Lorsque Joackim s'évanouit, ses paupières se fermèrent et privèrent ainsi la meute d'image sur ce qu'il se passait dans le labo. Le micro fonctionnait toujours cependant et alors que l'écran était désormais noir, ils entendirent tous la voix de James s'élever une dernière fois :
— Il est plutôt résistant, ton fils … Scott l'était beaucoup moins. Il hurlait et s'évanouissait plus vite. Tu penses que ça a un rapport avec sa nature ? L'aconit n'aurait-elle donc pas les mêmes effets sur chaque créature ? … Mets-le en prison et relève la sécurité au niveau maximum. A mon avis, la cavalerie ne va pas tarder à arriver.
Puis, ils entendirent des pas claquer, des portes s'ouvrir, une sorte de frottement et puis, soudain, plus rien. Il y eut un moment de flottement, le temps que toutes les informations soient assimilées. Enfin, Derek donna un grand coup de poing sur la table et laissa échapper une flopée de jurons, qui glaça le reste de la meute.
Joackim, qui était leur seul espoir de retrouver Scott, venait de se faire attraper par leurs ennemis. Furieux, l'alpha fit volte-face et se dirigea à grands pas vers la porte d'entrée du manoir. Il bouillonnait sur place et même s'il ne savait pas où était le laboratoire secret où était désormais détenu prisonnier le métamorphe, le loup garou comptait se rendre à la base des Nettoyeurs pour tout détruire sur son passage jusqu'à ce qu'on lui dise où se trouvait Scott. S'il le fallait, il tuerait ceux qui refuseraient de lui donner les informations qu'il cherchait.
Personne ne saurait se mettre en travers de son chemin. Il était habité par une rage trop grande pour laisser passer une nouvelle humiliation. Pourtant, quelqu'un réagit un peu plus vite que lui et contre toute attente, ce fut Louane.
En le voyant bouger, elle s'était précipitée pour lui barrer le passage. Les deux mains posées de chaque côté de l'encadrement de la porte, l'air plus terrifiée qu'autre chose, la jeune fille n'en bloquait pas moins la route à Derek qui s'arrêta, le regard noir, les sourcils froncés et les dents serrés.
— Pousse-toi, menaça-t-il d'une voix grondante.
— Non … refusa l'adolescente, la gorge nouée par la peur, les membres tendus.
— Pousse-toi … répéta l'alpha, qui n'avait pas la patience d'attendre. Sinon, je te pousserai de mon chemin de force.
Les yeux de Louane se mirent à briller de larmes mais elle puisa dans toute sa volonté pour ne pas céder et resta fermement ancrée dans le sol, sans bouger d'un pouce. Elle n'avait pas fière allure, face au loup garou qui faisait une tête de plus qu'elle et qui était tout en muscles, par rapport à elle qui était toute frêle, mais elle tint bon.
— Et tu vas faire quoi ? couina-t-elle. Casser la figure de tous les Nettoyeurs que tu vas croiser pour te défouler ?
— Ca me semble bien pour commencer !
Impatient et furieux, Derek attrapa la jeune fille par les épaules pour la pousser. L'adolescente se débattit mais elle n'était pas de taille à lutter contre l'alpha. Il l'écarta rapidement de son chemin, la faisant trébucher et se cogner la tête contre le mur. Le loup garou se précipita ensuite vers sa voiture mais comme un seul homme, la meute se lança sur ses talons, leurs voix se mêlant les unes aux autres.
— Attends-moi ! s'écria Jackson.
— Tu ne peux pas y aller seul, renchérit Isaac.
— Je veux venir avec toi, lança Erica.
— C'est de la folie ! s'exclama Peter.
— Derek ! appela Stiles.
— On ne sait même pas où chercher, se désola Lydia.
Danny et Matt suivirent le mouvement, sans pour autant rien dire. Le photographe aida sa petite amie à se relever et après avoir rapidement vérifié qu'elle n'avait rien, la prit par la main pour rejoindre les autres dehors. Seule Allison resta dans le salon, assise près de la fenêtre, le regard perdu dans le vide. Et une larme roulant silencieusement sur sa joue.
Peter fut le premier à rattraper son neveu. Il l'attrapa par le bras et Derek se dégagea d'un coup sec avant de se retourner, le regard noir. La meute s'était stoppée à quelques pas de son oncle et l'alpha les toisa d'un air furieux.
— Je n'ai besoin de personne. Ce serait vous mettre en danger …
— Parce que toi, tu ne vas pas te mettre en danger, là ? lança Peter.
Derek balaya l'air de la main d'un geste impatient.
— Il faut bien aller chercher Scott et Joackim.
— Mais pas comme ça. Pas en te jetant tête baissée dans un piège !
