Hey !

Un peu de légèreté et d'humour dans cette fiction, que Diable ! Je suis moyennement satisfaite de ce chapitre, à vous de me dire !

Oui, ce chapitre est « court », mais c'est parce que ce n'est que la première partie – la deuxième arrive ce week-end, je vais essayer de poster quand même un chapitre malgré le permis Mardi, mais je ne vous promets rien ^^


Thème musical du chapitre – Cups ("When I'm gone"), Anna Kendrick.

XII. Leçon de conduite – partie 1

Je n'arrive pas à dormir. Ce n'est pas le cas de tout le monde, si j'en crois les ronflements qui s'échappent de la chambre de Castiel. Un peu de repos ne lui fera pas de mal. Je croise les bras sous ma tête et fixe le plafond, pensif. Je ne sais pas vraiment si lui révéler autant de moi a été bénéfique. J'imagine qu'il a maintenant de nombreuses questions à me poser – peut-être des questions auxquelles je n'ai même pas toutes les réponses. Quand on y réfléchit, quelle fine équipe on fait tous les deux ! Le SDF désabusé et l'ancien alcoolique à la piètre estime de lui-même. Pas un pour rattraper l'autre. Je lâche un petit rire, amer, avant de me laisser rouler sur le côté. Je n'ai pas envie de m'endormir, si c'est pour faire encore le même cauchemar que la dernière fois. Mais mon corps ne semble pas tout à fait du même avis : je ne sens plus mes membres, signe que mon corps m'impose du repos. Il faut dire que j'ai porté Castiel un nombre incalculable de fois aujourd'hui, et même s'il doit faire pas plus de cinquante kilos tout mouillé, mon dos n'est pas vraiment habitué à ce genre d'exercice. En fait, souvent, c'est plutôt moi, qu'on porte. Faut dire qu'un SDF, ça fait toujours désordre. Je pousse un énième soupir et finit par fermer les yeux, m'efforçant de penser à autre chose pour ne pas faire de mauvais rêves. Comme…Le lit douillet que j'ai la chance d'avoir pour moi tout seul cette nuit. Le confort de cette maison, quoi que j'en dise. Ce qui ressemble à de l'amitié pour Castiel. Ses yeux…Hein, quoi ? Qu'est-ce qu'ils ont ses yeux ?! À part me faire flipper quand il me fixe, ou me donner l'impression qu'il lit en moi, ils n'ont rien de spécial. Je crois bien que je fatigue, en fait. J'ai besoin de dormir un peu. Ça m'éviterait de penser à des conneries.

C'est l'odeur de la cafetière qui me réveille. Émergeant péniblement d'un sommeil sans rêves, je fronce les sourcils et passe une main sur mes yeux, les frottant tout en baillant paresseusement. J'ignore bien quelle heure il peut être, mais je suis content que Castiel n'ait pas jugé utile de me réveiller en même temps que lui. Prenant tout mon temps pour me réveiller, je me redresse ensuite, une main dans mes cheveux. Je fais un tour dans sa chambre et dans la salle de bains, mais il n'a pas l'air d'être là. Revenant finalement au rez-de-chaussée, je suis soulagé en le voyant s'activer près du toaster : aucun de nous n'a eu la mauvaise idée de filer cette nuit. Il redresse la tête vers moi et m'adresse un petit sourire, que je lui rends tout en allant m'installer. Le silence entre nous n'est pas lourd, au contraire. Il est reposant, apprécié. Depuis hier, je sais déceler dans son regard ce qui ne va pas. Et ce matin, l'océan bleu semble calme. C'est lorsque je tartine généreusement mes pancakes qu'il se décide enfin à prendre la parole :

« - Dis Dean, est-ce que tu sais conduire ? »

Surpris, je manque de faire tomber la cuillère pleine de confiture sur le sol. Euh…Il en a d'autres, des questions comme ça, à me poser d'un coup ? Je fronce les sourcils avant de me gratter la nuque.

« - Euh ouais, vite fait…J'sais démarrer quoi… »

J'évite de lui préciser le « Je l'ai fait quand j'étais bourré », car je doute qu'il apprécie réellement cette mise en situation. Mais il a l'air plus intéressé que nécessaire, et se tourne vers moi avec un sourire que je ne lui avais encore jamais connu. Un vrai sourire, donc. C'est que ça lui va plutôt bien, d'être heureux. Ou de faire semblant de l'être ? Je n'en sais trop rien. Il devrait juste le faire plus souvent.

