La meute s'était de nouveau rassemblée dans le salon et observait Louane, qui se tordait les mains l'une contre l'autre, cherchant ses mots, l'air gêné par l'attention qu'elle suscitait. La jeune fille finit par inspirer avant de se lancer :
— En premier, il faut qu'on exploite les images que Joackim a pu filmer avant de se faire … Enfin, on peut s'en servir pour localiser le laboratoire.
— Comment on va s'y prendre ? demanda Jackson.
— On va retracer son trajet depuis la base des Nettoyeurs, dont on connaît l'emplacement, grâce aux images qu'on a eu avec la caméra. On a assez d'infos pour découvrir l'adresse du labo si on recoupe ce que la caméra a filmé avec une carte. Ce sera un peu long mais ce sera mieux que de chercher à l'aveuglette.
Louane se tourna vers Danny.
— Tu peux te charger de cette partie avec Matt ? Vous êtes les deux qui vous y connaissez le plus …
Le garçon hocha la tête.
— On va s'y mettre tout de suite.
Les deux adolescents s'approchèrent de l'ordinateur et le gardien de l'équipe de crosse remit au début la vidéo prise par la caméra de Joackim, qu'il avait enregistré au fur et à mesure des événements.
— Et nous, on fait quoi ? s'enquit Isaac, qui n'avait pas envie de rester sans rien faire.
Louane se frotta le visage, l'air à la fois stressé et fatigué.
— Je vais vous expliquer ce que j'ai prévu. Une fois qu'on aura trouvé où est le laboratoire …
— On se précipite là-bas, on casse la figure de tout le monde et on reprend Scott ! la coupa Erica, un rictus sauvage sur les lèvres.
La brune lui lança un regard mal à l'aise et Derek leva les yeux au ciel.
— Si je me fais interrompre toutes les trois secondes, je ne vais jamais y arriver, couina Louane d'une petite voix.
Elle n'impressionna personne mais aucun autre membre de la meute ne l'interrompit, chacun étant conscient qu'il était essentiel d'avoir un plan solide avant d'infiltrer le laboratoire et que la jeune fille était la seule à en proposer un.
— Quand on aura l'adresse du laboratoire, on pourra chercher quel genre de bâtiment c'était avant d'être … D'être ce que c'est maintenant. Il doit bien exister des plans de ce bâtiment dans des archives et il nous les faudra pour savoir comment attaquer.
— Pourquoi ne pas se servir simplement des images prises par Joackim ? lança Peter. Je croyais que c'était pour ça qu'il emportait une caméra.
— Mais on n'a rien dessus, fit Louane avant de nuancer ses propos. Enfin, on a quelques images utiles. On sait par exemple qu'il y a des caméras installées dans le bâtiment, ce qui serait génial si on pouvait les pirater. Ça nous éviterait de chercher les plans et surtout, ça nous permettrait d'avoir une vue d'ensemble sur tout le labo quand on sera dedans.
— Quand on sera dedans ? releva Jackson.
La jeune fille fit une grimace et secoua la tête.
— Attends, chaque chose en son temps, sinon, je vais me perdre dans mes explications … Alors, euh … On trouve où est le laboratoire, on déniche les plans du bâtiment et ensuite, on pourra établir un plan d'attaque puisque notre but final, c'est de trouver Scott et Joackim pour les sortir de là-bas.
Louane soupira.
— Du coup, je ne sais pas exactement comment ça va se passer, parce que tout dépend des plans du laboratoire. Mais je suppose qu'il doit y avoir un système de ventilation. Vous savez, un peu comme dans les films, des espaces assez larges entre les murs et les étages, dans lesquels on peut se déplacer.
— Tu penses sincèrement qu'il y a ça ? demanda Isaac d'un ton dubitatif.
— Le bâtiment a l'air vieux, insista timidement la jeune fille. Mais même s'il n'y en a pas, il doit bien y avoir des portes de service, des couloirs un peu dérobés dans lesquels on pourra se faufiler …
— Et s'il n'y en a pas ?
Louane ouvrit la bouche et la referma sans rien dire. Elle se passa la langue sur les lèvres avant de baisser les yeux au sol, tétanisée par les regards de la meute posés sur elle. En effet, maintenant qu'elle en parlait, la jeune fille trouvait que son plan était vraiment mauvais. Il y avait trop d'aléas, trop d'incohérences. Ils n'étaient pas dans un film d'espionnage. Ce qu'elle avait imaginé était parfait dans son esprit mais tellement risqué dans la réalité. Ils allaient risquer leurs vies en infiltrant ce laboratoire, ils ne pouvaient pas se reposer sur un plan bancal.
