Noir.

Il fait noir dans la pièce où je suis.

Il fait aussi noir que dans le manoir ce jour-là.

J'ai mal, j'ai froid, j'ai peur. Je voudrais oublier que je souffre, que mon corps est glacé, que mon cœur est rongé par l'angoisse. Je voudrais oublier que mon estomac crie famine alors que je n'aurais rien à manger. Je voudrais oublier que je vais probablement mourir.

Le souvenir manque s'envoler et me laisser seul dans cette pièce sombre, face à mes cauchemars et à mes craintes. Je le rattrape juste à temps et je me concentre de toutes mes forces pour qu'il envahisse mon esprit et me transporte hors de ma prison. Pour qu'il me redonne de l'espoir et la force de lutter pour survivre.

Je me laisse porter, je me laisse flotter, je me laisse emporter. Et ça fonctionne.

Je retourne dans le manoir.

# #

Scott avança dans le couloir et se dirigea à pas lents vers le salon. Il sentait la présence de Stiles juste derrière lui, le stress et l'angoisse rendant sa respiration difficile. Le loup garou pénétra dans la pièce plongée dans la pénombre. Même sans ses capacités de lycanthrope, l'adolescent n'aurait pas été complètement aveugle car la porte d'entrée entrouverte permettait à la lumière extérieure de pénétrer dans le salon.

Soudain, alors que les deux garçons n'avaient fait que quelques pas dans le manoir, Scott se jeta vivement sur le côté, sans crier gare. Stiles n'eut même pas le temps de le suivre. Il avait juste discerné la forme de son meilleur ami qui bondissait sur la droite et avant qu'il ait pu esquisser le moindre geste, le loup garou avait actionné l'interrupteur et la lumière l'éblouit, lui faisant vivement battre des paupières.

Comme un seul homme, les treize personnes présentes dans la pièce se mirent à crier en chœur :

— Surprise !

Derek et ses yeux d'un vert brillant, Melissa, assise dans un fauteuil, Peter aux côtés de l'infirmière, une main sur son épaule, Danny, une moue mi gênée, mi fière, sur les lèvres, Erica et Allison qui rigolaient, Lydia, blottie contre Jackson, Matt qui avait son appareil photo à la main, Louane et Hana, discrètes comme à leur habitude, Isaac, qui lui fit un clin d'œil et son père, l'air ému. Ils étaient tous là, souriant et applaudissant. Stiles eut du mal à comprendre ce qu'il se passait. Puis, la lumière se fit dans son esprit et il sourit béatement. C'était le 24 août aujourd'hui, le jour de son anniversaire. Evidemment, tous ses amis lui avaient envoyé un texto ou l'avaient appelé pour le lui souhaiter, mais il avait été convenu avec la meute de célébrer l'événement le samedi suivant, pour être certain que tout le monde serait disponible.

Les adolescents étaient toujours en vacances mais avec la rentrée qui approchait, ils se trouvaient une multitude de choses à faire d'urgence avant la reprise des cours. Lydia et Jackson partaient régulièrement en excursion pour aller faire du shopping dans le grand centre commercial d'une ville voisine, Scott faisait des heures en plus chez Deaton car au retour les vacances, la clinique vétérinaire était pleine tandis que Peter et Melissa préparait l'arrivée des jumeaux, qui était imminente.

Au vu des raisons évoquées précédemment, la meute avait donc conclu de fêter l'anniversaire de Stiles durant le weekend. C'est pourquoi l'adolescent ne s'attendait pas du tout à voir toutes les personnes auxquelles il tenait dans le salon du manoir. D'autant plus que Derek lui avait envoyé un message assez alarmant et que Scott avait assuré n'entendre personne dans le bâtiment, ce qui avait nourri l'angoisse de son meilleur ami. Alors qu'en fait, l'alpha et le garçon étaient de mèche depuis le départ et lui avaient fait croire qu'il s'était passé quelque chose de grave pour ne pas éveiller ses soupçons.

Stiles eut d'abord envie de s'énerver pour avoir été mené en bateau par deux des personnes qu'il aimait le plus. Pendant qu'ils se payaient sa tête, lui s'angoissait en imaginant que les anciens complices de sa tante cherchaient à venger sa mort en venant prendre la meute en otage.

Puis, l'adolescent réalisa qu'il n'y avait que des visages rayonnants tournés vers lui. Les filles semblaient être celles qui étaient les plus heureuses de la réussite de leur plan. Un plan que ses amis avaient si parfaitement monté que le garçon ne s'était douté de rien. Un plan qui avait nécessité une excellente cohésion d'équipe afin que le secret soit gardé jusqu'au bout. Un plan qui avait été ficelé dans le but de lui faire une surprise et de lui faire plaisir.

