Stiles ouvrit la portière côté passager de la Camaro de Derek et lança un regard à l'alpha qui venait de se garer devant le lycée.

— Tu viens me chercher, ce soir ?

— Non, je te laisse rentrer chez toi à pied, maugréa le loup garou en levant les yeux au ciel.

— Gna-gna-gna, bougonna l'adolescent. T'es tellement méchant que pour la peine, je ne te souhaite pas bonne chance pour ton entretien d'embauche !

Le shérif avait renouvelé la proposition qu'il avait faite à Derek avant que celui ne quitte Stiles, c'est-à-dire lui proposer un emploi au poste de police dans lequel il travaillait. L'alpha, qui en avait marre de chercher un travail, avait accepté l'offre et devait passer une journée d'essai avec le père de son copain.

Le loup garou secoua la tête en voyant son amoureux sortir de la voiture et se diriger vers son groupe d'amis. Il redémarra pour quitter le parking et se rendre au commissariat.

Stiles trottina et s'arrêta près de Scott, qui avait passé son bras par-dessus l'épaule d'Allison.

— Alors, ton prince charmant t'a déposé en carrosse, princesse ? se moqua Jackson, un sourire moqueur sur les lèvres.

— Oui, ma Jeep est en réparation, j'ai un problème avec mon pot d'échappement …

— Encore ? s'étonna Isaac.

— Tu devrais songer à changer de voiture, lança Lydia. Tu as fait énormément de frais dessus et à mon avis, ce n'est pas fini. Alors autant investir cet argent dans un véhicule plus récent.

Stiles enfonça les mains dans la poche de son sweat et fit la moue. Il savait que ses amis trouvaient sa Jeep vieillotte et ringarde, et lui-même en avait marre de devoir la réparer régulièrement, mais il aimait sa voiture. L'adolescent s'y était attaché et n'avait pas la moindre envie d'en changer, quitte à devoir mettre ses économies dans des réparations en tous genres.

Alors que le garçon allait répliquer qu'il n'allait pas abandonner sa Jeep, une main se posa sur son épaule et le fit sursauter. Il se retourna pour découvrir Derek, sa veste en cuir sur le dos et une esquisse de sourire sur les lèvres.

— Mais, euh … Tu n'es pas parti au poste de police ? bafouilla son amoureux, surpris.

— J'y allais quand je me suis rendu compte que tu avais oublié ton sac de cours dans ma voiture, se moqua l'alpha. Donc, je viens te le rapporter.

La meute éclata de rire et Stiles, déconfit, attrapa son sac pour le jeter sur son épaule. Il s'attendait à ce que le loup garou reparte rapidement, une moue goguenarde sur le visage, mais le jeune homme le fixait, comme s'il attendait quelque chose. L'adolescent s'apprêtait à lui maugréer un remerciement quand il capta la lueur indécise dans les yeux verts de Derek.

En un instant, il comprit. L'alpha avait envie de l'embrasser pour lui dire au revoir mais il n'osait pas le faire. Pas par pudeur, parce que le reste de la meute était au courant pour eux et les avaient déjà vu faire, mais par respect pour le garçon. Ils étaient tout de même devant le lycée et le loup garou ne savait pas si son amoureux avait envie d'être embrassé par un garçon devant ses camarades.

Stiles se senti fondre. Derek était vraiment un copain génial. L'adolescent se maudit intérieurement d'avoir une telle pensée. Ce n'était pas comme ça qu'il allait pouvoir conserver la distance de sécurité nécessaire à sa survie dans le cas d'une future rupture. Alors il rajouta mentalement que l'alpha était un copain génial quand il ne le larguait pas pour d'obscures raisons.

Satisfait de sa conclusion, le garçon passa un bras autour du cou du jeune homme pour l'attirer à lui et plaqua ses lèvres sur les siennes. Il s'en fichait du regard des autres. Il s'en fichait des ragots qui allaient courir dans les couloirs du lycée. Il s'en fichait de Lydia qui applaudissait, d'Allison et Erica qui rigolaient, de Jackson et Scott qui se moquaient.

Il embrassait Derek. Derek l'embrassait. Rien d'autre ne comptait.

