2- Un simple repas.
Sam organisait un nouveau dîner dans sa maison. Il voulait fêter sa récente promotion. Pour Castiel se fut une nouvelle torture psychologique de revoir son ami. D'autant plus qu'au début de la soirée Dean lui dit bonjour en lui faisant une accolade amicale.
- Hey Cass, quoi de neuf ?
Et ce surnom, « Cass », personne ne l'appelait comme ça. Il dut réfléchir un moment pour répondre une phrase logique.
- Hum… Pas grand chose tu sais… Le boulot, le boulot et le boulot.
Dean sourit. Ce fut l'heure de passer à table. Sam et surtout Ruby avaient cuisiné toute la journée. Jusqu'au moment du dessert tout se déroula sans problème. Mais en servant la tarte aux pommes, dont Dean raffolait tant, le maître des lieux posa LA question qu'il ne fallait pas.
- Alors Castiel, je sais que tu bosses beaucoup mais dis-moi, côté amour tu en es où ?
Il manqua de s'étouffer, sa peau blanche vira au rouge à cause de sa gêne perceptible. Il chercha soigneusement ses mots.
- Hum… Je n'ai personne dans ma vie…
Dean se mit à rire.
- Oh Cass, arrête ! T'es pas sérieux là ? Y'a personne qui te branche ? Tu pourrais avoir toutes les nanas que tu veux !
Castiel rougit de plus bel, il baissa les yeux. Son ami comprit une partie de l'histoire.
- Oh, on dirait que notre Cass est déjà amoureux de quelqu'un… Pas vrai ?
Tous les yeux se braquèrent sur un Castiel timide et gêné à mourir.
- C'est juste que… Cette personne ne sait pas que je l'aime…
Il faisait attention de ne pas dire « il » ou « elle ». Dean renchérit.
- Bah faut déclarer ta flamme alors !
Sam scruta son frère, lui voyait la détresse de son ami.
- Dean… Arrête, c'est bon.
- Bah quoi ? On peut savoir qui c'est Cass ? Eh, tu veux que je t'apprenne deux ou trois techniques de drague ? Tu deviendras un vrai Dom Juan ensuite !
Sans regarder son interlocuteur, Castiel bégaya.
- Je… Hum… Je sais que cet amour est impossible hélas.
- Pourquoi ?
- Dean, arrête ! gronda Sam.
- Cass ? reprit l'aîné.
Ce dernier paniqua et avoua.
- Parce qu'il ne m'aimera jamais. Il est foncièrement hétéro, jamais il ne voudra être avec un homme. Surtout moi…
Pour le coup, Dean perdit radicalement son sourire.
- « IL » ? Comment ça « IL » ? Merde Cass, tu es… Gay ?
Castiel leva les yeux pour voir la mine dégoûtée sur le visage de son ami. Il rétorqua alors.
- Je te rassure Dean, c'est pas contagieux. Pas comme l'homophobie…
Sam et Ruby échangèrent des regards interrogateurs, ils ne n'osaient pas parler.
- Cass, je suis pas homophobe ! Je suis choqué que tu ne m'es rien dit c'est tout. On se connaît depuis un moment et je croyais presque tout savoir de toi.
Castiel secoua la tête et se leva de table.
- Désolé Sam, je vais partir.
Le cadet se leva également pour raccompagner son invité. Au pas de la porte, à l'abri des oreilles indiscrètes, Sam eut une illumination.
- Castiel… Dis-moi, l'homme que tu aimes ce n'est pas par hasard…
Le cœur de Castiel se serra et puis Sam termina sa phrase.
- … Mon frère ?
Le silence gêné de Castiel donna la réponse au Winchester.
- Je suis désolé… J'avais des doutes bien sûr, mais je ne pensais pas que ce soit vrai…
Dans la pénombre de la nuit, Castiel laissa couler quelques larmes le long de ses joues. Sam sentit sa détresse sans toutefois savoir comme réagir.
- Castiel, je sais pas quoi te dire… L'amour a ses raisons que la raison ignore, comme on dit. Mais Dean est si con parfois ! Colérique, alcoolique, fêtard, bagarreur, têtu et macho… Tu ne perds rien tu sais…
Bien sûr, tout cela il le savait.
