Hello !

J'espère que vous passez un bon été.

Je suis désolée de m'être absentée aussi longtemps mes chous, mais j'espère me faire rattraper avec la quantité/qualité de ce chapitre !

J'y pense : si quelques uns d'entre vous aiment le lemon, voici un petit OS que j'ai écrit ici :

s/9483780/1/Ta-croyance-sera-r%C3%A9compens%C3%A9e

C'est du Quinn/Gabriel, donc si vous aimez les crossovers originaux, je vous invite à aller y jeter un petit coup d'œil =)

Concernant cette fiction : le chapitre 10 est passé, donc je considère que la « première partie » de cette fiction est terminée. Ce qui va suivre va prendre une tournure différente.

Et finalement, je pense conserver les « Il » pour les chapitres de Castiel et les « Je » pour les chapitres de Dean, je trouve que c'est plus facile pour creuser leurs sentiments respectifs.

Bonne lecture à tous !


Thème musical du chapitre – Start again, Red, How to Save a Life The Fray, et Crawl (carry me through), Superchick.

XI. Recommencer à zéro

Castiel s'était endormi dans les bras de Dean sur le canapé. Épuisé par ses pleurs et ses vomissements à répétition, il n'avait pas fallu bien longtemps à l'homme pour se laisser entraîner dans les bras de Morphée. Dean avait bien essayé de le protéger, de le rassurer, à plusieurs reprises, de le consoler à sa manière, mais ça n'avait pas pris. Castiel avait replongé au fond du gouffre, et il s'en voulait terriblement. Il aurait eu envie de se jeter dans l'heure sous une voiture, si Dean n'avait pas été assez fort pour le bloquer contre lui. Et puis, ils étaient retombés tous deux sur le canapé. Castiel avait plongé dans le cou de cet homme pour y verser toutes les larmes de son corps, et Dean, d'abord surpris, avait écouté sans broncher. Du statut de protégé, il devenait subitement le protecteur. Un retournement de situation que ni l'un ni l'autre n'avaient prévu. Ce n'est qu'après plusieurs heures que les yeux de Castiel papillonnèrent. Puis enfin, il put distinguer un corps chaud contre lequel il était allongé. Soudain pris de panique, il se redressa brusquement, mais il eut bien vite fait de regretter ce geste : sa tête semblait prise dans un étau. Le moindre son résonnait à ses tempes, même sa respiration. C'était un vacarme des plus insoutenables, là-dedans. Et à cette douleur s'ajoutait aussi le retour à la réalité. Il savait pourquoi il était dans cet état-là. Il connaissait cet état-là. Bientôt, des larmes vinrent perler au coin de ses yeux, alors que la culpabilité commençait à l'étouffer. Il ne se sentait plus digne de confiance, plus digne de lui-même. Le corps chaud, qui l'avait forcé à se relever, était complètement effacé de son esprit maintenant. Ses remords avaient pris le dessus sur toute chose. Pourtant, il n'osait pas se lever. Il avait peur de tomber. Il avait aussi peur que le moindre de ses mouvements ne provoque une nouvelle remontée de bile. Au lieu de cela, il ferma à nouveau les yeux et agrippa fermement le cuir du canapé, y enfonçant ses ongles. Il contracta tous les muscles de son visage, se maudissant intérieurement de s'infliger un tel calvaire. Mais de l'infliger aussi aux autres. Certes, il n'allait pas sauter sur le téléphone pour informer ses frères et sœurs de son piteux état. Mais ils n'étaient pas idiot : et quel que soit le jour où ils décideront de lui rendre une petite visite, en voyant la déception et la tristesse émaner de son être tout entier, ils comprendront. Prostré dans cette position, il sursauta violemment en sentant un nouveau contact chaud contre son épaule : une main. Dean. Castiel hoqueta de surprise et plaça une main devant sa bouche avant de se lever rapidement. Les vomissements recommençaient à le torturer. Mais à peine levé, il sentit que ses jambes ne voulaient plus le porter. Avant de s'écrouler lamentablement sur le sol, Dean s'empressa d'encercler sa taille de ses bras. Castiel, n'y tenant plus, le corps tremblant et suant, vomissait de tout son saoul sur le tapis du salon…Dean ne dit rien, les traits fermés, le visage contrarié, lorsqu'il en éclaboussa ses chaussures. Il ne risquait pas de lui en vouloir pour ça. Il était inquiet. Après de longues minutes, il réussit à faire asseoir Castiel, à bout de forces. Ce-dernier poussa un soupir rauque avant de relever les yeux vers l'homme qui avait tenté de lui sauver la mise.

