Bonsoir ! Avant toute chose, je m'excuse pour l'énorme retard qu'a pris cette fic, mais j'espère vous contenter avec ce nouveau chapitre ! Bonne année à vous, au passage ^^'


Thème musical du chapitre – Mad World, Don't deserve you.

XVI. Coup de théâtre

Je papillonne des yeux et pousse un léger grognement. J'ai un mal de crâne pas possible. J'ouvre un peu les yeux mais je les referme aussitôt. Bordel. C'est quoi tout ce blanc ? Pourquoi est-ce qu'il y a autant de lumière ? Que quelqu'un ferme les rideaux, par pitié ! Je gémis de frustration et amorce un mouvement pour passer mon bras sur mes yeux. Mais une douleur aiguë m'en empêche. LA VACHE ! Qu'est-ce que c'est encore ce truc ? Je serre les dents sous la douleur et je me contrains enfin à ouvrir les yeux. La lueur du dehors me fait mal, mais ce n'est franchement rien comparé à cette douleur lancinante. Une petite minute. Qu'est-ce que c'est que tous ces « bip » ? Et ces tuyaux ? Et ce lit, trop peu confortable pour mériter le nom de « lit » ? Je sens mon rythme cardiaque s'affoler, au même rythme que le bruit de la machine, ce qui n'a rien d'apaisant. Je sens le drap bouger près de moi. Puis tout me vient. Les sensations s'enchaînent. Après la douleur, celle d'une chaleur tout près. Un souffle. Une respiration sereine, elle. Un corps qui bouge près du mien. Je fronce les sourcils et manque de tomber à la renverse en apercevant...Cas ?! Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Réfléchis Dean, réfléchis...Rah ! Et ce boucan qui n'arrange rien...

« - Bien, je vois que tu es éveillé. »

Je sursaute et me cramponne aux draps. Cette voix. Je la connais que trop bien.

« - Et d'après ce que j'ai sous les yeux...Mon fils est un sodomite. Une nouvelle qualité que tu n'as pas pu t'empêcher d'ajouter à ton palmarès, hein Deano ? »

Je me sens tellement fatigué. J'ai l'impression que je suis en plein cauchemar. Que mes deux plus grandes craintes sont là. Je me serai bien pincé le bras si seulement le moindre mouvement ne me faisait pas un mal de chien. Je déglutis péniblement et consens enfin à longer du regard la silhouette qui fait face au lit. Je prends tout mon temps pour remonter le long du corps, mais je reconnaîtrais ce manteau de cuir entre milles. Cette posture, aussi. Froide, autoritaire. Et le visage enfin. Dur. Sûr de lui. Mesquin. Mon père. Il affiche un rictus, apparemment partagé entre l'amusement et le dégoût profond. Je ne me souviens même pas de comment je suis arrivé là, de ce que Cas' fait près de moi, et je dois supporter ces...Ces retrouvailles forcées.

« - J'peux savoir ce que tu fais là ? » Ma voix est plus faible que ce que j'aurai espéré. Ça a l'air de lui faire plaisir.

« - C'est le Docteur Singer, qui nous a appelés. Il avait conservé notre numéro depuis tes nombreuses allées et venues ici quand tu étais lycéen. Tu te doutes bien que nous, nous l'avions effacé. »

Il rit un peu et viens s'asseoir en bout de lit. Il écrase un peu le pied de Cas' mais je crois qu'il s'en fiche. Et Cas' ne se réveille pas.

« - Il nous a dit qu'il t'étais arrivé quelque chose de grave. « Plus grave que d'habitude » selon ses termes, car il nous a laissé entendre que tu avais pris une carte d'abonnement ici...Et il se trouve que ce brave homme pensait judicieux de nous prévenir. Au cas où...Tu vois. Tu connais ta mère, tu pourrais tuer sa famille entière qu'elle voudrait quand même de toi. » Il roule des yeux. Je sens ma mâchoire se serrer.

