SOUVENIRS SOUVENIRS
Les années s'étaient écoulées. Lily avait grandi. Elle était devenue une belle adolescente. Andy et Karen s'étaient réconciliés. Ils formaient un couple à nouveau. Ça avait pris du temps. Andy avait été patient. Mais ça en valait la peine. Ils formaient désormais tous les trois une vraie petite famille. Andy considérait Lily comme sa fille, mais il savait qu'elle ne le considérait jamais comme son père. Cette place était déjà prise. Il le savait. Dès qu'elle avait été en âge de comprendre, Karen lui avait tout avoué. Ça avait été un choc, difficile à encaisser pour Lily. Mais ensemble ils avaient surmonté ça. Une chose était sure. Keith était son père. Personne ne le remplacerait. Cela n'avait cependant pas empêché Andy et Lily de tisser une réelle complicité.
Le ciel était dégagé, totalement dépourvu de nuages. Seules quelques traces laissées par les avions zébraient le ciel couleur azur.
Dans les rues de Paris, les arbres retrouvaient enfin leur feuilles. Les fleurs bourgeonnaient. Cela sentait bon le printemps. Les rues bordées de grands magasins étaient bondées de monde.
Karen et Lily sortirent d'un grand centre commercial.
— J'adore Paris ! s'exclama Lily, le sourire aux lèvres.
Karen tourna les yeux sur tous les sacs qu'elle portait et soupira en secouant la tête, amusée.
— C'est pas raisonnable… Tu vas finir par dévaliser la capitale si tu continues !
Lily haussa les épaules.
— Fais-moi penser à réduire ton argent de poche.
Lily regarda sa mère de travers.
— On a de l'argent, ce serait bête de ne pas en profiter, surtout ici.
— Andy a de l'argent, rectifia Karen. Et je n'aime pas trop ta façon de penser, Lily.
— Maman…
— Andy est trop bon.
Lily soupira et leva les yeux au ciel.
— Tu me fais la morale alors que toi aussi tu en profites de son argent !
Karen s'immobilisa soudain. Lily continuait de marcher. Elle s'arrêta quand elle se rendit compte qu'elle parlait toute seule. Elle rejoignit alors sa mère qui s'était arrêtée devant une affiche publicitaire.
— Pourquoi tu t'arrêtes ?
Karen se retourna vers Lily.
— Clothes Over Bros organise un défilé à Paris demain soir.
La mère et la fille échangèrent un regard complice.
Un yacht parmi d'autres était amarré sur les bords de Seine. Du monde se promenaient sur les quais, profitant de la soirée relativement douce.
Lily pénétra dans le salon vêtue d'une très jolie robe bleu marine assez courte et décolletée.
— Comment tu me trouves ? demanda-t-elle à Andy.
Andy qui était occupé à lire le journal dans le canapé se retourna et écarquilla les yeux. Lily tourbillonna.
— Ravissante. Mais tu n'es pas trop jeune pour…
Karen apparut à son tour dans une très belle robe de soirée noire.
— Wouah ! s'exclama Andy, ébloui.
Karen sourit.
— On va bientôt y aller. Tu es sûr de ne pas vouloir venir ?
Andy soupira.
— Non. Tu sais, moi les défilés… Enfin, c'est des trucs de filles quoi.
Lily sourit en remuant la tête. Elle haussa les épaules.
— Tant pis.
Elle déposa un baiser sur la joue d'Andy.
— Mais tu sais pas ce que tu loupes. À part des fringues que personne n'a encore jamais vues, il y aura certainement de très belles mannequins aux jambes infiniment longues, la peau dorée par le soleil, le regard envoûtant… Enfin tu vois ce que je veux dire !
Karen secouait la tête, le sourire aux lèvres.
— Très bien. Mais il n'y a pas plus jolie femme que ta mère, Lily.
Karen sourit, touchée.
— C'est gentil.
Ils s'embrassèrent.
— On ne pourra pas dire que je n'ai pas essayé de te convaincre !
Karen et Andy échangèrent un regard amusé. Lily jeta un coup d'œil à sa montre.
— Bon, bah, c'est pas le tout, mais le temps presse !
Karen soupira.
— Bon, si le temps presse…
Elle embrassa Andy sur la joue.
— A plus tard.
Karen et Lily s'éclipsèrent.
— Amusez-vous bien. Et dites bonjour à Brooke de ma part !
— On n'y manquera pas !
Andy entendit la porte se refermer. Son regard se posa alors sur une photo de Karen, Lily et lui, prise lors d'une précédente escale, en Irlande. Il sourit.
Le défilé de Clothes Over Bros touchait à sa fin. Brooke s'avança sur le podium accompagnée de quelques unes de ses mannequins sous les applaudissements.
— Merci. Merci.
Elle salua la foule, les yeux pétillants de bonheur. Elle croisa alors parmi les spectateurs le regard de Karen. Surprise mais ravie de la voir ici, elle lui sourit. Karen hocha la tête en l'applaudissant, fière d'elle.