— On n'a pas d'autre choix ! cracha l'alpha. Ils ne vont pas s'attendre à ce qu'on contrattaque aussi vite, il faut les prendre par surprise !
— Et si c'est toi qui te fait prendre ? On fait quoi, nous après ?
Derek ne répondit pas et tourna les talons pour repartir vers sa Camaro, le même air sombre et déterminé sur le visage. Son oncle lui attrapa de nouveau le bras mais refusa de le lâcher lorsque l'alpha donna un coup sec d'épaule pour tenter de le faire lâcher prise. Avant de se rendre compte de ce qu'il faisait, le loup garou envoya son poing dans la figure de Peter, le faisant chuter par terre et atterrir lourdement sur le sol.
— Tu ne comprends pas ce que je ressens, hurla Derek, hors de lui. Toi, tu as ta famille, tes enfants. Moi, je n'ai que ma meute alors je ferai tout ce qui est en mon possible pour les protéger, quitte à me sacrifier.
— Parce que tu crois que Scott, c'est qui, pour moi ? souffla son oncle. C'est le fils de la femme que j'aime ! Moi aussi, je veux le retrouver.
— Mais tu n'es pas prêt à donner ta vie. Pas comme moi. Tu ne comprends pas ce que c'est, que d'avoir une meute. Tu n'as toujours pensé qu'à toi et permets-moi de te rappeler que la dernière fois que tu as été un alpha, ça s'est extrêmement mal fini !
Peter lança un regard blessé à son neveu mais Derek se détourna sans remords, bouillonnant toujours de rage. S'il n'était pas si pressé de retrouver Scott, l'alpha aurait continué d'assassiner verbalement son oncle. Mais il n'avait pas de temps à perdre.
Mais alors qu'il tendait la main pour ouvrir la portière de sa voiture, un corps se plaqua contre le véhicule, lui interdisant l'accès à la Camaro. Derek fronça les sourcils et serra les dents.
— Pousse-toi, Stiles.
L'adolescent secoua la tête, les yeux brillants.
— Non. Je ne te laisserai pas faire ça.
— Tu ne comprends pas … commença l'alpha avant de se faire interrompre par le garçon.
— Non, c'est toi qui ne comprends pas. Je m'en fous de tes liens de meute, je m'en fous que tu sois en colère de t'être fait battre deux fois par les Nettoyeurs, je m'en fous de ta dignité et de ta haine. Scott est mon meilleur ami, mon presque frère, la personne qui me comprends mieux que quiconque. Et c'est à cause de moi qu'il s'est fait enlever. Alors, tu auras beau me parler de tes liens mystiques de loup garou, de la relation particulière entre alpha et bêta, jamais – tu m'entends ? – jamais, tu ne voudras récupérer Scott plus que moi.
Derek fronça les sourcils, mais cette fois, son visage était dénué de rage. Il semblait plutôt interloqué par ce que Stiles lui disait. L'adolescent reprit :
— Je sais que tu te sens responsable de lui et que tu t'en veux de ne pas avoir pu le protéger. Mais as-tu pensé à ce que les autres pouvaient ressentir ? A la peine que tous ses amis ont dans le cœur ? A la peur qui habite sa mère parce qu'elle craint de ne jamais le revoir ? Au désespoir d'Allison, qui regrette de ne pas lui avoir dit combien elle l'aimait ? A ma propre culpabilité, pour avoir attiré des ennuis à mon meilleur ami ?
Une larme coula sur la joue du garçon.
— Parce que si toi, tu ne penses pas à tout ça, si toi, tu ne penses qu'à toi … Moi, en tout cas, je pense à tout le mal que j'ai causé juste parce que j'ai le malheur d'être le neveu d'une femme qui est complètement folle, parce qu'à cause de moi, Scott s'est fait enlever par des tueurs sans pitié. Chaque jour qui passe, je me dis que c'est une journée perdue sans mon meilleur ami. Depuis qu'on se connaît, lui et moi, on n'est jamais resté séparé très longtemps. Et quand on ne se voyait pas, on s'envoyait au moins un texto ou on s'appelait.
Stiles inspira profondément en s'essuyant la joue du revers de la main.
— Alors, ne me dis pas … Ne me dis pas que tu tiens plus à Scott que moi et que tu as plus envie de le retrouver que n'importe qui. Parce que je ne peux pas parler pour Melissa, je ne peux pas parler pour Allison, je ne peux pas parler pour les autres … Mais je peux t'assurer que personne n'a plus besoin de revoir Scott vivant que moi. Il me manque tous les jours et c'est encore plus douloureux que quand tu m'as quitté, alors que je croyais que rien ne pourrait me faire plus mal que le jour où tu as rompu.
Toute trace de colère avait déserté le visage de Derek qui fixait son amoureux avec attention, une moue désolée sur les lèvres.