« - Elle a longtemps insisté pour venir elle-même ici. »

« - Et pourquoi c'est toi et pas elle ? »

« - Parce que je lui en ai défendu. »

Aïe. Je sens le moindre muscle de mon corps se tendre. Ma blessure, j'en ai presque rien à faire. Ma mère, elle a toujours été là pour moi. De ce que j'en comprends, elle l'est encore. Mais elle ne peut pas m'aider. Il l'en empêche. Je détourne le regard vers la fenêtre, les yeux brillants. Je suis certain que me voir comme ça lui fait plaisir.

« - Je t'en prie, prends une photo, tu pourras l'encadrer et la mettre dans le salon. » Je crache, amer. Lui se contente d'un rire sinistre. Je sens Cas bouger près de moi. Par pitié, faites qu'il se réveille et qu'il le chasse de cette maudite chambre.

« - Tu as toujours eu un sens de l'humour désopilant... »

« - Et Sammy ? »

« - Quoi, Sammy ? »

« - Il ne prend pas le temps de faire mumuse avec son grand-frère adoré, comme toi ? »

« - Oh non Deano, il ne perd pas son temps avec de la vermine, vois-tu en ce moment je pense qu'il est plus occupé à visiter les châteaux Britanniques avec sa femme pour trouver le lieu de réception le plus parfait pour son mariage... »

C'en est trop. C'est trop. Je serre les dents et attrape la lampe de chevet, ignorant la sensation de déchirure qui me prend par les entrailles et je balance la lampe contre le mur juste en face, loupant mon père de peu. Le fracas réveille Castiel qui se rattrape aux couvertures pour ne pas tomber au sol.

« - T'ES COMPLÈTEMENT MALADE ! » Hurle mon père, sous le choc. J'imagine qu'il simule seulement. Il a bien vu que je ne le visais pas directement. Alertées par tout ce remue-ménage, deux infirmières entrent dans la chambre. Elles constatent l'ampleur des dégâts : la lampe brisée, mes fils arrachés par mon geste, mes grimaces de douleur, le mutisme de Castiel et la hargne de mon père.

Une des deux infirmières parvient non sans mal à convaincre mon père de quitter la pièce. Il fait mine de la suivre docilement, mais lorsqu'il passe la porte, il tourne la tête vers moi et passe un doigt sous son cou, comme pour me dire « t'es mort ». Castiel, qui a assisté à la scène, tourne vers moi des yeux choqués. Je me contente de pousser un long soupir et je laisse l'infirmière remettre mes bandages et rebrancher mes fils, faisant abstraction de ses engueulades. Elle annonce qu'elle sera de retour pour le petit-déjeuner et quitte la chambre. Mh. J'ai pas faim de toute façon. Je soupire pour la énième fois et fixe le plafond. Le brun, qui entre temps s'était levé pour laisser l'infirmière faire son boulot, s'approche de moi et me tient par le menton, me forçant à la regarder. Blasé, je le regarde un instant avant de détourner le regard.

« - Laisse-moi, Cas'. »

« - Hors de question. Je ne te laisse pas tant que tu ne m'expliques pas ce qui vient de se passer ici. »

« - Et si j'en ai pas envie ? »

Il soupire de lassitude mais ne me lâche pas pour autant. Il a l'air inquiet.

« - C'était ton père, c'est ça ? »

« - Bien joué, Captain Obvious ! »

Il roule des yeux.

« - Tu me fatigues... »

« - Je te comprends Cas', je me fatiguerai aussi ! »

Un mince sourire étire ses lèvres. Je le sens ensuite poser une main sur mon épaule. Il hésite avant de la retirer.

« - Allez... »

« - Allez quoi ? »

« - S'il-te-plait, dis-moi...Joue pas au gars super nonchalant avec moi, tu sais bien que ça ne marche plus depuis belles lurettes. »

Je me mords nerveusement la lèvre, fuyant encore son regard. Il a raison. Il a toujours raison. Ce mec m'énerve, c'est un sage ou quoi ? Mon psy, peut-être ? Devant son regard insistant, je plante mes yeux dans les siens et finis par hocher la tête.