Alors que le silence s'éternisait et que Peter allait le briser pour proposer de réfléchir tous ensemble au problème, une idée surgit dans l'esprit de l'adolescente, qui s'empressa de la partager avec le reste de la meute :
— J'ai un autre plan.
# #
Joackim gonfla ses joues avant d'expirer bruyamment tout l'air que sa bouche contenait. Il se donnait un air rebelle mais en réalité, il n'en menait pas large. Attaché contre un mur, l'adolescent attendait. Il ne savait pas exactement pourquoi on l'avait tiré de sa cellule, mais il se doutait que bientôt quelqu'un viendrait lui planter une seringue dans le corps pour lui injecter le produit à base d'aconit qui lui ferait perdre ses capacités de métamorphe.
En temps normal, aucun lien n'aurait pu maintenir le garçon attaché. Il lui aurait suffi de se transformer de façon à ce que son poignet et sa main glisse entre les chaines ou les cordes qui l'entravaient. Même si l'opération pouvait être douloureuse, elle était efficace et l'avait déjà tiré de situations pires que celle-ci. Mais le problème était que Joackim avait du mal à utiliser ses dons de métamorphe depuis qu'il se faisait injecter de l'aconit dans les veines.
La plante n'était pas aussi toxique sur lui que sur un loup garou mais elle avait tout de même un certain effet, le faisant sombrer dans l'inconscience après qu'il ait ressenti des démangeaisons dans tous ses muscles et que son corps soit devenu si mou qu'il ne pouvait plus supporter son propre poids. Et quand il se réveillait, l'adolescent avait l'impression d'émerger d'un lendemain de cuite particulièrement corsée, la tête lourde, l'estomac retourné, le cœur au bord des lèvres.
James avait décidé d'en faire son cobaye pour tester son produit et après lui avoir fait une injection, il notait les effets qu'avait le sérum sur Joackim, lui posant parfois quelques questions d'un ton plat avant qu'il ne sombre dans l'inconscience. Questions auxquelles le métamorphe répondait avec toute l'ironie dont il était capable sur le moment.
L'adolescent attendait donc, regardant distraitement la salle qu'il commençait à connaître par cœur. Il ne cherchait plus à donner des informations à la meute de Derek. Le garçon avait fini par retirer sa lentille de contact parce qu'elle lui irritait l'œil. De toute façon, les journées se ressemblaient toutes et à chaque fois qu'on venait le sortir de sa cellule, c'était pour le traîner dans cette pièce, en prenant toujours le même chemin. Si la caméra fonctionnait toujours, la meute de Derek avait dû le voir plus d'une fois et par conséquent, avait obtenu toutes les informations dont elle avait besoin sur cette portion du laboratoire.
Joackim avait un peu perdu la notion du temps. Plongé dans le noir, il avait du mal à voir le temps passer. Il avait cependant déjà fait face à ce genre de situation lors de son entraînement pour intégrer les Protecteurs alors, il s'appuyait sur quelques indices.
Il estimait avoir au moins un repas par jour, au maximum toutes les trente-six heures. Comme il était un cobaye pour James, le métamorphe savait que le Nettoyeur ne pouvait pas tellement le laisser mourir de faim. Il lui fallait un minimum d'énergie pour que les résultats des tests effectués par son ennemi soient concluants et que le sérum à base d'aconit ne le tue pas.
Ensuite, l'adolescent se fiait à sa vessie. Il pouvait tenir environ douze heures sans aller aux toilettes, son record personnel se situant à presque quinze heures. Ainsi, il comptait le nombre de fois où il avait besoin de vider sa vessie pour faire un repérage approximatif du temps qui passait. En temps normal, il se serait également appuyé sur son besoin de sommeil, mais avec les périodes d'inconscience dans lesquels il sombrait suite aux injections d'aconit, ses repères habituels étaient bousculés.
Toujours était-il que Joackim estimait que le début de sa séquestration remontait à trois jours, quatre tout au plus. Il n'était pas étonné d'être toujours enfermé. Il ne s'était pas attendu à ce que la meute de Derek vienne le sortir tout de suite. Tout du moins, il avait espéré que Louane saurait les raisonner et monter un plan plus efficace que le sien.
— Finalement, elle avait raison, souffla le métamorphe en retenant un sourire.
Il n'eut pas le temps de réfléchir plus à la situation, ni d'examiner encore les lieux. La porte de la pièce dans laquelle il était attaché s'ouvrit et l'adolescent observa James approcher, une seringue à la main et un pli soucieux sur le front.
— Des ennuis ? lança Joackim d'un ton railleur alors que le jeune homme lui plantait l'aiguille dans la peau, lui arrachant un frisson désagréable.
— Rien qui ne te regarde, grommela son ennemi.
