Derek n'entendait plus de coups de feu et il ne savait pas s'il devait s'en sentir rassuré ou pas. Après tout, le silence pouvait à la fois signifier que les Protecteur avaient réussi à maîtriser le personnel du laboratoire ou qu'au contraire, les complices de James avaient réussi à neutraliser les alliés de l'alpha. Joackim avançait derrière le loup garou, étrangement silencieux. Il avait pourtant l'habitude de lancer des petites piques dès qu'il en avait l'occasion et le jeune homme se doutait que son cerveau devait bouillonner de réflexions à lancer.
Derek ne prit cependant pas la peine d'inciter le garçon à parler. Le métamorphe l'énervait assez comme ça en temps normal, il n'était pas question de tendre le bâton pour se faire battre. L'alpha poursuivit sa route la bouche close et bientôt, il rejoignit le hall principal, l'adolescent sur les talons.
Les Protecteurs étaient presque tous rassemblés dans le hall, certains discutant, d'autres surveillant les prisonniers qu'ils avaient faits. Il y avait une poignée d'hommes en blouse qui avaient les mains sur la tête, deux femmes en tailleur et une blonde à l'air mauvais. Le loup garou reconnut aussi le père de Joackim, un sourire fin sur les lèvres, comme si la situation l'amusait et qu'il savait qu'il ne tarderait pas à s'en sortir.
Un frisson parcourut le dos de Derek. Voir ce sourire lui rappelait que James n'était pas encore attrapé et qu'il trouverait probablement un moyen de leur échapper. L'alpha serra les poings en avançant vers un groupe de Protecteurs. Il ne fallait pas perdre espoir. Son ennemi ne pouvait pas se rendre invisible. Il serait forcément repéré grâce aux caméras de surveillance.
Alors qu'il arrivait à la hauteur de ses alliés, le loup garou se souvint subitement qu'en réalité, les caméras ne serviraient à rien. James était un métamorphe. Il avait la capacité de prendre l'apparence qu'il souhaitait. S'il avait choisi de se transformer en l'un des Protecteurs présent dans le laboratoire, il pourrait sortir du bâtiment sans se faire repérer. Le jeune homme n'eut toutefois pas l'occasion de pousser sa réflexion plus en avant car Joy l'interpella :
— Y a-t-il du monde en bas ?
Derek secoua la tête et la Protectrice allait ajouter quelque chose lorsqu'elle écarquilla les yeux en découvrant Joackim, qui se tenait derrière l'alpha.
— Qu'est-ce que tu fais là ? souffla-t-elle, interloquée.
— J'étais en bas, avec Derek, comme nous en avions convenu dans le plan, répondit le métamorphe, un peu surpris.
Le loup garou fronça les sourcils tandis que Joy restait hébétée. La jeune femme tourna la tête vers un autre groupe de Protecteurs et Derek suivit son regard. Son souffle resta bloqué dans sa gorge quand il découvrit un garçon aux cheveux noirs et aux yeux en amande d'un vert brillant qui discutait avec un homme.
L'alpha observa un instant le Joackim qui parlait avec un Protecteur avant de se retourner pour regarder celui qui se trouvait juste derrière lui. Il n'y avait qu'une seule explication au dédoublement de l'adolescent. Les craintes du loup garou devenaient réalité. James avait bel et bien pris une apparence différente pour tenter de s'échapper du laboratoire. Comment avait-il fait son compte ? S'était-il transformé en comprenant que Derek le rattrapait ? Ou au contraire, avait-il réussi à semer l'alpha et à regagner le hall sans se faire repérer ? Le Joackim que le loup garou avait renversé dans le couloir des cellules lui avait-il dit la vérité ou lui avait-il menti ?
Ils étaient dans un beau pétrin. Et tout le problème allait désormais résider en trouver le moyen de découvrir lequel des deux Joackim était le vrai.
# #
Stiles avait envie de hurler, de renverser son fauteuil roulant, de frapper Scott pour qu'il ouvre les yeux, de le ramener à la vie. Il resta assis, sans bouger d'un cil. Les médecins criaient des ordres aux infirmiers que l'adolescent ne comprenait pas. Il s'agissait de médicament et de procédures pour tenter de ranimer leur patient et de faire repartir son cœur. Le garçon aurait pu se croire dans une série médicale si le froid qu'il ressentait à l'intérieur de lui n'était pas une preuve qu'il était bien dans la vraie vie.
