sais. Veuillez m'excusez monsieur, la ville, vous savez ce que c'est..J'ai bien cru que je ne me sortirai jamais de ce maudit embouteillage. » Bredouilla-t-il avec un sourire qui ressemblait davantage à une grimace, avant de se tasser dans le deuxième fauteuil de cuir, comme un petit enfant qui viendrait de dire une bêtise et qui voudrait que ce fauteuil l'engloutisse pour qu'il n'ait plus à être dans la même pièce que ceux qui le fixaient avec leur regard persistant et inquisiteur.

« - Castiel, je vous présente Benny. C'est lui a occupé votre poste pendant votre période de convalescence. »

Oh. Merde. Castiel regarda successivement les deux hommes, puis Benny en particulier. Est-ce qu'il devait paniquer ? Brun aux yeux bleus, lui aussi…L'espace d'une minute, sa conscience se demanda si les traits physiques avaient eu une quelconque importance dans son remplacement. Mais il la chassa vite de sa tête. L'heure n'était pas à l'humour. Castiel se força à hocher la tête, en signe de gratitude. Il se sentait forcé à prendre la parole.

« - Eh bien, je vous remercie beaucoup, monsieur…. »

« - Monsieur Davidson. »

« - Monsieur Davidson. Je suis certain…que vous avez servi l'entreprise avec brio. »

Mon Dieu Castiel mais écoute-toi mon vieux, tu es en train de te lapider tout seul.

« - Si je vous ai convoqué tous les deux ici aujourd'hui, vous vous doutez bien qu'il y a une raison. »

Agité, Castiel reporta son regard sur son patron et son double-menton.

« - Vous voulez nous proposer une collaboration ? Vous savez bien que je suis plus efficace lorsque je travaille en solo, vous me l'aviez dit vous-même lorsque je travaillais avec… »

l'interrompit en levant de quelques centimètres le bras de l'accoudoir de son fauteuil.

« - Du calme. Non, je ne vous propose pas une alternative. Au contraire. Benny se montre beaucoup plus performant que vous depuis son arrivée, et il a enregistré ces derniers mois des chiffres que je n'avais jamais vus chez un jeune arrivant. Il a déjà investi votre bureau. Je vous demanderai donc de récupérer vos affaires, promptement, vous les trouverez dans un carton avec votre nom dans le sous-sol de l'entreprise.»

Il avait sorti ça d'un coup, sans hésitation, sans beaucoup de délicatesse non plus. Castiel en resta longtemps le souffle coupé. Il avait l'impression qu'on venait de l'assommer avec une enclume. Non, c'est pas possible…On n'est pas dans la réalité, là. Il se pinça discrètement le bras sous le bureau. Merde, ça fait mal. Alors, c'est que ça doit être vrai. Oh putain…

« - Mais, je ne comprends pas... » Balbutia-t-il d'une petite voix. « - Vous êtes au courant de mon…problème, vous savez bien que c'est le genre des choses qui prend du temps avant de s'oublier. Il faut du temps pour que ça se résorbe, je…Si vous me donnez une autre chance, je peux être plus performant, je ne ferai plus d'erreur… »

Derek poussa un long soupir, exaspéré, alors que le dénommé Benny lui conservait un visage impassible, dénué de totale émotion. Castiel était certain qu'au fond de lui, il jubilait, le salopard. S'il n'était pas si faible, il leur aurait refait le portrait, aux deux.

« - Castiel, ne me rendez pas la tâche plus difficile. » Enfoiré. « Vous avez été un employé modèle. » Mon cul. Pourquoi tu me vires, alors ? « Mais vous connaissez l'entreprise : le temps, c'est de l'argent. » Et mon poing dans ta gueule ? « Et malheureusement, nous n'en avons que trop perdu avec vous. Je vous souhaite bonne chance pour la suite mon petit. » Pas le sourire de pitié, pas le…Bordel. C'est vraiment un enfoiré. Se levant sans dire un mot, Castiel se leva et prit le soin de claquer la porte derrière lui. Les gens le regardaient, mais il s'en fichait. On chuchotait sur son passage, mais il s'en fichait. En apparence, il était fort, dur, glacial après cette annonce. Mais à l'intérieur, il était effondré. Son petit Dieu intérieur s'était recroquevillé sur lui-même et pleurait à chaudes larmes. D'abord Dean, ensuite ça. Quelle était la suite logique à cette journée de merde ? Au fond de lui, il le savait. Il en avait même besoin. Une solution de lâche, pour un lâche. Il ne rentrerait pas tout de suite. Longeant les rues, il tourna dans un quartier plutôt dépravé de la ville. Il ne fallait pas que ce soit trop près du travail d'Anna, ni dans un lieu par lequel Gabriel était susceptible de passer. Il marchait. À reculons, vite, mais il marchait. Il aurait voulu qu'une force extérieure, inconnue, le pousse loin de sa destination, mais ses pas le menaient indéniablement vers la porte du bistrot. L'odeur. L'odeur, elle l'électrifia, remua tous ses sens, et le fit frissonner de la tête aux pieds. Il ne devrait pas être là. Il s'installa à une des tables les plus éloignées de la porte, comme s'il se punissait tout seul, comme s'il s'interdisait toute issue de secours : il fallait qu'il aille jusqu'au bout de sa lâcheté, de sa médiocrité. Il ne devrait pas faire ça.

« - Bonjour ! Alors, qu'est-ce que je vous sers, mon petit bonhomme ? » Demanda le premier serveur qui passait. Il ne devrait pas être là.

« - Ce que vous avez de plus fort. » Sa voix était automatique, robotique. Une vieille habitude qui reprenait ses droits. Le démon venait tout juste de sortir de sa cage. Il ne devrait pas faire ça. Le serveur, surpris de cette demande à cette heure-ci de la journée, obtempéra pourtant et lui servit sa boisson.

Castiel était resté là, à fixer le verre, pendant de longues secondes. Puis, presque timidement, il posa un doigt sur la surface froide du verre. Puis deux, puis trois, jusqu'à l'englober complètement dans la paume de sa main. Cela lui arracha un frisson. Il ressemblait à un homme qui découvrait une femme nue pour la première fois. Il semblait fasciné, effrayé, aussi. Puis, ses lèvres s'étirèrent en un rictus malsain, et il décolla son verre de la table. Ça y est, le processus était lancé : il ne pouvait plus faire machine arrière désormais.

« - À la tienne, Luke…(1) » Concéda-t-il de mauvaise grâce. Puis, il porta le verre à sa bouche. Une goutte, une gorgée. Un liquide qui brûle. Et ça en était fini de lui. (2)


(1) Mais si ! Souvenez-vous ! Luke, le frère aîné, le frère détesté de tous qui se moque de l'alcoolisme de son frère...Lucifer, quoi !

(2) Non non, notre petit Cassoulet n'est PAS mort ! Ça va pas ou quoi ? Loin de moi cette idée ! Ça en est fini de Cas' sobre, mais c'est tout.