Un sourire ravi s'épanouit sur le visage de Stiles. Il ne changerait sa meute pour rien au monde.

— Bordel, vous m'avez fait une de ces frayeurs ! s'exclama-t-il en portant une main à son cœur.

— C'était le but, s'esclaffa Scott en lui donnant une tape sur l'épaule.

— Espèce de traitre, grogna son meilleur ami. Et moi qui te faisais entièrement confiance …

— Tu aurais préféré passer le reste de la soirée à jouer aux jeux vidéo ? releva le loup garou.

L'humain ne répondit pas. Bien sûr que non ! Maintenant que la surprise et la colère de s'être fait mené en bateau étaient passées, l'adolescent était plus que ravi de savoir que ses amis avaient pris la peine de lui organiser une fête d'anniversaire en secret. Cela ne l'empêchait pas de grommeler un peu. Après tout, le garçon était en quelque sorte le roi, ce soir. Il pouvait bien se permettre de râler.

Stiles capta le regard vert brillant de Derek, qui l'observait avec un sourire en coin. L'adolescent avait envie de se jeter dans ses bras mais il se retint. Quelques mois auparavant, il ne se serait pas gêné pour lui montrer son affection et se serait blotti contre lui sans se soucier des autres. Mais suite à leur rupture, le garçon avait pris du recul. Et même s'il avait décidé de laisser une nouvelle chance à Derek et de se remettre avec lui, il avait pourtant pris soin de conserver ce qu'il appelait en son for intérieur « des limites de sécurité ».

Ces « limites de sécurité » consistaient en un moyen de se protéger d'une éventuelle rupture. En s'empêchant de redevenir accro à l'alpha comme il l'avait été depuis le début de leur relation, Stiles espérait que si la vie devait les éloigner de nouveau, il s'en remettrait mieux que lors de leur première séparation. L'adolescent en profitait également pour continuer de se venger du comportement du loup garou, en lui prouvant que désormais, il pouvait tout à fait se passer de lui.

Le garçon s'arracha à ses pensées pour se tourner vers son père.

— T'étais aussi dans le coup ? fit-il semblant de s'offusquer.

— Oui. Comment voulais-tu que je résiste à Lydia et Allison, quand elles sont venues me demander de participer à ta surprise ?

Stiles haussa un sourcil narquois mais n'eut pas le temps de répliquer autre chose. Scott lui agrippa l'épaule et le secoua gentiment.

— Tu ne vas pas passer la soirée à nous reprocher d'avoir organisé une petite fête en secret ? Allez, viens ouvrir tes cadeaux ! Y en a une montagne, ça risque de te prendre du temps !

— Une montagne ? répéta l'adolescent, incrédule.

— Dix-sept, précisa Lydia dans un sourire rayonnant.

Stiles se retint de dire que selon la tradition, étant donné que c'était son dix-huitième anniversaire, ses amis auraient dû lui offrir le nombre de cadeaux correspondant à son âge, voire même un de plus, vu qu'il entamait sa dix-neuvième année. Mais il jugea que ce n'était pas le genre de réflexion à faire. Après tout, si ses amis s'étaient cotisés pour lui acheter dix-sept objets, c'était déjà énorme ! Il ne voulait pas leur faire de la peine en réclamant un cadeau de plus. Surtout que le garçon savait que s'il faisait état de son point de vue, Lydia ferait en sorte qu'il obtienne son dix-huitième présent.

Alors que Stiles faisait mine de s'approcher de la table sur laquelle il y avait ses cadeaux, une main se posa sur son épaule et l'adolescent se retourna, les sourcils froncés, ne sachant pas qui pouvait se tenir derrière lui.

Le garçon retint un hoquet de stupeur en découvrant un regard chocolat profond, un sourire énigmatique, une montagne de muscles et une peau noire comme l'ébène.

Boyd se racla la gorge avant de lancer.

— Joyeux anniversaire !

Il sourit gentiment à Stiles, qui battit des cils, incrédule. L'adolescent ne s'attendait pas du tout à voir le loup garou surgir dans le salon du manoir pour son anniversaire. Plus personne de la meute n'avait de ses nouvelles depuis qu'il avait déménagé. Enfin, apparemment, quelqu'un avait gardé contact avec le garçon à la peau noire, puisqu'il était là.