Deux mains se posèrent sur son fauteuil roulant pour le traîner hors de la pièce, afin de pouvoir laisser de la place au personnel de l'hôpital pour agir. Stiles se laissa faire sans protester. Il se sentait vide. L'adolescent ne pouvait croire que Scott avait choisi de mourir. Il se sentait trahi et abandonné. Comment son meilleur ami pouvait-il lui faire ça ? Comment pouvait-il partir sans lui ? Pourquoi n'avait-il pas choisi de rester ?
Et sa mère ? Avait-il conscience de la peine qu'il allait lui causer ? Et Allison ? Serait-elle capable de s'en remettre ? Et le reste de la meute ? Derek se sentirait coupable toute sa vie et ses amis ressentiraient toujours son absence. Pourquoi Scott avait-il fait ce choix égoïste ? La perte de son loup était-elle plus importante que la souffrance qu'il causait à sa famille et ses proches ? La mort était-elle préférable à la joie de ses amis ?
Le garçon ne comprenait pas. Il était blessé, perdu et en colère. Il refusait d'y croire. Scott ne pouvait pas mourir. Pas maintenant. Pas comme ça. Ils avaient un devoir de sciences à rendre dans quelques jours. Harris ne leur pardonnerait jamais s'ils ne le lui donnaient pas en temps et en heure …
Alors que Stiles allait quitter la chambre en effervescence, le sifflement qui lui perçait les tympans s'arrêta brusquement et fut remplacé par une série de bips lents et irréguliers. L'adolescent releva la tête et agrippa le mur pour arrêter le fauteuil que l'infirmier reculait. Il fixa l'écran situé à droite du lit de Scott, les yeux écarquillés par l'étonnement et l'espoir. Impossible de se tromper. Il y avait bien des chiffres qui s'affichaient de nouveau et l'électrocardiogramme indiquait de nouveau les battements du cœur de son meilleur ami.
Les médecins eurent un instant l'air surpris, puis, ils se félicitèrent et examinèrent rapidement l'adolescent pour vérifier que tout allait bien. L'infirmier qui sortait Stiles de la chambre lui posa la main sur l'épaule.
— Je pense qu'il est temps d'aller vous reposer, fit-il doucement. Vous reviendrez un peu plus tard. Votre ami est entre de bonnes mains, on s'occupe de lui.
Le garçon hocha faiblement la tête et laissa retomber sa main. Il était aussi soulagé qu'épuisé, mais une question le taraudait toujours. Scott était-il vraiment vivant ? Et si oui, ouvrirait-il un jour les yeux ?
# #
Joy fut la première à réagir.
— Mettez les mains en l'air. Tous les deux.
Le Joackim qui se tenait derrière Derek leva les bras tandis que celui qui discutait un peu plus loin sursautait. Il se retourna et un air choqué se peignit sur ses traits en découvrant son autre lui.
— Que … commença-t-il à bredouiller.
Joy ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase.
— Les mains en l'air ! Tout de suite !
L'adolescent posa les mains sur sa tête, une mimique perdue sur le visage.
— Mettez vous l'un à côté de l'autre, mais ne vous touchez pas, gronda la Protectrice, un pistolet à la main. Au moindre geste suspect, je vous tire dessus. Compris ?
Les deux Joackim hochèrent la tête dans le même mouvement et se jetèrent un coup d'œil suspicieux. Joy inspira profondément et lança à Derek :
— Est-ce que tu arrives à reconnaître le vrai Joackim ?
— Et comment suis-je sensé y arriver ? demanda l'alpha.
La Protectrice lui lança un regard condescendant.
— Avec ton odorat.
Le loup garou se retint de rouler des yeux. La réponse était évidente mais justement, utiliser son flair avait été la première chose qu'il avait faite. Si l'un des Joackim n'était pas encore planté au bout des griffes du jeune homme, c'était parce que Derek n'avait pas réussi à différencier le vrai du faux, parce que leurs odeurs se mélangeaient et que celle de James disparaissait sous celle du métamorphe adolescent.
— Si j'étais capable de les reconnaître, je ne serai pas en train de les dévisager tous les deux, grogna l'alpha.
Joy se mordit la lèvre et le loup garou s'enquit :
— Vous n'avez pas un protocole à suivre dans ce genre de situations ? Je suppose que ce n'est pas la première fois que ce genre de choses arrive.
Les autres Protecteurs s'étaient rassemblés autour des deux Joackim, mis à part ceux qui veillaient sur les prisonniers. La blonde hocha la tête :
— Oui, il y a bien un protocole. Il suffit de leur demander de répondre à une question que seul le vrai Joackim peut connaître pour voir lequel répond correctement.
— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, ce plan ! se récria l'un des deux métamorphes. J'ai pas une très bonne mémoire, et je serai capable de répondre à côté de la plaque.
