Stiles n'écoutait rien de ce que le médecin lui disait. Son jargon de chirurgien ne l'intéressait pas, même si c'était le spécialiste qui l'avait opéré et lui avait sauvé la vie. Il avait ouvert les yeux une heure plus tôt et il avait été ausculté afin de déterminer s'il gardait des séquelles de son coma. Derek lui avait serré la main pendant les examens, le regardant comme s'il était un miraculé – ce qui était en effet un peu le cas. Le shérif avait quitté le poste de police dès qu'il avait appris que son fils s'était réveillé et était lui aussi présent dans la chambre.
Mais la seule chose qui intéressait vraiment l'adolescent, c'était de savoir ce qui était arrivé à Scott. Il n'avait pas encore réussi à poser la question, parce qu'à chaque fois qu'il avait essayé de parler, sa gorge enrouée n'avait pas laissé échapper une seule phrase compréhensible. Et les infirmiers lui avaient recommandés de rester calme et de se reposer, ne lui laissant pas l'occasion de s'exprimer.
Alors, quand le médecin en face de lui s'arrêta de parler et lui demanda s'il avait des questions, le seul mot qui franchit les lèvres du garçon fut :
— Scott ?
Le chirurgien parut surpris et jeta un coup d'œil vers le shérif, qui haussa les épaules. Le spécialiste répondit d'un ton hésitant :
— Votre ami était dans un état critique lorsqu'il est arrivé chez nous. Nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour le soigner mais il ne s'est toujours pas réveillé. Mais nous avons bon espoir qu'il sorte bientôt de son coma étant donné que Mlle Barette et vous-même vous êtes réveillés. Ce n'est plus qu'une question de temps.
Le cœur de Stiles lui sembla lourd dans sa poitrine. L'adolescent ne se rappelait plus vraiment de ce qu'il s'était passé dans cet entre deux mondes où il était resté avec Scott et Louane. Il n'en avait plus que de vagues souvenirs qui s'évaporaient dès qu'il essayait de les saisir. Les seuls choses que le garçon avait retenu, c'était que sa mère l'aimait et que son meilleur ami voulait mourir. Mais même ça, il en venait à en douter. N'était-ce pas un simple rêve qu'il avait fait ?
Le médecin sortit après avoir annoncé qu'il restait disponible si Stiles avait des questions et le shérif s'approcha de son fils.
— Je vais devoir repartir au poste mais je repasserai te voir ce soir, d'accord.
L'adolescent cligna des yeux pour dire qu'il avait compris et son père lui tapota l'épaule avant de quitter à son tour la chambre. Derek observait avec attention le garçon, craignant qu'il ne disparaisse à jamais de sa vie. Il était infiniment soulagé de le voir éveillé mais redoutait le moment où il se rendormirait. Pour éviter d'y penser, l'alpha se pencha pour embrasser le front de l'adolescent.
— Tu m'as manqué, chuchota-t-il. J'ai eu très peur pour toi.
Stiles ne répondit pas et le loup garou se sentit un peu vexé. Il enchaîna cependant :
— Je suis resté tout le temps à côté de toi, espérant que tu te réveillerais bientôt. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi, tu sais ? Ma vie se serait écroulée, je suppose. Alors, je suis vraiment content que tu sois sorti de ton coma.
— Pas moi, croassa l'adolescent.
Un air de surprise se peignit sur le visage de Derek.
— Je … Quoi ? bégaya-t-il
Stiles leva un regard terne vers l'alpha.
— Je veux mourir, déclara l'adolescent d'une voix éraillée.
Le loup garou se recula, stupéfait.
— Pourquoi tu dis ça ? chuchota-t-il, le cœur serré.
— Parce que je ne veux pas vivre sans Scott.
Derek resta un moment silencieux, le dos droit, les yeux fixés sur le garçon. Puis, il se leva d'un mouvement raide et lança :
— Il faut que j'y aille. Les autres veulent te voir et on ne peut pas être trop nombreux dans ta chambre. Alors … Je repasserai plus tard ou … Enfin, à plus.
L'alpha attrapa sa veste et sortit sans recevoir aucune réponse de Stiles. Le loup garou traversa les couloirs de l'hôpital d'un pas rapide et quitta l'établissement sans perdre de temps. Une fois hors de vue, il appela son loup pour puiser dans son énergie afin de s'élancer à toute vitesse vers le manoir. Il traversa Beacon Hills sans s'en rendre compte et claqua la porte de chez lui avant de gravir les escaliers pour rejoindre sa chambre.
Sa course ne suffit pas à diluer la colère et le chagrin qu'il ressentait face au détachement de l'adolescent. L'alpha avait tant espéré qu'il se réveille qu'il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir blessé et humilié de savoir que le garçon aurait préféré mourir plutôt que de le retrouver. Comment pouvait-il lui dire ça, après toutes les nuits et toutes les journées que le loup garou avait passé à ses côtés ?