# #

Lydia avait l'air tellement radieux ce jour-là. Elle a toujours aimé faire bonne impression du premier regard et savait se mettre en valeur pour qu'on ne voie que le meilleur d'elle, même quand elle n'avait pas le moral. Elle n'était pas la seule à avoir un grand sourire. Tout le monde était plutôt heureux, en fait. Pourquoi la meute ne l'aurait-elle pas été ? D'accord, c'était la rentrée, mais nous étions tous ensemble, en vie, et c'était l'essentiel. Mais le sourire de Lydia était celui qui m'avait le plus marqué.

Qu'est-ce que je ne redonnerai pas pour retourner les voir, tous… J'aurais tant voulu que tout ne se complique jamais. Que tout reste simple. Qu'on soit encore des lycéens innocents. Que nos principaux soucis soient les vêtements qu'on mettrait pour notre bal de promo, les examens et les photos qu'on accroche dans notre casier.

Pourquoi avait-il fallu qu'ils s'en mêlent ? Pourquoi m'avaient-ils arraché à la tranquillité de la meute ? Je n'avais rien demandé. Je ne voulais pas spécialement leur causer du tort à eux. Je voulais juste protéger mon meilleur ami.

Un frisson me parcourt le dos et je retiens un haut de cœur. Si je vomis, ils ne viendront pas nettoyer ma cellule et je devrais supporter l'odeur et la vision de … De quoi ? Je n'ai plus rien dans l'estomac depuis … Depuis combien de temps ? Combien d'heures ou de jours depuis mon repas ? Qu'est-ce qu'était mon dernier repas déjà ? Je … Je ne me souviens plus. Je … Qu'est-ce que j'avais mangé ? Ai-je déjà mangé une fois depuis que je suis là ? Je suis enfermé ici depuis trop longtemps. Vraiment ? Depuis trop longtemps ? Comment pourrais-je le savoir ? Je ne vois même pas la lumière du soleil ! Comment pourrais-je savoir depuis combien de temps j'ai été arraché à ma meute ?

Je retiens ma respiration, juste quelques secondes. C'est ce qu'il fallait pour stopper le flot de questions et de réflexions pessimistes qui menaçait de me submerger. Il faut que je fasse attention à ne pas trop dériver de mes souvenirs, sinon, je vais devenir fou à force de me torturer l'esprit. Et je n'ai pas besoin de ça. Pas quand eux sont là pour m'infliger des souffrances quand ils en ont le temps ou l'envie.

L'image d'un couteau effilé se faufile dans mon esprit et mes doigts s'agrippent à la blessure qui court le long de mon avant-bras. Je repousse cette vision et me concentre sur un autre souvenir, plus heureux. En fermant les yeux, je parviens à retourner au lycée, en ce jour de rentrée où j'étais avec mon meilleur ami, loin des soucis. Loin de la souffrance. Loin d'eux.

# #

Jackson était assis à côté de Danny et prenait distraitement des notes pendant que son professeur de mathématiques leur parlait du programme qui les attendait cette année. Le gardien de l'équipe de crosse finit par lui donner un coup de coude et lui souffla :

— Est-ce que tu penses que je devrais essayer de redevenir ami avec Isaac ?

Le blond haussa un sourcil perplexe et lança un regard blasé à son voisin. Il fronça le nez en voyant que son meilleur ami attendait une réponse plus approfondie que ces quelques grimaces et soupira avant de jeter un œil vers le loup garou frisé. L'adolescent semblait écrire sur sa feuille ce que l'enseignant disait, mais une tension dans ses épaules apprit à Jackson qu'il était en train d'écouter sa conversation avec Danny.

— Non, déclara le blond. Tu devrais passer à autre chose. Définitivement. Si vous vous remettez ensemble, ça ne va pas fonctionner.

— Je ne te parle pas de me remettre avec lui ! protesta le gardien.

— Oui, mais toi et Isaac, vous avez été trop proches pour être juste des amis. Et vous vous êtes trop éloignés pour vous remettre en couple.

— Ca avait fonctionné pour Lydia et toi, malgré vos disputes !

Jackson roula des yeux.

— Peut-être, mais Isaac est un con.