— Ca me fait du mal de soutenir cet imposteur, mais je suis d'accord, soupira l'autre adolescent. En plus, vous oubliez que notre ennemi est James. Il connaît tout de nous. Il serait capable de savoir un détail de ma vie mieux que moi.
— C'est moi que tu as traité d'imposteur, imposteur ? grinça son double.
— Arrêtez, tous les deux ! ordonna Joy.
Les deux Joackim se turent mais se lancèrent un regard noir. La blonde ferma les yeux un instant avant de reprendre la parole.
— Ok. L'équipe qui devait récupérer les données présentes dans les ordinateurs a-t-elle fini de le faire ?
— Affirmatif, répondit une brune aux cheveux très courts. Les données sont cryptées mais devrait pouvoir être décodées une fois que j'aurais le temps de me pencher dessus.
— Bien. Deux hommes restent avec Derek et moi. Le reste, vous commencez à mettre les prisonniers dans les véhicules et à les transférez vers la base. Je reste ici le temps de régler ce problème. Avec un peu de chance, nous partirons en même temps que vous.
Les Protecteurs réagirent aussitôt et s'éloignèrent dans le hall pour appliquer les ordres de Joy. La blonde resta avec Derek face aux deux Joackim qui affichaient désormais un air blasé.
— Je peux m'asseoir ? J'ai mal aux jambes, se plaignit l'adolescent de droite.
— Oh, tu peux bien rester debout quelques minutes, rétorqua celui de gauche.
— Je ne t'ai pas sonné, sale voleur de personnalité !
— C'est toi qui m'accuse de voler ? On aura tout vu ! s'écria l'un des garçons en brandissant son poing vers l'autre.
— La ferme ! intervint Joy. Et gardez vos mains au-dessus de vos têtes. Le prochain qui parle, je lui fais passer un mauvais quart d'heure, c'est compris ?
La blonde se passa la main sur le visage, réfléchissant à ce qu'elle allait pouvoir faire pour trouver qui était le vrai Joackim. Comme l'avait fait remarquer l'un des deux garçons, James devait connaître sur le bout des doigts la vie du métamorphe, d'autant plus qu'il avait dû prévoir depuis le début de prendre son apparence. Le seul hic provenait sûrement du fait qu'il aurait aimé éliminer le véritable Joackim, ou au moins le mettre hors d'état de nuire le temps de s'éclipser, afin de ne pas se retrouver dans la situation actuelle – c'est-à-dire face à Joy qui cherchait comment le démasquer.
Derek fit un pas en avant. Il n'avait pas envie de perdre son temps à chercher comment trouver le vrai Joackim. James était bien trop malin pour se faire piéger quand on lui poserait des questions et l'adolescent était capable de se tromper sur un sujet le concernant.
— Il y a un moyen de leur faire reprendre leur apparence ?
— Non, fit Joy. La transformation d'un métamorphe dépend de sa volonté. On ne peut pas l'obliger à reprendre son apparence normale, à moins de réussir à lui faire perdre le contrôle de lui-même.
— Comme par exemple à cause de la douleur ? demanda le loup garou.
La blonde fronça les sourcils.
— Oui. Mais il est hors de question que je leur fasse du mal. L'un d'entre eux est Joackim, ne l'oublions pas.
— Et l'autre est James, un dangereux criminel qui n'hésiterait pas à vous tuer s'il en avait l'occasion.
Joy secoua la tête.
— Il est hors de question que je les torture.
Derek leva les yeux au ciel.
— Alors, on fait quoi ? On attend que les remords étouffent James et qu'il se désigne de lui-même ? On tire au sort celui qui va finir en prison ?
Joy lui lança un regard noir, lui signifiant qu'il n'aidait pas. L'alpha haussa un sourcil, l'air de dire qu'il n'appréciait pas d'être observé de la sorte. Avant que la situation ne dégénère, le Joackim de gauche proposa :
— Et si on nous injectait de l'aconit ?
L'autre adolescent tourna vivement la tête vers lui.
— Quoi ? Mais tu es fou ?
Son double lui lança un regard agacé.
— Tu as peur qu'on découvre que tu n'es pas le vrai Joackim ?
— Il n'y a pas de risque, puisque je suis le vrai. Et justement, je sais ce que ça fait, que de se faire injecter de l'aconit, grâce à toi ! Je n'ai absolument pas envie de retenter l'expérience.
— Oh pitié, ne fais pas la victime, se moqua le Joackim de gauche. Tu cherches juste à éviter qu'on découvre que tu es James. Et d'ailleurs, arrête de faire semblant de comprendre ce que j'ai vécu …
— Je ne fais pas semblant, puisque c'est moi qui ai vécu tout ça ! N'essaie pas de retourner la situation à ton avantage !