Stiles finit par sourire en retour à l'ancien membre de la meute de Derek et lui tapota sur le bras.

— Hey ! Ça fait plaisir de te voir ! Ça va ?

Boyd acquiesça et après avoir échangé quelques mots avec l'adolescent, il recula pour le laisser aller découvrir ses autres cadeaux. Le loup garou prit soin de se placer à côté de Danny, loin d'Erica. Même si cela faisait presque un an qu'ils avaient rompu, il y avait toujours une petite tension entre eux deux. Ce que la jeune fille lui avait fait savoir dès qu'elle l'avait vu pénétrer dans le salon du manoir, dans l'après-midi, alors qu'elle aidait à décorer la pièce.

Un regard glacial, un « bonjour » tout aussi froid et une bise polie, mais sèche. Le garçon à la peau noire n'avait pas eu besoin d'un décodeur pour comprendre qu'Erica lui en voulait toujours de l'avoir quitté. Il avait décidé de ne pas y faire attention et avait discuté avec les autres. Pourtant, même si son ancienne meute l'avait bien accueilli, Boyd sentait qu'il n'y avait plus sa place. Que les autres loups lui en voulaient encore d'être parti.

L'adolescent quitta ses pensées moroses pour se concentrer sur Stiles qui ouvrait un premier cadeau. Le garçon se débattit quelques instants avec le ruban qui entourait le papier mais finit finalement par réussir à démêler le nœud sans se servir de la paire de ciseaux que lui tendait Lydia. Il découvrit un maillot des Mets, différent de celui qu'il avait déjà, mais toujours dans les couleurs bleu et orange de son équipe de baseball préférée.

— Je croyais que ces deux couleurs n'allaient pas ensemble ? ricana l'adolescent.

— Et elles ne vont pas ensemble ! confirma la rousse.

— Mais vu que c'est toi qui les porte, on s'en fiche, poursuivit Allison.

— Il faudra juste que tu te tiennes loin de nous quand tu mettras ce maillot. On n'a pas envie d'être associées à une telle faute de goût, conclut Erica.

Les trois filles échangèrent un regard complice et pouffèrent. Stiles fit semblant de ne pas les avoir vues et s'empara du cadeau suivant. C'était un paquet fin et rectangulaire et lorsqu'il eut arraché le papier qui l'enveloppait, l'adolescent découvrit un jeu vidéo d'aventures. Il l'avait déjà acheté par le passé mais le Cédérom n'avait pas survécu au poids du garçon après qu'il lui ait marché dessus.

Stiles découvrit ensuite un film qu'il était allé voir au cinéma avec ses amis et qu'il avait adoré. C'était l'histoire de deux hommes qui étaient virés de leur ancienne boîte et se retrouvait à effectuer un stage dans l'entreprise Google alors qu'ils n'y connaissaient rien en matière de nouvelles technologies ou d'Internet.

L'adolescent reçut également une clé USB à brancher sur le poste radio de sa Jeep et sur laquelle Danny avait mis plusieurs dizaines de chansons que la meute avait sélectionnées pour leur ami. Les filles lui avaient également confectionné une carte d'anniversaire dont la phrase « Joyeux anniversaire ! » apparaissait en relief lorsqu'on l'ouvrait. Quant aux garçons, plutôt que de faire une carte, ils avaient opté pour lui offrir une entrée dans un parc d'attractions.

Le garçon voyait la pile de cadeaux diminuer au fur et à mesure et il n'arrivait pas à croire qu'il y en ait encore, après tout ce qu'il s'était déjà fait offrir. Il soupçonnait Derek d'avoir participé à l'achat de la majorité des cadeaux, parce qu'il ne voyait pas comment ses amis auraient pu faire pour lui offrir tant de choses.

— Un chèque-cadeau pour m'acheter des vêtements ? ne put s'empêcher de relever Stiles après avoir déchiré une enveloppe. Vous trouvez que je m'habille mal ?

— Non. Mais les filles tenaient absolument à t'offrir une autre fringue que ton maillot des Mets, expliqua Isaac. On s'est dit que quitte à t'acheter quelque chose, autant que tu le choisisses toi-même.

L'humain hocha la tête et se concentra sur la nouvelle enveloppe dont il s'était saisi. Elle était assez lourde et il se demanda ce qui avait pu être placé à l'intérieur. Lorsqu'il l'ouvrit enfin, après l'avoir soupesée quelques instants, Stiles trouva un petit boitier noir avec l'insigne Chevrolet dessus. En appuyant sur un bouton, l'adolescent en fit jaillir la clé qui avait été repliée à l'intérieur du boitier. Il observa un instant l'objet avant de se tourner vers Derek, l'air perplexe.