« - Dean… » Le concerné croisa le regard bleu-trouble de son ami. Celui-ci ne dit rien et Dean ne le força pas à parler. Il lisait bien assez de détresse et de remords dans ses yeux sans chercher à remuer un peu plus le couteau dans la plaie. « - C'est rien, Cas'…Je nettoierai… » Oui, par ces paroles, il sous-entendait qu'il allait rester. Mais que pouvait-il bien faire d'autre ? Dean concédait bien qu'il pouvait être une tête de con à ses heures, mais il ne pouvait pas se résoudre à le laisser comme ça. Castiel poussa un soupir de résignation avant de retomber sur le canapé, suivant des yeux celui qui fut son protégé, se démener pour tout nettoyer. Le protégé qui devenait maintenant le protecteur, quelle ironie…Castiel eut un rictus avant de fermer les yeux, en proie à une douleur lancinante au niveau de ses tempes. Il avait envie de dormir, il en avait besoin. Mais il avait beaucoup trop peur de s'étouffer avec son propre vomi. Avec sa connerie, avec sa médiocrité qui le suivait à la trace et qui ne semblait pas vouloir le lâcher. Dean prit son mal en patience, et avec un calme qu'il ne se connaissait pas, entreprit de nettoyer sol et tapis avant de revenir auprès de l'autre homme, qui n'avait toujours pas bougé d'un poil. Les yeux dans le vide, il semblait honteux, éteint, et cette vision lui fit mal. Il alla s'installer à ses côtés et se demanda si le brun aux yeux bleus l'avait remarqué. Il était ailleurs. Probablement en train de se maudire. Dean soupira et allongea ses coudes sur ses jambes avant de joindre ses mains entre elles, regardant lui aussi un point imaginaire à l'horizon.

« - Écoutes vieux, je sais pas ce que ces voix te disent dans le bourrichon mais tu ferais mieux de ne pas les écouter et de redescendre parmi nous. » Dit-il d'une voix posée, peut-être même trop détachée.

Il avait au moins eu ce qu'il attendait : le regard de Castiel. Ce-dernier fronça les sourcils et appuya ses mains sur le canapé pour trouver équilibre et réconfort avant de lui répondre.

« - Ce qu'elles me disent… ? Tu ne te rends pas compte Dean…Je suis un monstre... » Sa phrase se termina en un souffle. Cette idée lui faisait tourner la tête, il en avait des sueurs froides. C'est quand un frisson le fit trembler tout entier que Dean réagit et alla chercher en vitesse une bassine dans la cuisine. Cette fois, il avait vu juste et il avait surtout eu beaucoup de chance : à peine présentée à lui, Castiel se saisit rapidement de la bassine pour y déverser ce qu'il avait encore en lui. Sa tête comme ses entrailles hurlaient. Il aurait aimé être spectateur de cette scène, que ce ne soit pas lui, le gars qui décuve…Toussotant à plusieurs reprises, Dean posa une main réconfortante sur son dos. Il se pinça les lèvres, ne sachant pas quoi lui dire. Il savait que Castiel n'était pas un monstre, évidemment.

« - Non. Tu es un être humain, c'est tout. »

« - Je suis faible, Dean…. » La voix de Castiel était secouée par des sanglots. Une vague de culpabilité envahit l'homme aux yeux verts pendant qu'il passait ses bras autour de lui. S'il ne l'avait pas mis dans tous ses états, Castiel ne serait jamais sorti pour boire...S'il était resté là, ravalant sa fierté malgré leur dispute, rien de tout ça ne se serait passé. À cette pensée, il déglutit difficilement et posa sa tête sur celle de Cas'. Face à cette proximité, Castiel poussa un long soupir avant de se blottir contre lui. Il avait besoin de soutien. Il avait besoin d'y croire, croire que ce qu'il avait fait ne méritait pas qu'il se déteste autant. Mais il avait toujours eu une piètre opinion de lui-même, et cet évènement n'allait pas changer ça.