Dévasté en réalisant que Stiles l'aimait moins que Scott et qu'il pouvait parfaitement se passer de lui, que sa vie ne changerait pas s'il n'était plus là pour l'aimer, Derek se laissa tomber dans son lit, des larmes d'amertume et de déception dévalant ses joues. Il n'avait jamais autant aimé quelqu'un. Et c'était tellement douloureux de se voir rejeter de la sorte …
L'alpha se sentait vraiment seul. Et son cœur en miettes le faisait souffrir.
# #
Chaque membre de la meute était venu voir Stiles dans sa chambre et l'adolescent avait pris sur lui pour ne pas être trop désagréable. Il avait supporté les larmes de Lydia et d'Erica, qui lui avaient confié avoir eu très peur, il avait retenu une grimace en entendant Jackson et Isaac lui dire qu'ils étaient contents de voir qu'il allait bien, il avait fait semblant d'être ravi de voir Boyd et Danny et il n'avait pas dit à Matt de retourner avec Louane au lieu de venir voir comment il allait. Heureusement, personne n'avait mal pris son silence et sa morosité, le mettant sur le coup de la fatigue causée par son coma et ses blessures.
Si l'adolescent était si peu enthousiaste à l'idée de voir ses amis, c'était avant tout parce qu'il culpabilisait. Il se sentait coupable, estimant qu'il ne méritait pas d'être ici, entouré par des gens qui l'aimaient et qui étaient heureux de le voir. Au fond de lui, le coma de Scott l'inquiétait. Il avait peur d'avoir perdu son meilleur ami pour toujours. S'il était mort, alors la vie ne valait plus la peine d'être vécue.
Et Stiles avait peur de l'avoir abandonné alors qu'ils s'étaient promis de toujours rester ensemble. Que ferait-il si Scott ne se réveillait jamais ? Comment pourrait-il vivre avec le poids de sa disparition ? Il se sentirait toujours responsable de sa mort parce qu'il n'aurait pas réussi à le sauver …
La culpabilité l'écrasa particulièrement lorsque Melissa vint faire un saut dans sa chambre pour s'enquérir de son état. L'adolescent n'osa pas lui demander de partir, conscient que l'infirmière s'était réellement inquiété pour lui. La mère de Scott n'eut que des mots gentils pour lui, mais cela intensifia le malaise du garçon, qui se demandait pourquoi lui s'en était sorti alors que son meilleur ami était toujours plongé dans le coma.
Son père était repassé comme promis une fois sa journée de travail fini mais Allison, elle, n'était pas venue. Stiles ne s'en était pas formalisé. Il se souvenait de l'état de déprime dans lequel était plongée la jeune fille et était même soulagé de ne pas l'avoir vu. Il n'avait déjà pas apprécié le temps passé avec le reste de ses amis alors devoir sourire à la copine de son meilleur ami quand celui était toujours inconscient ne l'aurait pas aidé à se sentir mieux.
Puis, une fois les heures de visite passées, il se sentit extrêmement fatigué, comme s'il avait couru pendant très longtemps alors qu'il était resté allongé dans la même position tout le temps qu'il avait été éveillé. Même lorsque Lydia et Erica étaient venues l'embrasser, il n'avait pas bougé, laissant les filles se pencher sur lui pour déposer un baiser sur sa joue ou son front.
Stiles s'était dit qu'il devrait peut-être songer à s'endormir pour faire passer le temps. De toute façon, il n'avait le courage de ne rien faire. Ses jambes lui semblaient très lourdes, presque détachées de lui, et il avait l'impression qu'un poids appuyait sur sa poitrine. Pourtant, l'adolescent n'osait pas fermer les yeux. Malgré lui, il avait peur de ne jamais se réveiller.
Car même s'il avait affirmé vouloir mourir, même s'il ne voulait pas vivre sans Scott, même s'il culpabilisait d'avoir ouvert les yeux alors que son meilleur ami était toujours inconscient, le garçon n'avait plus envie de le rejoindre. Et il espérait que le co-capitaine de l'équipe de crosse sortirait bientôt de son coma, pour lui éviter de se sentir mal.
La porte de sa chambre s'ouvrit et Stiles s'attendit à ce que ce soit une infirmière qui vienne lui prendre sa tension ou qui vienne changer sa perfusion. Il fut par conséquent surpris lorsque Louane se glissa dans la pièce et vint s'asseoir à côté de lui sur son lit. Elle lui sourit timidement :
— Comment tu vas ?