— Qu … Tu te fiches de moi, là ?
— Je crois plutôt que c'est toi qui te paye notre tête à tous ! s'énerva le Joackim de droite. Les autres ont peut-être des scrupules à l'idée de te faire du mal, mais moi, je ne vais pas hésiter !
Joy tenta d'intervenir en s'écriant :
— Arrêtez tous les deux !
Mais elle n'eut aucun impact sur les deux adolescents. Le Joackim de droite donna un coup de coude à son double, qui répondit par un coup de pied derrière les genoux. Une seconde plus tard, ils étaient tous les deux en train de se frapper et ce, malgré les pistolets braqués sur eux et les vociférations de Joy. Soudain, alors qu'ils roulaient au sol, ils semblèrent fusionner l'un dans l'autre, leurs corps se mélangeant, le pied d'un des adolescents dans le genou de l'autre, un bras dans un ventre et un coude dans une épaule.
Quelques instants après, il n'y avait plus qu'un seul Joackim allongé sur le sol. Derek fronça les sourcils, pas très sûr de ce qu'il venait de se passer. Joy fit claquer sa langue contre son palais, l'air exaspéré.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? lui demanda l'alpha.
— Quelque chose que je n'avais pas vu venir, grommela la jeune femme.
— Mais encore ? insista le loup garou.
— James vient de fusionner avec Joackim. C'est l'un de ses pouvoirs, c'est pour ça que je ne voulais pas qu'ils se touchent, l'un et l'autre.
— Et bien sûr, les mettre côte à côte était le meilleur moyen d'éviter ce genre de situations, fit remarquer Derek d'un ton narquois.
Joy lui adressa un regard agacé.
— Je respecte le protocole de sécurité qui veut que l'on garde deux suspects …
— On voit où ça nous mène, de respecter les protocoles ! la coupa l'alpha.
La jeune femme n'eut pas le temps de répondre. Joackim commençait à se redresser et la blonde se tourna aussitôt vers lui, le menaçant de son pistolet.
— Tu bouges, je te descends, c'est clair ?
— Non, tu ne feras pas ça, répondit le métamorphe avec un sourire narquois.
— Tu veux que je te le prouve ?
L'adolescent poussa un soupir dramatique.
— Enfin, ma chérie, voies la réalité en face. Tu ne voulais déjà pas nous faire une petite injection d'aconit pour découvrir lequel était le vrai Joackim, tu ne vas quand même pas nous tuer maintenant, n'est-ce pas ?
Joy resta stoïque mais Derek put voir une goutte de sueur couler le long de son front. James – car c'était lui qui semblait avoir pris le contrôle du corps de Joackim – reprit :
— Si tu tiens vraiment à ce que ce petit métamorphe vive, je te conseille de me laisser partir.
— Parce que tu crois que nous allons accéder à tes désirs ?
— Oui, en effet, fit leur ennemi. Parce que j'ai désormais le pouvoir. Je contrôle le corps de Joackim. Si je veux, je peux le tuer.
Joy secoua la tête.
— Tu mourrais avec lui.
— Peut-être. Mais moi, je n'ai plus rien à perdre. Dans le meilleur des cas, je finis ma vie en prison, bourré de médicaments pour contrôler mes talents afin que je ne m'en serve pas pour m'évader. Et dans le pire, tu laisses Derek me déchiqueter pour assouvir sa vengeance. Oh, d'ailleurs, passe le bonjour à Scott pour moi, tu veux ? Il a été un cobaye i-dé-al.
L'alpha grogna mais Joy lui posa une main autoritaire sur le torse.
— Recule, dit-elle d'un ton qui ne réprimait aucune contradiction.
Le loup garou l'observa d'un air surpris et la jeune femme reprit.
— Recule. Tu ne contrôles pas tes émotions. Je ne veux pas d'un geste malheureux. Tu es trop énervé pour te rappeler que James et Joackim ne font plus qu'un et que si tu fais du mal à l'un, tu blesses l'autre aussi.
Le regard de Derek s'assombrit mais cela n'inquiéta pas Joy qui continua de le fixer avec le même air autoritaire.
— Recule, répéta-t-elle pour la troisième fois. Si jamais je te vois faire le moindre geste déplacé, je serai obligée de te tirer dessus. C'est compris ?