Karen et Lily patientaient près des coulisses pour voir Brooke. Lily observait avec émerveillement tout ce qui se passait autour d'elle, quand Brooke apparut.
— Oh, je suis tellement contente de vous voir ! s'exclama-t-elle en serrant Karen dans ses bras.
Elle sourit en dévisageant Lily.
— Laisse-moi te regarder.
Elle fit tourner Lily.
— Tu es magnifique !
— Dans une robe Clothes Over Bros en plus de ça !
Brooke sourit et la prit dans ses bras.
— Mais qu'est-ce que vous faites ici ?
— On est à Paris depuis quelques semaines.
Brooke acquiesça.
— On a vu hier que Clothes Over Bros préparait un défilé de mode, alors on s'est dit que c'était l'occasion de se revoir.
— Vous avez bien fait ! Ça me fait très plaisir. J'espère que ça vous a plu ?
— Oui, beaucoup. Tu as beaucoup de talent Brooke…
Brooke serra la main de Karen, sincèrement touchée.
— Dis, les vêtements qu'on a vu, ils ne seront pas disponibles en magasin avant un petit moment, non ?
Brooke acquiesça. Lily grimaça, déçue. Brooke échangea un regard complice avec Karen.
— Prends ceux qui te plaisent ! Je te les offre.
— C'est vrai ?
Brooke hocha la tête.
— Oh merci ! T'es géniale !
Lily sauta dans les bras de Brooke et fila dans les coulisses. Brooke la regarda, le sourire aux lèvres.
— On dirait moi…
Karen sourit.
— C'est une vraie tornade…
— Elle a l'air d'être heureuse.
— J'espère qu'elle l'est. Je fais tout pour en tout cas.
— Et toi ? T'es heureuse ?
Karen acquiesça.
— Oui.
Son regard se perdit un instant dans le vague. Elle pensait à Keith… Même si elle avait retrouvé goût en l'amour avec Andy, elle ne l'oublierait jamais. Elle l'aimerait toujours.
— Tu le mérites, assura Brooke.
— J'ai quand même un peu honte…
— De quoi ?
— Je ne peux pas m'empêcher de me dire que sans Andy, sans son argent, je n'en serais probablement pas là…
— Dis pas ça. Tu t'es toujours battue. Ce n'est pas une honte de profiter de la vie facile après tout ce que tu as vécu…
Karen sourit.
— C'est Lily qui en profite.
Toutes deux se retournèrent et sourirent en voyant Lily qui ne savait plus où donner de la tête devant la quantité des vêtements Clothes Over Bros.
— Je t'offre une coupe ?
— Avec plaisir.
Un serveur passait au même moment avec un plateau rempli de coupe de champagne. Brooke en saisit deux et en tendit une à Karen.
— A ta réussite ! lança-t-elle.
— Et au bonheur !
Karen et Brooke trinquèrent puis burent chacune une gorgée, ravies de se retrouver.
Il se faisait tard. Le ciel était étoilé au dessus de Paris. Karen et Lily montèrent à bord du yacht. A peine arrivée dans le salon, Lily s'affala dans le canapé.
— Je suis crevée ! s'exclama-t-elle.
Karen se dévêtit de son châle.
— Tu peux aller te coucher.
Lily soupira. Elle ferma les yeux un instant.
— Maman ?
— Oui.
— Je peux te poser une question ?
— Bien sûr.
Karen s'assit auprès d'elle.
— Pourquoi on ne retourne plus à Tree Hill ?
Karen regarda sa fille dans les yeux, puis détourna le regard.
— Je ne sais pas…
— T'as peur de le croiser ?
Karen baissa les yeux.
— Il est tard Lily. Tu devrais aller te coucher.
Karen se leva.
— Maman, s'il te plait.
Karen s'immobilisa.
— Ça ne sert à rien de fuir.
— Je ne fuis pas.
— Alors pourquoi tu ne veux plus y retourner ?
Karen se tourna vers sa fille, plongea son regard marron dans le sien, puis
baissa la tête. Lily se leva et s'approcha d'elle.
— Maman… Si je te disais que j'avais envie d'aller vivre à Tree Hill, tu dirais oui ?
Karen ancra ses yeux dans ceux de sa fille, bouleversée.
Lily courait après sa mère.
— Hors de question.
— Mais pourquoi ? Après tout, Tree Hill c'est chez nous, non ? Pourquoi on ne pourrait pas y vivre ? C'est là que je suis née, comme toi et papa. C'est là que t'as passé la majeure partie de ta vie et papa aussi !
— La vie qu'on mène à parcourir le monde me convient parfaitement !
— A toi peut-être !
Karen s'arrêta et se tourna vers sa fille. La mère et sa fille se regardaient droit dans les yeux.
— J'ai dit non, Lily. Et je ne reviendrais pas sur ma décision.
Karen s'éloigna, laissant seule Lily, qui soupira mais demeurait déterminée.