Etrangement, l'adolescent ne se sentit pas importuné par la jeune fille. Peut-être parce qu'il se souvenait qu'elle était elle aussi dans son rêve étrange qu'il se souvenait vaguement avoir fait ?
— Ca va comme quelqu'un qui vient de sortir d'un coma …
Louane pencha la tête sur le côté.
— Ils ne t'ont pas loupé …
— Hein ? fit Stiles qui ne comprenait pas son allusion.
L'adolescente fronça les sourcils.
— Ils ne t'ont pas expliqué ce que tu as eu ?
— Je … Je n'ai pas vraiment écouté le médecin, murmura le garçon, qui se sentait essoufflé alors qu'il n'avait dit que trois phrases. J'étais trop occupé à penser à Scott …
Louane acquiesça silencieusement.
— Il n'est toujours pas réveillé, déclara-t-elle. Mais j'espère qu'il changera d'avis et qu'il finira par sortir du coma.
Au vu du regard intense que Stiles posa sur elle, la jeune fille précisa, un peu gênée :
— Tu sais, il ne voulait pas revenir avec nous …
— Alors, c'était vrai ? C'était pas un rêve ?
Louane haussa les épaules.
— Je ne sais pas si c'était la réalité. C'est flou dans ma tête, je ne me souviens pas de grand-chose mais je crois me rappeler que Scott voulait mourir. Ca reste vague et j'ai l'impression que c'est quelque chose qui s'est passé il y a très longtemps … Mais on ne peut pas avoir fait le même rêve tous les deux, non ? Parce que tu as bien vécu la même chose, hein ?
La dernière question était posée avec un peu d'angoisse et Stiles cligna des yeux pour acquiescer, trop fatigué pour hocher la tête.
— Pareil que toi, souffla-t-il.
Louane lui tapota timidement sur la main.
— Je vais te laisser te reposer … proposa-t-elle en faisant mine de se lever.
— Attends, la retint doucement l'adolescent. Dis moi ce que j'ai. Je … Je ne sais même pas ce que j'ai eu …
La jeune fille se rassit et se frotta le nez avant d'annoncer :
— Je ne suis pas sûre, parce que j'étais pas au top de ma forme ces derniers jours, mais je crois que l'opération que tu as eue pour extraire la balle de ton corps s'est bien passée. Tu as eu de la chance, parce qu'elle s'est logée entre le cœur et les poumons, sans casser de vertèbres et sans abîmer d'organes. Mais en fait, si j'ai bien compris, quand une balle rentre dans un corps sans en ressortir, il y a de … De l'énergie cinétique, je crois, qui se répand dans le corps, parce que si la balle est stoppée avant la fin de sa course par le corps, il faut que l'énergie parte quand même et ça fait une sorte d'onde de choc.
Louane fit une grimace.
— Mais encore une fois, tu as été plutôt chanceux, parce que les dégâts causés par l'onde de choc sont quand même assez limités. Enfin, les médecins ne sont pas trop sûrs et ils te feront passer des examens complémentaires quand tu iras mieux pour tester tout mais … Tu as les poumons un peu abîmés, c'est pour ça que tu as du mal à respirer et ils supposent que ta colonne vertébrale a dû en prendre un coup aussi, comme ton cœur. Ils n'ont pas repérés d'anomalies dans ton rythme cardiaque mais ils te feront passer des tests d'efforts pour vérifier que tout va bien.
— En gros, allongé, je vais bien, mais si je sors de mon lit, je peux mourir ? ironisa Stiles.
L'adolescent esquissa un sourire.
— Si tu résumes de façon pessimiste, oui, c'est à peu près ça. Mais si les médecins sont un peu sur la réserve, on peut quand même espérer le mieux. Tu t'es réveillé déjà.
— Si c'est pour rester cloué dans un fauteuil roulant, non merci, haleta le garçon.
Louane lui lança un regard navré.
— Moi aussi, j'espère qu'il changera d'avis et qu'il se réveillera, tu sais.
Stiles ne répondit pas. Il n'avait pas envie de parler de Scott avec la jeune fille.
— Et toi ? Ca va ?
L'adolescente baissa les yeux au sol.
— Ouais. Je me suis réveillée il y a trois jours. J'allais pas très bien mais après, ça s'est amélioré. Je peux marcher maintenant, même si techniquement, j'ai pas le droit de quitter ma chambre. Mais je voulais voir comment tu allais.
Le garçon fit l'effort de tendre les doigts pour lui serrer la main. Ils restèrent silencieux un moment, puis, Louane se passa la langue sur les lèvres.
— Je vais retourner dans ma chambre avant qu'ils ne se rendent compte que je suis partie. Je n'ai pas envie de me faire passer un savon mais je voulais savoir comment tu allais et … C'est pas pareil quand c'est Matt qui me raconte.