« - D'accord, je te dirai tout. Mais à une condition. Je veux que tu me racontes pourquoi je me retrouve ici. »

Son regard bleu se voile.

« - Tu veux dire que tu ne te souviens pas ? De rien ? Luke est venu à la maison...Il était pas invité...Il est jamais invité...Tu sais, c'est mon frère un peu bizarre...C'est pour ça qu'on l'a toujours surnommé « Lucifer » d'ailleurs...Il a commencé à me provoquer. Alors, tu as voulu me venger, et- »

J'interromps Castiel de la main. Au fil de son récit, des bribes d'images me reviennent. La bouteille de vin. L'affolement de tout le monde. Les bousculades. Les cris. Les coups. La bouteille, encore. Mais cette fois vide. Brisée. Dans mon ventre. En revoyant la scène, je ressens le coup comme si on me l'avait administré une deuxième fois. Je me plie en deux et pose mes mains sur mon ventre, gémissant.

« - Dean ! Dean, ça va ? Regarde-moi ! »

Castiel, affolé, appuie sur la sonnette et se dirige vers moi, encadrant mon visage de ses mains. La douleur rend ma vision trouble. J'entrouvre mes lèvres mais aucun son ne sort. Je vois plusieurs blouses blanches entrer dans la chambre, mais tout devient de plus en plus flou. La dernière chose que je vois, c'est un masque d'oxygène qu'on pointe vers moi.

Je ne me réveille que quelques heures plus tard. Toujours ce même blanc et toujours ce lit peu douillet. Mais cette fois, plus de Cas' allongé à mes côtés. Je frotte mes yeux, machinalement. Tiens ? Plus de douleur. Je fronce les sourcils et tend les bras devant moi : même constat. Ça me tire un peu, mais ça ne me fait plus si mal qu'avant. Préférant ne pas tenter le diable, j'arrête là mes petites expériences et laisse mes bras retomber mollement le long de mon corps. Finalement, j'entends le brouhaha s'élevant du couloir. Je tourne lentement la tête en direction de la porte. Je reconnais les quelques têtes familières au-dessus des vitres adjacentes. D'un coup, deux paires d'yeux bleus rencontrent les miens, et la porte s'ouvre une nouvelle fois, devant un Castiel plutôt penaud. Balthazar, Gabriel et Anna le suivent de près.

« - Dean ? Comment tu te sens ? »

« - Laisse-le respirer un peu Cassou, tu vas le faire retomber dans les pommes sinon ! » Crut bon de plaisanter Balthazar, sous le regard quelque peu réprobateur d'Anna. Le blond finit par s'excuser à demi-mot et je souris malgré moi. Leurs chamailleries contrastent un peu avec la froideur de la chambre. Mais pourtant, quelque chose retient mon attention : tomber dans les pommes ? Je jette un regard interrogateur vers Castiel. Ce-dernier, qui n'a pas desserré les lèvres depuis son entrée dans la pièce, finit par s'avancer par mon lit.

« - C'est quoi la dernière chose dont tu te souviens ? »

Je fronce un peu les sourcils avant de me mettre à réfléchir.

« - Tu me parlais de Lucifer je crois… »

Gabriel étouffa un rire contre sa main et fit signe à ses compères de le suivre à l'extérieur, probablement pour nous laisser tranquille. Castiel ne semblait pas vraiment ravi de leur départ mais il ne se démonta pas pour autant et pris une chaise pour s'asseoir près de mon lit.

« - Oui, de Luke, mais effectivement c'est presque pareil… » Il lâcha un rire nerveux.

Puis finalement, sous mon regard toujours plus inquisiteur, il finit par lâcher un long soupir avant de poser ses mains sur le lit.