Danny fit une grimace mais ne renchérit rien. Le blond retint un soupir. Il avait été sec avec son meilleur ami et dur envers le garçon frisé, mais si l'adolescent savait qu'il avait exagéré, il ne regrettait rien. Avant que le gardien de l'équipe de crosse ne l'interrompe avec ses questions, il était en train d'écouter ce que Scott disait à Stiles et il n'avait pas envie d'en louper une miette.

— Mais non, tu te fais des idées, grommela le fils du shérif.

— Je te jure que non ! Allison est de plus en plus distante avec moi, assura le loup garou.

— Pourtant, elle avait l'air heureux d'être à côté de toi ce matin, et elle t'a même embrassé avant de partir à son cours.

Scott soupira.

— Je sais. Ce matin, tout allait bien et c'était super. Mais parfois, quand on est que tous les deux et qu'elle croit que je ne la regarde pas ou quand elle se pense seule dans sa chambre alors que je l'observe par sa fenêtre, elle a ce regard …

— Quel regard ? releva Stiles, l'air intrigué.

— Le même regard qu'elle avait lorsque Gérard l'avait manipulé pour la monter contre Derek.

Le meilleur ami du loup garou leva les bras au ciel, comme pour implorer un quelconque Dieu d'ôter ses idées saugrenues de la tête de son voisin de table. Le professeur remarqua son geste et ne manqua pas de l'interpeller :

— Vous avez une question, M. Stilinski ?

L'adolescent se figea un instant avant d'agiter brièvement la main devant lui et de la reposer sur son bureau.

— Euh non je … Je chassais juste une mouche.

L'enseignant lui glissa un regard peu convaincu mais décida de se reconcentrer sur son cours. Après s'être assuré que l'attention s'était détourné de lui, Stiles recommença à discuter avec son meilleur ami :

— Tu dérailles complètement, mon vieux. Allison t'aime et elle fait partie de la meute. La seule famille qui lui reste, c'est son père, et je vois mal Chris l'inciter à nous éliminer.

— Je sais … gémit Scott. Mais je te jure que je n'invente pas ce regard !

— Si tu le dis, grogna son voisin. Mais moi, je soutiens qu'elle t'aime et que tu te fais des idées.

Le loup garou posa sa joue dans sa main et fit une moue déçue. Il avait espéré que Stiles le soutienne et le réconforte, mais la discussion n'avait pas eu l'effet escompté. L'adolescent n'eut cependant pas le temps de se lamenter. Le cours de mathématiques se finissait et après avoir fini sa phrase, l'enseignant annonça à ses élèves qu'ils pouvaient se rendre à leur prochain cours.

Alors que les élèves rangeaient leurs affaires, une fille blonde lança à la cantonade :

— Je viens d'avoir une texto d'une amie et le prof de littérature est absent pour la journée. On a deux heures de libre !

La nouvelle fut accueillie avec joie et un sourire naquit sur les lèvres de Scott. Stiles lui attrapa le bras et le loup garou haussa un sourcil en voyant que son meilleur ami plissait les yeux, comme s'il réfléchissait.

— Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il.

— C'est que … C'est Peter qui est censé nous faire cours de littérature et … S'il n'est pas là, c'est que …

Scott n'eut pas besoin que Stiles finisse sa phrase. Il avait parfaitement compris ce qu'il voulait lui dire. Une seule raison aurait pu pousser Peter à manquer le jour de la rentrée.

Et cette raison, c'était l'arrivée des jumeaux.

# #

Peter était sur le point de partir au lycée lorsqu'il s'immobilisa dans l'entrée, la main sur la clenche de la porte d'entrée. Il avait bien pris son sac, il avait son téléphone portable dans poche, il avait les clés de sa voiture et il avait embrassé Melissa avant de partir. Mais il était retenu par une intuition. L'intuition que quelque chose allait se passer dans quelques secondes.

Alors, le loup garou resta sur le pas de la porte et attendit, écoutant la respiration de l'infirmière. Puis, il fit demi-tour, poussé par son intuition, et remonta à l'étage. Lorsqu'il entra dans la chambre, il jeta un regard inquiet à sa compagne.

— Ça va ? demanda-t-il en voyant la moue figée qui était peinte sur son visage.