- Ça n'empêche rien tu sais… J'aime Dean… Je sais qu'il ne sera jamais avec moi. Je n'ai rien à lui apporter. Je ne gagne pas beaucoup d'argent, ma vie n'est pas très passionnante, je ne suis doué en rien du tout, je…
- Stop ! gronda Sam. Tu crois que tout cela a de l'importance pour mon frère ? Tu crois que les filles qu'il ramène des bars sont ingénieurs ? Castiel, tu es une personne exceptionnelle, tu fais passer les désirs et les besoins des autres avant les tiens. Tu es comme un Ange. Je pense que c'est plutôt ça qui dérange Dean. Parce que toute sa vie n'a été que violence, il ne connaît rien d'autre. Il n'a jamais eu un ami comme toi. Et être aimé par une personne aussi douce et gentille lui fait peur, car il ne sait pas ce que c'est.
Castiel baissa la tête pour pleurer. Le frère lui posa une main amicale sur l'épaule.
- Sam… Il n'y a pas que ça hélas. Je suis un homme et il aime les filles.
Le cadet se mit à sourire.
- Parce que tu penses vraiment que Dean n'est pas un gay refoulé ? Il ne veut pas l'admettre alors il le cache derrière son machisme, ses bouteilles de Whisky et ses coups du soir. C'est tout.
- Comment peux-tu en être aussi certain ?
- Parce que je suis son frère. Je le connais presque mieux que lui-même. Et je sais une chose, depuis qu'il t'a rencontré il ne parle que de toi. Cass par-ci, Cass par-là. « Cass a fait ça », « Cass est comme ci ». Tu crois que toutes ces soirées que je fais sont pour quoi ? Parce que cet imbécile n'est pas capable de prendre son téléphone pour t'appeler ! Il se ment tellement à lui-même, qu'il ne voit rien.
Ces mots serrèrent encore plus le cœur de Castiel. Son sentiment de perdition grandissait en lui. Sans le vouloir, il fondit en larmes dans les bras de Sam. Ce dernier comprenait sa douleur car il voyait la même dans les yeux de son frère lorsque ce dernier passait ses jours à s'autodétruire.
Sam venait de raccompagner Castiel jusqu'à sa voiture. Ensuite il était revenu auprès de Ruby et Dean. Ce dernier se leva, l'inquiétude se lisait sur son visage.
- Et Cass ?
- Il est rentré chez lui, il ne se sentait pas bien.
La culpabilité rongea Dean.
- Merde, c'est à cause de moi ? Je voulais juste le taquiner, je pensais pas que…
Il souffla un bon coup sans finir sa phrase. Déterminé, il marcha vers l'entrée.
- Je vais le voir. Il est chez lui hein ?
Sam tenta de l'en empêcher.
- Non attend ! Ne fais pas ça, je ne pense pas qu'il veuille te voir.
Dean s'étonna.
- Quoi ? Mais pourquoi ?
Le cadet, n'en pouvant plus, commença à se mettre en colère.
- Mais à ton avis Dean ? Tu es trop égocentrique pour voir quelque chose ou quoi ?
- Sam ?! Qu'est-ce qu'il se passe avec Cass ? Dis-le-moi !
Son frère se mit à hurler.
- Il t'aime Dean ! C'est toi l'homme hétéro dont il est tombé amoureux !
L'aîné paniqua, son visage prit une mine contrariée et désespérée.
- Q-Quoi ? Non ! Non, il ne peut pas… Pourquoi il ferait ça ? Il peut pas briser notre amitié comme ça !
Sam s'énerva de plus bel.
- DEAN ! Tu te fous de moi ou quoi ?! Toi, toi et toujours toi ! Arrête, t'es d'un narcissique impressionnant ! Cass est l'Être le plus gentil que tu n'es jamais rencontré, et le fait qu'il soit tombé amoureux d'une brute comme toi relève du miracle ! Alors tu la fermes et tu acceptes ce miracle !
- Sam, je ne suis pas gay bordel de merde !
- C'est ça et moi j'suis la Reine d'Angleterre hein ?