Stiles la remercia d'un sourire et la jeune fille attrapa le téléphone du garçon pour qu'il le prenne.
— Je ne sais pas ce que tu as dit à Derek mais tu devrais t'excuser.
— Pourquoi tu dis ça ? s'étonna l'adolescent dans un souffle.
Louane secoua la tête.
— Matt m'a dit qu'il était resté tout le temps à côté de toi, pendant que tu étais dans le coma. Il ne partait jamais. Il restait à attendre que tu te réveilles jour et nuit. C'est ton père qui lui apportait à manger. Alors s'il est déjà parti, alors que tu viens juste de sortir du coma, je pense que c'est parce que tu lui as dit quelque chose qui l'a blessé. Il ne serait pas rentré chez lui sinon.
Stiles ne répondit pas et la jeune fille descendit du lit.
— Tu sais … Ne te sens pas coupable de vivre. Tu l'as mérité. Si tu es ici, c'est que tu as encore des choses à accomplir et … Il y a des gens qui t'aiment, alors … Ne perds pas ton temps à ruminer de mauvaises pensées.
Le garçon resta encore muet et avant de partir, Louane lui lança :
— Une dernière chose : n'aie pas peur de t'endormir. Moi, j'avais peur de repartir là-bas et de ne plus avoir le choix, mais en fait … J'ai dormi et je suis toujours là. Je n'y suis pas retourné.
— Merci, dit faiblement l'adolescent.
La jeune fille lui sourit et quitta sa chambre sans rien ajouter de plus. Stiles posa son téléphone sur son ventre et observa le plafond de la pièce. Il était blanc et n'offrait pas vraiment de quoi s'occupait. Finalement, après quelques minutes, le garçon reprit son téléphone, chercha le numéro de Derek dans son répertoire et appela l'alpha. Cela lui demanda un gros effort de porter le combiné à son oreille mais il le fit juste à temps pour entendre un « allô » un peu froid retentir contre son tympan.
— Tu me manques, avoua l'adolescent sans aucun préambule. Je suis désolé. Reviens me voir …
Le loup garou ne dit rien et bientôt, la communication fut coupée. Stiles baissa le bras et son téléphone tomba par terre. L'adolescent ne fit pas un geste pour le récupérer. De toute façon, il n'avait pas la force de se pencher et de le ramasser.
Il était très déçu du manque de réaction de Derek mais en même temps, il ne pouvait pas lui en vouloir. L'alpha avait dû très mal prendre les propos du garçon, surtout qu'il lui avait ouvert son cœur et que Stiles l'avait directement refroidi en lui disant qu'il voulait mourir. L'adolescent se morigéna. La prochaine fois que le loup garou viendrait – et il reviendrait, c'était sûr. Du moins, il espérait ne pas avoir vexé le jeune homme au point qu'il ne veuille plus le voir – la prochaine fois qu'il viendrait, il lui présenterait des excuses.
Les minutes s'écoulèrent lentement et Stiles ne s'endormit toujours pas. Malgré les affirmations de Louane, le garçon avait vraiment peur de ne pas pouvoir se réveiller le lendemain matin. Alors, il fixait le mur en face de lui, refusant de céder au sommeil.
Lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit une nouvelle fois, il manqua sursauter, tant il ne s'attendait pas à voir quelqu'un entrer. Et quand il vit Derek refermer la porte derrière lui, le cœur de l'adolescent faillit s'arrêter.
— Désolé du retard, marmonna l'alpha. J'ai couru vite, mais il m'a fallu du temps pour réussir à me glisser en douce jusqu'à ta chambre. Les infirmières sont assez à cheval sur les heures de visite …
Le loup garou ôta sa veste et la posa sur une chaise. Stiles tapota du bout de ses doigts le lit sur lequel il était allongé.
— Faut que tu me pousses mais viens à côté de moi … réussit-il à dire d'une voix faible.
Derek roula des yeux avant de passer délicatement une main sous la tête de l'adolescent tandis qu'il plaçait l'autre dans le dos du garçon. Il décala son amoureux vers le bord du lit avant de glisser sous les draps à côté de lui.
— Je t'aime. Tu m'as manqué, chuchota Stiles dans un filet de voix.
L'alpha l'embrassa doucement sur la joue et le serra tendrement contre lui.
— Dors. Je suis là. On ne se quittera plus. Je te le promets.
Etrangement, alors que le sommeil lui avait fait peur et qu'il avait voulu rester éveillé, l'adolescent s'endormit aussitôt qu'il eut les yeux enfermés. Bien calé dans les bras de Derek, il oublia ses inquiétudes. Il était certain qu'il se réveillerait le lendemain.
Le garçon espérait juste que Scott en ferait autant.
