4. — LUCIUS ! appela Snape en passant la porte du manoir Malfoy.

Démuni par la tournure que prenaient les évènements, le sorcier s'était fait porté pâle le lendemain, se sentant incapable d'assurer ses cours et éprouvant le besoin de se confier à son meilleur et unique ami. Celui-ci l'accueillit à bras ouverts avec une significative mine d'après-baise qui lui fit repenser au fait qu'il avait de son côté dû gâcher deux érections prometteuses entre ses mains. Son estomac se noua violemment de jalousie tandis qu'alors qu'ils échangeaient une brutale accolade typiquement masculine, une séduisante femme débraillée et décoiffée passa près d'eux pour quitter la demeure.

— Tu sais que tu as la tête du mec qui n'a pas tiré un coup depuis trop longtemps, Sev ?

L'enseignant soupira d'agacement.

— Justement, c'est pour ça que je suis là, répliqua-t-il sèchement.

— Oh ! Je ne voudrais pas te vexer mais tu n'es pas mon genre…

N'appréciant pas la plaisanterie, contrairement à lui, Snape fit perdre son air amusé à Lucius en le fusillant immédiatement du regard.

— Viens t'installer dans le salon et raconte-moi, lança alors son ami en retrouvant son sérieux.

Une fois dans la pièce, ils s'assirent face à face dans l'un des deux fauteuils en cuir entourant une table basse sur laquelle le maitre de maison fit apparaître une bouteille de whisky pur feu et deux verres. Snape le laissa les remplir et prit celui qu'il lui tendait avant de commencer son récit.

— Eh bien, ça a dû être fabuleux de la prendre après ça ! s'enthousiasma son ami quand il eut fini.

Cette remarque fit se renfrogner le sorcier qui se pinça l'arrête du nez entre le pouce et l'index.

— En fait, elle est partie en me laissant derrière elle en pleine érection, avoua-t-il d'une voix blanche.

— Ouch, plutôt couillue la petite ! Enfin, si on peut dire.

— Je ne te parle même pas de l'état dans lequel je me suis retrouvé…

— Tu ne devais pas être beau à voir, mon pauvre ami !

L'enseignant émit un petit rire jaune avant de répondre froidement.

— Je me demande si elle ne m'a pas lancé un sort, fait prendre une potion ou je ne sais pas quoi, parce que j'ai dû me masturber aussi furieusement qu'un vulgaire puceau pour me soulager.

— Je ne pense pas qu'elle ait eu besoin d'avoir recours à ce genre d'artifices.

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

— Ça me semble évident : tu prends du plaisir dans la soumission.

Avec une élève de septième année ? C'est impossible, il y a forcément une autre explication.

— Au contraire, elle est plus jeune, plus petite et plus légère que toi. Autrement dit, elle n'a pas du tout le profil pour dominer un homme comme toi et c'est pour ça que ça t'excite autant ! Sans parler de l'interdit…

Snape considéra ces paroles en avalant une rasade de whisky.

— Tu as été formé au sexe de la même façon que moi et ça ne te choque pas ?

— Je me fiche complètement de ce qui te la fait lever, du moment que tu la lèves. Parce que ce n'est pas bon pour des types comme nous de la laisser pendre… Et tu ne veux vraiment pas me dire qui est cette demoiselle qui a tellement de suite dans les idées ?

La lueur lubrique passant dans les yeux de Lucius agaça profondément le sorcier qui décida de mettre fin aux arrières pensées concupiscentes qu'il le soupçonnait d'avoir. Tout en s'apercevant qu'il avait suffit que celui-ci s'intéresse à ladite élève pour qu'il le voie tout à coup comme un rival.

— Non, tu en sais déjà largement assez.

— Dis plutôt que tu veux la garder pour toi…

— Si je dois me retrouver à ramper à ses pieds, je veux au moins être le seul à le faire.

Son ami ricana contre le bord de son verre qui tinta légèrement au contact de ses dents.

— Ce qui ne veut absolument pas dire que j'ai décidé de le faire !

— Toi, peut-être pas, mais une certaine partie de ton anatomie, si…

Suivant le regard appuyé de Lucius, Snape baissa le sien sur son entrejambe et soupira de lassitude en voyant la bosse qui déformait son pantalon.

— Si rien que d'en parler te fait autant d'effet, tu devrais peut-être prendre quelques cours avec Lax. Histoire d'être prêt pour ta prochaine séance…

Ayant entendu son nom, le Lax en question se rua dans le salon. Il vint se planter entre les pieds de l'enseignant et posa les pattes avant de chaque côté de ses cuisses pour s'aider à hisser sa tête au niveau de la sienne et lui aboyer au visage en battant la queue.

— On dirait qu'il a reconnu son congénère ! s'amusa Lucius alors que Snape, l'air écœuré, détournait les yeux pour ne plus regarder le chien haletant qui finit par s'écarter de lui. Ici, Lax !

Le maître de l'animal le caressa sous le regard honteux du sorcier qui ne pouvait s'empêcher de se remémorer la main de Granger sur ses cheveux et sa voix lui disant qu'il était un « bon garçon ».

— Je refuse de devenir… ça.

— C'est un Chien. Toi, tu es un Homme. Donc à moins que qu'elle ne te lance un sort de transformation, ce qui serait sûrement beaucoup trop facile pour elle, tu ne peux pas réellement le devenir.

A son retour dans ses appartements et pour le restant de la journée, les pensées de Snape lui battirent l'esprit, devenant de plus en plus indistinctes à force d'indécision et d'alcool. Il passa le jeudi qui suivit dans un agréable état de flou généralisé, n'ayant volontairement pas pris de potion pour soigner sa gueule de bois afin que l'inconfort physique lui fasse oublier l'approche de la soirée. D'autant qu'il n'avait pas cours avec les Gryffondor ce jour-là. Mais à son grand désespoir, il aperçut Granger au détour d'un couloir. Assise sur le bord d'un renfoncement de mur, et visiblement sans se rendre compte qu'il l'observait, elle triturait sa cravate, l'enroulant autour de sa main et l'y faisant glisser, allumant en lui le feu d'un désir qui le fit se rendre dans sa salle de classe à l'heure convenue, et à s'y agenouiller, braquant le regard sur la poignée en attendant qu'elle tourne sur elle-même.