— La différence, c'était que toi, j'avais mal parce que je t'aimais et je ne supportais pas de te voir tous les jours, juste devant moi, je ne supportais pas te croiser, de tomber sur toi par hasard, de ne pas pouvoir te toucher, t'embrasser, de ne pas pouvoir poser ma tête contre ton épaule ou écouter ton cœur battre. Mais aujourd'hui, j'ai mal parce que je ne sais même pas si j'ai une chance de pouvoir revoir Scott vivant. Depuis qu'il a été kidnappé, j'ai l'impression qu'il me manque une part de moi, je ressens un vide dans la poitrine, un vide qui me brûle, qui me démange, qui me détruit de l'intérieur. J'ai besoin de Scott dans ma vie, j'ai vraiment, vraiment besoin de lui.
Stiles secoua la tête avant de se passer la langue sur les lèvres.
— Donc arrête ton cinéma. Arrête de faire ton méchant juste parce que tu penses que c'est ton devoir de protéger Scott. Parce que tu ne pourras jamais avoir plus envie que moi de le retrouver et de l'arracher des griffes des Nettoyeurs. Si je m'écoutais, je foncerai le sauver moi aussi, mais pour aller où ? On ne sait pas où il est enfermé. Il faut qu'on prenne le temps de réfléchir, qu'on ait un plan qui marche avant de se lancer. Parce qu'on ne peut pas se permettre d'y aller tous au compte-goutte et de se faire attraper un par un. C'est trop ...
Stiles ne sut comment finir sa phrase et haussa les épaules.
— Alors calme toi et réfléchis. Pense à ta meute qui a besoin de toi. Pense à Scott qui n'a pas envie que tu te fasses bêtement avoir. Pense à Joackim qui vient de se sacrifier pour nous. Et si tu ne le fais pas pour toi, si tu ne le fais pour ta meute, si tu ne le fais pas pour Scott ou Joackim, fais le pour moi.
L'adolescent ne put empêcher une nouvelle larme de couler sur sa joue et de rouler jusqu'à la commissure de ses lèvres. Il s'écoula plusieurs minutes avant que Derek ne desserre les poings pour poser ses mains sur les épaules du garçon. L'alpha lui adressa un long regard, ses iris verts accrochant ceux marron de son amoureux. Puis, le loup garou rapprocha Stiles de lui pour refermer ses bras autour de son dos et le serrer contre son cœur.
Peter fit quelques pas pour tapoter l'épaule de son neveu et bientôt, toute la meute fut réunie autour de l'alpha et de l'adolescent, ses membres se serrant les uns contre les autres, partageant leurs peines, leurs doutes et leurs craintes, se consolant du mieux qu'ils pouvaient. Jackson avait glissé sa main droite sur la hanche de Lydia et sa gauche sur les épaules d'Erica, qui elle-même serrait contre elle le blond et Isaac. Le loup garou avait mis de côté sa rancœur pour serrer la main de Danny contre la sienne tandis que le gardien de l'équipe de crosse avait passé son bras autour du cou de Matt.
Derek n'était plus en colère. Il était revenu à la raison et se sentait désormais extrêmement las. Quand est-ce que le cauchemar dans lequel ils étaient plongés prendrait fin ? Quand est-ce que tout cela serait fini ? Quand est-ce qu'ils auraient récupéré Scott en vie ? Quand est-ce que les Nettoyeurs les laisseraient tranquilles ? Tant de questions et si peu de réponses …
L'alpha releva la tête, qu'il avait posée contre celle de Stiles, et croisa le regard humide de Louane, blottie contre Matt. La jeune fille secoua doucement la tête, signifiant qu'elle n'avait pas besoin des excuses que le loup garou s'apprêtait à lui faire. A la place l'adolescente prit une profonde inspiration, et d'une voix mal assurée, elle lança :
— J'ai peut-être un plan.
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Je ne peux plus. Je n'en peux plus. Je veux mourir. S'il vous plaît, laissez-moi partir. Laissez-moi seul. Je ne veux plus voir, je ne veux plus me dire que quelque part sur terre, il y a quelqu'un qui m'attend … Allez-vous en et si vous m'aimez un peu, laissez-moi mourir.
Les images qui flottaient devant mes yeux s'effacent peu à peu. Adieu les longs cheveux roux, les garçons équipés pour jouer à la crosse, la jolie fille avec son arc, l'homme avec des yeux rouges. Le sourire heureux sur un visage constellé de grains de beauté est celui qui a le plus de mal à partir et même lorsqu'il s'estompe, il ne s'en va pas tout à fait.