— Que …

— Tu n'arrêtes pas de me dire que tu veux conduire ma voiture, se justifia l'alpha en haussant les épaules. Comme ça, tu arrêteras de me harceler pour que je te donne les clés, tu les auras déjà sur toi. Il te suffira de me prévenir que tu prends la Camaro.

Stiles sourit doucement au loup garou, qui était juste à côté de lui, et se permit d'aller le serrer dans ses bras, bien qu'il ait tout fait pour l'ignorer depuis le début de la soirée. Il savait que Derek faisait tout pour lui prouver qu'il l'aimait encore profondément, multipliant les petites attentions discrètes, et ce malgré le comportement lunatique de l'adolescent, tantôt distant, tantôt complice.

Lui prêter sa voiture était une belle preuve de confiance et le garçon se sentait énormément touché par ce geste. Il ne fit pourtant pas durer trop longtemps son étreinte avec Derek et entreprit d'aller finir d'ouvrir ses derniers cadeaux.

Il y avait encore une bande dessinée inspirée d'un jeu vidéo que Scott et lui adorait et un flacon de son parfum préféré, qu'il avait fini la semaine précédente. Stiles comprenait maintenant pourquoi son père lui avait dit de ne pas en racheter tout de suite. Et lui, il n'avait rien vu venir ! L'adolescent se trouvait bien crédule, parfois.

Il attrapa un paquet et lorsqu'il l'ouvrit, il découvrit une sorte de boîte en plastique, dont l'ouverture était grillagée. Perplexe, le garçon lança un regard à ses amis et les découvrit tous en train de pouffer bêtement de rire. Un sourcil levé, une moue étonnée sur le visage, Stiles ouvrit un autre paquet rectangulaire et découvrit un bac gris, lui aussi en plastique.

De plus en plus perdu, l'adolescent se saisit de la dernière enveloppe qu'il y avait sur la table et la déchira pour découvrir à l'intérieur la brochure d'un élevage de chats. Le garçon fixa le papier, observa le bac et la boîte en plastique, fronça les sourcils et enfin, il comprit. Comme si elle avait lu dans ses pensées, Lydia déclara :

— On a hésité, parce qu'on voulait vraiment te faire la surprise, mais on s'est dit que plutôt que de choisir pour toi, ce serait mieux que tu voies toi-même celui que tu veux.

— Je ne sais pas si c'était la meilleure solution, soupira le garçon. Je ne vais jamais savoir lequel adopter quand je serai face aux chatons !

La meute rigola face à la déclaration de leur ami. Stiles s'apprêtait à remercier tout le monde quand Matt le stoppa.

— Attends, il reste deux cadeaux que tu n'as pas vus !

Le photographe montra son ordi, prêt à projeter quelque chose sur la télé et chacun se tourna vers l'écran plasma du salon. Le fils Daehler appuya sur une touche de son clavier et le visage de Scott apparut sur la télé.

— C'est bon ? C'est en route ? Sûr ? Si je parle, ça va être enregistré ?

— Mais oui, je te dis que c'est bon, répondit la voix de Matt.

— Ok. Bon, bin … Hey, Stiles ! Bon, si tu vois la vidéo, c'est que tu as découvert notre petite surprise. Hé, hé, hé, j'espère que tu ne te doutais de rien ! Bon, bah, tout ça pour te dire que je te souhaite un joyeux anniversaire ! Et j'espère que tu ne m'en veux pas trop, de t'avoir mené en bateau. T'as vu, j'ai gardé le secret jusqu'au bout ! Enfin, je croise les doigts pour ne pas avoir vendu la mèche avant le jour J. C'est tout à fait mon genre … Bon, euh, Matt me fais signe d'abréger donc je vais m'arrêter là, alors. Encore joyeux anniversaire !

Après Scott, chaque membre de la meute se succéda sur l'écran pour souhaiter un bon anniversaire à Stiles. Tous les messages émurent l'adolescent et il sentit les larmes lui monter aux yeux lorsque Matt enchaîna avec un mini-film composé de photos du garçon depuis sa naissance jusqu'à son adolescence. Pendant que les clichés défilaient en boucle, Lydia proposa de servir les verres de punch et elle s'éclipsa avec Erica et Allison dans la cuisine pour aller chercher des petits fours et des gobelets.