« - Tu m'as demandé pourquoi tu étais à l'hôpital et j'ai tâché de te remémorer les évènements…Et puis tout à coup, tout est devenu bizarre. Tu te pliais en deux, tu semblais avoir mal au ventre, et ton rythme cardiaque s'est brusquement accéléré. J'ai bien appelé les médecins, mais tu es tombé dans les pommes. Ils m'ont dit que c'était suite au choc après t'avoir annoncé ce qui s'était passé…J'aurai du attendre, ce n'était pas intelligent de ma part de te remémorer tout ça… »

Il termine son discours à demi-mot et baisse les yeux. Je déglutis difficilement, indécis sur quoi faire ou quoi dire maintenant. Maladroitement, je tente de sourire et tapote tout aussi maladroitement l'une de ses mains posées sur le matelas.

« - Relax Cas', j'suis pas mort hein ! »

Je le sens se crisper un peu, mais pourtant il redresse la tête vers moi et me lance un faible sourire. Je pose une main sur le bandage entourant mon ventre, touchant le tissu un peu râpeux du bout des doigts. Je soulève un peu le drap pour l'observer, mais heureusement pour moi, aucune trace rouge n'a imbibé le tissu. Un constat qui me rassure un peu. Mais pourtant, quelque chose me turlupine encore un peu.

« - Pourquoi j'ai pratiquement plus mal ? »

« - Ils ont doublé ta dose de morphine… »

« - Oh. » Un long silence s'installe ensuite dans la pièce. Il y a des silences qui sont apaisants. Celui-ci ne l'est pas. Il est plutôt gênant. Je sais ce qu'attend Castiel : que je lui parle de mon père. Que je lui explique tout. Je sens son regard des plus insistants. Mais je n'en ai pas envie.

Poussant un petit soupir, j'allume la télé pour me sentir un peu moins seul, mais surtout, pour ne pas être obligé de répondre à toutes ses questions silencieuses. Quelques minutes plus tard, il insiste pour que je baisse le son de la télé. Selon lui, quelqu'un aurait frappé à la porte. Et effectivement, avant que je ne puisse rajouter quelque chose, le Docteur Singer entre dans la chambre. Je pousse un soupir et éteint ensuite la télé, m'avouant déjà vaincu. Cette fois je le sais, je vais devoir parler de ce qui s'est passé.

« - Alors Dean ? Comment tu te sens depuis tout à l'heure ? »

« - Mieux, j'imagine… » Dis-je à demi convaincu, surtout blasé par les évènements. Je le regarde prendre son bloque-notes sans piper mot. Il se dirige vers les machines, note un je ne sais quoi avant de me regarder à nouveau, poussant un énième soupir.

« - Dean, Dean, Dean…Combien de fois est-ce que je vais devoir te rafistoler, hein gamin ? »

« - Aussi longtemps que tu seras là, j'imagine… » Je réponds sans le regarder, dents serrées. Je n'ai pas envie qu'il m'énumère toutes les fois où je me suis retrouvé dans un lit d'hôpital. Je n'ai pas envie qu'il fasse la liste glorieuse de toutes mes blessures à Cas' non plus. Cette fois, je sais que j'y suis pour quelque chose de juste.

« - Dean, c'est quand même un médecin… » S'étonne Cas.

« - Oh c'est rien vous en faites pas, on en a connu des belles ensemble. » Renchérit le Docteur. Il termine ses contrôles mais pourtant, il ne part pas pour autant. Il remet le bloc-notes en place et m'observe, mains posées sur les barreaux du lit. Génial, comme si un ne suffisait pas, j'ai maintenant deux personnes qui me fixent en chien de faïence. Je n'ai jamais aimé qu'on s'inquiète pour moi. Finalement, le Docteur Singer tourne la tête vers Castiel.

« - Je pense devoir lui parler seul à seul, alors si vous voulez bien… »

« - Tout ce que tu as à me dire, tu peux les dire en face de lui. » Dis-je en le coupant.

Mon intervention les as laissés aussi surpris l'un que l'autre. Je crois même apercevoir une lueur de reconnaissance dans le regard de Castiel.