— Oui mais … Je crois que les jumeaux arrivent … souffla Melissa.

Peter resta un moment stoïque avant de déglutir.

— Pardon ?

— Je n'en suis pas sûre mais les contractions sont de plus en plus régulières et …

— Tu as perdu les eaux ?

Le loup garou s'étonna lui-même d'entendre sa voix dans un registre aussi aigu. Il n'était pas du genre à paniquer facilement ni à devenir hystérique, mais la situation commençait à lui échapper et il ne savait pas quoi faire. Le lycanthrope avait attendu ce moment avec impatience et pourtant, à cet instant, il aurait préféré que les bébés attendent encore un peu avant de montrer le bout de leur nez.

— Non, pas encore, mais ça ne saurait tarder, lança Melissa en se redressant dans le lit.

En voyant la lueur paniquée qui passait dans les yeux de Peter, l'infirmière décida qu'il était temps de prendre les commandes.

— La valise est dans l'armoire. Va la mettre dans la voiture, pendant que je passe un peignoir.

Le loup garou hocha la tête et se dirigea vers le meuble dans lequel était rangée la valise qu'il avait passé l'été à préparer, pliant et dépliant les affaires pour les jumeaux, en choisissant de nouvelles à chaque fois. Pendant ce temps, Melissa se leva lentement du lit.

Dès qu'elle s'était réveillée, elle avait reconnu les signes annonciateurs de l'arrivée des jumeaux. Elle entrait dans sa trente-septième semaine de grossesse et elle savait que si les bébés ne sortaient pas naturellement, les médecins lui déclencheraient son accouchement sous peu. Mais l'infirmière avait préféré ne pas révéler ce détail à Peter, sachant qu'il était à la fois aussi impatient que stressé.

Elle avait attendu un peu, comptant les minutes qui séparaient chaque contraction, et elle hésitait encore à rappeler le loup garou quand celui-ci était remonté dans la chambre. Melissa lui avait donc avoué qu'elle pensait le moment venu. Un sourire apparut sur son visage alors qu'elle enfilait son peignoir et observait du coin de l'œil les gestes fébriles de Peter.

D'un geste instinctif, l'infirmière caressa son ventre arrondi et une vague de bonheur la submergea lorsqu'elle réalisa que dans quelques heures, elle pourrait tenir les jumeaux dans ses bras.

# #

Peter inspira profondément. Il se rappelait encore le stress qui l'avait submergé alors qu'il s'installait au volant du break qu'il avait acheté quelques semaines plus tôt, après avoir vendu sa Ferrari. Melissa était installé à côté de lui, l'air parfaitement tranquille. Le loup garou s'était demandé comment elle faisait pour être aussi détendue alors que lui luttait pour ne pas laisser la panique l'envahir.

Ils étaient arrivés rapidement à l'hôpital et le lycanthrope avait dû se forcer à respecter les limites de vitesse. L'infirmière avait posé sa main gauche sur son épaule pour le rassurer, la droite reposant sur son ventre. Ce qu'il s'était passé ensuite était confus dans l'esprit de Peter. Il se souvenait des couloirs de l'hôpital, de Melissa qui expliquait qu'elle allait accoucher à l'une de ses collègues, du personnel de l'hôpital qui lui demandait s'il allait venir en salle de travail, de sa compagne qui lui assurait que tout allait bien se passer, de son stress qui lui martelait les tempes et son cœur qui tambourinait contre ses côtes.

Et puis, l'accouchement avait commencé. Le loup garou avait été impressionné par le calme avec lequel Melissa avait commencé à suivre les indications de la sage-femme. Entre deux contractions, elle avait même pris le temps de lui lancer un regard tendre, visant à le rassurer. Lui-même était à peine capable d'empêcher sa main de trembler alors qu'il lui caressait les cheveux, cherchant désespérément un moyen d'être utile.

— Je vois la tête ! avait soudain lancé le médecin.

Le cœur de Peter s'était presque arrêté et sans s'en rendre compte, il avait serré plus fort les doigts de Melissa entre les siens. Cinq minutes plus tard, un petit cri avait retenti dans la salle et le loup garou avait retenu son souffle.

— C'est un garçon, avait annoncé la sage-femme.