« - J'ai faim… » Décréta-t-il d'une petite voix après quelques secondes. Si seulement la situation n'était pas aussi lourde de sens, Dean se serait permis de faire une blague, mais il se retint, évidemment. Il ne voulait pas le faire se sentir plus mal encore. Même si d'après lui, l'humour pouvait tout guérir, il savait que ce n'était pas le cas pour tout le monde.

« - Je vais faire refroidir ta part d'omelette ? »

La grimace de Castiel l'en dissuada. C'est vrai que la texture des œufs après une gueule de bois…Ce n'est pas la meilleure chose à faire. Au lieu de ça, il lui prépara une salade avec les moyens du bord. Il n'était pas un expert dans cet art, préférant de loin la junk-food, mais il s'appliquait, pour ne pas rendre Castiel davantage malade en mélangeant n'importe quoi. S'appuyant contre les meubles de la pièce, il rejoignit Dean jusqu'à la cuisine avant de se laisser tomber sur l'une des chaises. Derrière lui, une brûlure. Derrière lui, son calendrier. Les croix. Les jours barrés, symbole de son combat et de sa victoire, maintenant foutus en l'air. Il avait l'impression que ce calendrier le fixait, le brûlait, le dénonçait, le pointait du doigt tout en criant son erreur, cri que lui seul pouvait entendre. Alors, d'un geste rageur qui lui en donna le tournis, il se retourna rapidement vers ce bout de carton, et une fois en main, le jeta avec violence sur le sol. En entendant ce bruit, Dean fit volte face, pensant d'abord à une chute de son… « Ami » ? Prêt à lui venir en aide, tout ce qu'il vit fut Castiel, le regard féroce, fixer le sol. Euh… ? Fronçant les sourcils, Dean suivit son regard pour y découvrir un calendrier, parsemé de petites croix rouges, parfaitement alignées. La dernière s'arrêtait la veille. Et il comprit. Avalant sa salive avec difficulté, il resta planté là, les bras ballants, pendant de longues secondes. Il ne savait pas très bien quoi faire, ou quoi dire. « C'est pas grave » ? Bien sûr que si. Le récupérer ? Il n'avait pas franchement envie que Cas' lui fasse une balayette pour l'envoyer sur le carrelage, lui aussi. S'il était faible depuis tout à l'heure, revoir le calendrier semblait l'avoir revigoré et donné une rage qu'il ne lui connaissait pas. Se raclant la gorge presque timidement, il déposa le saladier sur la table. Passer outre et faire comme si rien ne s'était passé serait stupide. Faire de l'humour le serait encore plus. Pour la première fois de sa vie, il prenait bien le temps de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de l'ouvrir. Si tant est qu'il décide de l'ouvrir.

« - Merci. » Et finalement, c'est Castiel qui brisa en premier le silence, tout en remplissant son assiette de salade. Dean en sursauta presque. Une réponse plate à son silence. Une réponse qui titillait son caractère.

« - Merci ? C'est tout… ? »

Deux yeux bleus le sondèrent, se troublant légèrement. Ce n'était pas bon signe.

« - Eh bien quoi ? Un merci n'est pas suffisant ? Je te suis reconnaissant Dean, d'accord ? »

Le ton de Castiel montait, et s'il y a bien une chose que Dean souhaitait éviter, c'était une dispute. Ils avaient assez donné tous les deux avec ça. Prenant une profonde inspiration, Dean se mordit la lèvre avant de prendre son courage à deux mains.

« - Oui non, ça je sais. Et ce que je fais c'est normal, Cas'. Mais je veux dire, par rapport à ce qui est à tes pieds… »

Son homologue lâcha d'un coup sa fourchette dans son assiette.

« - Ok tu...Tu sais quoi ? Ce n'est pas grave, bon appétit ! » S'empressa de rajouter Dean, regrettant de s'être aventuré sur un terrain aussi glissant. Mais maintenant que le sujet était lancé, il ne pourrait pas arrêter Castiel. Celui-ci glissa un regard sur le calendrier avant de serrer les dents.