« - Bien, je suis plus que ravi de voir que vous vous entendez mieux que la dernière fois que je vous ai vu… » Croit bon de présenter Singer.

Je pousse un petit grognement, pas vraiment d'humeur à m'étaler sur le sujet.

« - Qu'est-ce que tu veux savoir, alors ? »

Il passe une main dans sa barbe, semblant chercher ses mots pendant un bon moment, avant de finalement planter ses yeux dans les miens.

« - Bon. On n'est pas des midinettes tous les deux alors je ne vais pas y aller par quatre chemins. Ton vieux, là. C'est loin d'être un tendre. Les infirmières n'ont pas pu le calmer. Il a fallu appeler des armoires à glace pour le maîtriser et l'emmener au hall d'entrée. Et encore là, il a pété un câble et a fait une scène en demandant à me voir parce que je lui aurai fait perdre son temps. Et on m'a dit qu'il y a eu du grabuge par ici… »

Il s'approche de mon lit, et sans que je puisse dire quoi que ce soit, il pose une main sur mon crâne. « - Dis-moi fiston, il t'a fait du mal ? »

Au début, j'ai un mouvement de recul. Je ne suis pas vraiment habitué à ce genre de démonstration d'affection. Je mets quelques secondes avant de comprendre ce qui se passe. Il pense certainement à une altercation avec mon père, et jusqu'ici, il n'a pas tout à fait tord. Mais si je comprends bien, je pourrai décider de mentir en lui disant que oui, il m'a fait mal. Qu'il a tenté de me blesser. Ce serait une juste vengeance. Et en connaissant mon histoire, ça n'étonnerait personne. Le père qui coupe les ponts pendant x temps, et qui, quand la goutte fait déborder le vase, est prêt à commettre l'irréparable pour être tranquille et ne plus entendre parler de son fils difficile.

Oui, je pourrai mentir. Castiel, qui avait été dans tous ses états, est un témoin potentiel. Il ne connaît pas mon père, mais il lui voue tout de même une haine certaine. Quand on y pense, c'est à cause de mon père que toutes ces merdes me sont arrivées : être sans abris, mes multiples altercations avec la police, et puis mes ennuis en tous genres. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai manqué de crever de froid ou de faim. Et jamais, jamais je n'ai reçu une quelconque aide de leur part. Alors aujourd'hui, oui, ça aurait pu être le grand jour de ma vengeance. Mais d'un autre côté, se livrer à un tel acte, ce serait aussi m'avouer aussi misérable que mon père. Ce serait me rabaisser à son niveau par un petit stratagème vicieux. Ce serait lui ressembler, et il en est hors de question. Même si le gamin que j'étais autrefois ne rêvait que de marcher dans les traces de son cher papa. Même s'il le mérite, je ne le ferai pas. Je veux me prouver que je vaux mieux que ça.

« - Les insultes, on s'y fait, à la longue. » Je lance sans les regarder tous les deux. Ce n'était pas un mensonge. Il m'avait fait mal avec les mots. Et je crois que dans mon cas, c'est encore pire que de se prendre une bonne raclée par son père.

Le Docteur finit par lâcher un petit soupir et hoche la tête, se reculant. Je ne sais pas vraiment si ça la convaincu. Je le suis des yeux alors qu'il s'apprête à prendre la porte.

« - Attendez ! Quand est-ce que je pourrai sortir ? »

« - On va te faire passer d'autres examens, et voir si corps se remet bien de l'opération. On a du te retirer un paquet de bris de verre de là-dedans, tu sais ? Je pense que tu seras libre d'ici une semaine. »

« - Une semaine ?! »

« - C'est pas une crise de foie, bonhomme ! T'as de la chance que celui qui t'a fait ça n'ait pas réussi à te percer un organe. Sinon, je doute que tu sois en train de râler dans ce lit… »

Je déglutis difficilement et me contente de hocher la tête. Ce type saura toujours comment me faire taire, c'est dingue. Il m'observe puis salue Castiel avant de nous laisser tranquilles. Le brun s'avance derechef vers mon lit et croise les bras.