Stiles se détourna de l'écran et commença à aller remercier tout le monde pour les cadeaux qu'il avait reçus. La musique retentissait joyeusement dans le salon et les conversations allaient bon train.

Après avoir reçu les vœux de tous les invités, l'adolescent rejoignit Scott, Jackson, Danny et Matt qui étaient en train de discuter avec Boyd, tâchant d'éviter de regarder vers Isaac, Allison et Lydia qui, par solidarité pour Erica, évitaient de traîner avec le loup garou à la peau d'ébène. Le garçon espérait juste que la tension resterait minimale et ne viendrait pas gâcher la fête.

Stiles secoua la tête pour éliminer les pensées négatives de son esprit. C'était son anniversaire, il n'allait pas ruminer dans son coin, quand même ! L'adolescent se concentra sur ce que son meilleur ami racontait à Boyd d'un ton joyeux. L'adolescent sourit. Il se sentait réellement bien, entouré de ses amis et de sa famille.

— Et ensuite, il a été tellement surpris qu'il en est tombé de sa chaise ! s'esclaffa Scott en lançant un regard moqueur à son meilleur ami.

Le reste du groupe éclata de rire et Stiles fit une moue boudeuse.

— Si vous vous moquez de moi, je repars, bougonna-t-il en s'éloignant pour rejoindre les filles et Isaac.

— Mais naaaaaan, reste ! lança Scott.

— Je crois que tu l'as vexé, souligna Boyd avec un sourire gêné.

— Vexé ? releva Jackson. Tu parles, il en faut plus pour vexer Stiles. Et puis, dans quelques minutes, il aura tout oublié. De toute façon, il ne peut pas rester fâché avec Scott, il l'aime trop pour ça !

— A ce point ? rigola doucement le loup garou à la peau d'ébène.

— Faut avouer que si on ne savait pas que Scott était avec Allison et que Stiles était avec Derek, on pourrait se poser des questions sur leur relation, annonça Danny.

— N'importe quoi ! râla le numéro onze de l'équipe de crosse. Ch'uis pas gay !

— Stiles aurait juré la même chose il y a un an, susurra Jackson avant de siroter le contenu de son gobelet.

Scott se mit à marmonner dans son coin et vexé, il s'éloigna sous les réflexions moqueuses de Jackson pour rejoindre son meilleur ami, toujours en train de discuter avec les filles et Isaac. Boyd l'avait suivi des yeux, inquiet à l'idée que les railleries aient pu le blesser. Puis, le garçon se rappela qu'il s'agissait de Scott et qu'il en fallait bien plus pour le froisser. Rassuré, le loup garou reprit sa discussion avec Jackson et Danny.

# #

J'avais été triste quand Boyd était parti. Bien sûr, pas autant qu'Erica, qui avait été la plus affectée par son départ, étant donné qu'il l'avait largué avant de quitter la ville. Mais j'avais quand même ressenti de la peine. On n'était pourtant pas si proches que ça. Je ne suis même pas sûr qu'on ait été vraiment amis. Ça doit être un truc de meute. Tout le reste du groupe était malheureux et ça m'avait affecté aussi.

Toujours est-il qu'en le revoyant avec nous dans la pièce, ce jour-là, j'ai ressenti de nouveau de la tristesse. Parce que je savais qu'il ne revenait pas pour toujours. Qu'il repartirait aussi vite qu'il était arrivé. Il n'avait rien dit, mais je l'avais lu dans ses yeux, alors qu'ils discutaient avec nous et que je l'observais de loin.

Et aujourd'hui encore, je ressens cette même tristesse qui me sert le cœur. Et je ne veux pas me souvenir de ça. Parce que je souffre assez comme ça quand ils sont là. Alors, je veux oublier tout ce qui peut m'apporter du chagrin.

Sauf qu'en essayant de chasser le visage mélancolique de Boyd de mon esprit, je chasse aussi le souvenir de cette soirée, ce souvenir qui me fait tant de bien. Qui me permet de résister. De survivre.

Alors, à contrecœur, je me reconcentre sur cet événement et j'essaie de passer le plus rapidement possible les moments où j'ai croisé Boyd. Mais plus j'essaie de les faire défiler vite et plus j'ai l'impression qu'ils s'étirent dans mon esprit.

Je finis par céder. Et je me remémore chaque instant de cette soirée dans le moindre détail. Parce que je le préfère quand même être mélancolique en y repensant que me souvenir de ce qu'ils me font subir tous les jours.