« - Ça…ce n'est rien. Qu'une connerie. Un espoir qui ne me méritait pas. » Dit-il d'un rire amer, cruel envers lui-même. Un rire qui ôta toute envie de se restaurer à Dean. L'homme qui se tenait face à lui était au fond du trou. Sans rien dire, le brun aux yeux verts se leva, contourna le petit bar qui leur faisait office de table et alla ramasser le calendrier. Castiel ne le regardait pas, mais il savait très bien ce qu'il faisait. Il se crispa un peu lorsque Dean se rapprocha à nouveau de lui. Il ne voulait plus entendre parler de tout ça. Il avait envie de crier son dégoût, de hurler sa colère, sa rage, de se casser la voix, de s'abîmer, de se saigner. Se punir pour ce qu'il s'était fait subir, de plein gré. Son regard resta bloqué sur les feuilles de tomate et les tranches de tomate. Son estomac était vide, et lui criait famine. Pourtant, coup de son cerveau sadique, en cherchant bien, il pouvait encore sentir le goût de la tequila, au fond de sa gorge irritée par trop de vomissements. Pourtant, c'était impossible : toute substance alcoolisée avait quitté son corps depuis bien longtemps. Quant aux effets, aux conséquences, il les payait encore bien trop lourdement. Il s'en voulait tellement. Pour lui, mais aussi pour tous ceux qui l'accompagnaient dans ce combat, qui le regardaient évoluer, qui espéraient. Et il avait laissé une seule fausse note tout changer. Il avait regardé son travail s'effondrer.

Maintenant, l'excuse de son licenciement lui paraissait dérisoire. Il ne pouvait pas se dire qu'il avait bu parce qu'il s'était fait virer. C'était ridicule. Il ne s'était pas remis à boire quand Dean avait mis les pieds chez lui pour la première fois. Et pourtant, Dieu seul sait à quel point il sentait la vinasse ! Non, il ne devait pas se trouver d'excuses. Il avait commis la faute de trop. C'était un pêcheur qui jamais ne pourrait se repentir.

« - T'es beaucoup de choses Castiel...Mais tu es loin d'être un lâche. » Dean avait pris une voix des plus calmes, une voix qu'il ne lui avait jamais connu jusqu'alors. Compréhensif comme pour un imbécile, comme pour un homme dangereux qu'on n'aimerait pas vexer se dit Castiel avec amertume. Il ne décela aucun geste de sympathie dans la démarche de Dean. Bien trop occupé à se mettre plus bas que terre, il avait le sentiment que Dean en faisait aussi sa préoccupation.

« - Qui es-tu pour dire ça ? Tu ne me connais pas. » Une once d'agressivité dans ses propos. Il était sur la défensive. Dean soupira et hissa le calendrier sur le meuble près d'eux.

« - Parce que c'est moi, le lâche. »

Castiel arqua un sourcil avant de secouer la tête.

« - Arrêtes...Je connais la suite. Tu vas me rassurer, me raconter ton histoire avant de dormir, puis tu vas me border et m'embrasser sur la joue, en me promettant que 'bientôt tout va s'arranger' ?! »

Cette fois, ce fut à Dean d'arquer un sourcil. Il n'avait jamais vu Castiel avec un tel sens de la répartie. Lui aurait-il caché quelque chose ? En tout cas, s'il comptait partir sur cette voie-là, c'était plutôt mal parti pour lui : Dean était un expert quand il s'agissait d'être sarcastique.

« - Eh bah dis-donc Cassie, on dirait que je te déteins dessus à force ! » Déclara-t-il tout en revenant lui faire face, avec toutefois un brin de légèreté dans la voix. Castiel eut un sourire désabusé avant de plonger son regard sur son assiette. Il n'y avait pas beaucoup touché. C'était le second repas que Dean préparait, le second qui avortait.

« - C'est quoi la prochaine étape… ? T'appelle mes frères et sœurs pour qu'ils viennent, puis tu les mets devant le fait accompli… ? » La voix de Castiel était maintenant caverneuse. À l'intérieur de lui, ses émotions jouaient au yo-yo, comme son estomac l'avait fait un peu plus tôt.