L'alpha se détourna brusquement et s'éloigna de quelques pas. Il bouillait de colère et même s'il savait que la jeune femme ait à respecter certaines procédures et prenne les décisions, il ne comprenait pas qu'elle puisse autant vouloir protéger Joackim. Le problème aurait pu être réglé dès le départ. Déjà, s'il avait été au courant que James pouvait fusionner avec le corps d'un autre, il n'aurait jamais rapproché les deux métamorphes. 7
Ensuite, une petite injection d'aconit ou quelques baffes auraient suffi pour découvrir qui d'entre eux était James. Il n'aurait plus eu qu'à enfermer leur ennemi et à l'emmener en prison. Et tant pis si Derek ne pouvait pas en faire des confettis ! Mais au moins, ils ne se seraient pas retrouvés dans cette situation problématique.
Derrière lui, James continuait de provoquer Joy, certain d'avoir le pouvoir.
— C'est bien. Tu as bien dressé ton chien.
— Ce n'est pas mon chien. C'est un homme.
— Un loup garou, nuança son interlocuteur. Je suis plus proche de la réalité avec le mot « chien » que toi avec le mot « homme ».
— N'essaie pas de le mettre en colère, rétorqua Joy. D'ailleurs, tais-toi. J'en ai marre de t'entendre débiter des âneries.
— Pourquoi ? Tu essayes de trouver le moyen de sauver Joackim tout en ne me laissant aucune chance de m'échapper ? Désolé de te décevoir, mais tu n'y arriveras pas. Je ne quitterai pas ce corps. J'y suis trop à l'abri.
Derek serra les poings si fort que ses griffes lui entaillèrent les paumes. Il scruta le hall vide, les Protecteurs ayant fait sortir tous les prisonniers. Certains véhicules commençaient à quitter le parking tandis que quelques hommes restaient pour charger un coffre avec le matériel qu'ils avaient trouvé dans le laboratoire. L'alpha s'approcha d'un tas de malle non loin de lui, aussi bien pour mettre de la distance entre James et lui que pour trouver une solution à leur problème.
— On peut négocier, proposa Joy.
— J'attends de voir ce que tu vas m'offrir, railla James.
— Je ne peux pas te promettre de ne pas aller en prison, ni qu'on ne va pas limiter tes problèmes. Mais tu auras le droit à un certain confort.
— Comme c'est touchant. Vraiment, je suis totalement ému. Je crois que je vais pleurer …
— Ne te fous pas de moi, ça m'énerve, siffla Joy.
Derek se mordit la langue et souleva un tas de papiers. Il les feuilleta rapidement, espérant se concentrer sur ce qui y était écrit plutôt que d'entendre la voix de James lui vriller les tympans. L'alpha inspira profondément pour tenter de se calmer, car il sentait la colère monter en lui et menacer d'exploser.
Une odeur familière vint lui chatouiller les narines. Le loup garou fronça les sourcils et se concentra pour capter la fragrance. C'était acre et désagréable mais de cette façon, il la localisa rapidement. Alors qu'un Protecteur venait prendre deux malles, Derek ouvrit une des dernières qui restait et attrapa l'un des petits coffres qui se trouvait à l'intérieur.
Dedans, il y avait une petite seringue contenant un liquide violet. L'alpha s'en saisit et jeta un regard par-dessus son épaule, vers Joackim, dont le sourire supérieur était plus qu'agaçant. La menace de Joy retentit dans l'esprit de Derek. « Si jamais je te vois faire le moindre geste déplacé, je serai obligée de te tirer dessus. »
Ce que comptait faire l'alpha, c'était une suite de gestes déplacés. La jeune femme était bien entraînée et répugnait à blesser les autres. Mais elle suivait les protocoles qu'on lui avait appris à la lettre. Il n'y avait aucune chance pour qu'elle ne tienne pas parole, même si son but n'était pas de faire du mal au loup garou. Et elle saurait où tirer. Après tout, il était compliqué de survivre à une balle en pleine tête, même pour un lycanthrope.
Mais à ce moment précis, Derek ne pensait pas à sa sécurité. Il pensait avant tout à venger Scott qui ne s'était pas encore réveillé, à venger Louane qui avait été blessée pour le protéger, à venger Stiles qui avait dû subir les foudres de Keyra et de James alors qu'il n'avait rien fait de mal, et il pensait à venger Joackim qui, malgré son caractère insupportable, avait cherché à les aider.
L'alpha ferma les yeux un instant et serra la seringue dans son poing. Puis, il tourna les talons et s'avança d'un pas qu'il voulait nonchalant vers Joy et James. Le loup garou ne voulait pas attirer l'attention sur lui pour le moment. Se mettre à courir trop tôt lui vaudrait de se faire arrêter avant d'avoir eu le temps de planter la seringue dans le corps de Joackim.