Ruby arriva dans l'entrée, les hurlements l'avaient alarmé.
- Les garçons, je pense que nous devrions partir nous coucher là. La nuit porte conseil comme on dit, alors calmons-nous et on se revoit demain. D'accord ?
Dean souffla encore une fois.
- Ok, pardon Ruby. Je vais rentrer à la maison...
Il mit sa veste en cuir en murmurant de rage.
- … En essayant de ne pas faire demi-tour pour ne pas casser la gueule de cet abruti d'homo.
- DEAN !
Mais Sam avait beau hurler, son frère partit et Ruby l'empêcha de sortir.
- Du calme, il ne va pas lui faire de mal. Tu connais ton frère, il parle, il parle, mais il ne fait jamais rien.
Un peu sur les nerfs, Sam aida sa femme à débarrasser la table et à tout nettoyer. Mais il pensait sans sens à ce que Dean serait capable de faire.
Castiel eut du mal à trouver le sommeil, il tourna encore et encore dans son lit. Il avait si chaud qu'il voulait arracher son pantalon de pyjama et son tee-shirt gris. Au moment où il comptait se déshabiller, quelqu'un toqua à la porte. Instinctivement, il regarda l'heure sur son réveil : 3h. Se demandant qui ne dormait toujours pas à cette heure-ci, il se dirigea vers la porte. Son visage se décomposa lorsqu'il reconnut Dean à travers l'œilleton. Le cœur battant, il ouvrit la porte. Son ami avait la mine rongée par la rage.
- Hello Cass.
Castiel commença à fermer la porte, la peur au ventre, mais Dean l'a retint d'un bras.
- Faut qu'on parle.
Il entra et ferma la serrure à clef derrière lui. Machinalement, Castiel se mit à reculer. La voix tremblante, il demanda.
- Dean, qu'est-ce que tu fais… ?
Toujours enragé, il avança à pas lent et cracha presque.
- Sam m'a dit ton sal petit secret. Depuis quand tu me caches ça ?
Castiel sentit sa tête heurter la fenêtre, ne pouvant plus fuir, il mit les mains en avant comme pour se protéger.
- Dean, écoute… Je suis désolé. Tu n'aurais jamais dû le savoir.
- Depuis combien de temps ?! Réponds !
- Depuis notre rencontre.
Dean blêmit.
- Ça fait plus d'un an que tu me mens ? Je te croyais mon ami !
Castiel était au bord de l'infarctus, toujours les mains en avant comme pour tenter de calmer le frère. En vain.
- Dean, je suis désolé. J'aurais voulu ressentir autre chose, mais je… Je t'aime.
Il le regarda fixement et le frère lâcha.
- Non.
Castiel n'eut finalement pas le temps d'avoir peur. La rage qui émanait de Dean lui fit commettre l'irréparable. De toutes ses forces, il décrocha un coup de poing dans le visage de son interlocuteur. Sous l'impact du choc, la tête de ce dernier cogna violemment la fenêtre derrière lui. Le bruit de verre brisé retentit dans la pièce. Castiel tomba inconscient au sol.
- Putain d'homo !
Dean ragea. Mais sa colère se dissipa peu à peu lorsqu'il vit Castiel étendu, les yeux fermés. Il s'agenouilla devant lui.
- Hey, Cass !
Il dut faire attention aux éclats de verre par terre. Il prit alors la tête de Castiel entre ses mains. Il sentit un liquide chaud couler sur ses doigts. En relevant ses bras, il aperçut du sang sur ses doigts. La peur l'envahit. En tournant légèrement la tête de son ami sur le côté, il découvrit une plaie ensanglantée. D'un coup, les larmes lui montrèrent aux yeux.
- Cass, non…
Il prit son pouls, son cœur battait encore mais Castiel n'avait toujours aucune réaction. Dean laissa tomber ses larmes qui se mélangèrent au sang de son ami sur le sol. En sanglotant, il avoua.
- Cass merde, pitié… Je t'en prie, je suis désolé… Je ne voulais pas. Pardon. Pitié, réveilles-toi ! Cass !
Il tenta de le réanimer mais rien ne fonctionna. Explosant de chagrin et de culpabilité, Dean appela les urgences.