— Oh … Je vois., marmonna le métamorphe tandis que son bras commençait à le démanger. Ce n'est pas comme si je ne pouvais pas entrer dans tes petits secrets de Nettoyeur. Il y a en effet de grandes chances pour que je quitte cet endroit et que je révèle tout aux Protecteurs … Quel vilain garçon je fais !
James l'observa avec un air sincèrement étonné.
— Tu n'as donc pas compris ?
— Compris quoi ? s'enquit Joackim, sa curiosité piquée au vif.
Son ennemi sembla hésiter avant de finalement hausser les épaules et révéler :
— Je ne fais plus partie des Nettoyeurs. Je les ai servi un temps mais je faisais semblant de m'être allié à eux. La personne pour laquelle je travaillais vraiment, c'était en fait Keyra. Ca a toujours été elle. Depuis le jour où je l'ai rencontré, j'ai su qu'elle serait la femme pour laquelle je tuerai et je mourrai sans l'ombre d'une hésitation. Elle supportait les Nettoyeurs, alors même si je ne soutiens pas toutes leurs idées, j'ai obéi à leurs ordres.
James fit une pause avant de reprendre.
— Maintenant qu'elle est morte, je n'ai plus aucun intérêt à les servir.
— Alors, pourquoi leur créer un poison ? demanda Joackim d'une voix faible, sentant son corps se ramollir au fur et à mesure de la discussion.
— Ils m'ont fourni les fonds nécessaires pour que je peaufine le sérum et je leur avais promis de leur vendre lorsqu'il serait au point, annonça son ennemi. C'était un échange de bons procédés. Notre accord est plutôt fructueux, n'est-ce pas ?
Le jeune homme détacha les liens du métamorphe qui tomba au sol, ses jambes tremblantes ne réussissant pas à supporter son poids. Sa vision se troubla et les démangeaisons qui lui parcouraient le corps devinrent insoutenables. James le toisa de haut, son front de nouveau barré par un pli soucieux.
— Alors, ces ennuis ? marmonna Joackim, la bouche pâteuse.
— Rien qui te concerne. Et si tu ne te tais pas, je t'en redonne une dose.
Une porte s'ouvrit et le métamorphe se sentit partir. Résistant aux ténèbres qui lui tendaient les bras, le garçon lutta pour garder les yeux ouverts. Mais ses paupières étaient si lourdes … De nouvelles personnes avançaient dans la pièce. Combien étaient-elles ? L'écho de leurs pas résonnait à l'infini dans la tête de l'adolescent qui n'arrivait pas à compter le nombre d'ennemis qui était entré dans la salle.
Rejetant la tête en arrière, il réussit, au travers de de sa vue brouillée, à reconnaître son père qui s'avançait, accompagné d'un inconnu à la peau noire. Joackim plissa les yeux pour mieux distinguer les traits de cette personne. Il n'eut que le temps de noter l'air effrayé peint sur le visage du nouveau venu avant qu'un voile noir s'abatte sur lui.
Il ne l'avait jamais rencontré, mais le métamorphe savait qui il était. Quand l'adolescent avait dû se charger de la protection d'Isaac, il s'était renseigné sur la meute et sur les proches de chaque membre. Le garçon connaissait donc cette personne au regard angoissé et à la bouche pincée par l'appréhension. Et il ne comprenait pas comment elle avait pu atterrir ici.
Les questions arrêtèrent d'émerger dans son esprit quand il sombra enfin dans les ténèbres de l'inconscience.
# #
Je ne peux plus. Pardon. Je suis tellement désolé. C'est trop dur. Trop douloureux.
Ne m'en voulez pas. Moi, je ne vous en veux pas de ne pas m'avoir arraché d'ici avant. Ce n'est pas votre faute. Vous ne pouviez pas me trouver. Ils se sont arrangés pour que jamais personne ne puisse venir me chercher.
Et j'espère que vous ne viendrez pas ici. Ne venez pas me chercher. Fuyez, courez, vivez. Si vous cherchez à me venger, ils vous attraperont, ils vous tortureront, ils vous arracheront votre loup, ils vous réduiront en miettes.
Alors, je vous en supplie, ne mettez jamais les pieds dans ce foutu endroit.
Et laissez-moi mourir.
…
…
…
Je me sens partir. Enfin. La libération est tellement agréable. C'est comme si je flottais. C'est doux, en fait, de mourir. Mais je suppose qu'après tout ce que j'ai enduré, il est difficile de faire plus douloureux.
Je suis tellement désolé de vous abandonner.
Pardonnez-moi.
Et dîtes à ma mère que je l'aime.
# #
Le shérif arrêta sa voiture devant la clinique vétérinaire de Deaton. Il jeta un regard vers Tolkien, le chat de son fils, qui l'observait avec de grands yeux ronds à travers les barreaux de sa cage. L'homme haussa les épaules.