« - Pourquoi tu ne lui as rien dit ? »

« - Dire quoi ? »

« - Si les infirmières n'étaient pas intervenus ce type en serait venu aux mains…Tu le sais aussi bien que moi. Père ou pas, c'est grave. Il n'y a pas de famille dans ces cas-là. »

Je serre les dents et mes poings se resserrent autour des draps.

« - Tu crois que je ne le sais pas ? Ces gens, ce ne sont plus ma famille depuis bien longtemps. La famille, c'est pas ça. »

En réalité, ce qui s'approche le plus d'une famille, c'est ce que je connais aux côtés de Cas' depuis quelques temps. Certes, ils sont un peu bizarres et on ne se comprend pas tout le temps. Je ne les connais pas non plus sur le bout des doigts. Mais je ne me sens pas rejeté. Si au début il y a eu des réticences, ce n'est plus vraiment le cas maintenant. Je crois qu'à force, on a tous fini par s'adopter mutuellement. On s'est habitué à la présence de l'autre jusqu'à se surprendre à s'apprécier. Évidemment, ma saleté de fierté m'empêche de l'avouer. Je le reconnais déjà, et ça, c'est déjà beaucoup.

Finalement, le Docteur Singer a eu raison : je suis resté plus d'une semaine à l'hôpital. La cicatrisation s'est pourtant faite sans accroc. Bien vite, je n'ai plus eu besoin de morphine pour supporter le moindre de mes mouvements. Le personnel tenait seulement à ce que je commence ma période de convalescence à leurs côtés. En marchant, quand on est en parfaite santé, on ne doute pas que notre ventre peut ressentir le moindre de nos mouvements. Mais après s'être pris une bouteille dans le bide, le seul fait de s'étirer peut nous faire un mal de chien. En fait, ils craignaient un accident. Que je tombe, ou que j'ouvre les nombreux points de suture qu'ils m'avaient faits. Si ça arrivait, j'étais directement sur place, et je ne risquais pas une infection. Aussi, c'est bien après deux grosses semaines que je passais à nouveau les portes de la maison de Castiel, bien content de voir autre chose que ce blanc immaculé. Bien content d'être enfin à la maison.

Castiel est plus que jamais aux petits soins avec moi, chose dont je me sers maintenant pour le taquiner un peu. En réalité, ça me touche beaucoup. Surtout quand on se souvient que les choses n'étaient pas toutes roses au début entre nous. Le jour de notre arrivée, le téléphone n'a cessé de sonner. Et pourtant, il n'a pas répondu, préférant de loin s'occuper de moi. Il m'a aidé à faire ma marche quotidienne, m'a aidé à changer mes pansements aux heures prescrites. Et pour prévenir un incident quelconque, il a même déménagé toutes mes affaires dans une chambre plus proche de la sienne. Plus que surpris de ce geste, j'ai eu beau lui répéter de s'occuper de lui, de prendre un instant de répits pour se reposer. Mais c'est comme si je parlais à un mur.

Finalement, ce n'est que le soir venu, alors qu'on dinait, que je remarque la lumière sur le téléphone, indiquant un message vocal sur le répondeur.

« - Tu crois pas que tu devrais écouter ? » Je demande tout en pointant l'appareil de ma fourchette, la bouche à moitié pleine.

Presque de mauvaise grâce, Castiel finit par obtempérer et se lève.

« - De toute façon, ça doit être du démarchage téléphonique ou un truc du genre, si c'était les autres ils auraient aussi insisté sur mon portable… »

Il termine sa bouchée et appuie sur le bouton. La voix robotique annonce 3 nouveaux messages. Le premier remonte à une semaine. Soudain, je me fige en entendant la voix glaciale de mon père.