Le médecin s'était déplacé pour mettre une petite forme sur la poitrine de l'infirmière et le temps s'était arrêté pour le lycanthrope. Plus rien ne comptait à part ce petit nez rond, ces paupières closes, ces lèvres arrondies, ce poing fermé. Et le sourire de Melissa valait tous les trésors du monde. Les larmes étaient venues embuer le regard de Peter et il avait eu toutes les peines du monde à les retenir.

On lui avait demandé de couper le cordon ombilical et il s'était exécuté d'une main tremblante. Puis, la sage-femme avait emmené son bébé pour le laver et vérifier que tout allait bien. Le loup garou avait eu envie de lui arracher son enfant des mains et peut être même de lui trancher la gorge pour s'assurer qu'elle n'essaierait plus de l'éloigner de son fils, mais il s'était retenu, autant parce que Melissa lui tenait fermement la main que parce qu'il savait qu'il le reverrait bientôt et que c'était une procédure normale.

La seconde sage-femme n'avait pas tardé à annoncer qu'elle voyait la tête du deuxième bébé et lorsque le médecin annonça que c'était une fille, Peter n'avait pu retenir une larme. Le front appuyé contre celui de Melissa, il avait contemplé leur second enfant pendant de longues minutes avant qu'on lui demande de couper une nouvelle fois le cordon et qu'on emmène le bébé rejoindre son frère.

Le loup garou était sorti de la salle de travail pendant qu'on s'occupait encore de Melissa et il avait enfin pensé qu'il fallait prévenir Scott, Derek, Chris et le reste de la meute. D'une main tremblante, il avait composé le numéro du fils de sa compagne et alors qu'il portait l'appareil à son oreille, Scott avait déboulé dans le couloir, tout essoufflé.

— Ils sont nés ? avait-il réussi à souffler.

Peter avait hoché la tête, la gorge nouée par l'émotion. Il avait réussi à expliquer que tout s'était bien passé mais qu'il fallait attendre un peu avant de pouvoir voir les jumeaux. Scott lui avait lancé un grand sourire et s'était empressé d'appeler Stiles pour lui annoncer qu'il était grand frère. Le loup garou avait réussi à taper un texto qu'il avait envoyé à toute la meute et il avait ensuite attendu de longues minutes de pouvoir enfin revoir ses enfants et sa compagne.

Et maintenant, il était assis, près de Melissa endormi, face à Scott qui tenait son petit frère dans ses bras, un peu crispé, de peur de lui faire mal. Un sourire attendri naquit sur le visage de Peter qui baissa les yeux pour contempler sa fille. Son regard se chargea d'amour et il souhaita un instant que jamais les jumeaux ne grandissent.

— Je t'aime, Emily, chuchota-t-il en embrassant doucement le front du bébé.

— Aidan est jaloux, se moqua Scott.

— N'importe quoi, il sait parfaitement que je l'aime aussi, répliqua Peter.

— Ne commencez pas à vous disputer, grogna Melissa. Vous allez faire pleurer les jumeaux.

Les deux loups garous se lancèrent un regard complice avant de reporter leur attention sur le bébé qu'ils tenaient. Finalement, l'adolescent finit par dire.

— Maman, tu prends Aidan ? Il va falloir que je retourne au lycée.

L'infirmière ouvrit les yeux et tendit les bras pour prendre son fils. Scott attrapa son sac avant d'embrasser sa mère sur la joue.

— Je repasse ce soir, après les cours, promit-il.

— Bonne journée, mon chéri.

— A ce soir, Scott, fit Peter d'un ton distrait.

L'adolescent sortit de la chambre. Melissa échangea un regard plein de tendresse avec le loup garou, qui sentit son cœur se gonfler d'amour. La dernière fois qu'il s'était senti aussi bien remontait à tellement longtemps qu'il ne s'en rappelait plus vraiment. C'était probablement avant l'incendie qui avait tué toute la famille Hale et l'avait laissé seul survivant avec Derek.

Peter chassa de son esprit les souvenirs désagréables qui lui revenaient. Ce n'était pas le moment de déprimer ou de remuer le passé.

Aujourd'hui, il avait de nouveau une famille.