C'est mon frère. Il ne veut pas me laisser. Je le comprends. Moi non plus, je ne veux pas l'abandonner. Mais je ne peux pas. Je ne peux plus. Je suis tellement désolé, mais c'est trop dur. C'est trop dur de vivre ici. Je voudrais tellement ne plus être là …
Le visage d'une femme avec des boucles noires et des yeux remplis de gentillesse se dresse bientôt dans mon esprit, me serrant le cœur douloureusement. Je ne me rappelle pas de l'identité de tous ceux auxquels je repense parfois, mais elle, je saurais toujours qui c'est. Maman … Tu me manques tellement. J'espère que tu ne pleureras pas quand je serai mort.
Je me souviens de toi, maman, quand tu serrais mon petit frère contre toi. J'aime ton sourire émerveillé quand tu le berces. Je me dis que tu avais le même quand tu m'as eu, il y a des années de ça, et ça me rend heureux. C'est un souvenir qui m'a fait du bien quand j'allais mal. J'ai souvent pensé à toi, maman. J'ai repensé à toi, à ton nouveau copain – j'ai oublié son nom, mais tu ne m'en veux pas ? J'ai oublié les noms de tout le monde – à mon petit frère et à ma petite sœur, et puis, à mon frère de cœur, celui que tu n'as pas porté mais que tu as vu grandir avec moi …
Tu verras, maman, il saura être un gentil grand frère. Moi, je ne pourrais pas être là, alors il me remplacera. Il a toujours été là pour moi, il saura être là pour eux. Il les conseillera, les aimera et leur fera sûrement faire des bêtises. Mais il les protégera aussi. Tu peux lui faire confiance, maman. Je sais que c'est déjà le cas, mais n'oublie pas que tu peux compter sur lui.
J'aurais aimé pouvoir te dire tout ça de vive voix. Je regrette tant, maman … Mais s'il te plaît, laisse-moi partir. Je ne peux plus vivre. Vous me manquez trop. Je n'ai plus la force. Adieu, maman …
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Joackim ouvrit péniblement les yeux. Il avait une veine qui pulsait douloureusement contre son front et l'impression que tous ses muscles s'étaient transformés en marshmallows pendant le temps où il avait été inconscient. Il faisait sombre autour de lui, mais un fin rectangle de lumière filtrait de façon irrégulière sous la porte, éclairant à peine la pièce, mais permettant d'en distinguer vaguement les contours.
Le métamorphe se traîna jusqu'à la porte, grimaçant et luttant contre une irrépressible envie de vomir. Il se pencha vers le sol et ferma les yeux quelques instants, étourdi. Quand il rouvrit ses paupières, il put constater que le bas de la porte n'était pas droit comme il aurait dû l'être, mais irrégulier, comme si quelqu'un l'avait creusé avec ses ongles pour arracher assez de métal, afin qu'un tout petit peu de lumière puisse parvenir dans cette pièce.
Joackim se fit la réflexion que ça avait dû prendre un temps fou pour réussir à abîmer la porte de cette façon et bien qu'il n'eut aucun moyen de le savoir, le garçon devina que la personne qui avait été enfermée ici avant lui avait dû s'arracher les ongles – ou peut-être les griffes – à la tâche. Le métamorphe se releva péniblement pour s'asseoir contre un mur. Il jeta un regard autour de lui. La pièce dans laquelle il était enfermé devait faire deux mètres carrés tout au plus, sans aucun mobilier.
— Je m'attendais à quoi ? Trouver un jacuzzi et un lit king-size ? C'est déjà le grand luxe, ici ! ironisa-t-il intérieurement.
L'adolescent se gratta le cou machinalement et se rendit compte qu'il n'avait plus son micro collé dans le cou. Soit les Nettoyeurs avaient deviné qu'il en porterait un et le lui avait arraché, soit le gadget s'était décollé, soit il n'avait pas réussi à changer assez rapidement de couleur lorsque Joackim avait repris son apparence normale.
Le métamorphe vérifia la présence de la caméra et fut soulagé de constater que sa lentille de contact était toujours en place. Il n'avait aucun moyen de savoir si elle fonctionnait toujours mais si oui, elle permettrait peut-être à la meute d'obtenir de nouvelles informations sur ce laboratoire secret. Malheureusement, le garçon ne pouvait rien faire d'autre que d'attendre qu'on le sorte de sa cellule.
Un frisson lui parcourut l'échine lorsqu'il rappela l'effet du poison dans ses veines et il pria silencieusement pour que la prochaine personne qui franchisse le seuil de la porte soit un ami. Parce qu'il ne savait pas s'il survivrait à une nouvelle injection.
Juste un mot rapide pour vous dire que j'ai eu 18 à mon mémoire et que je suis super contente :) Merci à tous ceux qui me soutiennent depuis le début et merci à ceux qui me laissent des reviews :)