« - Et quand on démarre, après on… ? »

« - Sérieusement, Cas' ?! » Je demande, me tournant cette fois complètement vers lui. Il lâche un petit rire avant de se redresser, tenant encore son café en main.

« - C'est que…je pense qu'on pourrait partager autre chose que des engueulades et des pots cassés, tu vois. » J'arque un sourcil tout en le regardant, ne quittant pas mon air amusé. Il roule des yeux et secoue la tête avant de me balancer le torchon de la cuisine, que je rattrape au vol. « On n'est pas vraiment des sentimentaux tous les deux, alors s'il-te-plait, ne m'obliges pas à t'énumérer les raisons de pourquoi ça me ferait plaisir d'être…Ami, avec toi. »

J'éclate d'un rire, nerveux, à la fin de sa phrase, et il me rejoint rapidement, presque aussi gêné que moi, voire plus. Je ne peux pas dire que son initiative ne me fait pas plaisir. Surtout après une journée comme la veille. Mais une leçon de conduite ? Je préférerai plutôt un bon vieux ciné, ou même un restau, tant qu'à passer un bon moment. Je ne doute pas de ses capacités, loin de là, seulement j'imagine que la dispute ne sera pas loin si j'abime sa caisse. Je croque dans mon pancake et relève les yeux vers lui.

« - C'est comme tu veux. Mais tu sais, moi, quand j'ai démarré...ça a fait « vroum », et j'ai foncé dans une poubelle. »

Je le vois faire de gros yeux, et son visage change d'expression. Oh ? Aurait-il soudainement peur pour sa voiture ? Je lui fais un petit sourire désolé avant de finir mon café. Avec ce détail, maintenant, je pense qu'il a du comprendre que je n'étais pas dans mon état normal, la première fois que je me suis retrouvé derrière un volant.

« - Cette fois t'es pas tout seul, alors on va faire en sorte que ça n'arrive pas, d'accord ? »

Il est tellement calme que ça me ferait presque flipper. Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Castiel Novak ?! Je n'ai pas le temps de rajouter quelque chose que déjà, je le vois prendre ses clés de voiture.

« - Je t'attends ! Dans dix minutes, dans la voiture ! » Me lance t-il joyeusement avant de prendre sa veste, quittant ensuite la maison.

Ce brusque changement me surprend, mais je préfère nettement le voir ainsi, plutôt qu'avoir à le ramasser à la petite cuillère. Ma conscience, sarcastique, se demande bien quelle sera la prochaine étape : que je l'aide à trouver un nouveau job ? Un coup de klaxon dehors. J'imagine que c'est lui. Je roule des yeux à mon tour et file me préparer en vitesse avant de sortir. Sa bagnole. La première fois que je l'ai vue, j'étais encore sur mon trottoir, et j'avais songé que c'était une voiture de gonzesse. Je le pense encore. Une Mini Cooper noire.

« - Il n'y a rien de plus virile, dans le coin ? » Je demande tout en m'avançant vers la voiture alors que Castiel va prendre place du côté passager. Ce véhicule, j'ai du le détester plus que de raison quand je le voyais tourner à l'angle de la rue. Alors maintenant, ça me fait tout drôle de poser mes fesses sur ce fauteuil, confortable, certes, mais aussi symbole d'une vie qui a arrêté de m'appartenir trois ans plus tôt. Je pousse un petit soupir et pose mes mains sur le volant. Déjà, il y a un problème : je suis complètement collé contre. Et quant à mes pieds n'en parlons pas : ils sont sur les pédales, et aucun moyen de les retirer de là, à moins de me cogner les genoux un peu partout.

« - C'est une voiture de nain ton truc... »

Avec patience, et un amusement non dissimulé, il m'explique les manettes de réglage du fauteuil et du volant. Une fois que c'est enfin ajusté à ma taille, je dois réviser mon jugement : certes, ce n'est pas LA voiture sur laquelle j'aurai aimé apprendre à conduire, mais c'est quand même mieux que rien. Je mets ensuite le moteur en route, et..merde, on fait comment déjà ? Je me mords la lèvre et pose une main sur le levier de vitesse, l'air concentré pour ne pas donner l'impression que j'ai perdu le Nord. Mais si, ça se passe au niveau des pédales, aussi…Oui, mais laquelle ? Je sursaute en sentant la main de Castiel se poser par-dessus la mienne, sur le pommeau.