« - Certainement pas. » Il sursauta à cette réponse puis croisa le regard de Dean, qui avait maintenant l'air plus sérieux que jamais. Puis, sans rien ajouter de plus, il lui indiqua d'un mouvement de tête son assiette. Le reste du repas se déroula sans échauffourée, le bruit des couverts tintant de temps en temps en guise de seule conversation.

Le reste de la journée se déroula sans accroc. Même sans parler, la présence de Dean rassurait Castiel. Et voir Castiel dormir profondément rassurait quelque peu Dean : il s'autorisait enfin de la paix. Ce n'est qu'en fin de journée que le propriétaire de la maison, se réveillant, s'enquit de savoir où était Dean. Descendant quelques marches, il se rassura en entendant le son de la télé, en bas. Il ne voulait pas qu'il parte à nouveau par sa faute. Il ne lui avait même pas demandé où il avait passé la nuit – mais est-ce qu'il avait vraiment envie de savoir ? Il ne voulait pas plus torturer sa conscience. Elle était déjà dans un bien piteux état. Se dirigeant vers le salon, il s'installa ensuite sur le canapé près de lui. Dean tourna la tête vers lui et esquissa un sourire.

« - Tu te sens mieux ? »

Le concerné hocha la tête, et le silence retomba entre les deux hommes. Seule la télévision et ses âneries amenait un peu de vie dans la pièce. Puis, après un moment…

« - Dean… ? »

Ce-dernier lança un mmh ? peu avenant, profondément concentré dans la contemplation d'une jeune femme dansant en bikini dans un clip.

« - Je me demandais…Qu'est-ce que tu voulais dire tout à l'heure, quand tu disais que tu étais…tu sais… 'lâche' ? »

L'effet de cette question eut l'effet d'une bombe. Soudain, Dean n'eut plus rien à carrer de la chanteuse et de ses mouvements lascifs. Son cœur rata quelques battements.

« - Pourquoi.. ? Tu veux que j'te raconte pour que tu te sentes mieux p'tétre ? » Cette fois, c'était à lui d'être agressif. Il avait retrouvé son agressivité parce qu'il se sentait en danger, vulnérable. Il n'aimait pas se livrer. Surtout pas sur ce qu'il lui était arrivé. Mais face au regard de Castiel, il ne put lâcher qu'un gros soupir. Son regard fixait le vide devant lui, incapable de savoir quelle serait la meilleure décision. En même temps, il n'avait jamais rien raconté à personne. Est-ce que ce serait un bon exutoire ? Deux hommes déprimés et désabusés d'eux-mêmes dans une maison, ce n'était pas forcément un bon cocktail, et il ne voulait pas mourir dans un scénario dramatique, comme les séries à la TV en faisaient leur gagne-pain.

« - Non...laisse-tomber. »

Roulant des yeux, Dean se leva. Croyant l'avoir vexé, voire même blessé, Castiel se leva aussi, mais il lui fit signe de se rasseoir.

« - Reste-là. Je vais te montrer. »

Curieux, Castiel s'exécuta. Dean revint quelques secondes plus tard avec l'ordinateur portable de la maison. Détail qui intrigua Castiel, mais il ne le fit pas savoir. Il le regarda pianoter quelques instants, puis Dean fit coulisser l'écran de l'ordi jusqu'à lui. Il n'avait pas l'air ravi du tout. Au regard interrogateur de Castiel, il ne répondit que « Lis ». Castiel regarda l'ordinateur, ouvert sur un article de journal datant de 2010.

L'honneur avant la famille ?

La semaine dernière, une altercation a eu lieu lors d'un match de football de l'université du Kentucky. Le conflit opposait naturellement deux groupes de supporters différents. Les prises à parti ont été si violentes que tout ce beau monde a fini la nuit au poste de police. Et parmi ces jeunes gens, Dean Winchester, fils aîné de l'un des hommes d'affaires les plus influents de ce pays, John Winchester.

Castiel ouvrit de grands yeux et relit la phrase plusieurs reprises, croyant avoir mal compris. Mais c'était bien ça. Il releva les yeux vers Dean, ébahi.

« - T'es le fils de… ? »

« - Continue. » Trancha l'autre.