La Protectrice l'entendit revenir et lui jeta un regard, intriguée. Derek leva la main et se força à garder un visage neutre pour lui signifier qu'il était calme et qu'il s'approchait en maîtrisant ses émotions. La jeune femme hocha la tête une fois pour lui indiquer qu'elle avait compris et l'autoriser à revenir. Mais James comprit ce qu'il se tramait. Avait-il vu l'alpha fouiller dans une malle, avait-il aperçu la seringue que le loup garou cachait contre sa jambe ou bien avait-il seulement l'intuition que la situation ne tournait pas à son avantage ? Toujours est-il qu'il poussa un hurlement :
— Ne le laisse pas s'approcher, il va me tuer !
Derek s'élança dès qu'il entendit le début de la phrase. Il n'était pas aussi prêt que ce qu'il aurait voulu mais c'était mieux que rien. Il frôla Joy en passant à côté d'elle et devina qu'elle se saisissait de son pistolet. L'alpha avait également conscience des pistolets des deux autres Protecteurs restés avec eux qui étaient braqués sur lui.
Il s'en fichait. Le loup garou brandit la seringue pleine d'aconit au moment où la première détonation retentit. Une brûlure lui déchira le dos au moment où Joackim levait les bras devant son visage, dans un réflexe vain de se protéger. Les yeux brouillés par des larmes de douleur, Derek abattit cependant l'aiguille droit dans l'épaule du métamorphe. Une seconde balle se logea dans son dos, tandis qu'un troisième tir l'atteignait à la cuisse.
Le pouvoir de guérison de l'alpha s'activa pour réparer les blessures qu'il venait de recevoir et sous le coup, le loup garou tomba au sol, le souffle coupé autant par la souffrance que par son don qui se libérait au travers lui. A côté de lui, Joackim chuta aussi. Des cloques apparurent sur sa peau, ses membres se mirent à convulser et un cri rauque et court s'échappa de sa gorge.
Derek fut obligé de fermer les yeux, car la tête lui tournait dangereusement. Un haut de cœur le fit frissonner et il dut attendre quelques secondes avant de réussir à soulever ses paupières. Joackim était toujours allongé par terre, l'air endormi, mais juste derrière lui, les deux Protecteurs relevaient de force James, le menottant et lui injectant un nouveau produit dans le bras.
Joy était accroupie près de Joackim et vérifiait qu'il allait bien. Elle jeta un regard noir à l'alpha :
— Je t'avais dit de ne rien faire de déplacé, sinon, je tirais !
Derek voulut rouler des yeux mais à la place, il se contenta de fermer les yeux. Il n'arrivait pas à y croire. C'était enfin fini. James était arrêté. Il n'était pas encore hors d'état de nuire et l'alpha soupçonnait qu'il ne serait jamais tranquille tant que le complice de Keyra serait en vie. Le loup garou aurait préféré le savoir mort. Mais au moins, en prison, sous haute surveillance, les risques qu'il leur fasse du mal étaient diminués.
Derek se sentit partir. Les Protecteurs ne l'avaient pas loupé. Son pouvoir de guérison allait le sauver. Les blessures étaient bien placées, mais pas mortelles. Peut-être que pendant le léger laps de temps où il serait inconscient, il croiserait Scott. Ce serait l'occasion de le convaincre de se réveiller. Après tout, la meute ne pourrait pas fêter la victoire sans lui. Et Stiles avait besoin de son meilleur ami.
Stiles … Il allait drôlement lui en vouloir de s'être fait blesser …
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La foule se leva pour applaudir le but que l'équipe des Cyclones de Beacon Hills venait de marquer. Finstock hurla sa joie et encouragea ses joueurs à continuer de briller autant sur le terrain, promettant de bonnes notes en économie à tue-tête.
Stiles resta assis, frappant dans ses mains pour féliciter ses coéquipiers. Il n'avait pas encore le droit de retourner sur le terrain. L'adolescent avait à peine le droit de se déplacer de classe en classe sans son fauteuil roulant, alors pratiquer un sport aussi dangereux que la crosse … Cela ne faisait que quelques jours qu'il était sorti de l'hôpital et les médecins lui recommandaient le plus grand repos, afin de ne pas fatiguer son corps, encore affaibli. Et de fait, le simple fait de se lever pour acclamer son équipe lui avait donné le tournis.
A côté de lui, Derek lui sourit et se pencha pour l'embrasser sur le front avant de se rasseoir à côté de lui. Stiles lui lança un regard plein d'amour. Ca le touchait énormément que l'alpha soit venu assister au match avec lui, même s'il lui en voulait toujours un peu de s'être mis en danger deux semaines plus tôt, pour arrêter James. Le loup garou avait récupéré très rapidement de ses blessures, mais l'adolescent ne pouvait s'empêcher d'être énervé par les risques que son amoureux avait pris.