« - Appuies sur l'embrayage. La pédale de gauche. » Légèrement vexé qu'un amoureux des voitures comme moi se retrouve à apprendre à conduire sur le tard, je m'exécute pourtant, enfonçant la pédale de mon pied gauche. « - Bien. Maintenant, tu plaques le pommeau à gauche comme ça, et tu remontes en haut. » Il fait suivre ses gestes à la parole, et guide ainsi ma main, me faisant passer la première. Ah oui, ça y est, ça me revient ! …Non, pas du tout, en fait. Je lui murmure un « merci » avant de regarder le voyant, le compteur de vitesse, le front plissé. Pourquoi rien ne se passe ? Je tourne la tête vers Castiel, interrogateur. Je me sens un peu idiot sous son rire. Mais c'est bien parce que hier il était au plus mal que je me retiens de lui faire toute réflexion à ce sujet. Sans mot, il prend le frein à main, soulève le manche et appuie sur le bouton avant de l'abaisser souplement, faisant lentement courir ses doigts de tout son long.

« - Eh ben dis-donc, quel doigté, tu m'avais caché ça, petit pervers. »

Dis-je tout en lâchant un petit rire. Quoi ? À sa manière de faire, vous l'auriez vu, je ne serai pas le seul à m'être imaginé bien autre chose. Je vois ses joues s'empourprer, puis il se racle la gorge pour reprendre contenance. Une gêne que je voyais comme une petite victoire : maintenant, nous étions quittes. Je me reconcentre sur les pédales et commence à appuyer sur l'accélérateur, comme il me dit. Le moteur gronde, mais toujours rien. Je soulève le pied gauche, lentement, prudemment, mais sûrement beaucoup trop : je cale. Une fois. Deux fois. Cinq fois. À bout de patience, je tape dans le volant et serre les dents, rageur. « - C'est pas vrai ! J'espère que ce que tu me dis c'est vrai Cas', et que tu ne me fais pas faire n'importe quoi uniquement pour te payer ma tête ! » Je lui jette un regard accusateur. « - Pas du tout, Dean. C'est comme ça qu'on démarre une voiture. Tu lèves ton pied gauche trop haut, fais-le lentement. Quand la voiture commence à avancer, accélère encore, et redresse ton pied petit à petit. » Sceptique, je demande à changer de place pour qu'il me montre que c'est bien la vérité. Je n'aime pas ne pas réussir, et puis je ne crois que ce que je vois. C'est quand la voiture démarre souplement, avec Cas' au volant, que je ne peux que me rendre compte qu'il a dit vrai.

Les deux prochaines heures se poursuivent dans la même ambiance : entre fous-rires et frustration, je finis par réussir à passer toutes mes vitesses sur le parking du supermarché. Heureusement que nous sommes Dimanche et qu'il n'y a personne, sinon je ne garantis pas que je n'aurai pas fait de morts. Je le laisse ensuite nous ramener chez lui, la faim nous tiraillant le ventre. Cette petite escapade nous a fait du bien : au moins, on s'est évadés tous les deux de ce qui nous oppresse le plus en ce moment. Même si c'était pour une poignée d'heures, c'était bénéfique, et ça nous a rapproché : je lui ai fait confiance pour faire avancer la voiture, et il m'a fait confiance pour ne pas planter la voiture dans un arbre.

« - Alors finalement on y est bien, dans ma « voiture de fille », hein ? » Me lance Castiel joyeusement, faisant tourner le jeu de clefs entre ses doigts avant d'entrer ensuite dans la maison. Je le suis et je ne peux que l'approuver, même si ça me chiffonne quand même un peu. En amoureux de voiture, je ne peux pas dire qu'une Mini ce soit un véhicule d'exception. Rien ne vaut les bonnes vieilles voitures, robustes et hors norme, mais tant que ça roule, c'est le principal, non ? Si sa voiture aurait été une Impala 67 par exemple, alors là, je n'aurai rien trouvé à redire, et j'aurai même accepté la moindre de ses petites moqueries avec le sourire.

« - Ouais, on peut dire ça comme ça Schumacher, mais t'en fais pas, je ne risque pas de te la piquer ! » Il sourit avant de commencer à sortir quelques pizzas. Je vais m'installer devant la télé en attendant que le repas soit prêt. Il me rejoint à peine quelques minutes plus tard, mais lui ne regarde pas la télé. Je finis par tourner la tête vers lui en sentant son regard me sonder. Une fois n'est pas coutume !