Nous savons que Dean est déjà connu des services de police pour des délits mineurs. Mais ce qui peut être des « erreurs de conduite » pour le commun des hommes, ressort plutôt du déshonneur chez les Winchester. « Je ne sais pas ce qui lui prend. » Commente son père. « C'est comme s'il n'était plus mon fils. » Des propos durs, mais qui concordent assez avec la gravité de la situation : cette fois-ci, Winchester junior ne s'est pas contenté d'un simple vol l'étalage. Il a envoyé quelqu'un à l'hôpital, toujours entre la vie et la mort.

Castiel stoppa à nouveau sa lecture pour avaler sa salive avec difficulté.

« - T'es lâche parce que...t'as déjà tué quelqu'un… ? »

« - Quoi ?! Mais non ! Il s'en est sorti ! Continues, j'te dis ! »

Par ses actes, c'est toute l'image de la famille qu'il joue. Rajoutez à cela qu'il aurait du réviser ses examens et ne se retrouver en aucun cas près du terrain à ce moment-là, et vous comprendrez ce qui l'attend quand Winchester junior rentrera à la maison…

Castiel termina l'article et fronça les sourcils.

« - Mais…je comprends pas. »

« - Celui dans le coma s'est réveillé après quelques jours. Ses parents ont trouvé un terrain d'entente avec mon père : l'argent. C'est malheureux, mais c'est apparemment comme ça que ces gens semblaient fonctionner. Il a acheté leur silence avec plus de 40 000 dollars. Mais les médias ne devaient pas être au courant de ce petit ménage. Alors, officiellement, j'étais au service de cette famille, pour me faire pardonner de mon erreur. Mais j'avais ma fierté. J'étais un gamin insouciant et je ne réalisais pas la gravité de ce que j'avais fait. Je ne faisais jamais ce qui m'était demandé par la famille, je me barrais avant. Mon frère en a profité pour me salir dans la presse. Et c'est là que mon père m'a envoyé dehors. »

Castiel garda le silence un long moment avant de hocher la tête, et le remercia. Ce qu'il lui racontait n'avait rien à voir avec le Dean qu'il connaissait. Certes, il avait son caractère, mais jamais il n'avait été aussi…Vil, avec lui. La preuve, il n'avait pas fui en le voyant complètement ivre dans la rue.

« - Voilà pourquoi j'suis lâche, tu vois. C'est comme si j'avais fait un délit de fuite après un accident de voiture. Un véritable enfoiré. »

D'un geste rageur, il referma l'ordinateur. Castiel garda le silence un moment avant de poser une main sur la jambe de Dean.

« - Tout le monde a droit à une deuxième chance. »

Dean sourit faiblement et haussa les épaules. Il ne voulait plus y penser. En lui disant, il estimait avoir rempli sa part du marché.

« - Alors, c'est quoi le deal maintenant ? On efface tout ce qu'on a vécu maintenant qu'on s'est tout dit, et on essaie de tout refaire ? » Demanda-t-il tout en s'allongeant sur le canapé, les bras croisés sur son torse.

Castiel sourit faiblement et regarda un moment le tapis avant de lui tendre sa main. Hésitant, Dean la regarda un moment avant de taper sa main de la sienne.

« - Deal. »

Ils passèrent la soirée ainsi, commandant coca et pizza tout en enchainant les DVD. Ils ne parlaient pas, mais ce silence leur convenait. Il n'était pas embarrassant, bien au contraire. Puis, quand les yeux papillonnèrent et que leurs corps ne demandaient qu'un lit douillet, ils montèrent à l'étage. Avant d'entrer dans sa chambre, Castiel posa une main sur l'épaule de Dean.

« - Dean, je crois que je te dois des excuses. » L'intéressé secoua la tête tout en souriant.

« - Ça va 'Cas, t'inquiètes… »

« - J'insiste. Tu n'es pas l'épave d'un homme comme tu le crois, et tu n'es pas « le petit con que j'ai accueilli » comme je le pensais au début. (1) »

Hésitant sur comment il devait prendre ça, un sourire se dessina quand même sur le visage de Dean, sourire que lui rendit Castiel, avant de le saluer pour aller se coucher.


(1) Même si ce n'est pas la même phrase mot pour mot, oui, c'est bien un petit clin d'œil à la série, lors de l'échange téléphonique Dean/Cas', lorsque celui-ci est à l'hôpital.