Le shérif donna une tape sur l'épaule de son fils en se rasseyant. Lydia leva une pancarte qu'elle agita dans les airs tandis qu'Erica mettait les mains autour de sa bouche pour que les encouragements qu'elle criait arrivent jusqu'au terrain. Louane et Hana discutaient ensemble, l'air complice. Isaac vient dire quelque chose à Danny, de retour dans ses buts et lui tapota le dos avant de s'éloigner, suivi du regard par le garçon. Jackson et Matt firent un signe de la main vers les gradins où étaient leurs amis avant de se concentrer de nouveau sur le match.
Stiles se pencha légèrement pour apercevoir Chris, Peter et Melissa, un peu à l'écart de la foule. Le chasseur portait Emily dans ses bras tandis qu'il parlait à Aidan dans la poussette en face de lui et le loup garou serrait l'infirmière contre lui. L'adolescent admirait le courage de la mère de Scott. Son meilleur ami ne s'était pas encore réveillé mais pas une seule fois, il n'avait vu Melissa se plaindre. Ses yeux brillaient parfois de tristesse mais elle faisait face, une force sans nom pulsant en elle.
Le garçon espérait devenir un jour aussi courageux qu'elle. Parce que pour le moment, penser à Scott dans son lit d'hôpital lui donnait plutôt envie de se mettre à pleurer. Mais il se forçait à ne pas perdre espoir. Son meilleur ami finirait par se réveiller. Il en était persuadé.
Derek passa un bras autour des épaules de Stiles et l'attira contre lui.
— A quoi tu penses ? demanda-t-il.
Les coins de la bouche de l'adolescent se relevèrent dans un petit sourire.
— Je me demandais si tu voudrais bien faire quelque chose pour moi …
L'alpha pencha la tête sur le côté.
— Tu es sûr de ne pas vouloir voir la fin du match ?
Le garçon plissa les yeux.
— Comment sais-tu que ce que je vais te demander nécessite de partir ?
— A chaque fois que tu me demandes un service, c'est toujours le même, Stiles, se moqua gentiment le loup garou. Je ne suis pas très intelligent, mais au bout d'un moment, je commence à comprendre.
Stiles fit une grimace et Derek déposa un baiser sur le bout de son nez.
— Allez, viens. Je t'emmène.
# #
Allison était assise dans un fauteuil, fixant le visage de Scott. Elle n'avait pas envie d'aller profiter du beau temps et de regarder le match de crosse avec les autres. La jeune fille avait déjà dû se battre avec elle-même pour réussir à aller à l'hôpital sans pleurer et rester à côté de son amoureux. Elle ne voyait pas l'intérêt de faire semblant d'être heureuse alors que son cœur saignait. Elle préférait rester au calme et attendre que le garçon se réveille, même si elle avait peu d'espoir.
L'adolescente tendit le bras et caressa doucement le visage de Scott. La porte s'ouvrit derrière elle et elle se tourna pour voir Stiles entrer. Le fils du shérif sembla surpris de la voir et Allison lui lança un faible sourire.
— Je … Désolé, je ne pensais pas que tu … Je peux repasser plus tard, si tu veux.
La jeune fille secoua la tête.
— Non. Reste.
Stiles ferma la porte et s'approcha de l'adolescente. Il ne savait pas quoi dire et la chasseuse entama la conversation :
— Merci d'avoir veillé sur lui.
— Je … C'est normal, c'est mon meilleur ami. Il aurait fait pareil pour moi.
Allison hocha la tête.
— Comment était le match ?
— Il n'est pas fini, avoua l'adolescent. Mais on est bien parti pour gagner.
— C'est bien. Scott va être content. C'est dommage qu'il le loupe …
La jeune fille soupira avant de demander :
— Tu penses qu'il nous entend ?
Stiles haussa les épaules.
— Je ne sais pas trop. Les médecins pensent que non, mais Louane est persuadée de se souvenir de Matt qui lui lisait une histoire. Et moi, je ne sais plus trop. C'est confus. Je ne sais plus si j'ai rêvé ou si c'était réel …
Allison se gratta la tête.
— Tu sais … Je ne peux pas avoir d'enfants.
— Ouais, Scott m'avait dit, marmonna le fils du shérif, mal à l'aise.
— J'ai bien réfléchi et s'il se réveille … C'est avec lui que je veux faire ma vie, alors, je ferai tout pour pouvoir avoir des enfants avec lui. Je prendrais des traitements, j'irai voir les meilleurs spécialistes et … Et si ça ne marche pas, je demanderai à Derek de me transformer en loup garou.