« - Quoi ? » Je lui demande ensuite, à moitié intéressé par le contenu de la télé.

« - C'était mieux que la dernière fois que tu t'es retrouvé derrière un volant, hein ? » Il me demande, comme pour se rassurer lui-même. Comme pour être certain que sa compagnie, en dehors des crises de nerfs ou de pleurs n'est pas si insupportable que ça. Je fronce un peu les sourcils avant de rire, et lui donne un coup sur la hanche. Un contact qui le fait sursauter.

« - Franchement Cas', ça n'a rien à voir ! Le seul souvenir que j'en ai gardé ça a été mon impact avec la poubelle, alors fais-moi confiance, c'était bien mieux ! »

Il affiche un petit sourire et hoche la tête. Mais alors que je pense que ma réponse lui suffit, je me rends compte que ce n'est pas le cas : il a une moue bizarre. Enfin, « bizarre »…C'est-à-dire qu'à force, je la connais : c'est celle des actes manqués. Il veut dire quelque chose mais se retient. Parce qu'il doit certainement être en train de se demander si c'est une bonne chose. Ou alors, il essaie de la tourner dans tous les sens pour trouver le moyen le plus simple de l'amener. C'est déprimant : on cohabite ensemble depuis seulement quelques jours, et me voilà là, en train de décrire ses expressions, comme un vieux couple marié.

« - Allez, accouche Cassoulet, je sais que t'as pas fini. »

À ce surnom, il affiche un petit sourire puis secoue la tête, baissant un peu le regard.

« - Non, c'est juste que…j'avais peur que ça te rappelle ta vie d'avant, tu sais, alors…je voulais juste que tu saches que je suis là. »

Eh merde. Je serre les dents et détourne le regard, m'éloignant aussi de sa place sur le canapé. Alarmé devant ma réaction, il se rapproche de moi et dépose une main sur mon épaule, mais je me dégage vivement, avant de me lever.

« - Dean ?! Excuse-moi, je... »

« - Tu saoules, Cas' ! » Vociférais-je, me tournant vers lui. « - Alors, quoi ? Après le moniteur de conduite, maintenant tu te la joues psy à domicile ? Pourquoi est-ce que tu dois toujours chercher à tout comprendre ? Tout clarifier ?! Merde ! On était bien comme ça, Cas' ! »

Le retour du Dean constamment sur la défensive. Mais pour une fois, je n'y suis pour rien. Je me sentais bien, enfin apaisé, et il faut qu'il ramène encore tout ça sur le tapis. Ne pourrait-on pas passer une journée tranquille, rien qu'une seule, loin de tout ça ? Même si c'est pour faire semblant, ce serait toujours mieux qu'avoir à supporter les regards larmoyants, remplis de pitié. J'en ai marre qu'on me plaigne, ce n'est quand même pas difficile à comprendre, si ? Rageur, je vais dans la cuisine découper un morceau de pizza, prend une assiette et monte en haut, prenant bien évidemment le soin de faire claquer la porte derrière moi. Il ne m'appelle pas, et je n'entends pas non plus de bruits de pas dans l'escalier. Tant mieux. Avec ce qui s'est passé, je sais qu'il ne risque pas de se faire la malle. Je regretterai probablement tout ça plus tard, mais pas pour le moment. Eh puis d'abord, pourquoi est-ce que ce serait toujours à moi de me sentir coupable ? Je n'ai jamais aimé dire comment je me sentais. Si j'ai fait une entorse à cette devise avec lui, c'est parce que j'en ai ressenti le besoin – au début. Le besoin de me confier. Mais seulement une fois. Je ne veux pas que ce soit répété, que je me sente obligé de me livrer à lui coûte que coûte. Je ne veux pas que tous les jours que Dieu fasse devienne un confessionnal orchestré par Père Castiel, non plus ! On peut essayer de se sentir bien malgré tout ce qu'on a vécu, oui ? C'est possible, ça ? Merde, j'aurai bien besoin d'une bière. Je me mords la lèvre à cette pensée, mais au lieu de ça, me laisse tomber sur le lit, fixant le plafond. Je ne toucherai pas à la pizza pour le moment. Je ne suis pas devin, mais je crois que je ne serai pas le seul à la laisser refroidir. Un peu comme l'ambiance de la maison, d'ailleurs.


Comme vous pouvez le deviner, la deuxième partie de « Leçon de conduite » touchera cette fois leur relation, ou devrais-je dire, leur manière d'apprivoiser l'autre !