« Castiel ? Quel drôle de nom. Hm bref, ici John Winchester. Une infirmière à peine compétente m'a donné votre numéro. Je voudrais parler à Dean, c'est assez urgent. »

Le pain que je tiens dans ma main se transforme rapidement en bouillie. Castiel, lui aussi éberlué, appuie sur 'suivant', fébrile. Encore lui. Encore cette voix. Il y a cinq jours.

« Vous me filtrez ? Ce n'est pas très poli. Bon. J'ai contacté mon avocat et il me soutient dans ma volonté de plainte contre Dean pour homicide volontaire. J'estimai devoir vous le dire. »

Dernier message. Hier.

« Je ne sais pas à quoi vous jouez, mais ça sera bientôt terminé. »

Tremblant, Castiel me regarde alors que je prends mon visage entre mes mains. C'est pas vrai. Alors comme ça, on aura toujours une merde qui nous tombera sur le coin de la gueule quelque part, hein ? Castiel soupira, semblant en prise avec lui-même.

« - Il était pas sérieux, hein ? Il peut pas l'être enfin, c'est du bluff, comment il compte prouver ça ?! Je peux plaider pour toi ! Mais…Mais il a dit « vous ». Qu'est-ce qu'il pourrait nous faire ? Venir ici ? Tu crois qu'il pourrait nous bayonner de force, Dean ? Non, il peut pas acheter notre silence, il a pas le droit, et puis je - »

J'ai relevé la tête en entendant mon prénom. Castiel monologue tout seul, se tordant les doigts au fil de sa réflexion. Je l'observe et j'ai du mal à avaler ma salive. Je ne sais ce qui va se passer, mais je suis certain d'une chose : Castiel ne mérite pas ça. Me levant, je m'aide un peu de la table pour venir à sa rencontre, et je pose mes deux mains sur ses joues, tentant tant bien que mal de le forcer à me regarder dans les yeux.

« - Regarde-moi, Cas. Rien ne va t'arriver. Ni à toi, ni à moi. »

« - Comment tu peux en être aussi sûr ? Toi-même tu as dit qu'il était dangereux et je – »

En le voyant paniquer autant, je ne pense plus qu'à une chose : le calmer. Je ne pense même pas à ce dont mon père serait capable. Parce que ce n'est pas dans l'immédiat. Dans l'immédiat, il faut que je protège Castiel. Pas des mauvaises intentions de mon père, mais avant tout de lui-même. Dieu seul sait ce qu'il va finir par me sortir en continuant à gamberger ici.

« - Cas ! Regarde-moi ! » Je prononce d'une voix un peu plus dure, autoritaire, mais sans méchanceté. Il finit par s'arrêter, lèvres entrouvertes, et respiration haletante. Il m'observe, partagé entre plusieurs émotions. Comme s'il attendait que je lui dise je ne sais quoi. Comme si je pouvais tout arranger.

Pris d'une pulsion que je ne me connaissais pas jusque là, je ne réfléchis pas à deux fois avant d'écraser mes lèvres sur les siennes. Je le sens sursauter, et sa tête recule un peu, coupant ce baiser un vingtième de seconde après avoir commencé. Il me regarde avec des yeux grands ouverts. Je dois avoir à peu près la même expression sur le visage. Oh..Au moins euh, il est calmé. J'imagine que c'est ce que j'ai tenté de faire. Le calmer. En l'embrassant. Oui oui. Pile à un moment aussi tendu et étrange comme celui-ci. Mais bordel Dean, il t'arrive quoi ?!

Mes mains sont toujours posées contre ses joues, nos corps sont toujours aussi proches. Comme électrocuté, je retire mes mains et me recule de quelques pas.

« - Je…euh…je crois que je devrais aller me reposer…. »

« - Oui, tu devrais… » Il me murmure en retour, le regard lointain. Lui tournant le dos, je m'engage ensuite dans le couloir, sourcils froncés. J'effleure mes lèvres du bout des doigts, et, secouant la tête, je me décide à entrer dans ma nouvelle chambre pour une bonne nuit de sommeil. J'ai besoin de remettre mes idées en place. À tous les niveaux.