Stiles écarquilla les yeux, choqué.
— Wow. Euh … Tu es sûre que Scott serait d'accord ? Et ton père ? Et Derek ? En fait, je crois que personne ne serait d'accord.
— On verra bien, fit la jeune fille. Il faut déjà que Scott se réveille.
Le fils du shérif décida de changer de sujet.
— En parlant de loup garou … Je ne sais pas si on t'a dit mais …
— Tu veux parler de Scott qui ne serait plus un loup garou ? le coupa Allison.
Le garçon fit une grimace et l'adolescente fronça les sourcils.
— Personne n'est sûr de rien.
— Derek n'arrive plus à sentir son loup … insista Stiles.
— Et Peter a dit que c'était normal après ce qu'a vécu Scott, rétorqua la chasseuse. Lui-même, après l'incendie, avait vu son loup réduit à néant. Il a frôlé la mort et pourtant, il a réussi à survivre. Il s'est battu et peu à peu, il a guéri.
— Il a quand même mis six ans, souligna le fils du shérif, qui décida de ne pas évoquer la partie où Peter devenait un assassin avant de se faire trancher la gorge par Derek et de revenir en hantant Lydia.
Allison sourit tristement.
— Je suis prête à attendre.
Stiles prit la main de la jeune fille et la serra dans la sienne.
— Ca te dit qu'on aille faire un tour ? Juste le temps de se dégourdir un peu les jambes et d'aller chercher un truc au distributeur. Je ne pense pas que Scott aille bien loin sans nous.
La chasseuse haussa les épaules et le garçon insista :
— Allez … Je suis sûre que quand il se réveillera, Scott me tuera s'il découvre que je ne t'ai pas forcé à aller goûter à tout ce que les machines de l'hôpital proposent ! Mine de rien, c'est cher, mais c'est bon !
Allison leva les yeux au ciel mais accepta de se lever. Elle embrassa Scott sur le front avant de suivre Stiles hors de la chambre.
— Je te la ramène dans dix minutes, mon vieux ! lança le fils du shérif avant de fermer la porte.
— Où est Derek ? s'enquit la chasseuse, se rendant compte qu'il était étrange de ne pas voir le loup garou près de son amoureux.
— Oh, il … Il m'attend dans la Camaro, annonça l'adolescent. Il préférait me laisser voir Scott tout seul.
Allison glissa un regard vers son ami.
— Dès que les dix minutes sont passées, je retourne dans la chambre et tu files rejoindre Derek, ok ?
Stiles passa son bras sous celui de la jeune fille.
— Marché conclu ! Maintenant que les négociations sont finies, si on allait voir ce qu'on va pouvoir manger ?
# #
Les rayons de la lune se glissaient à travers les interstices des stores de la chambre d'hôpital et venaient se poser sur la peau de Scott. Il était toujours immobile, allongé dans son lit, comme s'il était endormi.
Sauf que cela faisait des semaines qu'il n'avait pas ouvert les yeux. Les médecins commençaient à perdre espoir, sans pour autant oser en parler à voix haute lorsque les proches de l'adolescent étaient à son chevet ou dans les couloirs de l'hôpital. Personne ne savait comment faire pour le tirer de son coma. A ce stade là, on ne pouvait qu'attendre. Mais pouvait-on laisser éternellement le garçon dans cette chambre ? Ne serait-il pas mieux de laisser la place à un patient qu'on pourrait guérir ? Fallait-il envisager qu'il ne reviendrait jamais à lui ? Et s'il revenait à lui, recouvrirait-il toutes ses capacités ? Ne resterait-il pas cloué à vie dans son lit ? Il était arrivé dans un tel état de faiblesse …
Cependant, les questions n'étaient pas encore d'actualité. On gardait encore un peu d'espoir. Il s'agissait après tout du fils de Melissa McCall. Et cela ne faisait pas encore si longtemps que ça que Scott était à l'hôpital. On pouvait bien patienter encore un peu avant d'aborder des sujets fâcheux. Après tout, avec un peu de chance, le garçon se réveillerait bientôt et on n'aurait jamais à devoir prendre ce genre de décisions.
Dehors, le vent fit frémir les feuilles des arbres. Le ciel était constellé de myriades d'étoiles scintillantes. Le croissant de lune jetait des reflets argent sur Beacon Hills. Tout était calme. C'était vraiment une belle nuit.
Un léger frisson parcourut le corps de Scott et le garçon ouvrit doucement les yeux.
FIN