— Ne me fixe pas comme ça. Il faut aller faire ton vaccin et je sais que tu aurais préféré que ce soit Stiles qui t'y emmène, mais il est au lycée, alors, c'est moi qui me charge de ça …
L'animal miaula et le shérif soupira avant d'attraper sa cage et de sortir de son véhicule. Il se dirigea vers l'entrée de la clinique et un air affligé se peignit sur ses traits quand il aperçut la pancarte qui indiquait que l'établissement était fermé. L'homme consulta sa montre pour vérifier l'heure qu'il était et constata qu'il respectait pourtant les horaires d'ouverture de Deaton.
Pour s'assurer que le vétérinaire était bien absent, le shérif frappa quand même plusieurs contre la porte de la clinique. Après avoir attendu quelques minutes, il dut pourtant se résoudre à faire demi-tour.
— Apparemment, ton vaccin est remis à une autre fois, lança-t-il à Tolkien, qui continua de l'observer de ses yeux ronds.
Le shérif réinstalla la cage dans la voiture et jeta un dernier regard à l'établissement. Deaton avait sûrement été appelé pour s'occuper d'un animal qui ne pouvait pas être emmené à sa clinique, peut-être pour l'accouchement d'une jument ou quelque chose du genre. Il s'occupait généralement de chiens ou de chats mais après tout, il avait une formation complète et était habilité à s'occuper de bêtes en tout genre.
L'homme se réinstalla donc devant son volant et après avoir bouclé sa ceinture de sécurité, il démarra et quitta le petit parking pour rentrer chez lui.
# #
Allison était assise sur le canapé du salon de Derek, un coussin serré contre son ventre, le regard dans le vide. C'était aujourd'hui le jour de la nouvelle mission de sauvetage et pour l'occasion, tous les adolescents de la meute séchait le lycée pour pouvoir être au poste qui leur avait été donné quand le plan avait été mis au point.
Lydia vint s'asseoir à côté d'elle, un sourire un peu gêné sur les lèvres.
— Ça va ?
La chasseuse voulut répondre mais sa voix se transforma en un gargouillement incompréhensible et soudain, elle explosa en sanglots.
— Oh, non, ne pleure pas, se désola la rousse en attirant sa meilleure amie contre elle. Je suis là. Allez, ne t'en fais pas, tout va bien aller …
La brune n'en pouvait plus. Elle était épuisée par des nuits passées à observer son plafond en se demandant si Scott était vivant, à regretter d'avoir été aussi distante avant son enlèvement, à vouloir lui dire qu'elle l'aimait une dernière fois. Les efforts de la meute pour retrouver le loup garou lui faisaient plus de mal que de bien. La jeune fille ne voulait pas espérer. Elle avait trop peur d'être déçue à la fin, trop peur de découvrir qu'en réalité, cela faisait longtemps que Scott était …
Un nouveau sanglot lui secoua le corps et Lydia la serra plus fort contre elle, lui murmurant au creux de l'oreille des paroles de réconfort qui ne parvinrent pas à percer la carapace de désespoir qui entourait le cœur de son amie.
Finalement, les pleurs d'Allison finirent par se tarir, plus parce que ses yeux n'avaient plus de larmes à verser que parce qu'elle avait évacué toute la peine qu'elle ressentait. La chasseuse se retrouva à fixer le sol, les joues humides, la tête posée contre l'épaule de Lydia. La rousse jeta un regard derrière elle et salua une personne qui venait de rentrer dans le salon. Plus par réflexe que par réelle curiosité, la brune releva la tête, juste à temps pour voir un homme noir adresser un signe de la main à son amie avant de rejoindre Danny et Matt, installé derrière deux ordinateurs.
Allison se laissa retomber contre Lydia. Ce n'était pas son genre de se laisser abattre comme ça. Mais elle ne pouvait plus supporter tout ce qui lui était arrivé ces derniers années : son entrée dans le monde des chasseurs, les décès violents de sa tante, sa mère et son grand père, la folie de Keyra, sa maladie et maintenant, le kidnapping de Scott.
C'était déjà dur de devoir vivre un seul de ces événements.
Alors comment pouvait-on faire face à tous ces événements en une seule vie ? Qu'avait-elle fait pour mériter ça ? Et surtout, comment pouvait-elle surmonter tous ces malheurs ? Où trouver la force de se battre lorsque tous ceux que vous aimez vous étaient immanquablement arrachés ?
Allison n'avait pas les réponses à ses questions. Alors, elle avait tout simplement arrêté de croire qu'elle trouverait une solution à ses problèmes ou une raison de garder espoir. Et sans qu'elle le sache, à plusieurs dizaines de kilomètres de là, Scott aussi, avait arrêté de se battre pour vivre.
